Ecritures plurielles

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Les chapitre 17 et 18 de Nimrodh les oubliés en ligne sur le site d'Écritures plurielles !

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 Programme Darwin

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Lex
Vilain petit canard


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Date d'inscription : 26/07/2007

MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 10 Sep - 18:42

Peter Easton


Cet homme était un panégyrique de la richesse musculaire du visage humain. Il avait essayé avec succès toutes les expressions faciales imaginables, partant de l’indifférence pour finir par un franc agacement. Je savais pourtant très bien que pour convaincre les gens il faut toujours soigneusement éviter d’aborder la vérité de front. Mais comment auriez-vous amené le problème, vous ? Parce qu’alors même que j’aurais disposer de preuves irréfutables mon histoire aurait amené le doute dans l’esprit du plus crédule des hommes. Admettant maintenant que je ne dispose d’absolument aucune des ces preuves, seule la rhétorique aurait pu me sauver. Mais il est des limites que même la plus inébranlable des volontés ne peut franchir ; discuter du régime alimentaire des spectres en fait partie.
J’étais tout de même parvenu à l’intéresser quelques secondes quand je lui avais parlé de ma fuite à travers l’Europe qui s’était achevée ici. Ou peut-être était-ce simplement le moment que toutes les informations, qui passaient habituellement directement de ses oreilles à ses deux doigts affûtés, avaient choisi pour s’offrir une escale dans la partie consciente de son cerveau. Quelques secondes de décryptage trompeuses qui m’avaient emmené plus avant dans mes explications, qui m’avaient mis en confiance, qui avaient précipité ma chute.

« Et la marmotte met les spectres dans le papier aluminium… »

J’avais assez de culture télévisuelle française pour saisir la référence ; le message était clair, la discussion était close. Mais alors que je pensais pouvoir m’en sortir avec des courbettes et quelques savants pas en arrière vers la sortie, l’officier ne se sentit plus de joie, et pour montrer sa belle voix…

« Hé les gars, il faut que vous entendiez celle-là ! »

Puis se tournant vers son interlocuteur direct – c’est-à-dire moi.

« Restez donc un moment avec nous. On va s’occuper de votre affaire.»

C’était décidément un individu aux intentions transparentes. Je décidai de me lever de ma chaise et d’échapper à une humiliation publique quand l’un des ‘gars’ se posta entre moi et la voie de mon salut. Il était accompagné par monsieur Doucet et une petite femme au visage un peu fou.

« Ce gentleman anglais a des ennuis avec une bande de spectres et de sorcières. On va pas le laisser dans le pétrin quand même ?!
- Non, bien sûr, il faudrait le mettre à l’abris. Les gobelins sont affamés en cette saison.
- Peut-être que Merlin en saura plus sur cette histoire… »

Ce n’était pas fin, juste méchant. Avec un humour aussi mesquin et sans relief, leur manque de civilités ne m’étonnait plus tant. Je me devais d’intervenir avant que cela n’aille trop loin et que je ne finisse ma journée en garde-à-vue. Quoique sur ce dernier point, mon sort semblait déjà tranché.

« Vous en faites peut-être un peu trop, non ? »

Les officiers se retournèrent surpris. C’était le dénommé Doucet qui avait pris la parole.

«Ecoutez, je connais bien cet homme. Je vous avoue que je ne pensais pas qu’il était du genre à s’amuser de ce genre de plaisanteries, mais il n’est pas méchant.
- Il faut pourtant bien lui faire passer l’envie de recommencer.
- Je crois qu’avec l’humiliation qu’il vient de subir, il n’est pas près de revenir raconter ses âneries. »

Aurais-je dû être reconnaissant ? Il venait de qualifier mes activités ‘d’âneries’ ?

« Je sais que je vous ai déjà ennuyé avec mon épouse, dit l’homme en pointant du doigt la femme d’un air négligeant, mais je préfèrerai que vous laissiez monsieur Easton partir. »

Les officiers présents se regardèrent à tour de rôle avant de prendre une décision.

« Après tout…Il va nous encombrer plus qu’autre chose. »

Se tournant de nouveau vers moi, le collectionneur de crayon rouge ajouta :

« Vous avez de la chance pour cette fois. Mais ne revenez plus, ni ici, ni dans aucun commissariat si c’est pour raconter des histoires pareils. Et dire que je vous avais prévenu en plus. Allez-y monsieur le procureur, vous pouvez disposer de lui. »

De nouveau dehors, ennuyé mais pas vraiment surpris par cette réaction, je regardai d’un œil morne les nuages menaçants qui se déplaçaient lentement dans le ciel. Je suis d’ordinaire plutôt optimiste. Mais personne n’avait jamais osé me ridiculiser de la sorte. Il faut pourtant avouer que j’avais moi-même apporter ma charrue de bâtons pour me faire battre et qu’en temps normal j’aurais été le premier à me vilipender. Il ne me restait plus qu’à me résigner à adopter la solution la plus sage : la reddition.


Tout de même, je n’avais pas soutenu l’existence de toutes ces folies mystiques, j’avais juste répété le discours qui m’avait valu tous ces ennuis depuis quelques jours. Pourquoi ces gens avaient-ils été incapables de lucidité ? Je n’avais pas été si incohérent. N’importe qui aurait tout de suite mis en perspective le problème et même avec quelques doutes ne se serait pas permis de m’attribuer ce que moi même j’attribuais à mes poursuivants. Plus je retournais tous ces détails dans ma tête, plus cet entretien me paraissait irrationnel. Par ailleurs, ce n’est qu’après avoir énoncé toute mon histoire que je m’étais étrangement décidé à parler du côté extravagant de cette affaire. C’était au moment où l’officier avait décroché son visage de l’écran avec un air intéressé. Effectivement, qu’avait-il bien pu se passer dans ma tête pour que j’aborde ce sujet que je m’étais pourtant juré de ne pas énoncer ? Et plus j’y pensais, plus ma tête commençait à me tourner, comme si certains détails voulaient demeurer cacher à ma conscience.


~*~


J’étais assis sur un banc dans un petit parc, l’air hagard, lorsqu’un homme vînt s’asseoir à côté de moi. Je ne sais pas pourquoi – après tout sa présence n’était pas anormale, mais je me suis aussitôt mis à sentir une sueur froide me couler sur la nuque. Je devais vraiment être exténué. Ou bien était-ce le fait du vent discret mais frais qui amoncelait toujours d’avantage de masse grise au-dessus de ma tête. À vrai dire, à ce moment je ne pensais plus à grand chose.

