Ecritures plurielles

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Les chapitre 17 et 18 de Nimrodh les oubliés en ligne sur le site d'Écritures plurielles !

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 Programme Darwin

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Lex
Vilain petit canard


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MessageSujet: Programme Darwin   Mer 8 Aoû - 0:40

Chapitre un : Desirs et murmures, démons et merveilles


Peter Easton

1


« Vous désirez boire quelque chose? »

Je ne sais pas s’il y a un réel avantage à voyager en classe affaire. Bien sûr, il y a l’espace, ce qui n’est pas négligeable dans un vol long courrier, de quoi travailler, et une nourriture passablement plus supportable que dans les classes inférieures.

« Je vous apporte ça tout de suite.»

Je hais l’avion. D’abord pour son personnel de bord, serviable à l’écœurement. Ensuite, parce que c’est l’un des seuls endroits au monde où je n’ai aucun contrôle – ou si peu. Pourtant, ce n’est pas vraiment que je sois angoissé dans cette carcasse métallique à trente mille pieds d’une mort spectaculaire, ni que je manque d’entraînement.

« Vous désirez un encas avec ceci ? »

Non, merci, je voudrais juste que vous disparaissiez le temps que je profite de cette magnifique invention qu’est le siège auto-massant! C’est du moins ce que j’ai dû penser à ce moment là. Mais vous savez l’éducation a la vie dure…

Londres, Shanghai. Shanghai, Vienne. Je prévoyais déjà quelques marmites de café pour digérer le tout. Les enjeux étaient bien trop importants pour me permettre la moindre fatigue. La perspective du rachat d’une partie des intérêts du groupe Arc, le géant de l’architecture et du bâtiment, n’était d’ailleurs sans doute pas étrangère à la difficulté que j’éprouvais à ce moment à m’endormir. Imaginez un peu un groupe qui a obtenu des projets aussi gros que la conception et la planification de la construction du nouveau centre des affaires de Shanghai. L’actuel principal actionnaire, Hermann Meyer, m’avait demandé de me déplacer pour régler nos affaires comme il se doit. C’était sans doute une perte de temps, mais ça allait rapporter gros.

« N’hésitez pas à m’appeler si vous avez besoin de quoique se soit »



2


Une berline grise m’attendait à l’aéroport, avec chauffeur bien entendu. Siège en cuir, espace pour les jambes, l’éternelle classe affaire. Sans les massages…mais sans les hôtesses.

« Vous avez fait bon voyage monsieur Easton ? »

Enfin, mon chauffeur pourvoyait parfaitement à cette fonction.

« Monsieur Meyer a décidé de vous rencontrer chez lui près de Pernitz, à une heure d’ici. »

C’était plutôt de bon augure. Un contact plus intime, plus convivial, qui mènerait sans doute à la signature des contrats. Je souhaitais tout de même passer par mon hôtel avant, puisque nous avions le temps.

« Monsieur Meyer se proposait de vous héberger chez lui et si cela vous va, nous pouvons appeler votre hôtel pour annuler la réservation. D’ailleurs, votre hôtel n’est plus ce qu’il était depuis qu’ils ont changé de directeur il y a deux ans.»

C’est qu’il était bavard mon chauffeur avec son accent caractéristique, tout en souffle. Un bonhomme tout en longueur comme son débit. Economiser le prix d’une chambre d’hôtel ? et comment !
Au bout d’un temps le paysage était déjà moins urbain et mon compagnon de route, beaucoup plus discret. J’essayais d’imaginer ce que pouvait être la vie dans un endroit pareil. Trop calme, beaucoup trop calme. J’avais besoin du stress, de l’action, et ce lieu me faisait plus penser à une nature morte qu’à un centre dynamique et lucratif.

« Nous arrivons monsieur Easton. »

Nous avions pénétré sur une large propriété assez boisée. La façade de la maison était caractérisée par quatre grosses colonnes de part et d’autre de la porte d’entrée. Celle-ci était immense, en bois massif probablement.
Mon chauffeur me proposa d’attendre dans un petit salon dont les fenêtres donnaient sur une courette centrée autour d’une fontaine en pierre.
Je n’étais jamais venu chez monsieur Meyer bien que nous nous connaissions de l’époque où je travaillais encore chez Staunton&Mynors. C’était déjà alors un architecte de renom et il venait de monter le groupe Arc, une association d’entrepreneurs dont le but était d’encourager les partenariats dans le domaine du bâtiment. Le groupe avait rapidement perdu sa touche informelle pour devenir un puissant conglomérat allant de l’architecture à l’aménagement urbain ; il se limitait cependant au travaux publics et aux grosses œuvres sans se corrompre dans les services de téléphonie ou le presse-citron industriel – secteurs très en vogue cela étant. Nous avions depuis lors eu de nombreux contacts professionnels sur de plus ou moins gros projets, mais jamais pour une affaire de cette ampleur là. Je ne l’imaginais pas vivre dans une maison comme celle-ci.
On m’avait prévenu que monsieur Meyer devait arriver dans la soirée et je profitai donc des services discrets mais circonstanciés de la maison, jonglant entre mon téléphone et mon ordinateur pour diriger mes affaires depuis l’Autriche. Coleen, mon assistante me servait d’intermédiaire entre moi et le monde des affaires dont je me sentais si éloigné, perdu au milieu des montagnes.

« …et Carlson a téléphoné vers 16 heures, mise à part quelques amabilités, il a prévenu qu’il intentait une action en justice pour l’affaire de Liverpool… »

‘Amabilités’ avait été prononcé avec la plus parfaite ironie. Quand Carlson comprendrait-il enfin qu’il perdrait à tous les coups ?

« Oui, je suis passée chez vous tout à l’heure. Votre dernier cactus fait une drôle de tête, mais je vous laisse vous en occuper. Le courrier : factures, et une lettre avec l’adresse manuscrite. Une lettre de menace peut-être ? »

Je préparais une magnifique répartie quand le chauffeur – décidément aux multiples casquettes, vînt me prévenir de l’arrivée de mon hôte. A charge de revanche Coleen.


3


Je suivis ce qui devait finalement être un majordome pour me retrouver en compagnie d’un homme plutôt âgé, Meyer, seul, dans un manteau un peu étrange. Je fût d’abord surpris ; une telle affaire pouvait-elle sérieusement se discuter dans un trou de campagne, seul, habillé de ce qui ressemblait de plus en plus à une robe de chambre ? Puis je me rendis compte que j’étais également seul, et que, si je n’avais pas l’élégance que lui conférait son vêtement, je n’en portais pas moins les chaussons de la maison. Le ridicule ne tue pas, surtout lorsqu’il rapporte.

« Bonsoir Peter. Vous n’êtes pas trop fatigué par votre voyage ? »

L’homme s’était retourné et je voyais désormais distinctement le visage de monsieur Meyer. Un homme assez grand, quoiqu’un peu tassé, presque chauve, des yeux perçant cachés derrière de fines lunettes.

« Je suppose que vous partez demain ? »

Aussi vite que possible ! Cette endroit austère et silencieux me déprimait.

« J’aurais aimé que vous restiez plus longtemps mais je suppose qu’un homme occupé tel que vous a des obligations autrement plus importantes que de tenir compagnie à un vieil homme…tel que moi. Et bien, je propose que nous commencions les discussions demain matin de bonne heure. En attendant, que diriez vous d’un bon dîner ? »

Il avait la manie perturbante de vous fixer par dessus ses lunettes lorsqu’il vous adressait la parole. Je souhaitais en finir au plus vite mais vu l’enjeu, je me devais d’être un invité respectable.
Nous dinâmes dans une grand salle à manger tout aussi sinistre que le reste du manoir. Je reconnais bien sûr qu’il en faut pour tous les goûts, mais me savoir si loin de tout, la nuit, entouré de murs froids avec cette décoration d’antiquaire ne me convenait pas du tout. Je viens d’un univers postmoderne, aux lignes épurées, toujours propre, truffé de technologie et à des années lumière de cette nature si inconfortable ; j’incarnais le futur. Et ce n’était pas une sinécure de me plier à une sorte de rite de passation, dans une bâtisse du moyen-âge.

« Renaissance. Cette demeure n’a pas trente ans ; j’ai toujours rêvé de vivre dans un château français mais je n’ai jamais pu me résoudre à quittez la Styrie. Oh, vous allez me dire qu’ici on est en Basse-Autriche, mais je ne pouvais pas non plus m’éloigner de la capitale. J’ai ajouté un petit côté néoclassique à l’entrée – vous avez remarquez les colonnes. Vous vous intéressez à l’architecture, Peter ? »

Toujours ce curieux regard par-dessus ses lunettes. Je m’étais renseigné sur les projets architecturaux de l’Arc, en Chine notamment, mais s’il commençait à débattre sur la portée de la colonne dans l’architecture néoclassique j’allais finir par compromettre mes affaires.

« Ne vous inquiétez pas, je ne vous ai pas choisi pour vos compétences en architecture. Chacun a ses points forts, et les vôtres, Peter, s’ils n’ont rien à voir avec le bâtiment, nous intéressent particulièrement. »

L’argent ? Non, cet homme avec son âge et son patrimoine ne devait pas avoir le moindre soupçon d’intérêt pour ma fortune.

Le lendemain matin, monsieur Meyer avait décidé que nous discuterions de l’affaire en nous promenant dans le parc. Je n’avais pas spécialement bien dormi et j’étais d’une humeur massacrante. Je me gardais néanmoins de faire des remarques sur les penchants champêtres de mon hôte. Nous marchions depuis dix bonnes minutes lorsqu’il commença enfin à parler.

« C’est beau ici vous ne trouvez pas ? »

Oui, oui, presqu’autant qu’une carte postale.

« Ce serait dommage que tout cela disparaisse. »

Sans aucun doute.

« Vous savez pourquoi c’est beau ? »

Non, pas du tout justement. Je ne voyais pas trop où il voulait en venir mais je le laissai continuer.

« Voyez-vous Peter, nous vivons dans un monde décadent, qui pourri petit à petit de l’intérieur. Nous vivons dans une telle opulence que nous avons perdu tout sens des responsabilités. Nos responsabilités vis-à-vis de la nature, de notre propre espèce. Nous nous imaginons que nous pouvons continuer à proliférer, comme ça, sans contrôle. »

N’ayant pas d’enfant je ne me sentais pas concerné.

« Mais notre opulence est un leurre, un substitut à notre aliénation. Notre société n’est plus pérenne. Elle ne possède plus le sens de la discipline et du sacrifice. Nous confondons humanisme et individualisme. Sacrifier l’espèce au profit du plus faible : quelle pensée visionnaire ! »

Je n’allais pas le contredire sur ce point, bien que la survie de l’espèce ne fût pas mon principal soucis.

« Vous comprenez Peter, nous avons bien essayé de corriger ces défauts en suivant les règles en place, chacun de notre côté. J’ai cherché à réformer l’architecture, à la rendre plus pragmatique, moins bornée à l’esthétique, mais nous tombons toujours sur la résistance d’esprits étriqués, portés par des foules ignares. »

Il semblait pourtant avoir plutôt bien réussi son coup en Chine.

« Non, Peter. Les projets en Chine ont été dictés par leur volonté de puissance ; la révolution architecturale est vide de sens sans un mouvement de fond dans les mœurs et dans la vie quotidienne. Je pensais aussi, quand j’étais jeune, pouvoir initier ce mouvement par une architecture nouvelle. Mais la dictature de la masse, le fruit de la belle ‘démocratie’, empêche toute réforme intelligente. "Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu". Voltaire avait déjà raison. C’est notre devoir Peter, notre responsabilité, de mettre un terme à cette déliquescence sauvage. »

J’ai toujours su que j’avais une mission divine à accomplir… il débloquait ce Meyer !

« Désolé, je m’emporte un peu. Vous êtes intelligent, Peter, je sais que vous voyez ce que je veux dire malgré mon discours incohérent. Le problème n’est pas qu’humain : il est aussi écologique. Pensez-vous vraiment que nous pourrons sauver cette nature merveilleuse si nous n’agissons pas radicalement, et maintenant ? »

Non, mais je serais probablement déjà mort quand elle commencera à se faire trop envahissante.

« Certains avant nous avez pressenti cela en partie, mais c’étaient des criminels. Et nous ne sommes pas des criminels. »

Nous ? Cela faisait un moment déjà qu’il employait ce ‘nous’. M’incluait-il dans ses élucubrations séniles ?

« Nous avons craint un long moment de ne jamais pouvoir trouver de solution à notre problème. Certains commençaient même à pencher pour des moyens plus radicaux. Nous avons aujourd’hui la solution. Mais je ne vous ai pas fait venir pour vous parler de nos soucis techniques. »
Effectivement je n’étais pas venu pour ça et avec tout le respect que je devais à ce bon monsieur Meyer, ses considérations philosophiques ne m’intéressaient pas le moins du monde. Il continua cependant.
« Nous cherchons aujourd’hui à organiser ce qui va se passer après. Et nous avons besoin de gens comme vous. De gens qui puissent appréhender et diriger l’économie dans son ensemble, créer un nouveau système stable, durable et productif.»

J’avoue qu’à ce moment précis je commençais à avoir de sérieux doute sur la santé mentale de mon interlocuteur.

« Imaginez un monde pur, ou l’être humain ne serait plus une menace pour lui même et pour la nature. Une société disciplinée, vivant dans le seul soucis de l’amélioration de l’espèce. C’est aujourd’hui à portée de main ! Dans quelques semaines, un mois peut-être, tout sera arrangé. Alors vous, et d’autres, entrerez en jeu pour bâtir ce monde nouveau. Il faudra peut-être dix ans, peut-être quinze, mais nous instaurerons ce monde idéal. »

Je n’étais plus tout à fait sûr de l’innocuité de ses paroles. Je feignis un enthousiasme peut-être un rien exagéré pour obtenir d’avantage d’informations. Encouragé, il se mit à exposer plus précisément les moyens et les fins de leur projet.


C’était quoi, ça ?


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Kallisto
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 9 Aoû - 13:56

Klara Beaumort
« DRIIIIIIING ! »
Encore ce téléphone ! On dirait un larbin qui braille ! Je me demande bien à quoi me sert cette machine, puisque je ne reçois que des mauvaises nouvelles…
« Allô ?
- Bonjour Maman, susurre mon fils aîné. C’est Edric.
- J’avais deviné. Comment vas-tu ?
- Oh, très bien, merci. Et toi ?
- La question ne mérite pas d’être posée, tu le sais.
- C’est vrai, rigole-t-il nerveusement. Bon, voilà : je t’appelle pour te dire…
- Que tu ne vas pas venir ici avec toute ta tribu pendant les vacances. Je me trompe ?
- Non… Hé, hé… Euh… Le petit dernier est malade. Tu comprends ?
- Je suis bien obligée. Allez, au revoir. »
Je raccroche sans laisser mon pleutre de fils parler. Allons bon, qu’est-ce que je disais ! Tous des lâches ! Depuis combien de temps ne les ai-je pas vu ? Oh… je ne sais plus. Saleté de mémoire !
« Tout va bien Grand-mère ?"
Anaïs, sortie du salon, s’approche de moi. Elle au moins, elle n’irait pas me raconter des âneries pour ne pas me voir. Mais bon, l’appât du gain doit peut-être aider.
- Oui, oui. Allez, retourne boire ton thé et ne t’occupe pas de moi. »
Ma petite-fille tourne les talons et disparaît. A tous les coups, elle est repartie composer de sa musique. Au moins, elle ne passe pas son temps à traîner partout et à se ruiner pour acheter des cochonneries ! ‘Manquerait plus que ça ! Ah, ces jeunes ! Ca passe leur temps à s’amuser, à se taper dessus et à se plaindre ! Comment voulez-vous que ce monde aille mieux ?

***

Quelqu’un frappe à la porte. Nerveusement.
Ca doit être encore un de ces maudits vendeurs ! Ils savent pourtant que je ne veux pas de leurs ustensiles inutiles ! Ils vont m’entendre !
« Bonjour, Madame Beaumort. Cela faisait un moment.
Je soupire, hausse un sourcil, et m’appuie contre le mur.
- Tu peux le dire, Peter Easton.
Ma grande perche d’ancien étudiant anglais se tient devant mon perron. Il a toujours l’air aussi prétentieux et hautain. Mais bon, quand on est devant autre chose qu’un patron richard, on peut pas faire autrement. N’est-ce pas gamin ?
Le petit Peter a gagné en taille depuis le temps qu’il est parti d’ici. Je me demande bien ce qu’il me veut. On ne rend pas visite à une ancienne « grand-mère » d’accueil des années après. En tout cas, ce n’est pas dans son caractère d’agir ainsi.
- Je suppose que je dois te laisser entrer, Peter ?
Il a l’air légèrement essoufflé, et énervé surtout. Ah ces… comment disent-ils déjà.. ? Oui, ces magnats de la finance ! Toujours à cavaler et à stresser pour un rien. Tu parles d’un métier !
Je m’écarte un peu et le laisse entrer. Il regarde autour de lui. Évidemment ! Ca n’a pas vraiment changé. Je ne rénove pas pour un oui ou pour un non, moi !
- Ne t’attends pas à trouver tout un tas de trucs technologiques. J’y comprends presque rien.
- Je me doute bien. Pendant mon séjour, je ne vous ai vue qu’avec des objets archaïques.
A peine arrivé et il recommence ! Il a pas grandi dans sa petite tête, le magnat !
- Oh, toi ! Si tu continues, tu vas t’en prendre une ! On ne manque pas de respect aux ancêtres ! J’ai tous les droits dans ma maison, alors tu te tais et tu avances.
Pour se taire, il se tait. Mais je sais bien qu’il me traite de vieille folle en pensée.
Anaïs n’est plus dans le salon. Elle doit sûrement être à l’étage, enfermée avec toute sa paperasse à musique.
Je désigne un fauteuil au petit Peter et m’assoie sur ma chaise.
- Laisse-moi parler en premier. Tu as de la chance que je sois bien lunée aujourd’hui. Mais j’aimerais que tu m’explique clairement ce que tu viens faire chez moi. Et n’essaie pas de me prendre pour une imbécile ! Je suis vieille, mais pas sénile ! Si je ne t’aimais pas, gamin, je t’aurais déjà mis à la porte ! Je t’écoute.
- Tu ne m’offre pas un thé, demande-t-il d’un air qui se veut innocent.
- Non, si ce que tu vas me raconter me va, tu en auras un. Je ne suis pas là à ton service.
Il soupire, pose son bagage à côté de lui, et se lance.
- Et bien, tout d’abord, sachez que je ne viens pas ici de mon plein gré. A vrai dire, je vous avais oublié. Mais certains événements ont fait que… enfin, vous voyez ?
J’acquiesce lentement. J’avais bien deviné qu’il n’était pas là pour se rappeler du bon vieux temps avec moi. Mais qu’il mesure un peu ses paroles !
- Tout a commencé lorsque que je me suis rendu dans la demeure d’Hermann Meyer, principal actionnaire d’un grand groupe spécialisé dans l’architecture et le bâtiment…
Je m’y perds un peu, mais je pense avoir compris l’essentiel. Ah, cet argot incompréhensible !
- … Je devais régler quelques affaires chez lui. Mais voilà, Meyer a voulu m’entraîner dans une sorte de secte, nommée « Cercle Shinka ». Leur but est d’instaurer un monde idéal, prônant la loi de l’évolution. Pour vous résumer, seuls les plus forts peuvent se… reproduire, et les faibles, eux, sont réduits en esclavage, en attendant leur disparition. Cette secte régnerait sur une société moins peuplée, ordonnée, et où la nature pourrait reprendre ces droits.
Il s’arrête pour me laisser digérer ses paroles. Je pousse un petit soupir. Ce monde est vraiment mal fait.
- J’ai bien sûr refusé de participer à ce projet. Et je me suis enfui. Mais Meyer ne l’a pas entendu de cette oreille et me fait poursuivre par des hommes, de sa secte, je pense. Tout ce que j’ai pu voir, c’est qu’il sont dotés d’une insigne représentant un aigle et une chaîne. Mais…
- Prométhée.
- Je vous demande pardon ?
- L’aigle et la chaîne sont les symboles de Prométhée. Je ne lis pas des livres mythologiques pour rien, gamin. Mais passons. Termine ton récit.
- J’ai sauté dans le premier avion pour Paris et me voilà. Je vous demande donc de m’héberger un moment chez vous. C’est le seul endroit où je peux me sentir quelque peu en sécurité. »
Je me lève, le fixe droit dans les yeux, puis me dirige vers la cuisine. Quel culotté ! Je ne fais pas chambres d’hôtes ! Mieux : il est soi-disant poursuivi ! Navrée, mais je ne tiens pas à me faire agresser par un tas de voyous à moitié zinzins !
« Me croyez-vous, Madame Beaumort, me lance Peter lorsque je reviens de la cuisine.
Je pose devant lui une tasse de thé brûlant.
- Je veux bien admettre l’existence de ta secte, là. Les gens ne savent plus quoi inventer. Ils ne sont pas capables de vivre avec ce qu’ils ont. Ils veulent tout changer pour leur petit bonheur à eux. Ensuite, je ne vois vraiment pas pourquoi ce Monsieur Meyer t’aurait enrôlé dans son « organisation ». Tu es prétentieux, tête à claques, trop sûr de toi, et pour couronner le tout, tu es égoïste ! Mais tu es riche et plus ou moins intelligent. Peut-être est-ce cela qui l’intéresse. Toujours est-il que je ne veux pas être mêlée à tout ça ! Tu as intérêt à être discret ! Et poli ! A la moindre bêtise, je te mets dehors avec perte et fracas !
Peter fixe sa tasse. Il se retient de rire, je le vois bien.
- Une dernière chose.
- Laquelle ?
- Arrête de m’appeler « Madame Beaumort », je déteste ça. Dis plutôt « Grand-mère », je supporte mieux.
- Comme vous voulez, Madame… Grand-mère.
- Allez, va. Bois ton thé, il va refroidir. »


Dernière édition par le Lun 13 Aoû - 15:58, édité 1 fois
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Tchoucky
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 9 Aoû - 16:30