Après un temps, mon voisin sortit de son sac un autre sac plus petit et en tira quelques graines qu’il commença à jeter stratégiquement devant lui dans l’espoir de voir venir quelques oiseaux citadins.

« Je ne comprend pas que l’on veuille les faire disparaître des villes. »

Quelques moineaux vinrent profiter de cette nourriture abondante, rapidement suivis par de gros et bruyants pigeons.

« Ce n’est pourtant qu’une question d’équilibre. S’il y a tant d’oiseaux ici, c’est parce qu’ils sont nécessaires pour éliminer nos déchets.
- Et parce que certaines personnes inconscientes les nourrissent copieusement. »

Je n’avais pas pu m’en empêcher. Ces aumôniers de la faune avaient le chic pour me taper sur les nerfs. L’homme rit néanmoins, d’un rire joyeux, franc.

« C’est vrai. Mais il n’y a pas de raison que notre surabondance ne profite pas à ces jolies animaux. Ces miettes auraient de toute façon fini dans le ventre d’un rat, ou pire, brûlées dans un incinérateur à ordure. »

Je n’avais pas fait attention, mais une autre personne était désormais assise à ma droite. Je n’avais toujours pas daigné tourné la tête, mais le nouveau venu semblait plus menu. Je n’avais pas l’habitude de m’asseoir dans les jardins publics, mais je me souviendrais désormais qu’il faut éviter le centre des bancs pour ne pas se faire encercler par des importuns. D’ailleurs, je remarquais que les autres bancs des environs étaient pour la plupart déserté, probablement à cause du temps inquiétant. Alors pourquoi étions nous trois sur celui-ci ? Et toujours cette incapacité à pensée convenablement lorsque mon esprit effleurait des détails incongrues. Ce n’était pas mon habitude d’être surmené pourtant.

« Vous semblez déprimé. Est-ce le temps qui vous met dans cet état ? »

Mon premier voisin dit ces mots en tournant la tête vers moi. C’était un homme d’âge mur, peut-être la cinquantaine, avec un sourire bienveillant. Je ne l’avais jamais rencontré mais il avait pourtant un petit truc familier. Je me tournai alors vers mon deuxième voisin qui était en fait une voisine. C’est là que j’eus un choc.

« Vo… ?! »

Mes mots c’étaient bloqués dans ma gorge. La brume qui m’engourdissait le cerveau depuis mon aventure au commissariat se dissipa en un flash, bref mais intense. Pendant cette brève seconde de lucidité je compris dans quelle situation désespérée je me trouvais. Le brusque changement d’attitude de l’officier, mes propres élucubrations sur le pouvoir des sorcières, la facilité avec laquelle les officiers m’avaient laissé partir sur la demande de monsieur Doucet, le fait que celui-ci connaissait mon nom…et puis cette femme au regard fou qui se tenait maintenant sur ma droite. Il y avait aussi la marque sur le poignet de monsieur Doucet, cette chaîne que…Et puis plus rien. La brume se rabattit avec violence et broya ma volonté avec plus de force encore. Il se mit à pleuvoir.

(...)


Dernière édition par le Lun 10 Sep - 18:46, édité 1 fois
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Lex
Vilain petit canard


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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 10 Sep - 18:43

(...) (Peter Easton)


« Bien, dit l’homme à gauche. Je ne sais pas comment vous avez fait ce coup là, mais je peux vous assurer que votre esprit ne sortira jamais plus de sa torpeur. »

Sa voix était beaucoup moins amicale. Ils s’étaient tous les trois levés et se dirigeaient vers la sortie du parc. Deux sur leurs jambes et le troisième…sur ses jambes également, mais comme si son corps ne lui obéissait plus.

« Vous auriez dû vous en remettre dès le départ à votre première intuition ; la reddition vous aurait évité bien des ennuis. Mais au final, cela ne change pas grand chose pour nous. Nous aurons tôt fait d’extraire la moindre petite information de votre légume de cerveau. »

Une voiture attendait un peu plus loin. Ils montèrent, calant à l’arrière Easton le regard désormais complètement vide. L’homme s’assis à l’avant, à côté du chauffeur. La voiture partie rapidement. Après quelques minutes, l’homme repris la parole.

« Mon amie, à votre droite, a intercepté l’une de vos pensée où vous faisiez allusion à quelques amis résistants. J’aimerais en savoir plus à leur sujet.
- Ce ne sont pas des amis.
- Que savez-vous à leur sujet ?
- Il y a une fille. Elle fait voler les coussins.
- Voler les coussins dites-vous ?
- Oui, et bouger les cravates. Puis celui que la grand-mère appelle ‘loup-garou’. C’est un humain.
- Une grand-mère ?
- Oui. C’est chez elle que je les ai rencontré. »

Peter parlait d’une voix monocorde, sans retenue. Il ne savait pas exactement ce que voulait l’autre homme, mais en fait, il ne se posait même pas la question. La voiture avançait assez vite au fil des rues et avait fini par se retrouver sur une voie expresse, probablement à la sortie de la ville.

« Elle était blonde, la fille ?
- Oui.
- Les yeux bleus ?
- Oui.
- Avec un loup-garou ?
- Non, un humain.
- Mais la grand-mère l’a appelé ‘loup-garou’.
- Oui.
- Comme c’est intéressant… »

La voiture arrivait près d’une bretelle. Le dénommé Easton ne réagissait pas. Il avait pourtant bien remarqué l’énorme camion qui arrivait en biais sur la voie principale.

« Bon, un dernier détail, comment s’appelle la grand-mère et où habite-t-elle ? »

Le camion, vu de près, glissait en fait en travers de la route sans pouvoir s’arrêter. Le chauffeur klaxonnait, les yeux terrifiés. La voiture continuait cependant sur la bretelle.

« Qu’est-ce que vous avez, à faire cette tête là ?! Répondez, Easton, c’est un ordre.
- Elle s’appelle madame Beaumort. Elle habite à Auvers-sur-Oise.
- Et bien voilà… »

L’homme soupira de contentement. Pourtant, ce que Peter aurait probablement tout fait pour éviter s’il avait eu toute ça tête malgré sa situation, arriva. Arrivée sur la voie d’accélération, la voiture heurta violemment la glissière, projetée par le camion incontrôlable. Elle vola dans les airs sous la pression. Après un choc sourd dans le champs bordant la route, elle continua son embardé par une série de tonneaux avant de s’arrêter, en miette. Le brouillard se fit plus épais pour devenir au final un trou noir.


~*~


La première chose qui me surpris fût mon retour à la conscience. Je ne veux pas parler du fait d’être toujours vivant, mais du fait d’avoir échappé à cette horrible mélasse qui me consumait l’esprit. Je me rappelais de tous les évènements, mais comme si j’avais connaissance des souvenirs d’un autre. Ces dernières minutes dans ma vie ne m’avaient pas appartenus, et ne m’appartiendraient probablement jamais.
Je tentai péniblement de prendre connaissance de l’espace autour de moi et je vis…

« Beurk ! »

Un buste. Enfin je crois qu’il s’agissait d’un buste, arraché sous les côtes. Le visage était complètement éclaté et il était difficile de deviner à quoi pouvait ressembler cette personne avant l’accident. Etait-ce l’homme ? Etait-ce la femme ? Quoiqu’il en soit nous étions, le buste et moi, sous un fauteuil de voiture, enfermés dans une carcasse métallique. Un énorme pieu de bois traversait notre petit espace, planté dans le siège, à l’endroit où je m’étais trouvé quelques instants auparavant. Je crois que je ne bénirai jamais assez mes tortionnaires d’avoir omis d’attacher ma ceinture. Quand je tentai de rétablir ma position, je me rendit compte d’abord que j’avais la tête en bas, puis que ma hanche droite me faisait terriblement mal.
Une fois rétablit dans une position à peu près correcte et avoir pris pleinement conscience de mon corps et de la centaine de point douloureux qui l’accompagnaient, je me rendis compte du bruit berçant que faisait la pluie en tombant sur le métal. C’est vrai, il pleuvait.

Ce n’était pas très raisonnable, mais je me glissai lentement en dehors de la carlingue malgré les pointes de douleur qui m’assaillaient à chaque mouvement. Une fois dehors je m’essuyai le front pour m’apercevoir, d’abord que mon bras droit ne montait plus aussi haut, ensuite que je saignais du crâne. J’aperçu alors les lumières caractéristiques des gyrophares qui arrivaient vite par ici. Un coup d’œil vers la route et je compris que nous n’avions pas été les seuls à souffrir de cet accident. J’étais peut-être fou, mais je me senti soulagé à l’idée d’avoir le temps de m’enfuir d’ici avant que les pompiers n’aient l’idée de venir fouiller le champs voisins. Ils allaient avoir du travail là-bas, et comme visiblement il n’y avait qu’une petite partie de notre véhicule qui avait franchit la glissière, ils ne se douteraient pas tout de suite que se trouvait en dessous un buste sanguinolent.

C’est alors que je le vis. Un homme traversait le champ en boitant dans ma direction. Si dans ce contexte ça n’avait rien d’anodin, ce qu’il faisait revêtait cependant un caractère terrifiant. De la silhouette de mon bourreau – car s’était lui – émergea, un peu flou, le corps d’un nouvel homme, revêtant la panoplie du secouriste. Il ne s’arrêta pas de clopiner pour autant. Déjà dans mon esprit se formait une haine irrépressible accompagnée d’une détermination un peu folle. Je saisi un morceau pointu métallique qui trainait et m’aplatit lentement dans les hautes herbes du champs. Je ne savais pas exactement comment il avait accompli ce tour de passe-passe, mais je vais être franc avec vous, je m’en fichais pas mal à ce moment là. Il ne m’avait heureusement pas vu et alors qu’il se penchait pour regarder sous la carcasse, je me glissai avec peine dans l’ombre du magicien. Il devait être salement amoché pour ne pas m’entendre venir. Mon souffle était roque, et le bruit des herbes qui frottaient contre mes jambes n’était pas vraiment discret. Je retint mon souffle, levai le bras gauche. L'homme se retourna brusquement et voyant mon geste releva par réflexe sa main devant son visage, révélant la marque qu'il portait au poignet. Je frappai aveuglément à plusieurs reprises.


~*~


Ils m’avaient regardé bizarrement à la pharmacie et je ne serais pas étonné d’apprendre qu’ils aient appelé la police ou les pompiers après mon départ. Je m’en fichais. Mais je n’allais pas les attendre. Je n’avais désormais plus confiance en personne. Ou presque. Je m’étais posé sur le bord de la voie ferrée probablement invisible depuis les trains qui passaient régulièrement. La pluie tombait de plus en plus drue. C’est amusant, ce genre de journée catastrophique se passe toujours sous la pluie dans les films. Mais là ce n’était pas un film, il n’y avait donc pas de grande envolée musicale qui m’aurait fait me sentir un héros dramatique. Me faisant des réflexion théâtrale, je continuais de soigner de mon corps meurtri ce que je pouvais comme je le pouvais.

Je ne saignais plus, c’était déjà quelque chose.

J’étais à Auvers-sur-Oise. C’était encore autre chose.

Je ne pouvais plus me servir du tout de ma jambe droite et à peine du bras du même côté. C’était autrement moins encourageant.

Plus que quelques pénibles mètres à me trainer le long des murs des pavillons et je saurais si le chauffeur avait pu s’en sortir ou pas. S’il avait pu, j’étais mort, ce qui ne représentait pas une étape si grande dans mon état. S’il n’avait pas pu, je devais encore affronté le jugement de celle que j’avais rejeté quelques jours auparavant. Et rien n’était moins gagné que sa clémence.

Enfin. Surpris de ne pas m’être fait interpeler sur mon trajet, j’arrivai devant le portillon de madame Beaumort. Je sonnai. Alors, à travers la pluie et l’obscurité naissante du crépuscule, je vis la porte s’ouvrir.

« Bon…Bonsoir grand-mère, dis-je d’une voix qui se voulait anodine. »
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sebrich
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 12 Sep - 21:38

Claude Lupus


-Il commence vraiment à faire froid.
Je me fis cette remarque plus à moi même qu’à Anaïs, puisque les gens qui sont dans les vapes ont du mal à écouter ce qu’on leur dis.

Elle était tranquillement installée dans le lit de l’ancienne cabane de berger, qui était par chance tout près de l’endroit où nous étions arrivés après la téléportation. Par chance, cet endroit avait été abandonné depuis peu, sans doute que son propriétaire ait préféré partir chercher fortune dans une ville, plutôt que de s’occuper de ses moutons. Je pouvais le comprendre…

-Bon, c’est pas tout ça, mais je vais nous chercher de quoi faire un bon petit feu.

Je sortis calmement de la cabane, pour embrasser le regard qui s’étendait devant moi.