Anais Mastrorelli

J'en ai assez entendu. Inutile qu'ils se rendent compte que je suis derrière la porte.
Je m'éloigne lentement. Heureusement je connais par coeur le parquet de grand mère. Je sais exactement où il grince, et où il ne grince pas.
Peter Easton. Elle a du m'en parler, une fois, quand j'ai insisté pour qu'elle me montre ses album photo. Elle disait quoi, déjà ? " Un sale gosse de riche arrogant, toujours en train de critiquer" Elle avait l'air de bien l'aimer, sans ironie aucune. C'est juste sa façon d'être. En tout cas, maintenant, elle l'accueille quasiment sans protester, alors qu'ils ne se sont pas vu depuis des années. Et elle se contente de ce qui semble une histoire abracadabrante. Enfin, ce qui est une histoire abracadabrante. A laquelle je ne croirais pas, d'ailleurs. Si ce n'était ce détail. Il prétend avoir repéré sur les hommes qui le poursuivent un insigne. Un aigle, une chaîne.
Cercle Shinka, jamais entendu parler. Cette histoire de réduire une partie de l'humanité en esclavage, ça ressemble à un conte de science fiction sorti du cerveau d'un illuminé. Bref, tout irait bien s'il n'avait pas parlé de l'insigne. Parce que l'insigne, je sais qu'il existe, lui.
Je suis arrivée à la porte de l'entrée. Je l'ouvre doucement et passe dans le jardin.
C'est un agréable après midi de printemps. Nous sommes à Auvers sur Oise, donc, les après midi de printemps sont fait pour être agréable. La presque campagne alentour me sourit avec ses fleurs. Bon, allez, arrête de râler, Anaïs. Il est 16h. Claude doit être revenu de la bibliothèque de l'Arsenal. Je sors mon portable de ma poche et compose son numéro.
Qui a vu Peter Easton monter chez grand mère ? Il a du croiser des gens en venant de la gare. Et je ne sais pas combien. Quelle barbe !
Une sonnerie. Une autre. Claude, réponds.
En plus, la façon dont il a raconté son histoire me dérange. Les gens qui se voient arrachés d'un coup à leur ordinaire vie quotidienne pour être mêler à des histoires invraisemblables, je connais. J'avais l'habitude, à une époque.
"Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Claude Lupus, veuillez laisser un message, et je ne manquerai pas de vous rappeler."
Tu te fiches de moi ? Je sais que tu es à coté de ton téléphone, et si tu étais à la bibli, il serait éteint. Je rappelle.
Il a raconté son histoire sans manifester la moindre émotion. Il n'a même pas cherché à convaincre grand mère. Et d'abord comment a-t-il fait pour s'enfuir ? Et pour échapper à ceux que le soit disant Meyer a lancé à sa poursuite ? J'ai vraiment très envie de croire qu'il a inventé cette histoire, mais l'insigne, comment aurait-il pu l'inventer, l'insigne ?
Une voix furieuse dans mon téléphone rompt mes réflexions.
"Allô, cheftaine ? Ça a intérêt à être important. J'avais presque convaincu Corrine de me laisser la raccompagner chez elle.
_ T'as aucune chance avec Corrine, elle est très heureuse avec son petit ami. Et oui, c'est important. Claude, je veux que tu prennes le premier train pour me rejoindre à Auvers sur Oise.
A l'autre bout du fil, Claude s'étrangle à moitié.
_ M... Maintenant ?
_ Maintenant. Je crois que je vais avoir de gros ennuis, Claude. Enfin, que ma grand mère va en avoir. Et moi avec, parce que je resterai avec elle quoi qu'il se passe.
Soupir de résignation de mon interlocuteur.
_ Cheftaine, tu sais que j'ai des partiels, la semaine prochaine.
_ Je suis désolée, Claude. J'ai vraiment besoin de toi. Il faut que tu viennes. Tu penses bien que je te dérangerais pas en période d'exams, si c'était pas grave.
_ Je sais. Je te laisserai pas tomber, tu le sais très bien.
Oui, je le sais. Évidemment que je le sais.
_ J'arrive dés que je trouve un train. Tu m'expliqueras quand je serai là.
_ Merci, Claude. Tu es un ami.
_ Je t'en prie, cheftaine, je te dois bien ça, il me semble, sans toi, j'en serai pas où j'en suis aujourd'hui. Bon, je file à la gare du Nord. Je te laisse.
_ Oh, Claude, une dernière chose ?
_ Oui ?
_ Pour la énième fois, veux-tu bien arrêter de m'appeler Cheftaine ?
Rire.
_ Certainement pas, ça t'énerve trop pour que j'arrête. A ce soir, Cheftaine.
Il a raccroché. Malgré mon inquiétude, je n'ai pas pu empêcher un sourire d'apparaître sur mes lèvres. J'avais bien besoin de lui parler.
Bon, et maintenant ?
Je n'ai pas trop le choix, il faut que je sache qui a vu Peter Easton venir chez grand mère. Je vais aller l'interroger. Tant pis si grand mère est là. De toute façon...
Je sors une craie de pa poche. Et je trace un cercle sur le bois de la porte.
_ As dayen daäs trhra, dharnier videstraith. (désormais tu es sous la protection de ma puissance démoniaque)
Je retourne dans l'allée, et trace un cercle semblable devant la grille d'entrée du jardin.
_ As dayen daäs trhra, dharnier videstraith.
Il y a un mur, derrière le jardin, je vais y tracer un troisième cercle.
_ As dayen daäs trhra, dharnier videstraith.
A présent, personne ne pourra entrer chez grand mère sans que je l'ai autorisé. Mais cette précaution ne suffira pas. Pas si ces gens, le cercle Shinquelquechose, emploient des membres de l'Organisation.
Je retourne dans la maison.
Ils ont quitté le salon. J'entends la voix de grand mère qui vitupère à l'étage, ça vient de l'ancienne chambre de mon oncle.
Je gravit l'escalier, elle est là, en train d'installer des draps de lit propres pour l'Anglais, qui soit dit en passant, semble assez peu habile pour l'aider dans cette tâche.
_ Eh bien, Anaïs, où étais-tu passée ? Je te présente Peter Easton, et tu vas le remplacer, parce que monsieur est tellement trop habitué à avoir des larbins qu'il ne sait plus rien faire de ses mains.
_ Désolée, grand mère, mais je t'aiderais plus tard. Je dois parler à Monsieur Easton, d'abord.
_ Eh bien, parle-lui pendant que tu m'aides.
_ Non, grand mère, désolée. Tout à l'heure.
Je n'ai jamais tenu tête à ma grand mère, donc, je ne sais pas comment elle va réagir. Et là, je ne peux pas me payer le luxe de discuter des heures, donc, je me tourne immédiatement vers l'Anglais.
_ Monsieur, j'ai entendu votre récit de tout à l'heure, j'étais dans le couloir. Et je vous crois. C'est pourquoi il faut que vous répondiez à mes questions sans discuter.
L'anglais me fixe avec le regard impassible et inexpressif qui ne l'a pas quitté depuis qu'il est entré. C'est sans doute sa façon à lui de se protéger.
_ Avant toute chose, Monsieur, qui vous a vu venir chez grand mère ?
_ Je n'ai croisé personne, me répond-il dans un français parfait, sans le moindre accent.
_ Même à la gare ?
_ Le guichet était fermé.
Ouf. Plus d'inquiétude à avoir de ce coté là.
_ Bon, tant mieux. J'aimerais ensuite savoir : votre monsieur Meyer, celui qui vous a parlé de ce projet ...
Je cherche un mot pour le résumer, en vain.
_ ... de ce projet. Vous a-t-il dit combien de personnes étaient impliquées, quelles puissances ils ont à leur disposition ?
_ Eh bien justement, c'est ce pourquoi je viens ici. Il a dit qu'ils étaient nombreux. C'est peut-être de la frime, mais j'ai vraiment eu le sentiment qu'il était sérieux. Vous pensez bien que j'ai la trouille. Qu'ils avaient infiltré les gouvernements, et la plupart des forces armées du monde entier, jusqu'au polices...
Et jusqu'à l'Organisation. Jusqu'à Prométhéus Demonica. C'est peut-être un hasard, s'ils ont choisi des agents Prométhéus Demonica pour poursuivre Easton. C'est peut-être du au fait que c'était les personnes les plus disponibles à ce moment là. Mais c'est peut-être pour une autre raison. C'est pourquoi il faut que je pose une dernière question.
_ Monsieur Easton, avez vous jamais eu l'impression d'avoir un don ?
L'anglais hausse le sourcil, sans comprendre.
_ Bien sûr, j'ai toujours eu un don pour la finance. Et pour me faire détester. Et pour attirer l'attention des timbrés, dans le genre de ce cercle Shinka, là, avec leur visions toutes droit sortie d'un roman d'Orwell.
_ Non, je parles plutôt d'un don... Surnaturel.
Easton prend un air stupéfait. Et éclate de rire. Un rire nerveux, hystérique, qu'il ne peut plus arrêter.
_ Si c'est pour raconter des bêtises comme ça, crie grand mère pour couvrir le son de sa voix, c'est bien la peine de me laisser travailler seule.
_ Ce ne sont pas des bêtises, grand mère. Je suis sérieuse.
Grand mère hausse les épaule pendant que l'anglais continue à rire, à rire, s'étranglant presque.
_ Je l'avais dit, à tes parents, que c'était une mauvaise choses de te laisser regarder X Files quand tu étais petite. Ca t'a déconnectée de la réalité.
Pauvre grand mère...
Je prend l'Anglais par les épaules, et le fixe droit dans les yeux. Il reprends son souffle et se calme.
_ Vous vous sentez mieux ?
_ Oui.
_ Alors s'il vous plait, répondez à ma question.
_ Non, mademoiselle, désolée. Je sais qu'il y a des gens qui pensent parler aux esprits en faisant tourner les tables, mais moi, je ne crois qu'à ce qui est réel.
_ Alors il va falloir vous habituer à une autre réalité, monsieur Easton, parce qu'à présent, c'est moi qui vais vous protéger.
_ Comment ça ?
Je me retourne. L'oreiller que Grand mère est en train de bourrer de coup de poing lui échappe des mains, et va flotter à quelques centimètres du plafond.
_ N'ai pas peur, grand mère. Dis-je, en la voyant équarquiller les yeux.
Derrière moi, l'Anglais pousse un cri.
_ Arrêtez ça ! Arrêtez ça immédiatement !
Je fais redescendre le coussin et le pose délicatement sur le lit.
L'anglais se précipite vers lui, et cherche désespérément.
_ Il y a un truc. Un jeu de miroir. C'est forcé.
_ Non désolée, monsieur Easton
_ Navré, mais je ne marche pas. J'ai vu des prestidigitateurs plus doués.
Je tend la main vers lui. La cravate qu'il porte à son cou se défait seule, s'envole en ondulant comme un serpent, et va se nouer autour de mon poignet.
_ Je n'ai pas pu truquer vos propres affaires.
Grand mère me regarde avec un air qu'elle n'a jamais eu pour me regarder. Fasciné. Voir même admiratif.
_ C'est incroyable.
L'anglais ne partage pas son enthousiasme. Livide il recule contre le mur, sans me quitter des yeux.
_ Vous êtes... Vous êtes un démon !
Je réprime un petit rire.
_ Non, monsieur Easton. Je suis un être humain, comme vous. Mais pour ce qui est des démons, il m'a déjà été donné d'en rencontrer.


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Marc
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 10 Aoû - 22:35

Elix Herès

_ Excusez moi, professeur, mais je crois que vous avez fait une erreur.

Je lançai un regard surpris à l’étudiante placée au premier rang. Fronçant les sourcils, je jetai un œil à mes notes, puis regardait ce que je venais d’écrire sur l’immense tableau noir.
_ C’est tout à fait exact, dis-je en esquissant un léger sourire. Merci beaucoup, mademoiselle.

La jeune femme me renvoya un sourire étincelant. Reprenant mon cours, je me morigénai intérieurement. Il m’arrivait encore trop souvent de remplacer par mégarde les données historiques des livres par ce que je savais être la vérité. En particulier pour cette période terrible et ombreuses pour tous. Pour tous, sauf moi et quelques autres rescapés de ce que les humains ont baptisé la Peste Noire. Nous qui fûmes vaincu lors de ce qui fut, en réalité, la grande guerre lors de laquelle les humains nous donnèrent le nom de « démons ». Nous étions pourtant l’élite des combattants de notre dimension. Dix mille guerriers d’élite, disposant de pouvoirs et d’armes dont les humains n’avaient même jamais rêvé, toutes factions confondues, déferlant par les failles nous ayant fait découvrir la dimension originelle, le Réel.
Ce que la puissance est chose éphémère, pensai-je pour la énième fois.
Cela avait paru si facile. Les humains résistaient et tombaient par milliers sous nos pouvoirs surnaturels, notre sorcellerie et nos Armes de Guerre. Puis, lorsque la victoire apparaissait comme acquise, que les morts du Réel se comptaient en millions et que des centaines d’autres se mettaient à notre service, un simple hasard leur donna la victoire. Les quelques humains usant de magie, les réprouvés nommés sorciers par leurs semblables, découvrirent le fléau de notre race. L’or. Et alors, grâce à leur nombre et à un courage digne de héros, ils remportèrent la victoire.

_ Aurais-je commis une autre erreur, mademoiselle ? Demandais-je en ôtant inconsciemment mes lunettes rectangulaires.
_ Non, monsieur, répondit la jeune femme en baissant sa main. J’ai juste une question. Comment la Peste a-t-elle pu se déclarer ainsi ?
_ Qu’entendez vous par ‘‘ainsi’’ ? Je suppose que vous êtes au fait de ce qui provoque ce genre d’épidémies. Pourriez vous préciser votre question ?
_ Et bien…fis-t-elle, essayant manifestement de mettre des mots sur ces pensées. Ca parait si coordonné. La première vague semble banale. Une épidémie restreinte dans un lieu précis. Mais la seconde vague s’est déclarée en des endroits si éloignés en un intervalle si réduit. Et puis…les endroits où c’est arrivé : au cœur des pays les plus puissants du monde connu de l’époque.

J’esquissai un mince sourire. Trop rares étaient les personnes ayant noté ces détails trahissant la véritable nature de ces évènements. Peut-être un humain par demi-siècle. La nature humaine répugne à creuser les évènements qu’ils jugent plus sage d’oublier. Quant à ceux connaissant la vérité…
_ C’est une question intéressante, répondis-je en regardant ma montre. Dont je n’ai malheureusement pas la réponse, ajoutai-je en haussant les épaules. Bien, le cours est terminé.

Je m’assis au bureau, répondant distraitement à quelques « au revoir monsieur » noyés dans les multiples raclement de chaise.
Ceux qui savent… pensais-je en tirant une lettre de ma poche. Prométhéus Demonica.
Une lettre brève, tapée sur ordinateur dans un style simple et impersonnel. Une demande de rendez vous, avec en guise de signature un simple nom : Prométhéus Demonica.
Ma curiosité me perdra, remarquais-je en relisant le lieu du rendez-vous.
Arrivé à la porte, je me retournai vers l’amphithéâtre désert. D’une pensée, je fis venir à moi mes lunettes oubliées sur le bureau, puis poussai un soupir et sorti, tenaillé par le sentiment que devant moi apparaissait la fin de près de sept siècles de tranquillité.


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Ayoju
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 12 Aoû - 15:09

Ken Loann
J’attendais tranquillement au coin du parking de l’université. J’avais donné rendez-vous au moyen d’une lettre type de l’Organisation, la première qui m’était tombée sous la main. Je mastiquai un chewin-gum à la nicotine pour me détendre tout en songeant à mon parcours « professionnel. » En quelques mois j’avais gravis les échelons que certains mettaient plus d’un an à atteindre. Il est vrai que mon aptitude me permet d’être redoutablement efficace : Engendrer un malaise chez les démons proches de moi au point que plus je m’en rapprochais plus ils avaient envie de me fuir. Etant donné qu’il me fallait les détecter et découvrir leurs intentions, ce pouvoir m’était très utile ! Mais là, aucun de mes talents particuliers n’aurait pu me protéger de ce que j’avais découvert…
Je me répétais encore et encore les mots que j’avais entendu afin d’essayer de me persuader que je faisais fausse route mais sans succès ! C’est alors que mon rendez-vous se manifesta :
_ Bonjour, Mr Hérès.
L’homme s’approcha de moi puis s’arrêta à quelques mètres, une tension palpable dans le regard.
_ Bonjour. Serait-ce beaucoup demander de savoir qui je vais peut-être tuer ? demanda-t-il en souriant.
_ Mon nom importe peu, lui répondis-je sans sourciller. De toute façon, je doute que vous puissiez m'approcher assez près pour me tuer.
J’esquissai à mon tour un sourire, le simple fait qu’il ne soit pas plus près m’indiquait que mon pouvoir lui faisait peut-être de l’effet. Peut-être car aucun démon n’avait jamais été aussi près de moi auparavant sans être au bord de la syncope.
_ S'approcher ne serait pas nécessaire.
Une petite lueur apparue alors au creux de sa main qu’il fit disparaitre en fermant le poing. Décidément, cet homme avait des aptitudes intéressantes…
_ Néanmoins, je suis de nature curieuse. De quoi un esprit totem veut-il m'entretenir?
Ces derniers mots montraient qu’il savait ce que j’étais, remarquable ! Malgré tout, je restai de marbre et lui rétorquai :
_ Disons que je vous ai beaucoup observé ces derniers temps, et j'en ai déduis que vous n'étiez pas vraiment... de notre monde.
Il sourit, l’air à peine surpris de ma remarque.
_ Est-ce donc si visible?
_ Vous venez de confirmer mes soupçons. Mais je vous observe depuis suffisamment de temps pour savoir que vous ne nous êtes pas hostile.
_ Tout dépend envers qui, cher inconnu.
_ La situation veut qu'il suffise que ce soit envers moi. Une situation fort délicate qui m'oblige à demander votre aide.
_ Et pour quelle raison aiderais-je un membre de l'organisation qui à tué tant des miens ?
Il s’adossa à une voiture, croisa les bras et me regarda par dessus ses lunettes
_ Peut-être suis-je un exilé, mais je n'en demeure pas moins un démon à part entière.
_ Cette organisation a pour but entre autre, je vous le rappelle, de protéger l'humanité des créatures, telles que vous, se montrant offensives. Mais vu que ce n'est pas votre cas... Vous n'avez pas de souci à vous faire de ce côté.
Il lâcha un petit rire.
_ Ajoutez à cela que m'abattre coûterai un nombre non négligeable de vos agents.
Son sourire disparu aussi subitement qu’il était venu.
_ Mais revenons à ma question: pourquoi vous aiderais-je ?
_ Car votre petite vie tranquille pourrait tout simplement cesser d'exister.
Je le fixai :
_ Et d'après ce que j'ai découvert, ce pourrait être aussi le cas d'une grande partie des êtres vivant sur cette planète.
_ Je considèrerais que vous n'êtes pas assez stupide pour me menacer. Cependant je serais curieux de savoir ce qui pourrait réussir là ou moi et les miens avons échoué.
_ Aussi impensable que cela paraisse, il s'agit d'un groupe d'humains très organisés. Ils nous ont déjà infiltrés et ils ont... Des idées très radicales pour parvenir à leur fin. Savez-vous ce qu'est un spectre?
_ Assez bien, oui, répondit-il en plissant les yeux. Du moins ceux venant de ma dimension natale. Des créatures fort détestables.
Il décroisa les bras, se redressa et fit un pas vers moi. Ses pupilles disparurent, et ses iris s'illuminèrent. Il demanda d’une voix tendue :
_ Quelles folies l'humanité a-t-elle encore provoquée?
_ J'ai surpris deux de mes « collègues » discutant, à ce que j'ai compris, d'une invasion massive de ces créatures dans notre monde. Rien que le sujet de leur discussion m'a informé qu'ils n'étaient plus vraiment dévoué à notre cause. Sachant la vulnérabilité des humains face aux spectres, je vous laisse imaginer les conséquences d'une telle invasion. Même contrôlée par une minorité.
Je le regardai droit dans les yeux, l'air grave.
_ Je ne peux plus me fier aux membres de l'organisation. Comment savoir en effet si je ne me confie pas à l'ennemi ?
_ Vous vous adressez donc à l'un de ceux qui ont presque éradiqués les spectre de leur monde. Raisonnement très logique.
Il poussa un léger soupir.
_ Qu’attendez-vous exactement de moi ?
Avant même que j’ouvre la bouche pour lui répondre, il leva la main.
_ Selon votre réponse, j'accepterais et vous aiderais, ou bien je refuserais et laisserai les humains disparaître.
_ Mes collègues parlaient d'un spectre qui leur serait allié. Ils espéraient que celui-ci serait vraiment capable de ramener des spectres dans notre dimension le moment venu. Malheureusement pour moi, je n'ai jamais rencontré de spectre, je serai bien incapable d'en reconnaitre un. mais vous... vous savez comment ces créatures opèrent, vous connaissez leurs capacités. Croyez-moi, l'avenir qu'ils ont dépeint ensuite ne vous plaira guère !
Il se raidit brusquement.
_ Ils comptent… faire venir d'autres Spectres ? Rouvrir les Failles ?
_ J'en ai bien peur. Et qui sait s'ils vont se contenter de « remodeler » notre monde… ils pourraient bien faire de même avec d'autres !
Il se calma et me dit :
_ Soit. je vous aiderai. Ou plutôt, je vous propose un contrat.
Il enleva son gant gauche, laissant apparaître une marque à peine visible.
_ En échange de toute l'aide que je pourrai vous apporter, et si nous atteignons notre but, j'exigerai alors un service en retour.
Il prononça trois syllabes grondantes. La marque dans la paume gauche s'enflamma.
_ Acceptez-vous ce contrat ?
Je regardai la marque, pas du tout rassuré.
_ Quel genre de service ?
Il sourit puis demanda d’une voix tonnante à la fois oralement et télépathiquement :
_ Acceptez-vous ce contrat ?
_ Je pense que je n'ai guère le choix. Mais je vous fais confiance. Je l'accepte.
Il dit alors d’une voix sereine :
_ Le pacte est donc conclu.
Le feu de la marque s’échappa de sa paume, fonça vers toi et disparut dans mon torse
_ Ne paniquez pas. Cette flamme ne sera dangereuse pour vous ou moi que si l'un de nous rompt le contrat. Qui a donc prétendu que les démons étaient parjures et indignes de confiance ?
_ Pas moi en tout cas !
Je me détendis.
_ Au fait, je m'appelle Loann, Ken Loann.
_ Et bien, Mr Loann, je vous propose une première idée d'aide: vous aider à contrôler ce désagréable champ spirituel anti démon. Qu'en dites-vous?
_ Ma foi, ce serait fort utile à l'amélioration de notre relation en effet.
_ En effet. Dans ce cas, commençons tout de suite.
Je le conduisis à ma voiture et nous partîmes alors chez moi, afin, entre autre, de commencer les leçons.
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 14 Aoû - 13:42

Shaaxalaxx


Deux ans … voilà deux ans que je suis dans ce corps amoindri. Je ne comprends pas ce que cet humain avait pour me repousser mais ce ne sont pas de petites séquelles qu’il m’a laissées. Ce corps est inconfortable, mais je ne pouvais pas prendre plus. Je me sens ridicule, au milieu des humains qui m’entourent.

D’ailleurs, les humains qui m’entourent sont bien mystérieux … Voilà maintenant un mois et demi que le cercle Shinka m’a accueilli en son sein. Grâce à lui, mon rêve de faire entrer tous les spectres dans ce monde n’est plus une utopie ! Nous allons faire passer tous mes congénères ici, où il y a de la nourriture en abondance et ranger ce monde en désordre où les humains ‘supérieurs’ auront le dessus sur tous les ‘inférieurs’ qui marchent dans la rue en regardant le sol, plongés dans leurs vaines pensées. Oui ! Bientôt ce monde sera rangé !

Si seulement j’arrivai à trouver ce spectre qui a essayé d’entrer en contact avec moi. C’est d’ailleurs en le cherchant et en mettant mon nez dans les affaires de l’organisation Prométhéus Démonica, dans laquelle il aurait fait des actions, que le cercle Shinka m’a découvert et engagé, pour être l’ambassadeur qui irait prévenir les spectres de l’ouverture de la faille, et les faire venir dans ce monde. Pour l’instant, je n’ai pas beaucoup d’activités : je peux juste me promener dans cet immeuble que le cercle possède, au milieu de cette ville qu’est Paris.
Ma chambre est couverte d’une tapisserie orange qui semble vieille, et d’un parquet craquant fort désagréable lorsque je fais comme maintenant les cent pas, plongé dans l’ennui et l’inactivité. Même le tapis rouge qui recouvre une partie du parquet ne suffit pas, ces craquements sont insupportables. Je regarde par la fenêtre et observe les humains dans la rue, c’est un de mes habituels passe-temps. Je les regarde en me demandant lequel parmi cette foule fera peut-être partie de ces ‘supérieurs’ qui auront le droit de vivre en prospérité ici, ou alors en cherchant lesquel de ces humains pourrait être un met appétissant.
Bientôt, mes congénères, vous pourrez vous nourrir d’humains innocents. Mais comment vont-ils passer dans ce monde sans ces sales démons que le cercle refuse de laisser passer ? Ils ne veulent pas m’en parler. Les quelques fois où j’ai demandé des renseignements, ils se sont contentés de répondre par un sourire ou par un simple « Je n’ai pas le temps de vous expliquer, nous verrons cela plus tard ».
Pensent-ils qu’ils ne peuvent pas encore avoir une totale confiance en moi pour ne rien me dire et me laisser inactif comme je le suis en ce moment ?

Je pourrais toujours partir à la recherche de l’autre spectre pour lui demander de s’allier avec moi, mais que dirait le cercle si je m’éloignais trop longtemps ? De plus, je ne sais pas où le trouver, et farfouiller chez Prométhéus Démonica n’est peut-être pas une bonne idée, vu la vitesse à laquelle le cercle, infiltré dans l’organisation m’a détecté. Je pense que les autres membres pourraient rapidement me mettre la main dessus.

Non, ça ne peut plus durer ! Je dois faire quelque chose ! Cette inactivité est trop pesante !
Je m’assois au bord de mon lit et appuie sur la sonnette qui se trouve sur ma table de chevet. Quelques minutes après, un homme frappe à ma porte.