Une petite vallée assez coquette, il faut l’avouer, avec un cours d’eau serpentant un peu plus bas, avec, en amont, un mont dont la pointe blanche donnait d’étranges reflet à la lumière du soleil, qui commençait doucement à se coucher après une dure journée de rayonnement. En aval, une forêt s’étendait à perte de vue jusqu’à l’est. Derrière moi se trouvait une montagne qui nous menaçait de toute sa taille, mais fort heureusement, elle ne semblait pas encore décidée à nous tomber dessus. Le paysage aurait pu inspirer a un poète un sonnet assez montagnarde, et à un écologiste un émerveillement éperdue envers la Dame nature, mais pour moi, elle ne représentait rien d’autre qu’un arrière-plan banale à une situation peu banale qui arriverait bientôt… sauf si la cheftaine arrive à reprendre conscience avant bien sur.

Je descendis la pente pour entrer dans la forêt.

Pendant que je ramassais et triai le bois, jetant ceux qui pourraient provoquer un trop gros nuage de fumée, je ressassais dans ma tête les derniers évènements.
Ca avait du être un choc pour la chef de voir qu’une de ses personnes de confiance n’était pas celle que l’on croyait être. J’espérais que cela ne lui resterais pas trop longtemps dans la tête, car quand on était préoccupé, d’autres choses nous passent complètement au-dessus de la tête, comme sa survie par exemple. Pour ma part…
Je dois avouer que ça ma plutôt surpris de me faire attaquer par ces hommes de l’organisation.

Des gens de la troupe d’élite qui plus est ! Ces gars là ne rigolent pas. Il valait mieux se suicider quand on se retrouvait face à eux.

Je regardais sans la voir ma main, conscient que je l’avais échappé belle. Sans doute grâce aux enseignement d’Anaïs. Je crois que je ne la remercierais jamais assez pour ça.

-Ils m’avaient attaqués par derrière, dis-je tout haut.
Je cognait dans un arbre, enlevant quelques morceaux d’écorces.
« mais cette fois-ci, je serait prêt ! »


-Me revoila !
Je souris tout haut à la silhouette se trouvant sous les couvertures. Elle ne semblait toujours pas réveillé. Mais pendant que j’allumais le feu, je l’entendis grommeler.
-« Cl..Claude ? » demanda-t-elle d’une petite voix.
Je me précipita à coté d’elle.
-Oui, oui, je suis là cheftaine. Ne t’inquiète pas, grâce à toi, on est sauvés.
« Pour l’instant » ajoutais-je mentalement.
-« F…Faim » souffla-t-elle.
-Bien, je vais te chercher quelque chose.


Je remuais le lapin qui bouillait allégrement dans la grande casserole que j’avais découvert dans une armoire. Cela n’avait pas été difficile de l’attraper. Je l’avais repéré dès mon entrée dans la forêt, et grâce à ma vitesse, je l’avais eu en deux temps trois morsures. Par contre, ce qui avait été du dépeçage… les loups ne s’encombrent pas de ce genre de choses, ni les autres carnivores d’ailleurs. Il n’y a que les humains pour rallonger l’attente d’un bon repas, avec le dépeçage et la cuisson. Mais il faut avouer que ça a meilleur goût ainsi.


Après quelque tentatives ratées pour faire manger la cheftaine, toujours les yeux dans le vague, sans qu’elle se tachent, je montais sur le toit de la cabane pour surveiller les alentours. Le lapin n’avait pas été aussi bon, mais c’était toujours ça de pris. Je regardais la lune, qui n’en était encore qu’au alentour de son premier quart. Même avant mon « accident », elle m’avait toujours fasciné. Quand je la regardais, je me sentais détendu, mais en même temps concentrer. J’aurais pu la regarder toute la nuit, mais je devais surveiller tout la vallée, car je ne savais pas si cette femme pouvait nous retrouver.

Rien ne semblait bouger, à part le sommet des arbres ondulant en cadence avec le vents, et les tréfonds de la forêt qui murmuraient les activités nocturnes de certains animaux de la forêt.
-Ca sent vraiment le calme avant la tempête.


Le lendemain matin, je me rendis à la rivière, pour faire ma toilette matinale. Malgré tout mes efforts, il me fallait chaque jour environ un litre de désodorisant et de parfum pour homme afin de faire cacher cette odeur de chien mouillé qui émanait de façon surnaturelle de moi. En même temps que je remettais mes habits en grelottant de froid, je passais une main sur ma barbe naissante. Ca aussi c’était plutôt gênant, j’était obligé de me raser environ 3 fois par jour à la fac. Mais le plus bizarre, c’était que tout ces désagréments, les litres de parfum et la pilosité galopante, semblait attirer les filles. Je souris tout seul à cette seule pensée.

Soudain, je les sentis. Au sens propre.
Ils étaient à 500 mètres vers l’est. Ils voulaient sans doute utiliser la lumière du matin pour éviter de ce faire voir, mais heureusement, le vent soufflait du bon coté. Enfin pour moi. Un grondement sourd sortis du tréfonds de ma gorge. Je sentais aussi leurs poignards d’argent qu’ils dissimulaient sous leur vêtements. Cette fois-ci j’était prêt.


-Tu es sur qu’ils sont là ?
-Oui , je vous dit que je la sent, au plus profond de moi. Et cessez de me tutoyer !
Ils se sentaient assez fort pour éviter de parler à voix basse, les fous. Je regardais par-dessus le toit, pour voir la vieille charogne aboyant des ordres au 3 soldats.
-Allez-y, qu’on en finissent ! aboya-t-elle derechef.
Les soldats entrèrent avec prudence, se souvenant de leur défaite sur le fils de la veille. Je les entendit sortir de leurs étuis les lames meurtrières. Je me retins de gronder, voulant garder l’effet de surprise. De ma main droite, je serrais doucement le poignet d’Anaïs, que j’avais emmené là haut pour plus de sûreté.
Ils ressortirent assez vite, car la cabane n’était pas aussi grande que ça.
-Ils n’y a personne la-dedans, dit le soldat qui était le plus prêt de la vieille.
Je choisis ce moment pour bondir.

Je mis tout mon poids sur les épaules du soldats le plus proche, qui ne s’y attendant pas, s’affala de tout son long.
-Toi ! cracha la femme.
Pour toute réponse, je pris la cheville du soldat qui était sous moi, et d’un bond, l’envoya directement, tête la première, sur le crane de cette sorcière. Le choc sourd qui suivit me fit sourire. Je vis dans le coin de l’œil un soldat se précipiter sur mi, la lame brandi, je pris appuie sur le sol avec mes mains, et lança mes pieds joints dans le menton de l’homme. Il s’envola de quelque centimètres et se cogna contre le mur de la maison.

Plus qu’un.
Il me fit rapidement face, la lame tendu vers moi, comme si cela aurait eu pour effet de me faire fuir la queue entre les jambes. Je pris position. La poing droit en avant, et la main gauche tendu, paume vers le bas, plus près du cœur. Nous nous jugeâmes alors de l’œil. La tension dans son bras droit m’indiqua en prévention de son attaque. C’est alors qu’il se lança, près à me lacérer la poitrine avec ça dague, mais je fis un tour sur moi même, jambe droite tendu, et fit voltiger sa lame à quelque mètres derrière lui. Un instant déconcerté, il para néanmoins ma jambe gauche qui venait à la rencontre de son buste. Il m’empoigna la cheville et eut un sourire mauvais. Il me fit tourner sur moi même dans les airs, et m’envoya son pied dans la figure, que je parais avec ma main. Mais avec sa force, je fis quand même un joli vol quelque l’arrière. Je me réceptionnais sur mes quatre membres, et je vit le soldat se précipiter vers son arme.

Ne jamais tourné le dos à un loup.

Quand il prit sa lame et se retourna, il eut la désagréable surprise de voir mon visage, avec un sourire mauvais, et les yeux sortant presque de la tête. J’avais du libérer mon pouvoir de 70 %, mais il le fallait, car il était coriace celui là.
Je lui fis un coup de boule, certes guère gracieux, mais dangereusement efficace. Son nez projeta un long filet de sang tandis qu’il s’étalais sur l’herbe fraîche de l’aube.

Je gardais la position pendant quelques minutes, haletant, le souffle rauque. Puis je m’assit lourdement par terre, tentant de retrouver mon souffle.

Je les avaient battu.

Je sourit doucement à cette idée. Je regardais tout autour de moi. Le soldat en face de moi était presque en train de suffoquer dans son sang nasale. Le soldat contre le mur de la cabane semblait aussi en avoir pour un bon moment avant de pouvoir réutiliser efficacement son cerveau. Je jetais un regard vers le premier soldat que j’avais assommé, grâce à la tête de la v…

Elle avait disparu.

Je regardais follement autour de moi, tentant de la repérer. Si elle était retournée chercher des renforts, je …

A moins que…
Je levais avec horreur mes yeux vers le toits de la cabane.
Elle était là. Elle posait sur Anaïs son regard fou, puis baissa les yeux pour me voir et me lancer un horrible sourire. Elle se pencha vers la cheftaine, les mains positionner pour étrangler. Je me relevais autant que je le pouvais, mais je n’aurai jamais le temps de l’en empecher.
-AN… commençait-je à crier.

Soudain, la vieille se releva, les yeux exorbités, les mains plaqués sur sa tête. Elle recula, trébucha contre une bûche ressortant du toit, et tomba tête la première. Le choc ne fut pas assez rude pour la tuer, mais elle perdit quand même connaissance.
Tandis que je l’inspectais, je relevais les yeux pour voir Anaïs me regarder avec un sourire fatigué.
-Dé… Désolé de t’avoir fait peur, me dit-elle doucement.
Je lui souris.
-Pas de problème, cheftaine.
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Kallisto
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Sam 15 Sep - 18:12

Klara Beaumort

La vieille horloge du salon sonne la demi de six heures et continue d’osciller lentement.
Il est tard.
Anaïs et son loup-garou risquent d’arriver en retard pour le dîner. Ah, ces jeunes ! Ca veut manger quand ça leur chante ! Je leur offre un toit et un couvert, et ça disparaît presque deux jours sans rien dire. Ma petite-fille cache encore quelque chose… Et puis qui est ce loup-garou ? C’est un garçon mal rasé, mais avec de bonnes manières quand même. Tout ce que j’ai appris, c’est qu’il est étudiant. Mauvaise ou bonne fréquentation ? Je ne sais pas. Après tout, c’est le problème d’Anaïs. Si elle a des ennuis, ce sera de sa faute.

J’entends de petites gouttes taper sur la vitre du salon. Je n’avais même pas remarqué qu’il pleuvait. Ah ! Il suffit qu’on me donne du souci à me faire et j’oublie ce qui se passe dehors !
Il est bientôt l’heure de préparer le dîner. Je vais faire le repas pour trois personnes. Et tant pis si les deux énergumènes reviennent tard. Il mangeront froid.
Qu’est-ce que je peux bien leur préparer… Oh, je ne vais pas me fouler. Je vais faire un potage et une salade. Pas question de me plier en quatre pour des retardataires !

« Ding ! Dong ! »
Allons bon ! Les voilà ! Ils vont m’entendre !
J’ouvre la porte. Il fait sombre dehors, froid, et surtout, il pleut toujours. Mais il n’y a qu’une seule personne sur le perron…
« Bon…Bonsoir grand-mère, prononce une voix que je n’imaginais plus entendre.
C’est Peter. Mouillé comme une soupe, en loques, mal en point. Il n’a plus l’allure du jeune roi des finances désormais ! Ce n’est plus qu’un gamin gelé, venu redemander l’asile, la queue entre les pattes.
- Tiens, petit Peter, je murmure un peu sèchement. Tu viens dire bonjour à la folle ?
Il croit peut-être que je vais le laisser rentrer à la maison comme ça ? Je ne suis pas la gentille mémé à moitié sénile qui accueille le premier venu.
Mais ce n’est pas parce que je suis en position de force que Peter va s’incliner devant moi. Admettre son erreur, qu’il avait tort, est pour lui quelque chose d’impossible à faire en temps normal. Il est infaillible. Il n’a pas droit à l’erreur. Personne d’autre que lui n’a raison. Alors devoir capituler devant une vieille femme, lui, le magnat des finances, cela relève du rêve.
Je ne le laisserai pourtant pas entrer. Il va falloir qu’il prononce sa défaite, clairement et simplement. Je veux bien lui donner une dernière chance, mais à un certain prix.
Et puis, je pense que ses blessures, sa fatigue, et la pluie vont le faire plier.
« Je t’écoute, Peter.
Il me fixe, les sourcils froncés. Il ne veux pas, oh, ça non ! Mais il va être quand même obligé de parler.
- J’ai tout mon temps, gamin. Pas toi. Si tu n’es pas soigné et réchauffé, ton état risque de s’aggraver. Et ta fierté ne te servira à ce moment-là à rien.
Peter Easton, puissant parmi les puissants, baisse alors la tête devant une pauvre grand-mère et chuchote comme un enfant pris en faute, mais avec le peu de contenance qu’il lui reste dans la voix :
- Vous… Vous aviez raison, Grand-mère. »
Je souris légèrement. Mais pas à cause de ma victoire, car ce n’en est pas une. Il s’agit uniquement d’une constatation.
J’ouvre un passage et laisse Peter pénétrer dans la maison. Ses traits sont tirés, son visage est pâle comme la mort. Il se traîne, se courbe, tente de garder de sa prestance. Il s’assoit lourdement sur le canapé. Je grogne un peu : qui va devoir nettoyer après ?
« Je vais chercher de quoi te soigner. Mais ce ne seront que des premiers soins, alors ne te plains pas. De toutes façons, tu n’es pas en mesure de le faire. »
Je sors d’un placard des pansements, de la gaze, du désinfectant, du fil et de quoi recoudre une plaie. Je sens bien que Peter pense que je ne suis plus capable de m’occuper d’un blessé, mais il se trompe lourdement. On n’oublie pas la guerre, ni sa condition de mère de famille comme ça.