« Entrez ! »
L’homme passe le seuil et avance de quelques pas.
« Vous avez besoin de quelque chose ?
- Oui, je m’ennuie. J’aimerais pouvoir faire quelque chose. Confiez-moi une tâche à effectuer. N’importe quoi, pourvu que je sois occupé !
- Je suppose que vous savez pourquoi on ne vous confie pas de tâches : votre corps d’enfant n’est pas des plus pratique.
- Peu m’importe, trouvez-moi quelque chose à faire ! Je vous rappelle que je peux changer ma forme humaine, pendant un temps limité certes, mais l’ennui est trop grand ici, alors réfléchissez. Je veux vous voir revenir avec une réponse positive !
- Je vais faire ce que je peux…
- Faites ce que vous avez à faire, voilà tout. Et maintenant, sortez ! »

L’homme ne répond pas et s’en va. Cette fois, j’espère bien qu’ils me confieront une tâche, pour combler mon ennui.
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 15 Aoû - 18:50

Chapitre 2: Âmes d'ange, anges d'arme

Cidolfas Minos

Ah, un peu de tranquillité, enfin. Je sortais de mon hôtel après une bonne nuit de sommeil et respirais l’air encore un peu frais du matin à pleins poumons. Je résistais un peu à l’envie de tousser vu que j’étais à Paris, mais ce n’était pas tellement l’air le plus important… Enfin une journée à ne RIEN faire.
Depuis deux ans, je ne faisais que ça, des déplacements, des petits, des grands, des moyens, mais je ne restais jamais en place. La ferme familiale en cendres, c’était le mieux que j'avais pu faire, en attendant de pouvoir mettre la main sur cette espèce de fantôme qui avait tué mes parents, derrière sa cuirasse démoniaque… Depuis, j’avais l’impression de faire figure de manouche… Pourtant, un manouche n'aurait pas pu se payer les séjours dans des hôtels de luxe que je fréquentais.
Si l’attaque de la ferme familiale m’avait apporté une seule chose bien, c’était ce pouvoir de modifier la réalité… Payer la note d’un palace avec une liasse de billets qui était une brique cassée 10 minutes auparavant était très économique. C’est vrai, j’aurais sans doute pu devenir ce que je voulais, ou plutôt ce que mes parents auraient voulu avec ce genre de pouvoir dans le creux de ma main. Seulement, eux morts, mon destin avait changé de voie. Ma vision du monde avait changé… Ces démons, ils pullulaient en fait dans mon pays, depuis combien de temps, je l’ignorais, mais le seul fait qu’ils soient là, qu’ils existent, qu’ils utilisent forme humaine pour se cacher… C’était comme si la peau de la terre s’était révélée à moi. Une fois son maquillage enlevé, je pouvais y voir des 10 ènes, des 100 ènes et des millions de boutons hideux. J’avais décidé de m’y attaquer, même si je devais percer ces boutons un par un… L’image n’était pas très ragoûtante, mais c’était la plus représentatif.
Je me souvenais du moment où le démon était mort, dire qu’un simple couteau de Tolède en or avait suffit à le terrasser. L’or, un point faible si simple, et pourtant si compliqué à trouver et en faire une arme… Sauf pour moi qui était une vraie pierre philosophale vivante. Un « Chasseur de démons » je crois que c’est ainsi qu’on aurait pu appeler mon « métier », même si mes seuls et uniques clients resteraient à jamais mes parents morts.
Deux ans à chasser, changer de logements… Et à apprendre le français aussi, pour avoir une chance de me faire comprendre… J’avais détruits tellement de démons en Grèce depuis ma révélation, j’avais toujours voulu y aller quand mes parents étaient encore en vie… Après tout, j’en avais les moyens. Mais il fallait croire que le hasard n’allait pas me laisser tranquille.
Je me souvenais de cette sensation que j’avais eue dans l’avion pour Paris : Une soudain envie de syntoniser l’accoudoir de mon siège en fusil mitrailleur, je le sentais, il était quelque part en dessous… LUI, le fantôme… Le…
« Hé, vous pourriez regarder où vous allez ! » me dit un homme que je venais juste de bousculer, même si sous son déguisement, je voyais parfaitement devant moi une espèce de créature qui ressemblait à un hamster géant. Pourtant, aujourd’hui, il avait de la chance, c’était mon jour de congé.
« Excusez moi monsieur », dis-je l’air de rien.
Je m’éloignais un peu, regardant cette fois bien devant moi, même si j’eus soudain envie de faire demi tour quand j’eus entendu parmi les élucubrations du démon sur la jeunesse, le mot « petit ». Je n’étais pas petit, il se trouvait simplement que tous les garçons de mon âge étaient des anormalités de deux mètres.
Ah, comme il faisait beau ce jour là, je me sentais léger, enfin aussi léger qu’on peut l’être avec une situation comme la mienne. Au bout d’une petite heure de marche, j’atterris sur la place de la Bastille. Le coin était plutôt joli, un peu vieux, mais joli. Je prenais la direction du boulevard Henri IV, lorsque je faillis me faire renverser par un skateur.
« Hé, ça va pas la tête !? »
Ce gars avait beau avoir l’air plus âgé que moi, ça ne lui donnait pas le droit de me rouler dessus… Je ne regrettais pas d’avoir transformé discrètement son skate en planche à repasser, il n'aurait plus qu'à du surf avec, ha. C’est en arrivant au milieu du boulevard que je remarquais quelque chose d’étrange, du moins, plus étrange que ce que j'avais l'habitude de voir.
A une quinzaine de mètres devant moi, une voiture s’arrêta sur le trottoir, il est descendit d’abord un démon, évidement sous forme humaine, puissant, ça se voyait, mais c'était un Cristallin... Il était rare que j'en vois. Mais le plus étonnant était qu’il était accompagné d’un humain, qui même s’il n’avait rien d’un démon, n’avait pas l’air totalement humain… Il dégageait une aura bizarre, comme s’il attirait ou repoussait… Non, correction, il repoussait les forces démoniaques. Pourtant, c’était bien un démon qui l’accompagnait, et je suppose qu’il devait sentir ce pouvoir, même si apparemment ça ne lui faisait pas grand effet… Et vu les regards qu’ils échangeaient, l’humain devait être au courant lui-même de ses propres pouvoirs et de la nature de son ami. Pff, dire que j’étais tranquille à flâner dans Paris depuis seulement une heure… Mais une telle association était un peu trop suspecte pour que je ferme les yeux dessus. J’attendis au loin qu’ils rentrent dans l’immeuble en face d’eux pour m’y diriger aussi. J’avais de la chance, la porte extérieure ne nécessitait pas de code pour entrer. J’entrais dans un petit couloir carrelé au bout duquel il y avait une autre porte fermée. Au travers des carreaux, je distinguais un escalier. A côté de la porte était disposé un interphone dans lequel était enchâssée une serrure. Je me mis à fouiller dans une poubelle accrochée au mur et en sorti un ticket de métro qui devint, quelques instants plus tard dans ma main, une petite clef. Je tentais alors de l’introduire dans la serrure. Bien sûr, elle ne rentrait pas, mais il suffisait d’adapter un peu… Voilà, c’était ouvert.
J’avançais lentement dans les escaliers, reniflant l’odeur nauséabonde de démon. Au 6ème étage, la nouvelle odeur que j’avais senti depuis le 5ème était ici très forte. C’était le dernier étage de l’immeuble, de toute évidence, c’était là. Cependant, je pensais devant la porte fermée à la manière dont j’allais pouvoir savoir ce qui se tramait dans cet appartement. Je n’avais pas de moyen d’entrer discrètement à l’intérieur sans me faire remarquer… Bah, le mieux était encore de frapper à la porte et de neutraliser le démon sans le tuer, s’il était aussi puissant que je le pensai il devrait résister à quelques projectiles dorés sans mourir. Je sonnais donc à la porte et attendais qu’on m’ouvre. J’avais de la chance, c’était l’humain que j’avais en face de moi. Il allait ouvrir la bouche, mais je décidais de me lancer avant lui.
_ Bonjour, service de dératisation de l’immeuble !
_ Quoi, dératisation ? Mais on a pas…
_ Comment, vous n’avez pas été prévenu de notre visite ? Ah, c’est sans doute encore quelqu’un qui a cru que c’était juste une publicité !
_ Ecoutez, je suis très occupé, je n’ai pas vraiment le temps…
_ Mais si, mais si, je vous dérangerez pas longtemps !
Je profitais de la petite ouverture qu’il laissait sur le pas de la porte pour m’y faufiler et entrais dans l’appartement.
_ Hé, mais où vous vous…
_ Vous êtes au courant que certains locataires ont eu des rongeurs ! Si vous voulez mon avis, il serait plus prudent de vérifier, on ne sait jamais !
J’arrivais alors dans un assez grand salon où une grande table et des chaises avaient été poussés contre les murs. Mais à l’autre bout de la pièce, regardant par la fenêtre…
« Je pense même que vous avez un rat, dis-je en sortant un poignard éguisé, et même un très gros ! »
Au moment où j'envoyais un poignard, sous le regard médusé de l’humain, le démon tourna la tête vers moi… La lame se planta juste à côté de lui, dans le mur.
_ Qui êtes vous, qu’est ce que vous faites là ? dit-il en se mettant en position alerte
_ Shalashaska, Chasseur de démons !
_ Chasseur de…
_ Parfaitement, et j’ai un cadeau de douze carats, pour toi !
Le démon montra soudain un air agressif, j’avais l’impression qu’il grandissait… Il allait retrouver sa véritable apparence.
_ Non, ne faites pas ça, pas ici !
_ Un humain qui connaît mon existence, c’est déjà beaucoup, mais deux…
_ Allez, mon grand, fais toi plais… Hé !
L’homme à côté de moi attrapa mes mains, au point que j’avais faire tomber un poignard sur mon pied.
_ Non, mais, tu vas me lâcher, toi !? Je t’ai rien demandé !
_ Ne vous battez pas ici, vous allez attirer l’attention !
Malgré que cet homme soit effectivement plus fort que moi, je réussis à passer être ses doigts. Libre, je le poussai pour le faire tomber.
_ T’inquiète, j’ai un silenc…
Le temps que je relève mon regard, je vis le démon tout près de moi, une sorte d’épée de lumière à la main, prête à me trancher en deux. Je savais dans l’instant que je n’aurais pas le temps d'attaquer que ma matière grise se dévoilerait à tout le monde. Je fermais très forts les yeux… Mais rien ne vint. Je pris le risque de les rouvrir, et je vis le démon à deux mètres de moi, désarmé. Peur ? Le mot ne convenait pas pour dire ce qu’il éprouvait, il « sourcillait ». Je sentais à côté de moi cet espèce que pouvoir de dissuasion démoniaque, plus fort que je ne l’avais jamais senti. Sans changer de ton, le démon dit :
_ Vous apprenez vite, Ken.
Il fallait que je profite de ce moment.
_ Bonne idée ça, il sera plus facile à neutraliser !
_ Arrêtez, vous aussi, ou alors…
_ Ou alors quoi ? demandais-je en pointant mon arme à nouveau sur ma cible.
Il hésita un instant, puis il lâcha :
_ Ou je vous oblige à arrêter en contrôlant votre corps !
Je n’arrivais pas à croire ce qu’il me disait. Non, il devait bluffer, même les démons les plus puissants que j’avais abattus jusqu’à maintenant ne possédait pas ce pouvoir. Mais s’il ne bluffait pas alors… S’il ne bluffait pas, il n’était pas sûr que le démon, lui, pourrait être contenu une seconde fois. Pour la première fois depuis deux ans, je rangeais mon arme devant un démon, et je n’appréciais pas du tout.
_ Un humain qui fait ami ami avec un démon, vous lancez une nouvelle mode ? lançais-je
_ Nous ne sommes pas encore amis, dis la créature sur un ton convivial, nous ne nous connaissons pas encore assez, n’est-ce pas Ken ?
_ En effet, dis « Ken » en se relevant.
Il enleva la poussière de ses vêtement puis s’adressa à moi.
_ Ecoutez, je vous demande d’oublier ça…
_ Oublier ce que vous trafiquez avec un démon, vous rêvez ! J’espère que vous avez une bonne raison de fricoter avec « ça » alors que vous avez l’air de naturellement les repousser…
Je décelais dans ses yeux un petit regard surpris, dans ceux du démon qui me toisait, rien.
_ Et bien, peut être qu’à l’heure actuelle…
_ Ken, fis posément le démon
_ Il y a peut être plus menaçant que « ça »…
_ Ken !
Le ton m’avait surpris, j’avais le sentiment que « Ken » avait dit quelque chose que lui, aurait voulu taire.
_ Vous êtes sûr de savoir ce que vous faites ? Vous avez confiance ?!
_ Aucune, soupira-t-il longuement, mais, nous n’avons pas tellement le temps.
Plus menaçant que des démons ? Je pensais que ça ne pouvait pas exister, les seuls autres êtres anormaux sur cette planète se sont…
_ Les spectres.
J’eus un petit sursaut, non pas parce que c’était le démon qui avait pris la parole, mais en entendant ce mot. Je serrais le point, en repensant à LUI, LUI qui était quelque part à paris, LUI que j’avais senti en arrivant en avion. LUI…
C’était vrai, ces choses, je les haïssais encore plus que les démons. J’aurais été prêt à me battre contre toute une armée de ces créatures, même en n’ayant aucune chance de m’en sortir. Prêt à repousser une invasion à moi tout seul s’il le fallait… Sans ce spectre, ce jour là, peut être que mes parents seraient encore en vie.
_ Il se prépare, au sein de l’Organisation de Prométhéus Demonica, dans la partie la plus pourrie, une chose terrible pour les humains… Des vagues de fantômes qui vont sans doute déferler sur le monde…
Le démon avait-il lu mes pensées avant de me dire ça ? Est-ce qu’il connaissais déjà ma réponse à la question qu’il n’avait même pas encore posée, je n’en savais rien. Sous le choc, je ne pus dire qu’une chose.
_ Promoté-quoi ?


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sebrich
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 15 Aoû - 20:41

Claude Lupus

_ Auvers sur Oise, deux minutes d’arrêt.

Ouf, j’y étais enfin arrivé ! Cette grêve des trains était sur le point de me rendre fou. Et ça, je devais l’éviter, pour la sécurité des rares personnes attendant un train sur le quai. Et puis, la cheftaine ne l’aurait pas du tout apprécié. Et c’est bien une chose que je veux éviter : l’obliger à sévir encore une fois.
Bien que ce soit rare qu’elle le fasse.

Je sortis en plein soleil de la gare, en admirant les vieilles maisons de la ville, avant de surprendre une conversation à vingt cinq mètres sur ma droite, des voix féminines, un peu trop jeunes.
_ Ouah, il est trop mignon celui là !
_ Ah ouais, trop top ces cheveux blancs, je me demande quelle coloration il utilise.
Je souris à cette remarque. Un des bons cotés de mon « accident ».
_ En plus il a l’air bien musclé, mmmh, j’adore !
Deuxième bon cotés, deuxième sourire.
_ Allez, on va lui parler ?
_ T’es folle ? On est que des lycéennes, il va nous rire au nez.
_ Bah, qui ne tente rien n’a rien.

Je serais bien resté pour discuter avec ces gamines, mais j’étais sûr que la cheftaine n’aurait pas été du tout contente que je sois arrivé plus en retard. Je disparus dans une petite ruelle que j’avais découvert la première fois que j’étais venu ici.

Je voyais des murs de briques défiler sur le coté, marchant d’un pas mécanique dans les petites ruelles, à force de les avoir empruntés par le passé. Je me mit à réfléchir alors, sur la nature urgente de ma venue ici. Qu’est ce qu’il y avait de si urgent pour interrompre mon blocus ?

Nouvel embranchement, je pris à droite.

Et pour me faire rater mon rendez-vous avec Corrine ! Elle savait que ça, c’était sacré !

Embranchement, à gauche.

Enfin bon… C’était vrai qu’elle était très bien avec Jacques, et puis c'était un bon ami, je ne devrais pas lui faire ça.

Cul de sac.

Je m’étais encore trompé, ça m’énervait ! Je me retournai pour repartir dans l’autre sens quand je sentis un danger, une menace.

Une brique explosa à mes pieds.

Je levai les yeux et vît un regard calculateur posé sur moi. Puis il disparut.
Qui était-ce ? En tout cas, il allait payer pour la grêve !

Je fis un signe compliqué des mains, et quelque chose autour et en moi sembla se briser. J’étais à 55% de mes capacités. Mes dents blanches se dévoilèrent, rendant la lumière bizarrement.

Je pris appuis sur le mur avec le pied, et m’élançai sur le mur d’en face, sur lequel je rebondis, et agrippai le rebord du toit, lequel se retrouva bien vite sous mes pieds. Je me retournais pour voir à qui appartenait ce regard, pour voir un homme , nonchalamment appuyé sur une cheminée.

_ Qui êtes-vous ? demandai-je. Mes dents se dévoilèrent, mais pas pour sourire. Les dents dévoilés n’ont pas la même signification pour toutes les espèces. D’ailleurs, si j’avais plus libérer mes capacités, je me serais mis à grogner.

L’homme sourit d’un sourire sans joie, se remit à peu près droit et disparut.
_ Mon nom n’a pas d’importance, dis une voix dans mon dos.
« Rapide le bougre » pensais-je. Je me retournais d’un bloc pour lui assener un coup de coude, mais il me déstabilisa en me faisant un croche pied. Comme j’étais sur le bord, j’avais toute les chances de tomber, mais je sautais pour me rééquilibrer sur un toit suivant.
-Espèce de…
A peine avais-je eu le temps de lancer mes paroles virulentes que, déjà, je devais me protéger la figure de son poing.
_ Hum, pas mal pour un jeunôt, dit-il avec un sourire affable.
Mon pied s’envola pour lui faire sauter le tête des épaules, mais il para avec la même vitesse.
_Je vais t’en donner du jeunôt ! disais-je en lançant mon autre pied vers son torse.
Il l’arrêta aussi, et puisqu’il me tenait les deux pieds, il m’envoya valdinguer vers un autre toit. Je me rétablis dans les airs, et fit voler une dizaine de tuiles en atterrissant lourdement sur un toit salvateur.
« Trop rapide, je dois m’éclipser » songeais-je avec amertume. Je me retournais pour m’éloigner le plus possible de cet homme, mais un visage devant moi m’en empêcha.
_ Et il veut aller où le toutou ?

« Que ? Ca veut dire qu’il sait ? »

Un coup de poing à décorner les bœufs mit fin à ma pensée. Un toit défila sous moi, et un autre m’accueillit.
_ Ough.
_ Allez, il va être gentil et manger un bon susucre hein ? dit l’homme au dessus de moi.

Je lançai ma main vers son visage, et une marque en forme de griffe apparut sur sa joue droite. Une goutte de sang en perla et tomba sur mon nez.
Le sang. Je devais me contrôler, sinon j’allais perdre la raison. Je prononçais un mot à voix basse, remettant en place les sortilèges qui régulait ma force et mon envie de sang, ce qui fit que je redevins aussi inoffensif qu’un louveteau.

Comment j’allais m’en sortir moi ?
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 15 Aoû - 21:28

Anais :

Une vie normale. Je demandais pas grand chose. Juste une vie normale. Métro, boulot, dodo, payer les impots, jouer au loto, épouser un macho, avoir deux ados, qui me traiteraient de vieille bique intello. Une vie normale, quoi.
C'est bien ça, mon problème. Je demande toujours ce que je ne peux pas avoir. Je l'ai compris dés que j'ai accepté de m'occuper de Claude. Je peux pas avoir de vie normale. Je peux plus avoir de vie normale. Jamais.Tant pis.
Assise sur le sofa vieux mais confortable, je regarde ma grand mère. Elle examine à la lumière de la lampe posée sur le guéridon la petite bague que je viens de détacher de mon doigt. C'est un bijou tout simple, mais très joli, deux petit serpents en or, noués l'un dans l'autre. Sur la tête de l'un est incrusté un rubis. Sur l'autre, c'est un diamant.
J'ai donné ce bijou à examiner aux chercheurs de Prométhéus Demonica. Personne n'y a trouvé rien de particulier. Je doute que grand mère puisse me dire quoi que ce soit de plus. Elle a pourtant quelque chose de particulier, cette bague, puisqu'elle m'a sauvée.
Elle lève les yeux vers moi.
_ Répète-moi ton histoire.
_ Je t'ai tout raconté dans les grande lignes.
_ Raconte de nouveau. Je veux être sûre d'avoir tout compris.
Je soupire, mais m'exécute.
_ J'avais treize ans. Je rentrais du collège en vélo. J'avais un mot pour mes parents à faire signer, parce que je rendais pas les devoirs à temps, et je redoutais l'engueulade. Alors pour retarder le moment d'arriver à la maison, j'ai fait un détour par les champs, derrière le stade. Il y avait personne, et le soir tombait. Un homme est apparu devant mon vélo, d'un seul coup, sans que j'ai réussi à voir d'où il était venu. J'ai pas eu le temps de comprendre. Il m'a fait tomber et a attrappé mon bras de sa main gauche. Il a levé son autre main. De la lumière est partie de ses doigts et a touché mon coeur.
_ Et là, tu as mis la main sur ton coeur par réflexe.
_ La main qui portait la bague, oui.
_ Et l'homme à disparu.
_ Pas disparu. Il s'est évaporé. Mais la vapeur de lui-même n'a pas disparu non plus, elle est... Entrée en moi. Je l'ai absorbée. Et depuis, je suis... Ce que je suis.
_ Une sorcière, Anaïs. Appelons un chat un chat.
Je reste immobile sur mon sofa. Je regarde ma grand mère. Si pragmatique, si froide. Si désespérément fidèle à elle même.
_ Tu semble accepter ça facilement.
_ Je suis vieille. J'en ai vu des choses étranges et absurdes depuis que je suis au monde. J'ai vu des gens quitter les villes pour fuir la guerre et se bousculer sur les routes, au point de se piétiner. J'ai vue des amies à moi disparaître, du jour au lendemain, parce qu'elles avaient une étoile jaune sur leur blouses. J'ai vu mon père me vendre à un croque mort sous prétexte qu'il était cousu d'or. J'ai vu mes enfants, la chair de ma chair, se repousser la corvée de m'avoir pour noël. Alors, ma petite fille une sorcière, pourquoi pas, après tout ? Ce n'est pas plus absurde que le reste. Tes parents savent ?
_ Tu es le premier membre de la famille à qui j'en parle.
C'est moi qui trouve tout ça étrange. Le mur que j'ai dressé pendant des années entre ma vie ordinaire et ma vie clandestine vient de s'ouvrir. Il y a encore quelques heures, il aurait été aberrant de parler de ça avec qui que ce soit d'autre que Claude, ou mes rares contacts de l'Organisation. Pour le reste du monde, tout ça n'a jamais été sensé exister. Et voilà que ça existe pour Grand mère. Comme ça. Si facilement. C'est impossible que ce soit aussi normal.
Grand mère me rend la bague, je la remets à mon doigt. Elle a une moue de désapprobation.
_ Ton doigt n'a pas grossi depuis tes treize ans. Tu es beaucoup trop maigre. Tes bras ressemblent à des allumettes.
_ Désolée, grand mère, je suis faite comme ça.
_ Allons, ce n'est pas le propos.
Elle se détourne de moi et va ouvrir un panneau coulissant sous sa bibliothèque. Elle y fouille longtemps avant de retrouver un vieux cahier plein de poussière, qu'elle ouvre et dont elle tourne les pages avec précaution.
_ Cette bague m'a été donnée par ma mère. J'étais sensée la transmettre à ma fille.
_ Mais maman n'en a pas voulu, alors tu me l'as donnée pour mes treize ans.
_ Ma mère m'a raconté que cette bague symbolisait la force des femmes de notre famille. Toutes des fortes femmes, de fort caractère.
Je sais. Tu me l'as raconté quand tu me l'as offert. Et j'ai senti peser sur moi le poid de la lignée de cheftaines dont je descend.
_ Cette bague devait bien avoir un sens, à l'origine, non ?
_ J'ai cherché, mais ça s'est perdu au fil des génération. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'elle était déjà dans notre famille à la révolution française. Mes recherches généalogiques se sont arrêtée là, au delà de la révolution, tous les registres et documents utilisables ont été brûlés.
Je hausse les épaules. De toute façon, à quoi bon chercher une réponse ? Ce qui est fait est fait.
_ Tu crois que ton monsieur Easton s'est remis ?
_ Laisse-lui le temps. Il a eu trop d'émotions en peu de jour. Tu sais, je le connais un peu mieux qu'il le pense. C'est un sale gosse arrogant, mais ce n'est pas un lâche. Tu l'aurais menacé avec le 22 long riffle de ton grand père, il n'aurait pas bronché. Mais avec un coussin volant, c'est une autre affaire. Il y a des gens qui ont besoin que le monde reste rationnel.
Je sais. J'en fais partie.
Grand-mère se lève.
_ En attendant il est 19h. Il est temps que j'aille préparer le dîner. Viens m'aider.
Je sursaute. Déjà 19h ? Cette plongée dans le passé m'a fait oublier.
_ Je ne peux pas grand mère. Je dois aller chercher un copain à la gare !
_ Un copain ? Tu as invité un copain ?
_ Heu... Oui, je voulais t'en parler, mais tu m'as demandé des explications, alors...
_ D'accord, d'accord, et ton copain, c'est aussi un sorcier ?
J'hésite à répondre. A vrai dire, je ne sais pas trop quoi répondre.
_ He bien, c'est quelqu'un qui peut nous aider, oui. Finis-je par dire.
_ Bon, tu m'expliqueras plus tard. Vas le chercher, et ne soyez pas en retard, j'ai horreur de retarder l'heure du dîner.
J'enfile ma veste et cours hors de la maison. J'entends le train qui repart. Il doit déjà être sur le chemin. Je le rencontrerai en route. J'aurais le temps de lui expliquer ce qu...
Comme une main de glace sur le coeur.
Danger.
Je ne sais pas où, mais danger. Danger tout près. Grand mère ? Non, pas grand mère. Pas Easton. Claude ! C'est Claude qui court un danger.
J'accèlère ma foulée. En quelques instant, je suis à la gare. Pas de Claude. Je le savais. Je le savais qu'il saurait pas se repérer, même si je lui décrivait le chemin. Je le savais qu'il fallait qu'il m'attende à la gare. Pourquoi est-ce que les garçons veulent toujours prouver qu'ils savent se débrouiller tout seul ? Tête de mule, va ! Où es-tu maintenant ?
Claude ? Claude ?
Je trouve l'esprit de Claude aussitôt que je tende le mien. Il est tout près. Il se bats. Non, il... Il perd l'équilibre et tombe, tombe... Je regarde autour de moi, un épicier est en train de prendre l'air devant son étal. Deux jeune filles bavardent devant la gare. Je vais me dissimuler dans une rue, hors de vue. Et je défais mon corps. Claude...
La sensation du pavé sous mes sandales disparait, puis est remplacée par quelque chose de plus rugueux. Des tuiles. Un toit. Claude étalé devant moi, les bras en croix. Sa jambe fait un angle inquiétant. Je m'accroupit à coté de lui.
_ Claude ? Tu m'entends, mon vieux ?
Il gémit doucement. Sa jambe est cassée.
_ T'en fais pas, Claude, je vais te réparer ça en moins d...
Une ombre recouvre le visage de Claude. Une silhouette se dessine sur les tuiles sur lesquelle nous sommes. Je lève les yeux vers le toit qui surplombe le notre. Dans le soleil, à contre jour, un homme se tient, debout, au dessus de nous, et nous regarde. Il porte une veste et un pantalon peu pratique pour l'escalade. Non, ce n'est pas ça qui me dérange. Il émane autre chose de bizarre de lui. Je n'arrive pas à définir quoi. Et c'est bien ça qui est inquiétant.
_ C'est lui qui t'a fait ça ? demandé-je à Claude tout bas.
Pour toute réponse, Claude émet un nouveau gémissement, mais il n'y a pas besoin d'être grande devineresse pour savoir que oui.
L'homme prend son élan et bondit hors du toit où il se trouve. Le soleil couchant m'éblouit alors que je le suis des yeux. Il atterrit près de nous. Je distingue mieux ses traits. A première vue, c'est un homme d'environs cinquante ans. Mais ce n'est pas son âge. Il est plus jeune que ça. Beaucoup plus jeune. Pourquoi dis-je qu'il est plus jeune ? Il a un visage très ordinaire, vraiment très ordinaire, alors pourquoi est-ce que je le trouve si bizarre ? Il s'avance vers nous. Il vient pour nous abattre ?
_ Prométhéus Demonica ? demandé-je sans vraiment espérer de réponse.
Il ne cille même pas et continue à s'approcher. Je réalise alors pourquoi il me dérange tant. Il n'émane de lui aucune émotion, aucune pensée. Je ne perçoit rien de ce qu'il a dans la tête. Pourtant, il n'y a pas d'écran. Il n'y a pas de mur entre mon esprit et le sien. Je ne sens juste PAS son esprit. C'est QUOI, ce truc ?
_ Qui es-tu ? demandé-je, en plantant mes yeux dans les siens, intensémment.
Ce regard n'est pas vide. Et il ne passe pas à travers moi. Il soutient le mien. Non, ce n'est pas comme si ma volonté ne se refermait que sur du vide. Je tiens son esprit, mais il continue à avancer. Il me résiste. Pourtant, il ne semble faire aucun effort, pour celà. Je resserre l'étaut de ma volonté. Arrête-toi. Obéis. Arrête toi. Arrête d'avancer vers nous. Il avance.C'est comme si j'essayais de broyer un diament à la force du poing. Son esprit est invisible, dur et lisse, sans la moindre prise. Il est impossible à faire ployer.
_ Qui es-tu ? Répété-je sans cesser de le regarder.
J'inspire, j'expire. Je me tends tout entière dans mon regard. Arrête toi. Arrête toi, et réponds à ma question. Répond. ARRÊTE-TOI Je bande mon esprit entier. Je me détache de toute sensation, le corps endolori de Claude dans mes bras, le toit sous mes pieds, le soleil. je ne suis plus qu'un regard. J'arrête de serrer son esprit, j'essaye de m'effacer, de n'être que lui. Je me faufile en lui, imperceptible au milieu de l'imperceptible. Je cherche le fil qui relie sont esprit à son corps. Et je souffle, doucement. Arrête-toi... Arrête-toi...
Il s'est arrêté. Il reste immobile, les yeux dans les miens. Je ne bouge pas. Je reste stagnante, latente, en lui, ne faisant qu'une avec lui-même.
_ Qui es-tu, demandé-je une troisième fois.
Ma voix me semble me venir de très loin, à travers les brumes de la réalité. Je lance un appel à mes jambes, si lointaines. Je les sens qui arrachent mon corps lourd au toit et me mets en mouvement vers lui.
Qui es-tu ? Je ne trouve rien en toi. Ni souvenirs, ni pensées. Pourtant, c'est là. Je sais que c'est là. Mais je ne sens même pas leur contact sous les mouvements de mon esprit. Qui es-tu ? Pourquoi nous attaques-tu ? Quel est ta mission ?
Soudain, comme par hasard, comme un reflet qui vous heurte le regard aléatoirement, je trouve l'image d'un visage. Peter Easton. Tu étais chargé de le retrouver. J'essaye d'attraper la pensée, mais elle s'est déjà évaporée, comme une bulle de savon qui crêve.
Rien, plus rien. C'est comme s'il était vide, et pourtant, je sens sa présence toute entière autour de moi. Son nom ? Quel est son nom ? Impossible de trouver le moindre nom. Impossible de mettre une forme, une couleur, à cette présences dans laquelle je nage. Je me fais douce, imperceptible, mais rien. Rien ne s'ouvre, rien de s'éclaire, rien ne pousse. Pas la moindre pensée. Ou plutôt si, une. Je trouve... Je me trouve moi, face à lui, en train de le regarder. En train de prendre possession de ses muscles, de son corps, en train de couper le chemin à sa volonté vers lui-même. Moi. C'est tout ce sur quoi je peux agir. Je caresse l'image d'un revers de l'esprit et l'efface.
Mes jambes m'ont amenée devant lui, mon regard dans le sien. J'ordonne à ma bouche un mouvement, à ma gorge un son.
_ Sais-tu ou tu es ?
_ Non.
Sa voix est claire, ferme, malgré moi.
_ Sais-tu à quoi je ressemble ? Dis-je encore, en resserrant encore mon esprit dans le sien.
_ Non.
Plus faible. Mais toujours ferme. Je m'étends dans sa tête.
_ Sais-tu ou tu allais ?
_ Non.
Cette fois, comme une légère absence, dans le ton.
Ca suffira.
_ Alors repars. Rentre chez toi.
Il se détourne. Son regard se détache du mien. Je retombe dans mon corps. Et tombe littéralement à genoux sur les tuiles. Je glisse et me retiens à temps avant de tomber dans la rue. Ma tête tourne. J'inspire, je respire. Je reprends conscience de mes bras, de mes jambes.
Bruit sec.
L'homme a sauté à terre, dans la rue. Je me penche par dessus le toit. Il s'est relevé sans la moindre blessure, malgré la hauteur du toit duquel il a sauté. Il se dirige vers la gare.
Je rampe vers Claude, qui me regarde d'un air inquiet.
_ Tu as l'air épuisée, cheftaine.
_ Il était très résistant. Mais ne t'en fais pas. J'ai l'habitude. Il a oublié qu'il nous a rencontré.
_ Ca t'épuise pas comme ça d'habitude.
_ Je sais. Je te l'ai dit, il était très résistant. Maintenant ne bouge pas, s'il te plait.
Il faut encore rassembler mes efforts. Je pose la main sur la jambe de Claude.
Sous mes doigt, l'os cassé, à travers la chair. Plus de mal.. Je pense la jambe telle qu'elle était avant d'être cassée. Je vois l'os à l'intérieur. L'os intact. Je le vois. Je le...
_ C'est bon, merci cheftaine, dit Claude en se relevant. Ne restons pas sur ce toit, si on nous vois, ça risque de jaser.
J'ai mal au crâne. Le soleil est en train de disparaitre à l'horizon. Je me sens épuisée. Je tourne les yeux vers la gare ou j'ai vu disparaître l'homme. Il y a encore un truc qui me chiffone. Je ne sais pas quoi. J'arrive pas à mettre le doit dessus. C'est alors que je me redresse, je réalise quelque chose.
_ Claude, tu te souviens de quoi cet homme avait l'air ?
_ Oui, dit Claude, il était... Il était...
Je ne le laisse pas continuer.
_ Tu es incapable de t'en souvenir. Comme moi.
_ Oui. Je serait incapable de le reconnaître, s'il revenait maintenant. Qu'est-ce qu'il nous a fait, cheftaine ?
_ Je ne crois pas qu'il nous ai fait quoi que ce soit. C'est moi. Il était trop résistant. J'ai tellement voulu qu'il oublie que ça c'est étendu à nous deux. Nous ne nous souviendrons pas de son visage.
Je vascille un peu. Claude me soutient. Claude, qui me fait souvent tourner en bourrique, mais qui ne me laisserait jamais tomber. Claude, mon disciple, mon ami. Cher Claude.
_ C'était un démon ?
_ Je ne crois pas. Je ne crois pas non plus que ce soit un membre de l'organisation. Pour te dire la vérité, Claude, je n'ai aucune idée de ce que c'était.
Je ne demandais pas grand chose, pourtant. Juste une vie normale. Une vie normale...