« Voilà le minimum que je peux faire. J’espère que je n’aurais pas à appeler le médecin de garde cette nuit.
- Je ne suis plus un enfant, Grand-mère.
- Que tu dis, gamin. Que tu dis »
La sonnerie de la porte retentit. Je sais qui vient d’arriver, et ils vont avoir droit à une remontrance, quoiqu’il se soit passé !
Je ne suis pas couchée…
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 18 Sep - 11:52

Cidolfas Minos :

Je trouvais longues ces dernières heures où ne nous pouvions rien faire d’autre qu’attendre des informations sur l’endroit où aller… Ce n’était pas que j’avais hâte de rencontrer un autre démon, mais si cela se révélait être un pas en avant pour cette affaire… En attendant, je regardais une énième fois quelques uns des documents pris à une centrale de l'Organisation. C'était une liste de noms de gens qui appartenaient au groupuscule infiltré dans Prométhéus... Machin. Il y avait beaucoup de noms à rire, là dedans : Théo Couré, Hector Hardipeuta, Léon Klukmaf, Léopold Vanreperch... Mais cela se rélévait tout de même ennuyeux au bout d'un moment.
Heureusement, l’attente fut un petit peu plus courte que je le pensais : L’espion à plume de Ken montra la bout de son bec au bord de la fenêtre vers 23h, lundi soir. Si je ne m’ennuyais pas à mourir j’aurais trouvé ça drôle de voir Ken interroger une de ses poubelles volantes. Je détestais les pigeons, à par les démons, je trouvais que c’étaient ce qu’ils pouvait y avoir de plus laid dans une ville, sauf que les pigeons étaient beaucoup plus nombreux. Une petite minute plus Ken fit ressortir l’oiseau, un sourire timide s’esquissait sur son visage.
_ Ca y est, le repérage est fait !
_ Où doit ton aller ? dit le démon, une pointe d’espoir dans la voix
_ Pas loin de Montparnasse. Allons d’abord là bas, je reconnaîtrais plus précisément lorsqu’on y sera.
_ Ah, enfin on bouge ! Je commençais sérieusement à prendre racine !
Après une petite promenade nocturne en voiture, nous arrivâmes sur les lieux. Il ne fallut pas longtemps à Ken pour retrouver précisément le lieu où le démon avait été vu pour la dernière fois. C’était un immeuble, d’apparence assez récente, avec 7 étages.
_ A quel étage est supposé se trouver notre… Homme ?
Je sentais dans mon dos Elix me toisait du regard.
_ Au 5ème, on ferait mieux de faire vite.
_ Je vais ouvrir.
Avant de laisser le temps aux autre de m’interpeller, je m’avançais vers la porte vitrée de l’immeuble et m’assurais qu’il n’y avait personne dans la rue à cet instant. Je posais délicatement ma main sur le bois de la porte et me concentrais un peu. Imaginant le battant ouvert, il se fondit dans l’espace comme une morceau de papier que l’on brûle, puis se reconstitua en quelques instants avec 50cms d’écart, c’était ouvert.
_ J’ai un passe partout ! dis-je avec un petit sourire
Nous entrâmes rapidement et fermâmes la porte derrière nous. Nous gravîmes les escaliers 4 à 4 jusqu’au 5ème étage, puis nous nous postâmes sur les côtés de la porte d’entrée de l’appartement. Je syntonisais dans mes mains deux grands couteaux gurkha dorés, j’entendis aussitôt Elix chuchoter :
_ Chasseur, ce n’est pas pour tuer que nous sommes venus !
_ Désolé, réflexe ! répondis-je un sourire en coin
Le démon écarquilla soudain les yeux. Sur le moment, je crus que c’était ma réponse sarcastique qui avait provoqué cette réaction, mais il ne me regardait pas. C’était comme si il s’était soudainement rendu compte de quelque chose. Sans prévenir personne, il se dirigea vers la porte et fis apparaître une lame de lumière. Il l’abattit sur le côté de la lourde porte fermée de l’appartement, taillant en deux dans la serrure le verrou, puis il entra en trombe ; Ken le suivit en chuchotant fortement.
_ Elix, qu’est ce qui vous prends ?! Faites moins de bruit ou vous…
Il s’était arrêté en pleine phrase… Ce qu’ils devaient avoir découvert était peut être ce qui avait poussé le démon à agir ainsi. Entrant à mon tour, je vis moi-même ce dont il s’agissait :
Dans une grande pièce entièrement vide, un cadavre gisait. Le corps inerte d’un démon d’apparence massive mais au faciès plus humain que le plupart des autres factions… Je me tournais vers Ken et dit :
_ Votre pigeon n’avait pas parlé de ça.
Il avait l’air tout à coup gêné.
_ Et bien, en fait, si… Mais, je me suis efforcé de ne rien dire… Je ne voulais pas que l’on sache tout de suite que…