Dernière édition par Tchoucky le Mar 15 Avr - 22:39, édité 2 fois
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 17 Aoû - 0:35

Séraphin

Ce qu’il peut faire froid, ici !
Cela fait un certain temps que je suis là, mais je me fais la réflexion à chaque fois. Je suis le type qu’ils envoient sur le terrain ; ils auraient pu me trouver mieux. Par contre, c’est grand, et c’est carré. Et il n’y a pas de lumière à l’intérieur. Il y a celle du couloir. La porte est souvent ouverte, donc on ne peut pas dire qu’on n’y voit rien, mais même si j’ai une bonne vue, je ne signerais pas un contrat ici. Peu importe, si c’était moi qui signais les contrats, cela se saurait. Moi, je dois aller aux quatre coins de la France avec les transports en commun. La plupart du temps, je dois tuer ou ramener je ne sais quel ennemi de je ne sais qui d’important. Il m’arrive aussi de devoir négocier quelque chose avec quelqu’un de riche. Enfin, négocier avec ses gorilles. Ils m’ont toujours trouvé doué pour ça, au cercle. Mais là, j’ai raté. Je devais trouver un type qui s’appelait Peter Easton. Je ne sais pas ce qu’il a fait. J’ai raté. Ce sont des choses qui arrivent.
Il n’y a pas de tableau au mur. Alors je regarde le mur. Avec un peu d’imagination, ça marche bien un petit quart d’heure, et ça entretient la réputation. Les gens sont plus impressionnés par ceux qui les accueillent de dos ; et justement, quelqu’un entre. Ici, on aime impressionner. Et lui, il est impressionnant. Il ne fait pas un bruit. D’un pas furtif, il se glisse dans votre dos, et quand il ouvre les portes, on ne l’entend pas. Il n’est pas du même genre que moi, il serait trop beau d’avoir un point d’ancrage pareil. Lui, il est ordinaire. Enfin, plus ou moins. Ici, on développe toujours de petits talents de ce type. Et lui, il est silencieux. Et rapide. Je ne l’entends pas passer le pas de la porte, mais je sais qu’il y est. Je reconnaîtrais ce parfum n’importe où.

« J’ai échoué, dis-je.
_J’ai été avisé de votre échec. Dans le rapport que vous avez rédigé, vous prétendez avoir rencontré une certaine résistance.
_J’imagine.
_Vous imaginez ?
_Je ne me souviens plus. Et je ne pense pas que ça me reviendra.
_Vous vous souvenez de votre mission ?
_Non.
_Vous vous souvenez où vous êtes allé ?
_Non.
_Vous ne vous souvenez donc de rien ?
_Non plus.
_Peu importe ».

Ce type est incroyable. Je l’ai toujours pensé. Rien ne l’intéresse. J’ai échoué une mission sûrement importante, c’est la première fois, et lui, il s’en moque. Et le pire, c’est qu’il ne s’en cache pas. Non, en fait, le pire, c’est qu’il ne cherche même pas à comprendre. Mais pour tout dire, ce qu’il y a vraiment de pire, c’est que c’est lui le patron de ce quartier général. Il sait tout, il est au courant de tout, mais ça ne l’intéresse pas. Ce sont ceux d’en dessous qui se sentent le plus concerné. Lui, il se dit que lorsqu’ils auront ouvert, de toute façon, toutes ces préoccupations seront nettoyées.

« Peu importe, continue-t-il d’un ton égal. J’ai une nouvelle mission pour vous, d’une tout autre importance. Vous savez, ces artefacts, là, les artefacts démoniaques ? Vous en avez déjà ramené quelques uns. Hé bien, nous avons repéré un démon aux alentours de la place de la Bastille, à Paris. C’est un démon cristallin, et nous présumons que comme la plupart des démons cristallins, il possède un artefact de première qualité.
_Vous le voulez ?
_Nous le voulons. Naturellement, il faudra tuer le démon qui le porte, en principe. Vous vous souvenez comment l’on s’y prend ?
_On est riche.
_Exactement. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.
_Oui, réponds-je d’un ton que je voulais le plus soumis possible ».

Il est parti. Il sait sûrement que je lui ai menti, mais il s’en moque. Je me souviens très bien que je devais ramener Peter Easton. Je me souviens très bien pourquoi je suis reparti. Par contre, je me souviens plus où c’était. Je vois très bien à quoi ça ressemble, mais pas où c’est. J’imagine que cette fille ne se souvient même plus de moi. Ah, c’est beau, la célébrité. J’ai toujours su faire ça, aussi loin que je me souvienne, et je n’ai jamais exactement compris comment je faisais. Dessiner, aussi, j’ai toujours su faire ; et là, j’avais deux dessins à faire. Le loup Garou d’hier, il ne m’impressionne pas. J’ai tué des gens ordinaires plus impressionnants que ça. La fille, en revanche… Elle m’a donné une migraine épouvantable sans bouger. Enfin, sans bouger…. Oui, sans bouger. Elle est apparue sans faire de geste. Ce n’était pas un démon, je l’aurais su. Je ne sais pas comment je l’aurais su, mais je l’aurais su. Cela se voit. C’était sûrement un de ces spectres qu’ils veulent faire déferler sur la populace, mais là aussi, je l’aurais vu. Et il était bien trop puissant. Mais je suis sûr que c’était ça. On ne me confiera plus cette mission-là, j’imagine. J’y ai échoué. Pourtant, ça m’intéresse. C’est pour cette raison que je suis parti ; celle là, et également l’envie de ne pas vérifier jusqu’où elle pouvait dévorer mon cerveau… Il faudra voir ça.
Je n’aime déjà pas ce qui me sert de chambre, mais en plus, avec ce parfum que le patron a laissé… Je n’ai jamais pu supporter ce parfum. Il empeste, même longtemps après son départ, et quoi que je fasse pour qu’il ne me donne pas ses missions ici, il trouve toujours moyen de venir me voir lorsque je suis là.
Je prétends qu’il n’y a pas de tableau, dans cette pièce. En fait, il y en a un, au dessus du lavabo. Il est toujours plus intéressant à regarder que le mur. En arrière plan, l’artiste a fait la porte de ma chambre. Elle est ouverte. Sinon je ne verrais pas le tableau. Le thème de l’avant plan n’est pas mal. Le peintre a dessiné un homme d’une quarantaine d’années, visiblement. Il a les cheveux courts et grisonnants, coiffés d’une très curieuse façon. Il est barbu, aussi. Mais on croirait que son barbier est tailleur de haies. C’est impeccable. Et il a une veste. Et une chemise en dessous. Au niveau des jambes, on ne voit pas qu’il a un pantalon. De plus, c’est un de ces tableaux où le regard du personnage, si pâle soit il, vous suit partout. Bref, le thème n’est pas mal, mais l’artiste l’a complètement raté. C’est complètement figé. Comme si on l’avait mis dans de la résine invisible. Oh, il peut montrer des expressions de visage, mais son aspect physique ne bougera pas. Le créateur l’aura trouvé parfait et l’aura figé sur place. Tout sur ce visage restera toujours de la même forme et de la même couleur ; y compris une coiffure désorganisée et une barbe impeccable –mais ça, c’était l’aspect positif.
Je regarde mon poignet. Je n’ai pas vécu la seconde guerre mondiale, le cercle a été créé après. Mais l’on peut y lire « 665 » gravé profondément. Je ne pense pas qu’il y en ait 664 autres comme moi. Je suis même persuadé d’être le seul. C’est juste un trait d’humour de ceux du Cercle Shinka qui ont peint ce tableau au mur de mes appartements. 665. Le faux démon. Séraphin. C’est mon nom de code. Un trait d’humour également, je présume. Sous prétexte que j’ai des pouvoirs de démon sans en être un, je dois avoir un nom angélique.
J’ai terminé mes dessins. J’en ai fait deux. Deux antisèches. Manifestement, les aide-mémoire peuvent ne pas être inutiles. Et puis de toute façon, ce n’est pas pour moi.
Je sors de la pièce pour déambuler à travers le quartier général du Cercle Shinka en France. C’est l’ancien siège social d’une entreprise qui fait du sommeil des gens son business. Je ne sais pas exactement en quoi cela consistait. Peut-être était-ce tout simplement une fabrique de matelas particulièrement confortables ; ou peut-être créaient-ils et fabriquaient-ils de ces produits anti-ronflements. Quoiqu’il en fût, le choix de cet ancien siège social est un trait d’humour de la part des fondateurs. La plupart des gens pense que les gens qui comme nous ont quelque chose à cacher le font en se servant de bâtiments de nature plus impressionnante. Sauf qu’au cercle, ce ne sont pas des comploteurs ordinaires. Ce sont des idéalistes. Et comme tous les idéalistes, ils ont de l’humour. Ils font d’une pierre deux coups. D’une part, c’est dans le siège social d’une société de l’extinction des feux que se décide la quasi-extinction d’une espèce ; et d’autre part, qui soupçonnerait que, lorsqu’on a pour logo une couverture, l’on soit dissimulé en dessous ?
Il y a beau y avoir beaucoup de monde ici, j’ai trouvé celui que je cherchais. C’est assez simple, en y réfléchissant. C’est le seul pour qui l’on ait besoin de se baisser.

« Hé, Casper !
_C’est Shaaxalaxx.
_A tes souhaits. Alors, on s’ennuie ?
_Affreusement. Soi disant que je ne serais pas « pratique » pour les missions qu’ils ont à confier.
_Alors je suppose que tu as deux minutes à m’accorder.
_Qu’est-ce que tu veux ?
_J’ai trifouillé dans les dossiers sur les spectres, et je suis tombé sur un truc qui m’a paru obscur, à propos de quelqu’un. Tu pourrais peut-être m’éclaircir.
_Tu sais, me dit il tandis que je lui tends l’un de mes dessins, ce n’est pas parce que je suis un spectre que je suis capable de… »

Il regarde brièvement la feuille que je lui ai tendue, et soudain, il pâlit. Mon dessin n’est pas laid. Je sais très bien dessiner. Les gens ne comprennent pas que l’on dessine beaucoup mieux en commençant par les détails et les ombres. Ils rejettent l’idée qu’un détail peut avoir plus de valeur qu’un ensemble. Pourtant, pour peu que l’on sache faire une tâche sur un front, on sait faire comprendre qu’on dessine Gorbatchev. Si on ne sait pas, on a beau faire une représentation parfaite du reste de son visage, personne ne le reconnaît. En se basant là-dessus, on peut dessiner à merveille ; mais tout le monde s’acharne à commencer par les contours. Le thème n’est pas laid non-plus ; cette jeune fille était plutôt jolie. Non. Manifestement, il la reconnaît.

« Tu connais ? Dis-je naïvement
_Oui, répond-il sombrement. Je l’ai déjà rencontrée ».
Sa voix devenant furieuse, je ne perçois son discours que partiellement. De ce que j’en comprends, la gamine aurait tout bonnement absorbé un spectre. Un spectre particulièrement puissant. En vertu de cette absorption, elle jouirait d’un pouvoir terrifiant. Et Shaaxalaxx termine dramatiquement son discours par les trois mots qu’il voulut en cet instant précis faire ressortir l’absurdité terrifiante.
_C’est l’Innocente.
_Vraiment ? Tu sais mon amour pour la justice ; et pour le sauvetage des demoiselles en détresse, fis-je d’un ton égal. Et si c’est l’innocente, je me ferais un plaisir de faire arrêter le criminel.
_Très drôle. J’en déduis qu’elle t’intéresse.
_Ma foi, je l’inviterais bien à dîner. Tu saurais pas où elle habite ?
_Non, sûrement dans l’un des endroits où je l’ai trouvée lorsque je la traquais.
_Si je te donne ça, ça t’aide ? ».

En plein dans le mille. Apparemment, ça ne lui déplairait pas de la retrouver. Et à moi non plus. Puisqu’il s’ennuie, autant l’aider. Tandis que je lui tends le second dessin, il me rend le premier que je plie et range dans ma poche.

« Tu reconnais ?
_Ce sont des toits.
_Et alors ?
_Alors, ben, moi, je ne me suis jamais battu sur des toits.
_C’est bien dommage. Je ne te dérange pas plus longtemps ; si jamais quelque chose te revient, ou si ça t’amuse de partir à la chasse aux innocents, viens me prévenir. Et puis gare à ce que le patron ne le sache pas ; enfin, moi, je dis ça pour toi.
_Hmpf ».

Je me contenterai de cette réponse. Tandis que je le quitte, je constate que lui ne bouge pas. Il regarde mon dessin. Peut-être bien que ça l’intéresse. Je m’apprête à quitter le bâtiment, pour me rendre à Paris. Je me ravise en regardant l’heure.
Ici, lorsqu’une mission nous est confiée, l’on se moque du temps mis pour l’accomplir, sauf cas exceptionnel, tel celui de Peter Easton. Pour être précis, tout doit être prêt une semaine avant le jour J. J’ai le temps. Et puis de toute façon, pour une question d’artefact hypothétique, ça ne vaut pas la peine de se presser.
En fermant la porte de mes appartements, je me dis que si je revois cette fille, soit cela va barder, soit nous sommes sur le point de déménager, et sans trainer. Et sûrement pas dans un palace.
Pauvre Shaaxalaxx, me dis-je en m’endormant. Il fait de son mieux, et il est sans le savoir condamné à conduire son peuple à la ruine.
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Kallisto
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Sam 18 Aoû - 12:24

Chapitre 3 : L'ombre de David



Klara Beaumort

Quels étaient les ingrédients déjà ..? De la chair à saucisse, du persil, de la chapelure… Ah ! Mais où est-ce que j’ai mis la chapelure ? Cochonnerie de cuisine ! Je n’y retrouve jamais rien !
Et pour combien de personnes, déjà ? Si je compte Peter, Anaïs, son ami et moi… ça fait quatre. Je n’ai pas l’habitude d’avoir autant de monde à la maison ! Ils ont intérêt à aimer les tomates farcies, sinon il vont avoir affaire à moi ! Surtout le petit Peter. Vu comment il est, il ne doit manger que des plats avec du caviar ou des choses affreusement chères.
Bon, il n’y a plus qu’à mettre les tomates au four. Heureusement que j’ai encore la main, sinon on y serait encore dans deux jours. Et personne pour m’aider, évidemment !
En attendant la fin de la cuisson, je vais pouvoir m’asseoir un petit peu. J’en ai bien besoin.

Ouh, quelle journée ! Pas moyen de finir ma vie tranquillement.
Je ne sais vraiment plus quoi penser sur ce qui m’arrive. Peter qui revient pour m’annoncer qu’il est poursuivi par une secte d’illuminés. Anaïs, ma petite-fille, qui me raconte qu’elle a des pouvoirs, digne d’une sorcière de contes de fées… Et cet ami dont elle me parle, comme étant une aide possible à « notre » problème.
Je ne m’étonne plus de rien. Je n’ai plus peur de rien, même pas de l’Ankou. Je suis vieille. Et quand on est vieux, on est détaché de tout.
Même l’histoire du Cercle… Shinka, ne me déconcerte pas. J’en ai vu, j’en ai connu, des gens qui voulaient changer le monde. Ils y sont presque arrivés. Leur chef était un nain nerveux, affublé d’une minuscule moustache. Leur idéal à eux, consistait à supprimer tout ce qui leur était anormal, tout ce qui n’était pas blond aux yeux bleus. Alors, pourquoi pas une répétition ? Encore une…
Et Anaïs… Elle, que je croyais normale, est en fait une sorcière, depuis ses treize ans. Mais, si j’ai bien compris, ce serait grâce à la bague que je lui ai offerte, qu’elle a été sauvée. Comme quoi, ma fille, qui me demandait de jeter cette « vieillerie » avait bien tort.
D’ailleurs, il ne me reste plus que ces légendes, ces mythes et ces « vieilleries » pour me captiver, un tant soit peu.
J’ai même l’impression, depuis le récit d’Anaïs, que mes vieux livres se sont ouverts, et que les personnages s’y sont échappés. Comme quoi, ma vie a l’air de s’égayer, tout doucement.

Ah, c’est cuit ! Maintenant, il faut que je retrouve mes gants. Mais où sont-ils passés ?! Je les avais posés près du four. Satanée mémoire !
« Peter ! A table ! Et immédiatement ! »
J’espère que ma petite-fille et son ami vont arriver vite. Je ne veux pas que l’on dîne en retard ! De toute façon, les absents ont toujours tort.
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 19 Aoû - 15:37

Peter Easton

…deux, trois, et demi. Un, deux, trois ,quatre…plus l’armoire.

Il me regarde de travers, j’en suis sûr. Ou peut-être est-il tout simplement un peu tordu, mais je n’ai pas vraiment envie de m’approcher de lui. Enfin, il faudra bien que je le touche à un moment si je souhaite dormir cette nuit. Dormir. Rien n’a jamais réussi à perturber mon sommeil, mais là, il faut bien avouer que je suis troublé. Il y a quelque chose qui cloche.

…les bras tendu, plus sûrement encore un demi bras.

C’est bon, demain je n’y penserai plus. Mais tout de même, ce coussin n’est pas posé convenablement, et ça m’irrite.

…un, deux.

Je ne me souvenais pas que cette pièce était aussi petite. Trois pas et demi sur…cinq sans doute, et deux mètres vingt de hauteur. Avec une petite fenêtre de deux avant-bras. C’est vrai que c’est une vieille bâtisse, mais je me demande comment l’on peut vivre toute une vie dans un endroit si exigüe.
J’y avais vécu quatre ans, mais comme je passais le plus clair de mon temps à l’extérieur, l’étroitesse de ces pièces ne m’avait jamais posé qu’un problème passager. Et le matelas était confortable.

« J’ai dit immédiatement ! »

J’avais oublié. Elle savait garder ses troupes en ordre la grand-mère. Elle avait eu combien d’enfant ? trois, quatre, plus ? Je ne sais pas. Ils ne venaient pas souvent à la maison, ou alors quand je n’étais pas là.

Je descend les escaliers et me dirige vers la salle à manger.

Je ne suis pas à proprement parler nostalgique de cette endroit ; ce n’est pas du tout mon genre de regarder en arrière. Aujourd’hui je vis dans un hôtel particulier de quatre étages avec un portier à l’entrée, une piscine au sous-sol, une salle de sport et trois copropriétaires qui occupent chacun un des étages. Vous comprenez maintenant ? je n’ai aucune raison d’apprécier ce retour dans mon passé. Ce n’est pas que j’y ai vécu des choses bouleversantes ; je n’ai connu aucun traumatisme dans ma vie, que des succès, si l’on exclu la mort de mes parents il y a quelques années…Mais est-ce vraiment un échec ? Si c’en est un, c’est le leur, pas le mien.

« Quand je dis à table, tu viens ! »

Je fais un peu la moue. Ça ne m’enchante pas non plus de rester enfermé ici en attendant le bon vouloir d’une thaumaturge. Je suppose que si cette…zut…cette…petite-fille de madame Beaumort est ce qu’elle prétend être, je devrais me sentir en sécurité ici. Mais ça ressemble plus à une prison. Une prison étriquée avec une gardienne de prison effrayante.

« Oh, toi…si tu commences à faire la tête tu vas dégager vite fait de ma maison, avec ou sans secte.
- Excusez-moi madame Beaumort.
- Qu’est-ce que je t’ai dit ?!
- Mais je ne fais plus la tête, là ! »

Je vais être franc avec vous, j’apprécie beaucoup cette vieille femme, mais j'étais suffisamment énervé par la tournure des évènements. Alors en plus, qu’on me parle sur ce ton. Je n’ai plus vingt ans !

« Ne fais pas l’andouille. Je t’ai dit de m’appeler grand-mère. Je préfère.
- Ah, oui grand-mère, excusez-moi. »

Qu’est-ce qui m’a pris ? Ce n’est pas mon genre de m’emporter, et encore moins de me tromper.

« J’aurais préféré que l’on soit tous ensemble pour manger mais visiblement Anaïs a eu d’autres projets. Ce soir, c’est tomates farcies. J’espère que ça te plaira… »

Quelle attention. Elle a peut-être un cœur finalement.

« …parce que sinon, mon petit Peter, je crains que tu ne doives jeûner jusqu’à la fin de ton séjour ici. »

Oui, ça m’aurait étonné aussi.

« Grand-mère, j’ai une question à vous poser mais elle est peut-être maladroite.
- Pose, on verra bien.
- Oui…bon…Comment dire…Vous y croyez vous ?
- Croire quoi ?
- Et bien, à ce qui c’est passé tout à l’heure. Je veux dire, ce tour de passe-passe, cette tromperie…cette arnaque juste bonne à amuser les…
- Il suffit ! Ne parle pas de ma petite-fille comme ça. »

Je suis allé un peu loin, je l’admets. Mais je voulais orienter un minimum sa réponse, j’en avais besoin. Vous voyez, cela fait bientôt trois siècles que l’Homme cherche à se soustraire à toute pensée métaphysique ; je vous l’accorde, il n’a pas vraiment réussi à abandonner toute morale, toute esthétique ou la religiosité de son regard sur le monde, mais en y mettant du sien, on peut quand même faire des choses pas trop mal aujourd’hui. Malgré tout, alors que je pensais moi-même m’être trouvé un petit univers logique, sûr, aux règles claires, voilà qu’on jetait des gens à ma poursuite sous prétexte qu’un vieux fou m’avait dévoilé ses plans fantastiques de conquête du monde : des spectres. Oui, vous avez bien lu, des spectres. Vous aussi ça vous fait sourire, n’est-ce pas ? ou alors ça vous agace. En tous les cas, qui penserait : ‘chouette, un fou qui pense la même chose que moi. Je vais enfin pouvoir faire voler des coussins et des cravates pour effrayer les foules crédules sans être traitée d’originale !’ ? Ni vous, ni moi. Aussi crédules que nous soyons, dans notre foule.

« Je ne crois pas qu’Anaïs soit folle et encore moins rusée. Et si tu avais vécu le quart de ce que j’ai vécu personnellement, toute cette histoire ne te paraîtrait pas si dingue.
- Mais vous n’avez pas vu ? Elle a voulu m’effrayer avec ce…
- J’étais là Peter ! Je suis peut-être vieille mais je sais encore me servir de mes yeux. Du moins suffisamment pour que ce genre de ‘détails’ ne m’échappe pas. »

Et puis même s’ils étaient deux, cent ou mille, ces gens n’en demeuraient pas moins des originaux. Il faut être un minimum allumé pour s’adonner à ce genre de passe-temps. Et puis ce n’est pas comme ça que l’on obtient ce que l’on veut des gens. Les gens n’aiment pas être pris pour des imbéciles. En tout cas, ni moi, ni vous.

« Peter, je sais que tu vis dans un monde rationnel et que pour toi ce genre de choses ne devrait pas exister, mais tu es suffisamment intelligent – enfin je crois – pour savoir reconnaître les choses telles qu’elles sont quand elles se présentent à toi.
- Telles qu’elles sont…
- Anaïs est une sorcière, tu es poursuivis par des gens dangereux et vous êtes tous les deux en train de mettre la pagaille dans ma fin de vie bien rangée. Voilà. Alors maintenant, veux-tu bien cesser de te plaindre et manger ton dîner. En espérant que les deux autres ne vont pas tarder. »

Dit comme ça…tout paraît tellement simple. Mais j’ai des affaires en cours et je ne peux pas me permettre d’attendre sagement ici qu’on me convertisse à l’une ou l’autre de ces folies mystiques. C’est décidé, dès demain, je repars à Londres.

« En tout cas ils vont m’entendre quand ils rentreront. »
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Marc
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 22 Aoû - 0:17

Elix Hérès

Une aube nuageuse nous découvrit attablés dans la cuisine de Ken, ce dernier appuyant sur le bouton d’allumage d’une cafetière de simple facture. En fait, tout dans cette cuisine, depuis la table de bois jusqu’au papier peint blanc immaculé, évoquait la simplicité. Seule une panière à fruits remplie à raz bord égayait cette pièce de quelques couleurs. Poussant un soupir, je me levai et pris une nectarine tout juste mûre.
_ Vivez-vous toujours aussi sobrement, Ken ?
_ Pas par choix, répondit-il avec un sourire.
_ Qu’est-ce qui... commençais-je, réellement curieux de savoir ce qui forçait un homme à priver sa vie de couleur.
_ Seriez vous fâché avec la couleur symbolisant le bien, démon ? M’interrompis le dénommé Shalashaska d’un ton insultant.
_ Laissez passer, Elix, intervint rapidement Ken en présentant à chacun de nous une tasse emplie de café fumant. Dites-nous plutôt ce que vous avez observé sur notre invité ici présent.

L’air gêné, je regardais la tasse, puis la repoussai doucement.
_ Je vous remercie, mais je ne bois jamais de café. Je trouve cette boisson trop amère. Pour ce que j’ai découvert…
_ Et qui vous a pris la majeure partie de la nuit, remarqua Shalashaska sans changer de ton.
_ Peut-être aurais-ce été plus rapide si vous étiez plus coopératif, chasseur.
_ Est-ce un crime d’être écoeuré à l’idée qu’une immonde créature fouille mon esprit et observe mon sang ?
Je me crispais sous l’insulte.
_ Ne poussez pas ma patience à bout, petit humain, grinçai-je, le faisant se crisper à son tour.
_ Ca suffit ! Tonna ken. Elix ! Soyez au-dessus de cela, je vous prie. Quand à vous, cessez de chercher les ennuis sans arrêt ! Ces joutes verbales ne nous aident pas à avancer.

Fermant les yeux, je repris mon calme. Un silence plana, que je décidai de rompre.
_ Je suis arrivé à déterminer d’où proviennent vos pouvoir, chasseur, même si cela ne vous plaira sans doute pas. Ce que je ne m’explique pas, c’est comment ils ont pu se développer à ce point.
_ Que voulez vous dire ? fit Ken.
_ Il fait falloir remonter en arrière. Que savez vous de la guerre démoniaque ? Demandais-je aux deux autres.
_ Ce que certaines de mes cibles m’ont avoué, répondit Shalashaska d’un ton neutre, me faisant tiquer. Soit les grande lignes de l’invasion, puis de la résistance et enfin de la victoire.
_ De même pour moi, acquiesça Ken. Plus quelques histoire abracadabrante que l’on nous sert à Prométhéus Demonica.
_ Encore ce nom, grogna le chasseur. Allez vous enfin me dire ce que c’est que ça ?
_ Après les explications d’Elix, si les origines de vos pouvoirs vous intéressent.

L’autre porta sa tasse à ses lèvres sans répondre. Néanmoins, ses yeux me scrutèrent, par-dessus le rebord de la tasse.
_ Pour ce qui est des histoires que l’ont vous a raconté, la plupart sont fausses. Excepté – entre autres - celles parlant d’humains servant les démons. Lorsque nos forces eurent pris pieds dans le Réel et vaincu plusieurs forces armées, la plus grande partie de la populace fuyèrent devant notre progression. Mais certain restèrent – par curiosité, admiration ou avidité - et nous proposèrent leur services. Les Factions démoniaques, méritant leurs noms, les traitèrent comme des esclaves, les écrasant sous le travail et se servant d’eux comme distraction dans des jeux…exotiques.

Mordrant dans mon fruit, je fis planer mon regard sur mes deux interlocuteurs. Ken avait les yeux plissés, attendant la suite de mon récit. Shalashaska, lui, semblait avoir des difficultés à garder son calme, serrant le bord de la table jusqu’à en avoir les jointures blanches.
_ Seule deux factions s’y prirent différemment. Les Artisans et les Cristallins. Plutôt qu’en esclaves, nous les considérions en valet et interprètes que nous payions… en leur insufflant quelques pouvoirs. Ils étaient à peu près trois cent à s’être vu dotés de pouvoirs, bien qu’en quantité limitée.
_ Votre conclusion, fis Shalashaska lentement, est donc que je suis un descendant de ces…
_ Il furent nommés les agents du Malin, ou juste Malins par le reste de l’humanité, l’interrompis-je doucement. Et c’est effectivement ce que j’ai déduis en observant les traces présente dans votre aura et votre sang.

J’ôtai mes gants, révélant ma marque de Rang, puis posai mes lunettes sur la table. Prenant dans ma paume marqué la nectarine entamée, je puisait dans mon pouvoir, et passais ma paume par-dessus. Délicatement, je ‘‘saisi’’ la lumière formant l’image du fruit, puis la manipulais. Lorsque j’écartai ma main, un cube de lumière solidifiée reposait au creux de ma main.
_ La syntonisation est une spécialité des Artisan, non des Cristallin. Mais les modifications que les Malins pouvaient effectuer avec ce pouvoir ne dépassaient pas la taille et la complexité des formes basiques de géométrie telle que celle ci.
_ Je peux faire beaucoup plus, fit Shalashaska en haussant un sourcil.
_ Les humains ont le don de sans cesse me surprendre, dis-je avec un sourire en coin.
_ Nous savons donc les origines de ces capacités. Mais quelle est leur ampleur ? Posa Ken.

Je haussai les épaules puis, laissant se dissiper ma sculpture lumineuse, je me levai pour prendre un autre fruit.
_ Je dirai l’ampleur de son esprit. Et celle de son énergie.

Ken sembla méditer ma réponse, analysant sans doute l’aide que pourrait nous apporter de tels pouvoirs. Shalashaska, lui, restait silencieux, répétant silencieusement le mot Malin. Puis il renifla, et se redressa de toute sa hauteur, soit pas très haut. Je décidai de couper court à toute réflexions.
_ Prométhéus Demonica est une organisation qui fut créé à la fin de la guerre démoniaque par les sorciers et templiers ayant survécut à leur victoire, commençais-je, obtenant aussitôt son attention. Lors de sa création, ses but étaient simples : trouver et tuer tout démons et Malins encore présent dans le Réel. Elle m’a semblé changer d’avis durant la renaissance. Les chasses cessèrent. En apparence du moins, ajoutais-je en regardant ken.
_ Disons, fis ce dernier, qu’elles se sont changées en missions d’observation, et que des projets divers se sont formés depuis.
_ Genre, des projets d’invasion de spectre ? Lança Shalashaska.

Laissant cette explication à Ken, je remit mes gants et portai ma nouvelle nectarine à ma bouche. Mon geste se stoppa net lorsqu’un frisson me traversa. Reprenant ma dégustation, je fermait les yeux puis déployai mon esprit aux alentours, notant chaque personne présente dans l’immeuble, caressant chaque schéma mental. Puis, ne trouvant rien d’anormal, j’étendis davantage mon pseudopode mental, sondant avec patience les environs jusqu’aux bâtiments alentour. Cessant de mâcher, j’inspirai profondément, multipliant encore et encore ces discrets effleurements spirituels. Je rouvris les yeux lorsque ma sonde glissa sur un esprit proche - peut-être dans l’immeuble d’en face - mais surtout totalement imperméable à ma pensée. Fronçant les sourcils, je concentrai l’ensemble de ma pensée sur ce globe impénétrable, sans effet.
Impossible, pensais-je.
A ma connaissance, seuls les Héritiers des cinq lignées principales, les chefs incontestés des Factions pouvaient repousser sans effort mon esprit.
Et ce n’est pas comme cela qu’un démon se dissimulerait.

_ Peut-être serait-il plus sage de continuer ailleurs, dis-je aux deux autres. Nous sommes observés.
_ Observé ? Fis Ken. Par qui ?
_ Aucune idée, répondis-je. Il bloque ses pensées aussi efficacement de notre ami le chasseur. Sauf que lui, il le fait consciemment.
_ Un démon ? Gronda Shalashaska, un méchant sourire aux lèvres.
_ Non, réfutais-je. Aucun des miens présent dans cette dimension ne possède de murailles mentales aussi fortes. Et même si l’un de nous était aussi fort, il ferait plutôt en sorte que son esprit se fonde dans la masse, plutôt que de présenter un obstacle pareil.
_ Peut importe qui ou ce qu’il est. S’il nous a repéré, nous devons nous déplacer.
_ Et pourquoi ? Remarqua Shalashaska. S’il nous a vu, et s’il est de cette…secte, ils sauront de toute manières que quelque chose cloche avec vous. Autant les attendre, puis poser des questions aux éventuels visiteurs.
_ Nous ignorons à quel point le Cercle a infiltré Prométhéus Demonica. Or cette organisation dispose de moyens trop nombreux et puissants pour que nous prenions le risque de nous y confronter directement. Mieux vaut se préparer, et j’ai acquis il y a quelques temps l’endroit idéal pour cela. Elix, continua-t-il en se tournant vers moi, pourriez vous lire l’adresse de ce lieu dans mon esprit, je vous prie.

Lui lançant un regard acéré, je me glissai dans sa tête sans rencontrer la moindre résistance et pris connaissance de l’information. Rangeant mes lunettes dans une poche de ma veste, je me levai.
_ Je vous y retrouverais tous deux à l’heure fixée.
_ Soyez prudent, me recommanda Ken, s’attirant un regard amusé de ma part.
_ De quoi parlez vous, tous les deux ?
_ D’une stratégie fort astucieuse, chasseur. Nous séparer forcera notre pisteur à me suivre ou à vous suivre. S’il vous suit, délaissant le danger que je représente, nous saurons que le Cercle Shinka a découvert la curiosité de Ken.
_ Et s’il vous piste vous ?
_ Et bien nos déductions serons moins aisée, et je me ferais un plaisir de me renseigner directement auprès du curieux. Sur ce, bonne journée, terminais-je en quittant l’appartement.
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Ayoju
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 22 Aoû - 17:56

Ken Loann
Elix partit le premier. Une dizaine de minutes plus tard, Shalashaska et moi descendîmes au garage situé au sous sol. Alors que je m'approchai d'un coupé sport bleu nuit, Shalashaska ne put retenir une exclamation de surprise:
_ Mais, je croyais que vous aviez une berline noire!
J'esquissai un sourire.
_ En effet, mais ce n'est pas mon unique véhicule. D'autres sont situés un peu partout dans la ville, dans des garages, des parkings...
_ Afin d'éviter que l'on puisse vous suivre uniquement en connaissant votre véhicule! Très ingénieux!
Je l'emmenai à 'arrière et lui montrai la plaque minéralogique.
_ Vous voyez cette plaque ? Regardez la bien!
Je sortis mon téléphone portable et tapa une séquence de chiffres.
_ Mais, le numéro a changé!
_ En effet, ce n'est pas une simple plaque mais un affichage digital d'une extrême finesse, je peux à tout moment changer la plaque par une autre.
_ Je ne pensais pas que l'Organisation utilisait de tels moyens pour ne pas être repérée.
_ Il y a beaucoup de choses que vous ne savez pas mon cher. Mais nous n'avons pas le temps d'en discuter. Elix va nous attendre si nous ne partons pas.
Nous montâmes dans la voiture. La berline était peut être un peu plus confortable mais celle-ci était bien plus rapide et nous serait plus utile pour parvenir rapidement à destination.
Jamais je n'aurais pus imaginer que cet entrepôt me servirai un jour, mais bon, la prudence était l'une des premières choses que Prométhéus Demonica nous apprenait. Et cette fois, j'étais bien content d'avoir suivit ce conseil.
Je démarrai et sorti du parking, prenant l'allure d'un homme partant en ballade avec un ami. Rien ne devait permettre à un observateur extérieur d'imaginer que j'avais une activité douteuse.
Au bout d'une demi-heure de route, mon passager commençait visiblement à s'impatienter.
_ Où est-ce que nous allons?
_ Pour notre sécurité, je ne vous divulguerai pas cette information. Elix l'a lu dans mon esprit afin que je ne le dise pas à voix haute. Qui sait! Quelqu'un peut nous entendre...
J'allumai la radio. C'était l'heure des informations:
"... près de la gare d'Auvers sur Oise, une bagarre semble avoir eu lieu sur les toits des habitations. En effet plusieurs plaintes ont été émises pour vandalisme sur les toitures. Apparemment il manquait de nombreuses tuiles, et de nombreuses autres sont détruites. Les dégâts étant considérables, la police à ouvert une enquête. Néanmoins il semblerai que celle-ci ne dispose pas d'assez d'éléments pour se mettre sur la piste des responsables d'un tel acte..."
Je n'écoutai plus. Je me rendis compte en effet que je retenais mon aura anti-démon au delà de ce que la prudence imposait. Je me détendis donc et senti celle-ci s'intensifier. Au moins, nous étions à l'abri d'une attaque de ces créatures.
Après quelques carrefours, nous étions pratiquement à destination. Je regardai rapidement dans mes rétroviseurs et ne remarqua aucun véhicule suspect. Mais bon, valait mieux être prudent. Je garai la voiture sur une place venant juste de se libérer.
_ Nous sommes arrivés? demanda Shalashaska.
_ Pas tout à fait, nous allons continuer à pied. Surtout ayez l'air détendu.
Nous sortîmes de le voiture et entrèrent dans un immeuble voisin. Alors qu'il se dirigeait vers les escaliers menant aux étages, je rappelai Shalashaska.
_ Non pas à l'étage, par ici, lui dis-je en désignant la porte menant au sous-sol.
_ Nous changeons de véhicule? demanda-t-il.
_ Non, nous passons par les caves! Elles communiquent avec tous les bâtiments du quartier.
Après quelques détours dans les caves, nous arrivâmes devant une porte close mais ne possédant aucun système apparent de verrouillage. Je pris la poignée ergonomique et attendis un court instant le déclic. Je tournai alors la poignée et entrai.
_ Je n'ose pas vous demander comment cette porte a pu s'ouvrir alors que j'ai essayé de l'ouvrir juste avant vous...
Je lui fis signe de me suivre.
_ Nous sommes presque arrivé.
Nous montèrent quelques marches et finalement, j'ouvris la porte de mon entrepôt.
Celui-ci était divisé en quatre sections: Une zone d'habitation, une armurerie, un espace ressemblant à un gymnase et enfin, une zone située près de la porte principale, remplie de fournitures de constructions. Cette dernière avait pour fonction principale de maintenir une apparence extérieure, afin que personne ne se doute que ce bâtiment servait à autre chose.
Je m'approchai du mur qui délimitait la zone "entrepôt". Pas de porte. Du moins pas de porte classique. J'enfonçai un bouton incrusté dans le mur et, sans le moindre bruit, une partie de celui-ci se mit à reculer puis à coulisser. Shalashaska et moi traversâmes l'ouverture nouvellement créée, qui se referma sur notre passage, toujours sans le moindre son. Alors que Shalashaska scrutait le mur, je lui dis:
_ Inutile d'essayer de distinguer l'ouverture, elle est parfaitement incrustée dans la paroi.
Je zigzaguai entre les différentes palettes présentes et m'approchai de la porte principale. Celle-ci était d'une ouverture plus courante. Je la déverrouillai et en enclenchai l'ouverture. Elix apparu alors.
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 23 Aoû - 16:15

Séraphin

« Gare d’Auvers sur Oise ». Bon, ce sera toujours ça, si Shaaxalaxx n’est pas intéressé par ce que je lui ai montré. Il n’empêche que pour un coup de chance, c’était un coup de chance. Enfin, je suppose que prendre les transports en commun et manger dans les cafés finit toujours par payer ; et celui-ci avait la télévision. Pour une fois que je ne leur reprocherai pas de faire des histoires pour pas grand-chose, à ces journalistes !
J’ai parfaitement reconnu cet endroit. Mais de la gare, le chemin pouvait encore être long jusqu’à l’Innocente. Quoiqu’il en soit, j’ai d’autres chats à fouetter, aujourd’hui, et….
Il entre. Il sait déjà ce que je vais lui dire. Mais je lui dirai tout de même. Oh… Ce parfum !

« Bonsoir, Séraphin, dit-il aimablement.
_Bonsoir…. Oui…. Non. Oh, si… Hé bien non.
_Parfait. Il est plutôt rare qu’un Cristallin n’ait pas d’artefact. Enfin, nous ne savons pas quels sont les critères pour posséder un artefact. Au moins, maintenant, nous savons que celui-ci n’en avait pas. Considérez votre mission comme réussie ».

Merci du conseil, mais je m’en serais passé. Il m’est déjà arrivé de revenir bredouille pour les mêmes raisons d’une mission de ce type, mais contre un Cristallin, jamais. Toujours quelque chose à donner. Toutefois, c’est pour cette raison qu’il n’a pas besoin de poser les questions. Il me suffit d’y répondre, et il comprend. Depuis que je suis ici, je n’ai pas changé de patron. Lui n’a jamais changé de parfum. Je me retourne vers le mur. Le patron est perplexe. S’il me veut encore quelque chose, il me sonnera. Moi aussi, je suis perplexe. Arrivé à la Bastille, j’ai fini par trouver le démon. Mais que faisait-il avec ces deux autres, là ? D’ordinaire, c’est le patron qui est paranoïaque, concernant les démons. Mais un groupe de trois personnes comportant un démon, un type qu’un démon ne pourrait pas apprécier, et un autre type avec des dagues en or dans les poches, c’est rarement un hasard. Surtout lorsqu’ils alignent les deux mots « Prometheus » et « Démonica ».
Je me retourne, le patron est parti. Je m’en doutais ; même si je ne pouvais ni le sentir ni l’entendre. Lorsqu’il part, son odeur reste là où il est passé. Mais il ferme la porte, et du coup, il fait plus sombre. Un jour, je trouverai la formule la plus humble de lui dire que cela gâche son effet. Mais maintenant, il faut rouvrir cette porte. Et investir dans un ventilateur.
Alors, qu’est-ce qu’on a, déjà ? Une Innocente, un Loup Garou, un joaillier-militaire, un anti-démon Greenpeace, un démon, et Peter Easton. Si mes déductions sont exactes, nous avons deux groupes. L’Innocente et le lycanthrope sont sûrement de mèche avec ce Peter Easton. Quant à monsieur je-fais-tout-pour-être-suivi, c’est le pote de ses ennemis naturels.
Je suis de mauvaise foi. Ils m’ont eu, ceux-là. Le démon a essayé d’entrer dans ma tête. J’avais deux choix. Le suivre, ou suivre les deux autres. Ma mission consistait à prendre quelque chose au démon. J’aime autant qu’on soupçonne ce que peut intéresser le cercle, plutôt qu’on soupçonne ce qui peut m’intéresser moi. C’est pour cette raison que j’ai suivi le démon. Par contre, s’il a remarqué que j’en voulais à l’artefact qu’il n’avait pas, c’est parce que je l’ai fait exprès.
Voyons, voyons. Du temps libre. Le patron est parti sans rien demander. Temps libre… Temps libre… Réfléchissons. En principe, je ne devrais pas avoir de mal à retrouver le démon. Je l’ai suivi assez loin et assez longtemps pour savoir dans quel périmètre il serait. C’est assez vaste, mais cela suffit. Tout le monde ne gare pas une voiture avec une plaque d’immatriculation pareille en pleine rue. Je pense ne pas m’être trompé. Un chef d’œuvre, cette plaque. Mais comme beaucoup de chefs d’œuvres au monde, seul un œil exercé est capable de le reconnaître.