Il s’arrêta pour observer Elix. Son visage cristallin était crispé, la main sur celui de l’autre. Pauvre Elix, il m’aurait fait pleurer s’il était déguisé en oignon. Sa figure passait lentement d’une expression attristée à un rictus colérique… J’espérais seulement qu’il n’allait pas exploser ici, sinon nous aurions toutes les chances d’être repérés. En tout cas, le démon architecte ne pourrait plus nous fournir aucun renseignement.
_ Venez Ken, on va regarder ce s’il ne reste pas quelque chose d’intéressant dans l’appartement !
_ Mais enfin, et Elix…
_ Laissez-le, dans son état, il ne servira pas à grand-chose.
Je regardais machinalement le démon, mais il ne m’avait même pas entendu, il marmonnait sans cesse les mêmes mots… Sans doute des envies de tuer les assassins de son congénère. Sans blague, il me faisait presque pitié, car le désir de se venger, ça, je connaissais bien…
J’avançais avec Ken dans l’appartement sombre, une lampe torche à la main. A mesure que nous fouillons les pièces pour tenter de trouver des indices, nos espoirs s’amenuisaient. L’appartement était entièrement vide, aucun meuble n’avait été laissé, même les radiateurs avaient été arrachés des murs. Au bout de seulement 10 minutes, nous avions fait le tour. Elix toujours penché au dessus du cadavre n’avait pas arrêté de ruminer sa vengeance.
Il n’y avait rien à faire, rien n’avait été laissé au hasard dans cet endroit vide. Vide, ou plutôt, vidé, car ce n’était certainement pas une coïncidence de trouver le corps du démon sur les lieux. S’il avait bel et bien quelque chose à cacher en ces lieux, il ne devait plus y être, à présent.
Ce fut lorsque que l’idée de repartir s’insinua dans mon esprit que j’eus une impression familière. Je sentais sous mon pied droit une trace, comme un résidu très amoindri de mon propre pouvoir. Le démon mort était un architecte, il maîtrisait donc la syntonisation… Sauf que lorsque je soulevais mon pied, je ne vis rien d’autre que le banal parquet présent dans tout l’appartement. Ken, qui était parti chercher Elix me virent en train de regarder mes pieds avec dédain.
_ Qu’est ce que vous faites, chasseur ? dis ce dernier, la voix encore tremblante de colère
_ J’ai sentis comme une trace de syntonisation, là, dis-je en montrant du doigt
_ Un Architecte habitait ici, c’est normal qu’il reste des traces.
Le démon plissa ses yeux triangulaires au mot « habitait ».
_ D’accord, sauf que je n’ai repéré qu’UNE seule trace, dans tout l’appartement !
Ce fut alors qu’Elix se pencha vers la lame de parquet que je pointais toujours, la regardant avec intérêt.
_ Je sens également une trace de quelque chose. Pas de syntonisation, mais autre chose…
Il se tourna vers moi et dit :
_ Chasseur, vous pourriez « inverser » les effets de la syntonisation ?
_ Euh, sûrement…
_ Essayez.
Sans chercher à souligner le fait qu’il me commandait, je posais ma main sur le sol. Quelques instants plus tard, la lame s’évapora dans l’air, révélant une petite cachette au fond de laquelle était disposée une boîte noire. Mais…
_ C’est vide, dit Elix
_ Qu’est ce qu’il pouvait y avoir dedans ? demanda Ken
_ Un artefact…
Le démon avait lâché cette réponse d’une voix sombre, Ken et moi le regardions dans l’espoir qu’il s’explique sans que nous lui demandions.
_ Oui, je comprends, continuait-il, cet appartement vide… Des humains normaux n’auraient jamais pu trouver cette cachette. Ils ont pensés d’abord à fouiller tout le mobilier, mais seul quelque chose d’aussi important qu’un artefact pouvait se trouver dans une telle cachette, dans un endroit qui ne peut pas être déplacé…
_ Pourtant, ce truc n’est pas là
_ Ils ont du finir par le trouver, mais… Ils n’ont pas pu faire cela seuls.
_ Vous croyez, commença Ken hésitant, que l’autre démon aurait pu leur dire où il cachait l’artefact ?
_ Impossible, éclata Elix. Un artefact est l‘objet le plus précieux que nous puissions avoir ! C’est impossible !
Un lourd silence s’imposa alors pendant une minute, ce fut Ken qui le brisa.
_ Alors, le groupuscule qui a infiltré l’Organisation rechercherait des artefacts démons… Pourquoi faire ?
_ Ca, c’est ce qu’il faudrait savoir, répondais-je
Je recréais alors la cachette disparue, puis lançais à la cantonade :
« Partons, il n’y a plus rien à faire ici »
Sans que personne ne conteste, nous sortîmes de l’appartement, puis bientôt de l’immeuble.