Je me regarde dans la glace. Un œil exercé…. Mieux vaut en rire qu’en pleurer, ça ne ferait que diminuer ses facultés. Elle est bien bonne. Depuis que je suis ici, à quoi ai-je servi ? Mes facultés surhumaines ont servi ceux qui me les ont probablement données. Juste retour des choses, non ?
Je peux me déplacer à une vitesse que l’œil n’ose pas tenter d’imaginer. Je peux renvoyer les coups. Je suis plus fort que le meilleur lutteur, plus agile que la meilleure gymnaste. Je vois mieux que le plus exercé des aigles, et mon crâne est un coffre fort ; je me suis toujours connu ainsi. Ainsi. Tel que je me vois, là, maintenant. J’ignore quel âge j’ai. J’ignore jusqu’à mon nom. J’ignore même si j’en ai eu un. La seule chose que je sais, c’est que je ne sais…. Pour tout dire pas grand-chose. Même pas pourquoi je reste ici. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs. Parce que je ne sais pas grand-chose du monde extérieur. J’ai appris beaucoup de choses, en voyageant et en zigouillant tout ce qui passait à portée. Je sais des choses qu’aucun de ces gens au café ne sait. Mais ceux-ci ne savent que des choses que j’ignore. Je sais raisonner, espionner, me battre, et vaincre. Le cercle m’a appris ce que j’avais besoin de savoir ; le reste, je l’appris seul. On prétend que j’effraie les gens, de par mon apparence, paraît-il, troublante. Cela fonctionne aussi dans le sens inverse. Bien sûr, je ne serai jamais effrayé par les gens pour ce qu’ils sont, mais pour la vie qu’ils mènent, et à laquelle je ne connais rien. Et quelque part, je suppose que j’ai peur de l’affronter. Le cercle le sait, sinon il m’aurait enfermé. C’est pour cette raison que je dois rester ici.

Mais si ces créatures surnaturelles en ont après le Cercle, ça m’intéresse. Lorsque je me suis réveillé pour la première fois, il y a quelques mois, un homme en blanc penché sur moi a dit « Pas de question. », et depuis, je suis ici. Chacun d’entre eux sait ce que je suis et ce dont je suis capable ; et je ne suis pas dupe. Si je dois être de la faute de quelqu’un, c’est de la leur. J’ai quelques notions innées concernant l’humanité.
Je sais ce que c’est qu’être méchant, et eux, ils ne le sont pas. Eux, ils sont pires, ils croient faire le bien. Ils pensent que leurs mesures seront bénéfiques à long terme. Ils espèrent créer un monde meilleur en ouvrant cette faille. Ils ne sont pas méchants ; ils sont givrés. Ils s’apprêtent à mettre deux espèces naturelles à feu et à sang, l’une par l’asservissement, l’autre par la destruction. Sous peu, Shaaxalaxx le saura, et à ce moment là, il sera trop tard.
Pourtant, ces gens sont normaux. Et leur normalité est terrifiante. Ce ne sont ni des monstres ni des hybrides, eux, ils sont humains. Leur humanité, ils la montrent chaque jour en se levant le matin, en prenant leur petit déjeuner et en allant au travail. Il se trouve que leur travail, c’est de détruire la majeure partie de l’humanité à laquelle cependant ils appartiennent.
Quant à ces créatures…. L’un est venu d’un autre monde, l’autre a dévoré un être venu d’un autre monde ; et ce que je crois savoir des trois autres est plus incroyable encore. Là où ils sont et au moment où nous sommes, ce sont des erreurs ; des plaies dans le cours de l’Histoire de la Terre.
Comme moi.
Ils ne battront pas le cercle. Pas sans un coup de main.
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Hoshi
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 24 Aoû - 12:46

Chapitre 4 : Well done, Judas

Shaaxalaxx

Auvers-sur-Oise … le grabuge causé par 665 va me servir. Au journal télévisé, ils en font toute une montagne, comme tout d’ailleurs. J’ai l’impression que les humains se gavent d’informations inutiles. Après tout, leur avenir tracé n’est que l’unique vérité en laquelle nous pouvons croire.

Je regarde le quai de la gare. Pas encore de train en vue. Gare du Nord qu’ils appellent ça, les humains. Quelle originalité. Tout ça parce que c’est plus du coté du pôle Nord que du Sud. Et si ça avait été en plein milieu de Paris alors ?

J’apprécie beaucoup l’aide de 665. Sans lui, j’aurai été bon à croupir dans ma chambre, et en plus j’ai la « joie » de retrouver la trace du spectre.

Bon alors, qu’est ce qu’il fabrique ce train ? Ah, voilà, enfin, je le vois qui arrive.
Je monte à l’intérieur, avance un peu, puis entre dans un compartiment. Je regarde avec dépit ma place, occupée par un voyageur endormi. Il sent l’alcool, ce genre de boissons que l’on sert lors de soirées. Je n’y ai jamais goûté, mais l’odeur reste imprégnée dans les tissus et il est difficile de s’en débarrasser. Mon gars, je ne pense pas que ton salut soit prometteur ! Je m’installe en face de lui, et plonge mon regard à travers la vitre du train. Il démarre, me voilà parti.

« Vos billets s’il vous plaît », cet ordre me réveille, mince, je me suis endormi ! Quel idiot je fais. Mais les véhicules me font tous cet effet. Par chance, le contrôleur parle fort, et cet ordre ne concerne que le compartiment d’avant. L’autre picoleur dort encore, personne ne peut me voir, c’est l’occasion rêvée !
Je me concentre. Rapidement, ma pilosité se modifie, mes pigments changent, je me sens grandir.

« Vos billets s’il vous plaît !
- Voici, monsieur. »

Le contrôleur prend mes billets et les contrôle. Il est étrange de voir un enfant seul dans le train, seulement, lui, il ne voit pas d’enfant, mais un homme âgé d’une trentaine d’années, à la peau légèrement mate.
Maintenant, il s’intéresse au cas de l’ivrogne.

« Monsieur, monsieur, réveillez-vous. Vos billets s’il vous plaît »

J’aimerais bien qu’il ne le réveille pas. Il a beau avoir bu et avoir la tête dans les choux, il risque d’assister à un rajeunissement subtil de son camarade de compartiment, ce que je ne désire pas …
Le sac-à-vin se réveille et regarde le contrôleur avec un sourire angélique. Il farfouille un peu, son sourire s’élargit encore.

« Monsieur, vos billets je vous prie !
-Mes billets … ‘Ai pas d’billets … y est où l’garçon ? Qu’j’me r’prenne une ‘tite bière … »

Décidément, cet homme n’était pas voué à un avenir rayonnant. Le contrôleur tente vainement d’expliquer à l’homme qu’il se trouve dans un train et que, normalement, il est sensé présenter des billets, l’autre rétorque qu’il se souvient d’un bar et qu’il veut y retourner, qu’il attaquera ceux qui l’ont mis dans ce train … Et ça n’en finit pas, et ça continue. Vous pourriez pas vous magner un peu ? ! J’ai bien l’impression que mon temps s’écoule. Trop tard, je vois ma peau qui se blanchit légèrement et doucement. Je me lève. Le contrôleur se tourne vers moi, apparemment souciant.

« Vous avez l’air pâle monsieur ! »

Tu crois ? Tu vois pas que j’ai légèrement rétréci aussi ? ! Non, ça il ne l’a pas remarqué, j’étais assis juste avant.

« Je … Je sais, le mal des transports sans doute, vous savez ce genre de truc ah, ah … »

Je sors du compartiment, j’ai déjà les cheveux qui redeviennent doucement blancs et ma taille qui diminue lentement, je m’enferme dans les toilettes, ouf ! Juste à temps ! Je suis redevenu un petit garçon.

Je sors des toilettes, j’avance prudemment vers mon compartiment et jette un œil à l’intérieur … vide, l’ivrogne et le contrôleur sont partis. Je me rassois, regarde le paysage qui défile, puis …

« Auvers-sur-Oise, Auvers-sur-Oise ! Deux minutes d’arrêt ! »

Hein ? Ah, endormi encore une fois, cette fois, j’y suis.
Je descends. Maintenant, il est question de trouver cette maison où le spectre se trouve. Je ferme les yeux. Je peux te sentir, je veux te sentir, où es-tu, congénère spectral ? Ah ! Je le sens, il ne me reste plus qu’à suivre cette « piste ».
J’avance dans la rue. A un endroit, j’aperçois les policiers. Ils espèrent trouver quelque chose ici ? Quelle blague, cela fait toute une journée qu’ils observent. Pourquoi faire ? Enfin, ce n’est pas par cette rue que je vais passer.

Après plusieurs minutes de recherche, j’arrive enfin devant un portail. C’est ici. Dans cette maison, il y a le spectre.
Je pose ma main sur la barrière et ressens une force me pousser en arrière. Je regarde le portail une nouvelle fois. Pas question d’abandonner ici. Je dois passer !
J’avance mes deux mains sur le portail et essaie de pousser … Une fois de plus je suis repoussé. Pourquoi ne puis-je pas passer ? Quelle est cette barrière qui bloque le passage ? Je crois que je devrais en parler à 665. Il saura comment la passer ou la détruire. Mais je ne veux pas être venu pour rien ! Bon, je tente ma chance, je sonne, qui ne tente rien n’a rien.

« Qui est-ce qui vient déranger encore ? On peut pas être en paix ? »

Une vieille dame sort sur le perron

« Qu’est ce que c’est que ça ? Un gosse ? J’ai horreur qu’on me dérange ! Petit impertinent ! »

Ce n’est pas l’Innocente. Je n’ai pas peur de cette femme, mais je prends conscience un peu tard que le fait d’avoir sonné peut me faire découvrir. Je n’obtiendrai rien aujourd’hui. Fuyons.

« Déguerpis, chenapan ! Que je ne te revoie pas devant chez moi ! »

J’aurais bien envie de faire taire cette mégère, mais je pense qu’il est plus raisonnable d’avertir 665. Tant pis, je rentre au bercail. Retour à la case départ !
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sebrich
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 24 Aoû - 16:19

Claude Lupus

J’étais assis à la table , perdu dans mes pensées. Je mâchonnais sans grande conviction une biscotte avec de la confiture faite maison. La cuisine où se déroulait le petit déjeuner sentait le vieux, et on ressentait que ce vieux là le valait bien, que rien n’aurait pu le faire changer, pas même un vendeur en électroménager de dernier cri assez convaincant .

Les placards étaient en bois simple, avec quelques endroit où, à cause de la pourriture, il avait fallu en remettre des neufs, même si c’était du vieux neuf. Le sol était carrelé de carrelage brun, en forme de carré pas bien grand.
Un four était incrusté dans le mur, semblant si vieux qu’il paraissait dangereux de l’utiliser, ce qui explique la présence d’un four à micro-onde à coté. Il y avait aussi un moulin à café, qui faisait pâle figure à coté de la machine sunseo qui lui tenait lieu de voisin.
Le tout baignait dans la lumière fraîche du matin grâce à une grande fenêtre qui donnait aussi une vue sur le jardin. L’eau des herbes commençaient doucement à s’évaporer, ce qui donnait un faible brouillard.

Je réfléchissais sur les évènement d’hier. Comme je n’avais pas beaucoup de force à ce moment là, je tentais de me rappeler ce qui c’était passé après que l’homme se soit enfuis.


-Sa va ta jambe ?
Je souris à ma cheftaine, ralentissant un peu mon boitement pour pouvoir lui parler tranquillement.
-Sa va, sa va, ça tire un peu sur les tendons, mais avec toi, ça va beaucoup mieux que tout à l’heure.
Nous marchâmes un moment en silence, cogitant chacun de notre coté.
-Quand même, m’entendais-je m’exclamer, je me demande bien ce que nous voulais cet homme.
-Je n’en sais pas plus que toi, Claude, m’avais rétorquer Anaïs, mais en tout cas, je suis à peu près sûr qu’il n’en voulait pas à ton portefeuille.
J’eus un faible rire, sans doute pour remercier la cheftaine de vouloir me remonter le morale, mais peut-être aussi un peu pour oublier le sentiment d’impuissance que je ressentais en ce moment.

Une voiture de police nous croisa , toute sirène hurlante, avant de disparaître dans une rue adjacente. Le son nous accompagna pendant quelques instants.
-On dirait que votre petite bataille n’est pas passé inaperçu, dis Anaïs sans une once de reproche.
-Je suis désolé, m’excusais-je, mais il était plutôt fort, et même avec l’incantation de libération partielle que tu m’a appris, je n’ai rien pu faire. D’ailleurs, à ce propos, je voudrais te demander quelque chose.
-Oui ?
Je m’arrêtais pour pouvoir la regarder droit dans les yeux, afin de lui faire comprendre que je ne plaisantais pas.
-Je veux savoir me battre.
Elle poussa un soupir, et croisa les bras en me regardant d’un regard critique.
-Mes cours de yoga ne te suffisent plus ? demandait-elle en levant un sourcil.
-Ce n’est pas ça le problème, j’arrive à me contrôler maintenant, grâce à toi. Mais si je retombe sur cette personne, et que je ne sache rien faire pour toi, alors je me sentirais responsable si il t’arrivais quelque chose.

« et puis, songeais-je en moi-même, si les bons cotés de mon état de loup-garou me sont inutiles, à quoi bon ? »

Elle me fixa encore un moment puis au un petit sourire, comme une mère qui sourit à son fils parce qu’il avait décider enfin de faire quelque chose.
-Bien, si c’est que tu veux, dit-elle, je vais t’aider.
Je lui souris de reconnaissance, et nous repartîmes vers la maison de sa grand-mère.

-Par contre, je crois que nous allons revoir cet homme très vite, donc il nous faudra nous servir de « l’endroit ».
J’acquiesçais, convaincu que l’utilisation de « l’endroit » était nécessaire.

-Sinon, comment est ta grand-mère ?
-Oh elle est… spécial disons, dit Anaïs d’un air un peu inquiet.

En effet, elle était spécial.

A peine avais-je fermer la porte, qu’elle me sauta littéralement à la gorge.
-C’est ton ami ça ?
Je mit le « ça » de coté, conscient que l’aînée avait un caractère difficile.
-Euh, oui, répondis Anaïs d’un air surprise. Grand-mère, je te présente Claude. Claude, ma grand-mère.
-Enchanté, dis-je avec un petit sourire.
-Lui aussi est bizarre ? attaqua-t-elle.
Anaïs eu l’air gênée.
-Et bien, en fait… baragouinait-elle.
-Ah, je vois : c’est un loup-garou.
L’affirmation m’écrasa les côtes. Comment avait-elle fait pour deviner ? Décidément, il y avait plus de monde qui le savait sans que je le sache.
-Comment… commençait-je.
-Oh, un simple détail : votre pelage, enfin, plutôt votre chevelure. Sa me rappelle un pelage que j’avais vu dans un zoo quand j’était petite. Allez, fini de bavasser, il y a le souper qui attend. Mais je vous préviens : il n’y en a pas beaucoup, alors vous avez intérêt à ne pas avoir une faim de loup.
-Ah Ah, dis-je, légèrement abasourdi.

Quelle drôle de personnage.



-Bon, concrètement, que doit-on faire ?
Je me retournais pour regarder Peter, qui m’avait sorti de ma rêverie. Un mot m’était venu quand il m’avait été présenté hier soir : arrogant.
-Mmmh, je ne sais pas, médita Anaïs. Je pensais aller à l’organisation, afin de les prévenir que nous avons été attaquer, et si ils n’auraient pas eu vent de cette attaque, parmis leur nombreuse …hum… « inspections ».
Je sentis un froid me parcourir l’échine. Leurs inspections réservés aux démons n’était pas franchement douce, et les traitements pour les lycanthropes non plus. A cette pensée, mon esprit remercia encore plusieurs fois la cheftaine.
-Mais… et nous ? s’inquiéta Peter. Nous ne risquons pas d’être attaquer pendant votre absence ?
-Non, j’ai fait en sorte que cette maison sois sous protection spécial. Vous ne risquez rien, sauf si des démons vraiment puissants viennent ici, mais même ça j’en doute.
-Ah.

Je tentais de finir mon bol de soupe avec la biscotte quand la grand-mère entra en claquant fermement la porte.
-Qui était-ce grand-mère ?
-Rien, juste un sale gosse qui voulait sans doute me faire des misères, mais je l’ai vite fait déguerpir !

je laissais mon regard partir dans le vague, pensant d’abord à mes partiels, je j’entrepris vite fait de l’occulter de mon esprit. Et finalement je me mis à apprécier le moment calme du matin, qui faisait sentir qu’on était bien là où on se trouvait, et que rien n’aurait pu nous lever afin d’aller au travail.
-Allez Claude, me dis la cheftaine en me tirant de ma rêverie, fini ton bol et on y va.

Sauf qu’on avait toujours un chef derrière soi qui nous rappelle que ces moments là ne sont pas fait pour durer.
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 27 Aoû - 21:03

Peter Easton

Les deux anormalités venaient de partir. Je n’avais pas eu l’occasion de faire connaissance avec le nouveau venu, Claude ; en y réfléchissant bien, je n’avais pas non plus vraiment fait connaissance avec l’autre, Anaïs. On dit que l’on finit toujours par ressembler à la personne à laquelle on souhaiterait le moins ressembler : sa mère. Je suppose que de fil en aiguille, Anaïs aurait dû ressembler à madame Beaumort. Bon, la copie n’était pas encore parfaite – et heureusement, mais d’un autre côté, que serait aujourd’hui la vieille dame si elle avait contracté les mêmes lubies que sa petite fille ?

« Où est-ce que tu vas comme ça ? »

Je m’étais fait intercepter sur le pas de la porte.

« Grand-mère, merci pour votre hospitalité, je vous enverrais un chèque dès mon arrivée à mon bureau à Londres.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne veux pas de ton argent. Et toi, tu ne vas nul part.»

Son regard en disait long sur sa détermination. Il aurait pu faire plier la volonté d’un tigre affamé. Seulement voilà, j’avais bien mangé et je n’avais pas du tout l’intention de me laisser arrêter et contrôler par qui que ce soit, aussi vénérable soit il.

« Si, madame Beaumort. Je rentre chez moi. Je retourne dans mon monde. Dans la réalité. Vous m’avez toujours semblé lucide, et même aujourd’hui vous le paraissez encore, mais si vous commencez à sombrer dans l’univers psychotique d’une sorcière et de son chien, cela ne regarde que vous. Je n’ai plus l’âge pour ces fantaisies. »

Je suis repassé dans le salon pour récupérer mon veston. Quand je me suis retourné, madame Beaumort se tenait dans l’encadrement de la porte, toujours aussi décidée.

« Et tu penses que les gens qui sont après toi sortent de l’imagination d’Anaïs ? Serais-tu devenu sot avec le temps ? »

Il y avait ça bien sûr. Mais j’avais les moyens de m’offrir des gardes du corps s’il le fallait, et je ne manquerai d’ailleurs pas de le faire une fois chez moi. Les anciens sont d’une compagnie agréable, malgré leur caractère, mais ils sont hors-jeu ; ils n’appartiennent déjà plus au monde des vivants. Et moi je voulais le rester, vivant. Et actif. Rester ici me semblait trop risqué. Je lui faisais déjà une faveur en me gardant d’appeler les services hospitaliers pour ses deux protégés.

« Laissez-moi passer maintenant, s’il vous plaît. J’ai des choses à faire. Vous direz au revoir à la meute de ma part.
- Tu n’as rien compris je crois, Peter Easton. Il te manque vraiment quelque chose. Ce que vous m’avez raconté me semble être vrai. La secte, tes poursuivants, et même les pouvoirs de ma petite fille. J’ai confiance en Anaïs… »

Puis dans un soupir.

« …et d’une certaine façon j’ai confiance en toi aussi. Mais là, je pense que tu commets une grosse erreur de jugement. »

Me faire confiance ? Elle sortait d’où, cette phrase ? C’était l’une de ces phrases passe-partout que l’on glisse sournoisement pour endormir la vigilance de son interlocuteur.

« J’aurais aimé pouvoir te persuader avec les mots altruisme, devoir, abnégation, mais je crains que tout cela n’ait pas de sens pour toi. Tu es trop prétentieux. Alors je ne vais même pas essayer. Je vais te parler de toi. Bien sûr, tu peux t’enfuir d’ici, mais tu vois mon petit Peter, ce qui semble se préparer, j’ai bien peur, surpasse de loin ce que j’ai déjà vécu. Alors ton petit univers de faste et d’arrogance, laisse moi te dire qu’il ne te servira plus à grand chose quand ils t’auront retrouvé. Car ils te retrouveront Peter, tu peux en être sûr.
- Je n’ai aucun doute à ce sujet. Je ne me cacherai pas. Mais j’aurais de quoi les amadouer. Par la force, ou par l’argent. Aucun sous-fifre, même bien payé, ne refuse une allonge généreuse. Ce ne sont pas des vieux qui sont à mes trousses, ils sauront quoi faire de mes traitements, eux.
- Tu es bien naïf. Tu refuses de voir une vérité qui crève les yeux.
- Et ils ont besoin de moi !»

Le ton montait. Je crois que je commençais à avoir des doutes. A m’inquiéter même. Mais pas trop.

« Tu te crois irremplaçable et invulnérable dans ta tour dorée ?
- Je ne me crois rien du tout, je suis. Je suis puissant, riche, j’ai les moyens de leur résister. Vous ne connaissez rien à la diplomatie, aux affaires.
- Ils te tueront, Peter. Ou pire.
- Et vous pensez vraiment que je serais plus en sécurité ici, avec une folle ?! »

J’avais presque crié. Les yeux durs de madame Beaumort s’étaient arrondis de surprise. Elle devait être choquée. ‘Ils te tueront’. J’étais dans un mauvais polar, menacé par une grand-mère. Il y avait de quoi rire. Sauf qu’à ce moment j’étais plus en colère qu’autre chose. Ses yeux se sont radoucis.

« Tu es si fort Peter, si imprenable. Magnifique, divin. C’est vrai après tout, je ne comprend pas pourquoi je me suis fait du soucis pour toi. J’ai déjà assez de ma petite fille. Maintenant, sors de chez moi, vas-t-en. Retourne à ton château fort.»

Elle avait dit ça très calmement en se dégageant du passage. J’ai pris ma valise en silence et je suis sorti sans refermer la porte derrière moi.
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Tchoucky
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 28 Aoû - 17:13

L'Innocente :



Au tout début de tout ça, quand j’avais treize ans, elle me terrifiait, cette sensation de m’éparpiller un instant pour me reconstituer à un autre endroit. Je me suis habituée, par la suite, à me déplacer de cette manière, et de fil en aiguille, j’aime même fini par prendre goût à ce que je sens quand je me défait pour me refaire en un autre endroit que mes jambes ne pourrait me faire atteindre. En ouvrant la faille en moi-même, en devenant la faille, je touche, non, je deviens toutes les frontières qu’il y a entre ce monde-ci et les autres. C’est fugace, ça ne dure même pas une seconde. Plus d’une fois, j’ai eu le sentiment que si je m’arrétait en chemin, si je me maintenait dans l’état immatériel, je verrai tout. Ce monde, les autres, et toutes les lois qui les font interagir entre eux… Mais je ne peux pas. J’ai trop à perdre. Et puis, de toute façon, ça ne m’intéresse plus.
Un sol caillouteux sous mes semelles. La main de Claude dans la mienne. Il est pâle. Il n’a pas l’habitude. Ce n’est que la deuxième ou la troisième fois que je l’emmène dans une téléportation. Autour de nous, des arbres, un chemin de forêt. Derrière les feuillages, une chaines de montagne usée se devine.
_ Tu… Tu nous a emmené où, Cheftaine ?
_ En auvergne. Au « Mont Dore ».
Je laisse mon apprenti intégrer la nouvelle. Même quand on sait, c’est sur à admettre qu’on passe d’Auvers sur Oise à l’Auvergne en une seconde.
_ Et pourquoi est-ce que nous sommes ici ? Je croyais que tu voulais avertir l’Organisation ?
_ Oui, c’est ce que je veux faire. Mais au sein de l’Organisation, je ne sais pas qui est encore ami, et qui est déjà ennemi. Aussi vais-je m’adresser à quelqu’un en qui je suis sûre de pouvoir avoir confiance.
Je relève les yeux vers le haut du chemin, ou se dresse une petite maison de montagne, simple mais d’apparence confortable.
_ Attends-moi là. Je ne serai pas longue.
_ Mais, cheftaine. Je sers à quoi, moi ?
_ S’il te plait. Après je saurais un peu mieux à qui m’adresser chez Prométhéus Démonica.
Je me dirige vers la maison. Une femme se tiens accroupie sur la terrasse, elle est en train de mettre des plantes en pot. Toujours ce même air doux sur le visage. Quelques mêches d’argent se sont ajouté dans ses cheveux noirs de geai. Dix ans déjà ? Tout cela me paraît encore si proche. Nous nous sommes écrit, au début, et puis la vie… J’ai regretté, je suis sûre qu’elle aussi.
_ Madeleine ? appelé-je.
Elle lève les yeux vers moi, les plisse à cause de la lumière.
_ Madeleine, c’est moi. Tu me reconnais ?
Ses yeux s’écarquillent, son doux visage prend une expression abasourdie.
_ Anaïs ? C’est bien toi ?
La dernière fois qu’elle m’a vu, j’étais une gamine mal dans sa peau, aux cheveux mal peignés, et qui se dissimulait sous de gros pull over informe. Aujourd’hui, je suis adulte, j’ai une vie à moi, je n’ai plus le regard qui fuie quand on me dévisage, je marche avec les épaules bien droite, et la plupart du temps, je souris. Oui, ça doit faire bizarre.
_ Tu … Tu as changé.
_ On appelle ça grandir, Madeleine.
En quatre enjambées, elle traverse la terrasse, et me rejoins pour me serrer contre son cœur, comme si on ne s’était séparée que la veille. Un instant, je ressens la tentation de ne rien lui dire, pas tout de suite, de d’abord faire comme si je revenais juste pour la voir, la voir elle, après tout ce temps. Comme j’aurais du le faire bien avant. Il ne faut pas. Il faut que je me détache d’elle et que je lui explique que je suis venue pour lui demander conseil, comme toujours. Que je me détache d’elle et que je lui réclame son aide.
C’est elle qui s’écarte.
_ Je sens de l’angoisse en toi. Ce n’est pas une visite de courtoisie, n’est-ce pas ?
_ Non, Madeleine. Je peux entrer ?
J’avais oublié cette sensation de chaleur immense qu’on éprouve à la voir sourire. Comme lorsqu’une maman vous prend dans ses bras pour vous bercer. Chère Madeleine, tu es bien la seule chose que j’ai regrettée en démissionnant de l’Organisation.
_ Bien sûr, entre.
Elle m’ouvre sa porte. J’entre dans un petit salon simple, aux mur de bois, dénudés de décoration. Un tapis blanc sur le sol constitue le seul ornement. La pièce est claire, silencieuse, respire le calme. A son image. Elle n’a pas changé. Elle m’indique le sofa et prends place sur un pouf, tout en m’examinant.
_ Tu es devenue jolie, mon innocente. Tu as donc trouvé la vie heureuse que tu cherchais.
_ Je crois, oui, pour l’instant.
_ Et pour ce qui est de…
_ Non, il est toujours en moi. Il m’arrive encore d’avoir ses rêves. Mais ça ne m’effraie plus. Presque plus. Mais bon, ce n’est pas de ça que je dois te parler.
_ Ah ?
Elle semble surprise. Evidement, elle n’imaginait pas que je vienne pour autre chose qu’un souci avec la chose qui dors en moi.
_ Madeleine, je sais que tu as démissionné un peu après moi. Mais je crois avoir compris que tu gardais contact avec l’Organisation.
_ C’est vrai. Pas vraiment de gaité de cœur, mais bon, il paraît que je suis une spécialiste des activité parapsychiques inhabituelle. On fait appel à moi en temps que consultante stratégique, de temps en temps. Des fois on me demande aussi mon avis sur les recrues. Pas mal de nouveaux membres de l’Organisation sont entrés grace à moi, ces dernières années, et visiblement j’ai du nez, parce que la plupart on gravit les échelons de la hiérachie à une vitesse fulgurante.
_ Tu as confiance en ceux que tu as recrutés ?
_ Comme en moi-même, pourquoi ?
_ J’ai besoin de savoir à qui je peux encore faire confiance. Il se passe des choses bizarres au sein de Prométhéus Demonica.
Elle lève un sourcil étonné.
_ Quelles choses bizarres ?
_ Hum, je ne suis pas certaine de ce que j’ai appris, à vrai dire ça me semble même aberrant, mais je vais essayer de tout te raconter, du moins ce que j’ai compris.
Mais Madeleine lève la main pour m’arrêter.
_ Non. D’abord, je vais chercher le café encore chaud qui me reste dans la cuisine, je t’en sers une tasse et ça te laisse une minute pour rassembler tes idées et n’omettre aucun détail.
Je réprime un sourire amusé. La première fois qu’elle avait fait ça, ça m’avait complètement déstabilisée. Chaque fois que j’avais à lui faire mon rapport, elle trouvait un prétexte pour me laisser seule une minute pour que je réfléchisse à la façon dont j’allais le dire. Et puis, le confort de cette minute de réflexion avait fini par me paraître nécessaire.
Je me remémore tous les événements qui se sont produits depuis samedi. Ce type qui débarque chez Grand-mère, avec une histoire abracadabrante. Un autres qui s’en prends à Claude dés qu’il essaye de me rejoindre. Et ma seule certitude que Prométhéus démonica soit mêlé à ça vient du fait qu’Easton a décrit avec précision son emblème, comme ne peut le faire que quelqu’un qui l’a vu. Peu de choses. Pour quelqu’un qui n’a que peu de contact avec l’organisation, comme moi. Mais ce n’est pas le cas de Madeleine. Elle a encore un pied dedans, elle. Elle peut faire des rapprochement avec des choses qu’elle a vu, ou entendu par hasard. Du moins j’espère.
_ Tiens, voilà pour toi, dit-elle en posant une tasse de café dans mes mains. Maintenant je t’écoute.
Je porte la tasse à mes lèvres et bois une gorgée.
_ J’ai rencontré par hasard un homme qui prétend avoir été poursuivit par des hommes de prométhéus démonica, pour le compte d’une sorte de secte. C’est incroyable à entendre, mais si cet homme dit vrai, des gens peu recommandable ont la main mise sur l’Organisation. Et les projets de ces gens seraient de réduire une partie indésirable de l’humanité en esclavage, et ne laisser plus qu’à une élite le droit de se reproduire. Le but serait de créer une race supérieur d’homme.
Je ne sais pas pourquoi elle a autant sucré ce café, mais ça m’ecoeure un peu.
_ Où est cet homme, maintenant ?
_ Je préfère ne pas te le dire. Moins de personne le sauront, mieux ça vaut pour tout le monde. Mais j’ai besoin de toi pour trouver à qui on peut encore faire confiance, dans l’organisation. Tu veux bien m’aider ?
_ Oui, je vais t’aider. Tu ne finis pas ton café ?
Danger… Claude est en danger… Claude est en train de se battre ; là dehors. Je veux me lever, me précipiter dehors pour lui prêter main forte, mais je n’y parviens pas. Mes jambes sont comme… en plomb.
Je lève un regard effaré vers Madeleine. Elle me sourit toujours.
_ Ne sors pas. Ils ne s’en prendrons qu’au Loup Garou. Je veillerais à ce qu’il ne te fasse rien.
Claude… Claude… J’ai… J’ai sommeil. Ne pas… Je veux… Me lever…
_ Si tu essayes de te servir de tes pouvoirs, tu t’épuiseras plus vite encore, et tu t’évanouiras avant d’avoir eu le temps de faire quoi que ce soit, me dit-elle.
Danger… Claude… Bruit dehors… Quelque chose qui se brise, dans le bois… Pourquoi ? Pourquoi ?
_ Tu te souviens de notre dernière mission ? Celle qui t’a convaincue de démissionner.
La mission… Non… Je peux pas… Je veux pas… J’essaye de parler, juste de parler, de supplier… S’il te plait, Madeleine, s’il te plait. Que ce ne soit pas vrai. Que ce ne soit pas toi. Quelque chose cogne contre un mur de la maison.
_ Moi non plus, je n’ai pas arrêté d’y repenser depuis. Toi, tu as trouvé un moyen d’y survivre en te mentant, en oubliant que ça s’était passé. Mais ça n’est pas la solution. Ca ne résout pas le problème. Et il faut bien le résoudre. A n’importe quel prix.
Et cogne. Et cogne encore. Un cri de douleur. Est-ce la voix de Claude ou pas ? Je n’arrive pas… Pourquoi, Madeleine, pourquoi ?
_ J’ai aimé te former, Anais. Une enfant qui a la nécessité de rester innocente. J’ai aimé, chercher avec toi tous les moyens qui existent de survivre sans faire le mal. Et puis la réponse m’a giflée. Il n’y en a pas. Pas dans ce monde là. La seule solution a été de t’enfermer dans une bulle ou personne ne puisse t’atteindre. Le bien ne peux pas survivre dans ce monde. Pas parmi les hommes. Pas tel qu’ils sont maintenant. Il faut tout refaire. Tout refaire.
Ne pas dormir. La tasse m’a échappée des mains, elle s’est brisée sur le sol. J’essaye de tendre la main vers elle… La voix de Madeleine continue à me parvenir, lointaine.
_ Reste ici avec moi, Anais. Je veillerai à ce qu’il ne t’arrive rien. Tu es ma plus belle œuvre. Tu fera partie de l’élite. Personne ne le mérite mieux que toi, je te le promets. Rejoins-moi. Je sais, c’est choquant à y penser, de tels moyens. Mais nous sommes une époque sans espoir. Nous n’avons plus rien à perdre. Je n’ai plus rien à perdre. C’est pourquoi je suis prête à tout sacrifier, même toi, juste pour avoir un espoir d’un monde ou les enfants n’aient pas besoin de devenir mauvais pour survivre.
Je suis parvenue à faire tomber mon corps à genoux. Les bris de tasse coupants sous ma paume. Je serre, le plus fort possible, pour faire saigner ma chair, pour avoir mal, pour ne pas m’endormir…
_ Je n’entends plus de bruit, dit vaguement Madeleine au dessus de ma tête. Je crois qu’ils ont fini avec le Loup Garou.
Si tu m’avais affrontée avec tes pouvoirs, tu aurais perdu. Je suis bien plus puissante, même en restant l’Innocente. Alors, tu as eu recours à ça. C’est tellement… Humain…
Un éclat. La porte s’ouvre. Claude est là. Une partie de ses vêtements sont déchirés, mais il est là. La drogue… Est-ce qu’il lui a réellement poussé des crocs ?
Madeleine lui fait face. Elle … Je crois qu’elle tente de pénétrer son esprit. Mais lui résiste, il résiste encore, comme je lui est appris. Pour combien de temps… Bouger… Bouger… Deux bras qui m’entourent.
_ Cheftaine, je suis là. Tu m’entends cheftaine ?
Partons. Partons ou Madeleine ne nous trouvera pas. Défaire… Refaire…
Corps qui s’éparpille. A ma portée, toutes les frontières de tous les mondes. Un autre sol dur sous mon corps, les bras de Claude autour de moi. J’ai réussi à nous téléporter ailleurs. J’ai r…
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 29 Aoû - 15:29

Cidolfas Minos

_ Rebonjour, nous dit le démon derrière la porte, comme s’il avait patiemment attendu qu’on lui ouvre.
Il entra à l’intérieur de la salle, Ken referma la porte derrière lui. Lui et le démon allèrent s’installer au centre de la pièce, prenant chacun un petite bobine de câble usé et s’asseyant dessus. Je n’en revenais toujours pas qu’il allait falloir que je collabore avec un ennemi pour en coincer tout un tas d’autres… Même si cet ennemi là avait l’air plus civilisé que la plupart de ceux que j’avais tué jusqu’à présent, ça ne m’en mettais pas moins mal à l’aise de ne pas savoir ce qu’il pouvait penser, alors que lui le savait très bien, ce que je pensais. Nécessité fait loi… Mais quand même.
_ Alors, vous venez ? me lança l’intéressé.
Comme il y avait une pile de grands cartons derrière lui, je m’y dirigeais et en touchais un pour en vérifier la consistance. Il était plein, je m’asseyais donc dessus. Je perçus dans les regards qui me toisaient comme une lueur d’incompréhension, bien que cette lueur était plus présente de ceux de Ken que dans ceux de l’autre.
_ Pourquoi ne venez vous pas plus près, me dit ce dernier, méfiant ?
_ Prudent, seulement. Bon, maintenant que nous sommes un peu plus à l’abri des regards indiscrets, qu’est ce qu’on fait ? enchaînais-je pour couper court à une éventuelle réplique du démon.
Ken prit une inspiration, puis dit :
_ Ici, nous pouvons être tranquille, du moins pendant un moment, ça nous laisse un peu de temps pour établir un plan.
_ Quel genre de plan ? demanda le démon
_ Vous avez tous les deux compris qu’il se trame quelque chose au sein de Prométhéus Démonica (« Qui a pu choisir un nom pareil ? », pensais-je en réentendant ce nom).
_ Faire passer des montagnes de spectres dans notre monde, intervins-je
_ Oui, et c’est bien là qu’est tout l’incohérence : l’Organisation a toujours eu pour but de faire en sorte d’empêcher de telles choses comme cela d’arriver, or ce que j’ai entendu était tout ce qu’il y avait de plus sérieux, et totalement contraire à ce qu’elle a toujours fait.
_ Alors que pensez vous de cette situation ? demanda le Cristallin
_ Je pense que ce n’est pas l’Organisation elle-même qui tire les ficelles de ce projet… J’avais déjà constaté ces derniers temps des comportements un peu étranges parmi certains de mes collègues. Ils semblaient… A part. Des caractères que l’on avait, jusqu’à maintenant pas du tout l’habitude de voir au sein de Prométhéus Démonica. Plutôt opportunistes, intelligents mais prétentieux…
_ Il y a pourtant toujours des brebis galeuses, même dans les entreprises honnêtes, constatais-je en réprimant un sourire
_ Ce n’est pas la question… Bref, j’ignore ce que c’est, mais je me doute que l’Organisation, ou peut être ce qui l’a infiltré, doit cacher des informations sur ce projet quelque part. C’est cela que je vous propose de faire : Essayer de récolter le maximum d’indices sur cette invasion qui se prépare et savoir qui dans l’Organisation peut diriger un pareil projet.
_ Nous avons compris la mission, dit le démon, mais il reste à décider de la méthode pour parvenir à l’accomplir.
Il ne se passa rien pendant une petite minute après cela. Les deux autres semblaient réfléchir, ma méthode à moi était toute trouvée.
_ Et si l’on interrogeait un de ces types bizarres ?
_ Expliquez vous, me demanda Ken
_ Ces types que vous trouviez un peu louches, dans l’Organisation, vous avez du au moins en retenir quelques têtes, non ? Alors, il faudrait en attirer un sous un faux prétexte pour le prendre au piège et l’interroger… Avec des arguments solides.
_ Si vous comptez interroger ces gens comme vous « interrogiez » les miens, ils ne vivraient pas assez longtemps pour nous délivrer la moindre information utile.
Je sentais une pointe de raillerie dans l’air toujours aussi neutre du Cristallin, mais je n’en tins pas compte.
_ L’idée n’est pas mauvaise au départ, intervint Ken, mais les allées et venues de l’organisation sont soigneusement contrôlés… De plus, nous sommes déjà un peu repérés…

Dommage, je n’avais jamais expérimentés mes techniques sur un humain… Ce sera pour une prochaine fois.
_ Elix, vous avez une autre idée ?
_ Plus discrète, dit-il avec assurance, durant mes longues années passées sur ce monde, je me suis fait beaucoup d’amis plus ou moins bien placés…
_ Demander de l’aide à un seul démon ne suffit plus, alors ?
Ledit Elix se retourna un instant pour me regarder, puis il retourna aussitôt la tête, regardant Ken.
« Je me doute bien que quoique j’ai à proposer, cela ne vous plaira certainement pas, chasseur, mais vous n’êtes pas le seul concerné. Je disais donc que ce véritable réseau d’informateur que ma longue vie m’a permis de constituer pourrait nous être utile. Nous rassemblerions les indices pour faire des recoupements et…
_ Cette fois, ce n’est pas que je veuilles faire exprès de vous contredire, mais nous n’aurons jamais le temps d’attendre que tous vos petits amis reviennent de la pêche aux infos pour nous rapporter des morceaux de puzzle qui prendraient encore du temps à être reconstitués…
_ Il a raison, dit Ken, nous connaissons le projet, mais pas son échéance. Moi-même, je vois bien une solution, mais elle est difficile à réaliser…
_ Quelle est-elle ? Dites toujours, fit le démon Elix
_ Il faudrait infiltrer nous même les centrales de l’Organisations de Paris. Elles ne sont pas nombreuses, mais en tant que membre, je sais qu’elles sont chacune bien gardées et protégées. De plus il est quasiment impossible d’y accéder sans…
Ken fit soudain la moue, on dirait qu’il avait oublié un détail.
« Sans savoir utiliser une forme de téléportation.
_ Je peux le faire.
Le démon venait de se lever de sa bobine, il se dressait de toute sa hauteur démoniaque, comme fier.
_ Vous maîtrisez ce genre d’art, Elix ?
_ Puisque je vous le dit, répondit-il, neutre.
_ Mais, êtes vous absolument certain de vouloir faire cela ? Si nous nous faisons repérer dans une seule centrale, ce sera la catastrophe, et nous en aurons sans doute plusieurs à visiter avant de pouvoir obtenir des informations…
_ Il faudra me payer les heures supplémentaires, alors, dis-je en descendant de mon carton, je ne travaille pas le dimanche, d’habitude !
_ Euh, on verra ça plus tard, mon cher Shalash…
_ Cidolfas !
_ Comment ? fit Ken sans comprendre
_ Mon prénom est Cidolfas, mais appelez-moi Cid, c’est plus court.
Je n’avais pas pour habitude de révéler mon nom à côté d’un démon, mais je me rendis compte quelques instants auparavant que si je voulais que mes relations avec ces deux là, à défaut d’être amicales, soient plus faciles, c’était un mal nécessaire…
_ Où est la centrale la plus proche d’ici ?
_ En banlieue, à Arcueil, plus précisément.

Après nous être préparés, une heure plus tard, nous étions sur les lieux. Il s’agissait en apparence d’une maison assez délabrée, les entrées étaient complètement murées, avec un petit jardin où les herbes folles s’en donnaient à cœur joie. Face à la grille d’entrée, je demandais à Elix :
_ Est-ce que l’on doit frapper à la porte, maintenant ?
_ Ici, ce n’est que la façade. Si nous tentons d’entrer, répondit Ken, nous n’y verrons rien d’autre que l’intérieur d’une banale maison abandonnée. La centrale est en dessous. Aucune entrée normale n’y accède, c’est pour cela que s’y téléporter est nécessaire.
_ Il faudrait trouver un endroit discret où je puisse exécuter le rituel pour nous téléporter.
_ Vous ne pouvez pas faire ça en claquant des doigts ? Décevant !
_ Il y a un petit terrain vague clôturé, là bas, enchaîna Ken
En une minute, nous étions à l’abri des éventuels regards. Jusqu’à présent, j’avais toujours vu la véritable apparence d’Elix entourée d’un léger halo de lumière, même déguisé en humain. Cependant, voilà que ce halo venait soudain de disparaître… J’ai eu la confirmation de ce que je pensais quand je vis le front de Ken se barrer d’un étonnement : Le démon venait de reprendre son apparence originelle. Sans dire un mot, il traça sur le sol à l’aide d’une de ses lames de lumière, plusieurs signes démoniaques sous nos pieds. Après avoir murmuré un mot, ces signes se mirent à luire légèrement. Il dirigea sa main vers Ken qui opina de la tête. Sans doute devait il la fouiller pour connaître l’exact endroit où nous transporter. Alors que les « dessins » du démon brillèrent de plus en plus, je me surpris à hausser un sourcil et à poser une question à Elix.
_ Dites moi, vous n’avez pas tracé un signe en plus qui va me désintégrer, me transformer en gelée verdâtre ou autre j’espère ?
Je me rendis compte que je venais de tendre une perche énorme au démon lorsqu’il me répondit, étirant ses yeux triangulaires et formant un sourire qui dévoilait ses longues canines :
_ Vous verrez bien !
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Marc
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Sam 1 Sep - 13:52

Elix Hérès

_ Où sommes nous ? Demanda Cidolfas, quelque part sur ma droite.
_ Je ne suis pas sûr, répondis Ken à voix basse.

La pièce où nous nous trouvions était, mise à part une faible lueur verdâtre droit devant nous, plongée dans une totale obscurité. Une forte odeur de poussière régnait, et je sentais des objets de haute taille tout autour de moi. Respirant à fond, je dominais la peur instinctive que tout cristallins ressentaient en présence d’une telle obscurité, et tendais la main devant moi. Puisant dans ma propre lumière de vie, je créais une faible luminosité dans les cristaux de mon avant-bras, puis les modulais pour en augmenter l’intensité, illuminant progressivement notre entourage. Lorsque enfin la lumière domina dans la pièce, je relâchais mon souffle.
_ Pourquoi avez-vous un air si tendu ? Auriez vous peur du noir ? Railla Cidolfas.
_ Là d’où je viens, répliquais-je en le fusillant du regard, il ne fait jamais nuit, et provoquer l’obscurité est passible de la peine de mort.
_ Nous sommes dans les archives, intervins Ken. Allons-y.

Nous précédant, il se dirigea vers la lumière verte, se frayant un chemin entre des étagères de plusieurs mètres emplis de dossier, provoquant des ondulations dans la poussière ambiante. Lorsque nous arrivâmes à la porte, j’entendis un léger crissement dans mon dos. Le chasseur, une petite arbalète chargée à la main, haussa les sourcils dans ma direction. Levant les yeux au ciel, je posais une main sur l’objet.
_ Cela ne sera pas nécessaire, murmurais-je. Nous devons ne pas nous faire remarquer, et semer des cadavres n’est pas le meilleur moyen pour cela.

Il conserva tout de même son arme, et nous sortîmes rapidement de la pièce, pour nous retrouver dans un large couloir, lequel contenait une demi-douzaine d’hommes et femmes, pointant chacun une arme sur nous. Cidolfas pesta, et les agents levèrent leurs armes.
_ Pas nécessaire, grogna le chasseur en levant à son tour son arbalète.

J’agis aussi rapidement et puissamment que je le pus, saisissant l’ensemble des six esprits dans une poigne mentale de fer et le bras du chasseur dans ma main. Les agents se figèrent soudain, les yeux exorbités. Procédant en douceur, je me glissai dans leurs souvenirs, puis commençais les modifications par les plus petits détails. J’effaçai tout d’abord les yeux bleus de Cidolfas, ceux verts de Ken, et la lumière de mon iris sans pupille. Puis je fis disparaître la couleur ivoire de ma peau, ainsi que les fines lignes de cristaux courant depuis mes clavicules jusqu’aux jointure de mes mains. Passant à des éléments plus grands, j’estompai mes cheveux de cristaux souples et ceux, classiques, de mes compagnons. Avant de conclure en gommant notre silhouette, je pris soin d’effacer l’élancement de mes oreilles démoniaques. Enfin, lorsque que j’eut ôté toute image de nous de leur tête, je me retirai en fermant leur esprit d’une pensée contenant l’ensemble de ma volonté.
Ne voyez point cela. Oubliez.

Posant un doigt sur mes lèvres, je signifiais le silence au deux autres. Les agents s’entre regardèrent, les sourcils froncés, puis l’un d’eux exécuta le même geste que moi, ajoutant un signe sec vers la salle des archives. Hochant la tête, les cinq autres se positionnèrent autour de la porte. En silence, Ken, Cidolfas et moi-même partîmes en sens opposé.

_ Que leur avez-vous fait ? demanda Ken lorsqu’il nous eu mené à la relative sécurité d’un bureau désert.
_ Je leur ai imposé ma volonté, c’est-à-dire que nous n’étions pas là, et que nous ne l’avions jamais été.
_ Pratique, grommela Cidolfas.
_ Uniquement si l’on bénéficie de l’effet de surprise, dis-je, quelque peu essoufflé. Et cela fatigue lorsque les esprit son nombreux. Comment ont-ils su qu’on arrivait ?
_ Cette base-ci doit être équipés de détecteur de sorcellerie, fis Ken d’un ton pensif. J’ignorais qu’ils étaient achevés. Ca ira ? Ajouta-t-il en me voyant inspirer à fond.

Je hochai la tête, et nous ressortîmes.
_ Nous arrivons vers les bureaux des gradés, nous informa Ken cinq minutes après.
_ Comment allons nous les vider ? Demandais-je. Une diversion ?
_ Ca compliquerait des difficultés pour ressortir.
_ Sauf si la diversion en question est subtile, dis-je en m’adossant au mur. Cachez vous, je vous rejoins dans une minute.

Prenant une profonde inspiration, je projetais ma pensée par à-coup, sondant les divers esprits présents. Mis à part pour deux d’entre eux, un simple effleurement suffirait. Me concentrant sur ces deux esprit plus fort, je frôlai leur consciences, laissait leur esprits s’habituer à ce touché, puis envoyais à tous deux un fort pressentiment. Je m’esquivai rapidement lorsque, mus par l’instinct d’un danger imminent venant de l’extérieur, ils quittèrent leurs bureaux au pas de course.
Nous avons quelques minutes, transmis-je à Ken.

Les deux me rejoignirent aussitôt.
_ Il s ne sont pas tous partis, nota Cidolfas.
_ Les faire tous évacuer en même temps leur aurait mis la puce à l’oreille. J’ai éloigné les deux esprits les plus forts. Je pense que c’est dans l’un de leurs bureaux que nous trouveront le plus d’information.
_ A condition d’arriver à entrer, fis Ken. Les portes sont verrouillées par une serrure fonctionnant à empreinte digitale.
_ Plutôt parano, dans le genre.
_ C’est la procédure.
_ Je peux affaiblir l’alliage en concentrant ma lumière, fis-je. Vous pourrez ainsi la forcer.
_ Combien de temps ?

Je grimaçai. Cela prendrait trop de temps. Je n’avais pas pensé que nous aurions à forcer un entré aussi résistante. Passant ma langue sur l’une de mes longues canines, je réfléchis à toute vitesse.
_ Créez-en une autre, dit brusquement Cidolfas, interrompant net le fil de ma réflexion.
_ Je vous demande pardon ?
_ Vous pouvez manipuler la lumière et les objet la reflétant, non ? Ben créez une autre porte.

Médusé, je le fixai, puis éclatai silencieusement de rire.
_ Qu’y a t il de drôle ? Grinça le chasseur.
_ Ho, tout simplement le fait qu’un humain m’indique une manière d’user de mon pouvoir à laquelle je n’avais jamais pensé.

Cidolfas se rengorgea, tandis que j’apposai mes mains sur le mur adjacent à la porte. Concentrant l’intégralité de mon pouvoir, je réunis la lumière formant l’image du mur, puis la modulais. En quelques secondes, le mur prit entièrement une teinte dorée, puis forma une porte de petite taille.
_ Vous avez oublié la poignée, nota le chasseur d’un ton neutre.
_ Si ces messieurs veulent bien se donner la peine, chuchotais-je avec un sourire en coin.

La pièce était spacieuse et bien meublée, à la limite du luxe. Le bureau était en bois verni, d’une seule pièce, et un fauteuil de cuir trônait à l’arrière. Le long des murs étaient placé une sorte de bibliothèque ainsi qu’un plan de travail informatique.
_ Tout les membre de Prométhéus Demonica ne partagent pas votre goût pour la simplicité, Ken, notais-je avec amusement.
_ Ne perdons pas de temps.

Nous nous répartîmes tâches. Cidolfas se posta derrière le bureau, dont il força les tiroirs. Ken se posta devant l’ordinateur, et je fouillai la bibliothèque.
_ Venez voir, appela le chasseur quelques minutes plus tard.
_ Qu’avez-vous trouvé ? Demandais-je en voyant le classeur posé devant lui.
_ Je crois que vous devriez venir voir, Elix.

Je levait la tête de ma lecture, intrigué qu’il m’appelle par mon prénom, puis marchait vers eux. Le visage fermé, il tourna le classeur de sorte que je puisse lire. Un hoquet de stupeur m’échappa lorsque j’eu parcouru les première ligne, puis mon souffle se bloqua tout à fait.
_ Non, articulais-je difficilement.

La page contenait deux rapports, décrivant deux missions ayant été conclues par des morts. Arvin Aran. Ren Ilièr. Les miens. Mes frères d’armes. Mes compagnons d’exil. Des démons Artisans parmis les plus doux.
_ Les pages suivantes sont du même genre, fis Cidolfas doucement. Il doit y en avoir une bonne cinquantaine au total.
_ Cinquante…hoquetais-je.

J’avais au début de ce siècle calculé qu’un peu plus que trois cent de mes semblables étaient encore en vie. Cinquante d’entre eux…
_ Ken, dis-je d’un ton dur, glacial. Je croyais que Prométhéus Demonica avait cessé de chasser les miens.
_ C’est le cas. Nos ordres sont de les surveiller et de n’intervenir que s’ils usent de leurs pouvoirs sur des humains.
_ Sauf que ces missions comprenaient apparemment l’abattage de ces démons, fis remarquer le chasseur. Pas que ça me dérange, mais…

Mes doigts se crispèrent sur le classeur, brisant net la couverture rigide.
_ Cidolfas, veuillez syntoniser une copie de ces documents, grinçai-je. Je veux savoir pourquoi on les a tués.
_ Cela ne nous éloignera-t-il pas de notre but.
_ Pas tant que cela, nota Ken. Prométhéus Demonica, du moins sa partie non contaminée, n’aurai jamais ordonné un massacre pareil. Cela veut dire…
_ Que ces missions ont été lancées par cette secte, termina le chasseur, tandis que je me calmai. Soit, allons-y.
_ Inutile de repasser par les archives, dis-je d’un ton toujours aussi glacial, autant nous téléporter d’ici.

Formant une pointe de lumière, je commençais à tracer un diagramme.
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Sam 1 Sep - 17:37

Peter Easton


Vous dire que cette petite altercation avec madame Beaumort ne m’avait rien fait serait un mensonge. Cela dit, je n’étais pas bouleversé, j’étais juste plus méfiant. Et je devais bien l’admettre, rentrer gentiment à Londres pour me laisser cueillir à l’arrivée me semblait la dernière des bêtises à faire.
Je pouvais décider de rester à Paris et de diriger mes affaires depuis un endroit discret, protégé par une garde rapprochée. Mais en y réfléchissant bien, cela ne m’aurait pas mené à grand chose et coûtait quand même cher.

Je suis peut-être arrogant, mais je pense que c’est une position justifiée, parce que je ne suis pas stupide. Non, attendez ! Pas de fausse modestie, je suis même très intelligent. Et j’ai sans doute l’air froid. C’est un fait, le malheur des autres ne m’intéresse pas. En conséquence, tout ce que je fais, je ne le fais pas pour un tiers, pour une idéologie ou pour passer le temps : je le fais pour moi. Cela vous paraît vain une vie pareil ? C’est simplement que je suis plus honnête envers moi-même que la plupart des gens. J’ai eu des questions existentielles quand j’étais jeune, comme tout le monde. Je n’en ai plus. Je profite de la vie, dans le plein sens du terme ‘profiter’. J’exploite la vie.

Alors vous comprenez que leur histoire de secte, leur idéologie, me semblait une perte de temps conséquente dans ma progression jouissive et opulente vers mon inexorable fin, que je souhaitais tardive. C’est du moins ce qui m’avait semblé au premier abord, mais être seul, centré sur vous-même, lorsque vous avez du pouvoir et que le monde vous regarde avec crainte, est une chose, mais être seul dans un monde de zombie, sans autre pouvoir que celui – à la rigueur – de rester en dehors de tout ça, est autrement moins attrayant.

Où veux-je en venir dans tout ça?

Considérant que la secte de monsieur Meyer semblait avoir de gros moyen, qu’elle était infiltrée aux seins d’organisations dangereusement étranges et que son projet atteignait son climax, ses chances de réussite était très élevées. Pour être franc, s’il s’était agit d’un investissement boursier je n’aurais pas hésité un instant.

« Alors vous, et d’autres, entrerez en jeu pour bâtir ce monde nouveau. »

Le sens de cette phrase me paraissait très clair : ‘vous aurez du pouvoir dans ce nouveau monde’. Comme je ne pouvais pas continuer à travailler en restant caché, j’étais donc face à trois choix : Rentrer à Londres, faire comme si rien ne s’était passé et risquer de mettre fin définitivement à mes ‘fastes’ comme avait dit madame Beaumort. Deuxième solution, dénoncer le complot avec un risque non négligeable de mettre là encore définitivement fin à mes activités, ce qui était contre mes intérêts. Et enfin, le choix le plus raisonnable, accepter l’offre de monsieur Meyer.

Il fallait maintenant que je trouve un moyen d’entrer en contact avec l’architecte de manière subtile afin d’éviter de me faire nettoyer, quitte à lui livrer deux ou trois résistants en gage de bonne volonté. D’ici quelques semaines ils mettraient leur plan à exécution et dans deux ou trois mois, je ferais partie de la tête d’un empire docile et productif. C’était de très loin la meilleur solution. Alors expliquez moi pourquoi je me trouvais à ce moment en chemin pour un commissariat ?


~*~


« Bonjour, c’est pour quoi ? »

Je n’avais pas passé ma vie dans un commissariat et encore moins dans un établissement français. En fait même, je n’y étais jamais entré. Ce n’était pas la grande classe. Enfin, j’y étais maintenant, je n’allais pas faire demi-tour pour une histoire de décoration.
Un homme d’une quarantaine d’année vint se tenir à côté de moi en me tendant sa main. Je voyais du coin de l’œil le regard amusé de l’officier d’accueil.

« Bonjour monsieur Doucet. Merci d’être venu si vite. Votre femme refuse de prononcer le moindre mot. On a beau lui expliquer que nous voulons juste un témoignage elle reste prostrée et refuse même de se lever. »

Monsieur Doucet ? Femme ? Je n’allais pas me laisser insulter comme ça mais au moment ou je m’apprêtais à montrer le côté obscur de ma personnalité, le dit monsieur Doucet se présenta au comptoir. Je ne lui ressemblais pourtant pas. Sans autre considération pour moi l’homme qui m’avait abordé s’excusa auprès du nouveau venu et l’amena plus loin. Avais-je bien vu ?

« Bien, dis-je en levant un sourcil, ils sont tous comme ça ici ?
- C’est pour quoi ? »

Apparemment ils l’étaient tous.

« Je désirerai m’entretenir avec le commissaire.
- Vous avez un rendez-vous ?
- Non, mais c’est assez important voyez-vous.
- Dans ce cas, c’est pour quoi ? »

S’il répétait encore une fois ‘c’est pour quoi’…Au départ j’avais pensé me contenter de me protéger en expliquant avoir été menacé de mort – enfin je crois que c’est de ça que l’on me menaçait, mais en dénonçant toute la machination je pourrais faire d’une pierre deux coups. Et puis, étouffer la menace dans l’œuf était la méthode la plus sûre pour arrêter mes poursuivants.

« Je viens dénoncer un complot terroriste. Mais je suppose qu’il faut prendre rendez-vous pour rentrer dans les détails.
- Vous n’êtes pas obligé d’être désagréable, monsieur. Bon remplissez ça, un lieutenant viendra vous voir d’ici quelque minute.
- C’est pour quoi ? »


J’attendis une soixantaine de ces quelques minutes avant qu’un aimable petit moustachu ne vienne prendre mon témoignage.

« Je tiens à vous prévenir, ça a intérêt à être sérieux votre histoire. On ne plaisante pas avec ces choses là et on est assez occupé en ce moment, ici.»

Le lieutenant de police m’avait conduit jusqu’à son bureau derrière lequel il était maintenant assis. Une montagne de crayons identiques se pressait dans une tasse. Leur corps rouge se terminait à l’extrémité par une pointe parfaitement taillée. Leur taille inégale et leur arrangement formait une sorte de spirale montant vers le centre. En faisait-il la collection ?

« Le mois dernier, il y en a un qui est venu faire le malin pour une histoire de terrorisme lui aussi. Il avait un dossier complet accusant son voisin. Aujourd’hui il est en examen pour diffamation et falsification de preuves. Vous ne voudriez pas que cela vous arrive, n’est-ce pas ? »

Je l’imaginais bien, tous les lundi matins – parce que bien sûr les fournitures sont approvisionnées le lundi – faire le tour des bureaux pour récolter le nouvel arrivage de crayons rouges. Ou encore demander aux dépositaires : ‘Vous n’auriez pas le modèle huit centimètres ? C’est le dernier qui me manque, vous comprenez’. À quoi pouvait bien servir tous ces crayons à l’ère de l’informatique ?

« Si tout ça est bien clair entre nous, je vais commencer à prendre votre déposition. Je la transmettrai ensuite à la cellule anti-terroriste.»

Quelques clics et il se mit en position d’attaque, les mains fermées au-dessus du clavier. Ça ne devait pas être facile pour lui de s’occuper de cette tâche. Seuls deux doigts pointaient d’un air menaçant en direction des touches qui, si on leur en avait donné la possibilité, n'auraient pas manqué de dénoncer le moustachu pour mauvais traitements. Allez savoir pourquoi, on ne la leur donne jamais.

J’entrepris alors d’exposer du mieux que je pus les récents évènements.
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Hoshi
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 3 Sep - 23:44

Chapitre 5 : Les chambres de Pandores

Shaaxalaxx

Me voilà revenu à Paris. Quelle plaie cette vieille mégère et sa barrière. Sans ça j’aurais enfin retrouvé le spectre. Maintenant je dois compter sur 665.
Je rentre dans l’immeuble et me dirige immédiatement vers sa chambre.
Je frappe.

« Oui ? »

J’entre doucement, il se retourne immédiatement vers moi.

« Une barrière ! Ils utilisent une barrière pour se protéger des intrus. Je n’ai pas pu entrer. Mais toi, tu dois pouvoir faire quelque chose hein ?

- Hum … ça ne devrait pas poser trop de problèmes, je t’avertirai si j’ai du nouveau.

- Il y a un autre moyen de protection : une vieille bonne femme. Elle devrait pas poser trop de soucis, mais elle est plutôt hargneuse …

- Je verrais bien. »

Pas très bavard. Mais bon, il n’a jamais été vraiment bavard, 665.
Je me retourne et me dirige vers la porte.

« Bien, préviens moi alors, si tu apprends quoi que ce soit. »

Je sors de la pièce et ferme la porte. Je vais cette fois-ci dans ma chambre.
Et voilà de nouveau cette tapisserie orange et ce parquet qui craque. Je fais plusieurs fois le tour de la pièce en repensant à ce spectre, à la barrière qui se dresse autour de la maison, à la vieille, puis finalement l’ivrogne du train et le contrôleur. Est-ce qu’il s’est débarrassé de ce passager clandestin ? Ah ah … Ce contrôleur que va-t-il devenir après ? Bah, peu importe, ce qui compte, c’est le salut des miens. Rien d’autre n’a d’importance.

Soudain, la porte s’ouvre derrière moi. Je n’ai demandé pourtant personne.

« Shaaxalaxx, pourquoi avez-vous quitté ce lieu sans notre autorisation ? Vous voulez peut-être vous faire voir ou pire, nous faire découvrir ?

- Mais … Que dîtes-vous ?

- Il est facile de deviner que vous n’êtes pas là : le sol de votre chambre ne craque plus.

Saleté de parquet, insupportable jusqu’au bout !

- J’en avais assez de rester cloîtré ici. Comprenez que je ne voulais en aucun cas causer du tort au Cercle.

- Peut-être bien, mais vous n’en causerez pas plus. Tant que personne ne vous aura demandé de sortir d’ici, vous resterez ici, dans ce QG. »

Que puis-je faire de mieux que d’acquiescer ? Cela ne me plaît pas du tout, je ne suis pas leur prisonnier mais leur compagnon. Pense aux tiens : ils ont besoin que tu fasses ce que le cercle demande, le salut est avec eux. Je le sais, je le sais. Mais je ne peux pas rester ici alors qu’un des miens est par ici. Je dois le retrouver.

« Shaaxalaxx ! Je vous parle !

- Oh … pardon monsieur, j’étais légèrement ailleurs.

- Si vous voulez aller quelque part il vous faudra demander, mais n’attendez pas de pouvoir retourner vous balader comme vous l’avez fait ! D’autant plus qu’on ne sait jamais qui peut vous voir !

- Je sais j’ai fait une erreur … Cela ne se reproduira plus … »

… Du moins jusqu’à ce que ma volonté ne m’échappe et que je ressente de nouveau ce besoin de sortir.
L’homme sort de la chambre. Je m’appuie à la fenêtre et regarde de nouveau les gens passer dans la rue. Je soupire. Le plus important c’est le salut des miens. Je ne peux pas me permettre d’avoir des désaccords avec la secte, non je ne peux pas. Je dois canaliser cette colère, oui c’est ça … Penser aux miens, que grâce à moi ils seront libre de se nourrir.
Je ne dois pas être en colère. Je dois accepter tout cela, pour les miens !

Et pourtant ...
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 4 Sep - 23:04

Séraphin


Ce doit être là.
Quoiqu’il en soit, ce n’était pas très grand. Mais cela, on pouvait s'en douter. Shaaxalaxx est venu me rapporter que c’était ici ; reste à savoir ce qu’on y fait. De toute façon, la maison d’une dévoreuse de spectres avait sans doute quelque chose d’intéressant, surtout si celle-ci préparait, avec son ami le loup garou, quelque chose contre le cercle ; et encore plus si elle avait quelque chose à voir avec Peter Easton.
J’ai cru comprendre qu’il y avait également une vieille dame, ici. Et un champ de force, mais cela ne devrait pas trop poser de problème. J’y vais.
En avançant, je le sens, ce champ de force. Comme lorsqu’on passe à travers la toile qu’une araignée a tissé sur son chemin, entre deux arbres, mais en pire. Avant, je n’aurais jamais cru qu’il y avait pire que de passer à travers une toile d’araignée. Ca résiste peu, mais on la sent plaquée contre notre visage, et même après l’avoir passée, elle reste collée dessus. La différence, c’est que là, c’est encore plus difficile à retirer.
Je frappe à la porte. C’est une vieille porte en bois, avec des motifs gravés dedans. Ca ne semble pas représenter grand-chose. Il est difficile de déterminer si c’est un artiste qui les a gravés, ou si ce sont juste des galeries de termites. A la réflexion, il apparaît que ce n’est ni l’un ni l’autre. Par ailleurs, la porte n’est plus là ; il ne reste que des motifs gravés d’une tout autre nature puisque là où elle se tenait se tient à présent –et comme elle peut- une vieille dame, comme escompté.

« Qu’est-ce que c’est ? Dit-elle.
_C’est le service de dératisation, répondis-je. Je viens vous débarrasser de la vermine.
_Dératisation ? Mais nous n’avons pas de rats, ici ; et d’abord où est votre matériel ».
M’efforçant de prendre un air surpris, je lui réponds.
« Dans ma camionnette, garée à côté. Vous n’avez pas de rats. Pourtant, celui qui m’a appelé l’autre jour m’a bien précisé que c’était ici que je devais venir. Et Dieu sait que je lui ai bien fait répéter ; je suis venu de loin ».
Retenant mon souffle, j’attends la réponse. Qui ne risque rien n’a rien, après tout.
« Celui ? C’est un homme qui vous a appelé ? Ca fait longtemps qu’il n’y en a plus dans cette maison. A moins que… Ce serait bien du genre de Peter ; le mépris qu’il a pour cette maison et l’amusement qu’il éprouverait à faire une farce à une vieille dame valent bien un coup de fil. Mais je peux vous assurer qu’il n’y a pas de rats ici. Entrez, et vous verrez ».

Bingo. Elle parlait de Peter Easton, j’imagine. C’est donc bien là qu’il était venu. Apparemment, il est le genre d’aristocrate snobinard que j’imaginais. Peu importe ; j’emboîte le pas à la grand-mère. Apparemment, il n’y a personne en ce moment dans cette maison. Pas un rat, dirait-on. Juste de banals objets et une bibliothèque avec des livres tombant en poussière dedans.

« Croyez bien, lui dis-je, que je suis embêté. Je viens de loin. Pensez ! Je suis l’un des dératiseurs les plus efficaces de France. Vous savez, la concurrence est rude ; et l’arnaque, fréquente. Combien de personnes m’auront appelé après avoir vu des rats réapparaître au bout de deux semaines ? Si je ne suis pas le meilleur, en tout cas, je suis le plus cher… Une bien vilaine farce, qu’il vous a faite, ce Peter ».

Et tandis que je lui parle, je contracte mes tempes. Tant et si bien qu’une fois ma phrase terminée, tout a changé autour de moi. Le décor est figé dans la position à laquelle le temps a ralenti pour me laisser le doubler. En réalité, ce n’est qu’une impression. Ce n’est pas le reste qui se passe très lentement ; c’est moi qui vais très vite. Tellement vite que mon interlocutrice ne verra pas que je me dirige vers la bibliothèque. La luminosité n’est pas terrible, mais je suis habitué à avoir l’impression de me retrouver dans une autre dimension chaque fois que j’accélère.
J’ai une minute.
J’arrive devant l’édifice en bois. A priori, ce sont des livres ordinaires, certains datant d’un certain temps. Mais il en est deux dont la reliure m’intrigue. J’ai déjà vu des livres comme cela, mais c’était dans des musées, et, pour partie, c’était ceux qu’on m’avait demandé de ramener.
En dessous des étagères, je remarque un tiroir visiblement fermé, mais pas à clef. Aveuglé par l’envie de savoir ce qu’il y a dedans, je commence à tendre la main, mais je me ravise.
Si je touche quelque chose à cette vitesse, je le pulvérise, cela va sans dire. C’est quelque chose que je ne peux pas contrôler. Il va falloir être plus fin.
Tout d’abord, retourner à ma place, exactement. Cela ne devrait pas être trop difficile. Ma place, on la voit encore, comme une empreinte dans l’espace.
Je m’y remets, puis je cligne des yeux.

« Cher, continue la vieille dame ? Décidément, Peter a voulu me faire payer pour l’avoir logé ici. Et cher comment ?
_Comme un café, dis-je en souriant. Au moins, je n’aurai pas fait tout ce chemin pour rien.
_Soit ».

Tandis qu’elle se dirige seule vers une autre pièce, je fonce à la bibliothèque, ouvre le tiroir, en retire le contenu sur le bureau sans regarder, et pose les deux livres ouverts après les avoir extraits de la bibliothèque.

« Ce sont de beaux livres que vous avez là, Madame.
_Ce sont des souvenirs de famille, répond-elle depuis la pièce où j’entends de l’eau couler. Vous en avez qui sont écrits en vieux Français. Et le tiroir est bourré de parchemins de l’époque, écrits par ma famille. Un antiquaire m’a dit pourtant que ça ne valait absolument rien ».

Elle ment. Ces choses-là valent une fortune. Pour qu’elle mente, il faut soit qu’elle me prenne pour un voleur, auquel cas elle m’aurait mis dehors, soit que ce soit important. Mais le temps m’est compté.
Après avoir de nouveau accéléré, je me penche sur les livres. Effectivement, c’est incompréhensible. Mais je note que les mots relatifs aux spectres et aux démons ont l’air plutôt fréquent, sur les deux pages que je peux voir. Quant au contenu du tiroir….
Ce ne sont que de vieilles feuilles jaunies par le temps, avec de curieux symboles dessus. Sans doute un langage codé. Je n’en obtiendrai pas plus ; et je doute que les pages que j’ai sous les yeux puissent m’être d’une quelconque utilité, et que, quoi que puissent préparer cette vieille dame et sa clique contre le cercle Shinka, ce n’est pas là que je le trouverai. Inutile d’insister.

« Les antiquaires n’ont aucun goût, dis-je tout en rangeant les objets à leur place ».
La maîtresse de maison apporte le café et je le bois tout en songeant à la suite. Il faudra que j’aille sous peu à cet endroit où le démon s’est arrêté. Ce sera sans doute nettement moins calme. La grand-mère semble soudain me parler, mais elle parlait plus pour elle-même que pour faire la conversation à un dératiseur.
« Je leur en ficherais, moi, entre Peter qui m’envoie un dératiseur de luxe et la petite qui ramène des amis bizarres pour partir à la chasse aux vieux amis. Vous avez de la chance, monsieur, vous savez. Vous n’êtes pas grand-père ».

A la chasse aux vieux amis ? Elle doit parler de cette « Innocente ». Ainsi, elle cherche des gens fiables à Prometheus Démonica ? Je lui souhaite bien du plaisir. Même moi qui suis au cercle Shinka, je ne sais pas qui est qui.
Tandis que je passe la porte avec les politesses qui sont dues à une dame d’âge mur, je me prépare à me laisser empêtrer dans la toile d’araignée magique. Je n’ai jamais pu générer ma propre magie. Il faut toujours que je renvoie celle d’un autre sur quelqu’un. Ce champ de force fera l’affaire pour que Madame ait tout oublié.
Je la quitte sans me retourner. Il ne vaut mieux pas qu’elle revoie mon visage, je n’ai aucune idée de l’effet que cela produirait.
J’ignore comment se passera ma visite chez l’autre « dream team », ni comment réagira le vieille dame lorsqu’elle verra qu’il y a deux tasses sur la table. Quoiqu’il en soit, le café était bon.
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Ayoju
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 7 Sep - 21:28

Ken Loann
Nous étions de retour à l'entrepôt depuis à peine dix minutes que j'avais déjà la liste entre les mains. Je la lisais rapidement. Les nom m'était inconnu, mais un retenu mon attention.
- Elix, connaissez-vous ce démon? demandai-je en lui montrant le nom sur la liste.
Il lu le nom et se figea.
- Hum, pas spécialement, et je ne l'ai pas revu depuis des centaines d'années.
- Sauriez-vous le reconnaitre si vous le voyez?
- Je penses oui... J'ai une bonne mémoire, puisque je suis devenu prof d'histoire.
Je réfléchi à toute vitesse.
- Elix, transmettez-moi son image! Vu que son nom n'est pas barré, il se peut qu'il soit vivant! Si nous pouvions le retrouver avant la secte...
- Nous pourrions mettre la main sur un membre de cette secte quand ils l'auront trouvé! s'exclama Elix.
- Heu, je voudrai pas faire l'oiseau de mauvaise augure, interrompit le chasseur, mais s'il est encore en vie, c'est que la secte ne l'a pas encore trouvé. Alors comment pourrions-nous nous, le retrouver?
J'esquissai un petit sourire.
- J'ai un très bon réseau de recherche, fiable, discret et infiltré partout dans le monde.
- Comment pourriez-vous... Oh mais pourquoi n'y ai-je pas pensé! s'exclama Elix. Un esprit totem tel que vous, mais c'est évident!
- Mais de quoi vous parlez!
- Quels sont les volatiles les plus présents au coeur des citées humaine?
- Ben le pigeon, répondit le chasseur. mais je vois pas comment ces fichus volatiles pourraient nous êtres utiles!
- Vous le verrez par vous même, lui répondis-je. Elix?
- Je vous transmet sont apparence la plus probable tout de suite Ken.
Une image se formait dans mon esprit, claire comme si je venais de voir la personne recherchée. Je me dirigea vers une lucarne et appelai un pigeon comme si j'appelai un ami dans la rue, mis à part que ce qu'entendait les autres était un banal roucoulement.
Un pigeon se posa sur le rebord et lui transmit des instructions pour qu'il me prévienne s'il voyait l'homme que je lui décrivit. Je lui dit également de faire passer le mot à ses congénères. Une fois les instructions reçues, le volatile s'envola à tire d'aile.
- Et voilà! Dès que notre ami se montrera, on me le signalera au plus vite. Les infos circulent vite avec les pigeon!
Je regardai Elix, et je sentis, non je vis qu'il était plus tendu qu'il voulait le laisser croire: Certains détails de son apparence de démon ressortaient. La pupille de ses yeux devenait cristalinne et le sourire nerveux qu'il me fit laissait voir des canines trop longues pour un humain. C'était comme si un démon et un humain avaient fusionné: Elix semblait humain mais des détails montraient sa véritable origine.
- J'espère que ça ne prendra pas trop de temps! dit-il.
Je pris mon ton le plus rassurant:
- Pas plus de deux ou trois jours, il nous reste plus qu'à attendre...


Dernière édition par le Ven 14 Sep - 22:40, édité 2 fois
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