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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 19 Sep - 23:03

Chapitre 4 : Le chagrin des Danaïdes

Anais Mastrorelli :



05:11Le jour se lève. Il faut tenter de vivre.
Mes doigts me font mal, à force de presser les cordes, à force de serrer l'archet. Mais je ne peux pas m'arrêter de jouer. J'ai besoin de sentir le bois familier sur mon épaule, contre mon cou, sous mon menton, dans ma main. Je voudrais hurler comme Claude. Je voudrais mordre. Hurler quoi ? Mordre qui ?
Je ne pleure pas. Ce sont juste les larmes qui coulent de mes yeux, sur mon visage ferme et impassible. Elle m'est devenue si familière, cette envie de meurtre qui me prends chaque fois que je souffre. C'est lui, en moi, je le sais. C'est lui qui me tente. Qui me pousse. J'ai pris l'habitude de cette lutte de chaque instant.
Je joue. Je joue sans m'arrêter dans la campagne encore endormie. Devant la colline ou je me trouve, un soleil timide risques quelques rayons sur les champs embrumés. J'ai froid. Mais je joue.
La musique, c'était l'idée de Madeleine.
"Tu es libre, parce que tu étais innocente. Les spectre ne peuvent posséder que les humains ayant perdu leur innocence. Les innocents, ils les absorbent pour augmenter leur puissance, mais il ne peuvent pas utiliser leur corps. C'est pourquoi tu as ses pouvoirs, mais non son esprit et sa volonté. Reste innocente, et il ne prendra jamais possession de toi. Reste vivante et il restera prisonnier de ton corps."
La musique, pour ne pas céder. Pour ne pas laisser la rage me dominer. Pour ne jamais utiliser mes pouvoirs dans un but de destruction. Madeleine... Madeleine...
Au début, j'avais du mal à m'y faire. Pourquoi le violon ?
"Oui, c'est difficile. Justement. Ca nécessite toute ta concentration. Et c'est beau. Le résultat te satisfera tant que plus jamais Rasmanaël n'aura de prise sur toi."
Pas de colère. Même pas contre ce monstre qui dors dans mon corps pour une raison que je n'ai jamais comprise. Pourquoi moi ? Je n'étais pas faite pour être une héroine, surtout pas une innocente. J'ai toujours eu un sale caractère. J'étais une enfant difficile, une adolescente à problème. Mais j'étais innocente. A 13 ans, j'étais encore innocente. A 27 je le suis toujours, parce que j'y ai travaillé avec acharnement depuis la minute ou il a fusionné avec moi.
L'arche vole sur les cordes, comme un oiseau qui effleure la surface de l'eau, et l'instrument pleure pour moi, pleure à gorge déployée, sous forme d'armonie.
J'ai tant voulu lui ressembler. Combien ai-je souhaité être pour Claude ce qu'elle avait été pour moi ? J'ai bien compris, dés mes premiers rendez-vous avec lui, qu'il n'était pas moi et que je n'étais pas elle. Mais j'ai espéré tout de même lui apporter ce qu'elle m'avait apporté. Un sens. Une raison d'accepter...
Accepter...
Accepter...
Pas dans ce monde là, a-t-elle dit ? C'était bien elle, pourtant. C'était bien la femme d'autrefois. Est-ce là où je vais arriver moi aussi ? M'enfermer dans une bulle, m'a-t-elle dit. Suis-je vraiment dans une bulle ? N'ai-je pas de moyen de m'en sortir.
J'entame un air doux, berçant, comme les bras d'une maman.
Je m'entendais très mal avec ma propre mère. J'avais besoin d'une mère. J'avais besoin d'un guide. J'avais besoin d'un professeur. Elle l'a été pour moi. Aujourd'hui, cette femme est mon ennemie. Mais je ne cesserai pas de l'aimer. Ca ne sert à rien de m'en défendre. Tout ce qu'elle est devenu ne pourra jamais détruire ce qu'elle a été pour moi. Madeleine.
Je baisse mon archet, et détache mon cou endolori du violon. Puis je remet l'instrument dans son étui, que je referme et reprends le chemin vers Auvers. Sourire. C'est aussi ça, survivre. Sourire.
Je marche dans les rues désertes qu'un autre fou au coeur brisé a parcouru avant moi, les yeux pleins de tournesols, et je continue à me réciter Paul Valéry. Le vent se lève. Il faut tenter de vivre.
Je pousse la porte de la maison doucement, pour ne réveiller personne. Et sursaute.
_ Grand mère ? Tu es déjà levée ?
Elle est assises sur les marches. Elle m'attendait.
_ A mon âge, Anais, on a le sommeil léger. Je t'ai entendue te lever.
_ Désolée, je ne voulais pas te réveiller.
_ Que tu veuilles ou non, c'est fait, à présent.
_ Pardon.
_ Tes excuses ne changerons rien. Arrête de t'excuser à tout bout de champs, c'est énervant.
J'aime ma grand mère. J'aime ses histoires, j'aime son caractère pas politiquement correct qui choque toute ma famille. Mais là, je voudrais vraiment qu'elle me laisse. Je n'ai envie de parler qu'à Claude. Non, même pas à Claude. Je veux juste attendre qu'une stratégie me vienne. Et m'occuper à autre chose en attendant.
Mais elle ne bouge pas et même elle m'indique la cuisine.
_ J'ai fait du café. Ne prends pas tout, tout le monde en aura besoin.
Je n'ai pas envie de café. Mais bon, il faut bien faire quelque chose devant elle. Alors je pose mon étui, et je me faufile silencieusement dans la cuisine. J'espère qu'elle va trouver une occupation ailleur, mais elle me rejoins, vient s'asseoir devant moi. Intérieurement, je soupire et j'attends. Elle laisse s'écouler un silence, comme pour attendre que je dise quelque chose. Je n'ai pas envie de parler. Mais elle reste là, sans mot dire, attendant.
_ J'ai été trahie par quelqu'un que j'aimais beaucoup, grand mère. C'est pour ça que j'ai quitté ta maison aux aurores. Quand je ne vais pas bien, je joue du violon, et à cette heure ci, il vaut mieux aller en pleine campagne, si on veut jouer du violon.
_ Je ne te demande pas de justifications.
_ Qu'est-ce que tu me demande alors ?
_ Que tu te rappelles que tu es chez moi, Anaïs.
Et allez. C'est parti.
_ Chez moi, on ne va et viens pas de cette manière, sans dire où on va et pour combien de temps. Chez moi, on rentre à heure fixe, et on attends l'heure pour se lever. Et on explique ce qu'on trame. Je n'ai pas du tout envie de recevoir vos erreurs à la figure. Pas d'invasion des méchants chez moi !
_ Personne n'entrera chez toi, grand mère. Je te protège.
_ Tu as bien du mal à te protéger toi-même, à ce que je vois.
Bon, j'arrête les frais. Tant pis. Je sais qu'il faut la laisser parler jusqu'au bout quand elle n'est pas contente. Je sais qu'elle a besoin de dire tout ce qu'elle a sur le coeur. Mais merde, moi aussi, j'ai des choses sur le coeur. Je ne peux pas éternellement faire comme si ce qu'elle dit n'est ni méchant, ni agressif, ni méprisant.
_ Je retourne me coucher grand mère.
Je repousse la chaise, mais elle m'attrappe le poignet.
_ Tu reste là, jeune fille. Tu n'iras nulle part avant d'avoir répondu à mes questions. Où étais-tu ? Qu'avez vous fait ? Que va-t-il se passer maintenant ?
_ Je te répondrai.
_ Oui. Maintenant.
_ Non, pas maintenant, grand mère. Laisse-moi.
Je détache doucement mais fermement sa main de mon poignet et tourne le dos vers la porte.
_ Anaïs Mastrorelli, où crois-tu aller comme ça ? Rassied-toi immédiatement et explique moi tout. Je ne suis peut-être qu'une vieille gâteuse sénile qu'on va voir pour recevoir des beaux bijoux anciens aux fêtes, mais je suis CHEZ MOI ici.
Je m'immobilise, la main sur la poignée de la porte, et fais lentement volte face. Je dévisage ma grand mère. Ma grand mère. Depuis que je me suis installée à paris, je vais la voir toutes les semaines. D'accord, on a jamais été plus proches que ça. Mais tout de même... Tout de même...
_ C'est réellement ça que tu penses de moi ?
Je ne la laisse pas répondre. Evidément, non, elle ne le pense pas. Mais là, je suis en colère. Très en colère.
_ Grand mère, regarde-moi. J'ai 27 ans. Je suis plus une petite fille qu'on achête avec des bijoux de familles. Tu veux savoir, pourquoi je l'ai acceptée, cette bague ? Parce que je savais que tu voulais l'offrir à maman et qu'elle en avait pas voulu. Je savais que ça t'avais fait de la peine. J'ai voulu te faire plaisir, grand mère. Et là, maintenant ? C'est la seule semaine de congé que j'ai pris depuis des mois, et j'ai décidé de la passer avec toi. Pourquoi, à ton avis ? Parce qu'en mai, tu as des tas de souvenirs qui remontent. Je voulais pas que tu sois seule dans ce moment ! Tu n'es pas juste, grand mère. Tu n'es juste avec personne. Je sais que tu as pas eu une vie facile, je sais que c'est ta façon de te défendre. Mais tu ne réalise pas à quel point tu peux être insultante, parfois ! Je n'aime pas la façon dont te traite maman, et les oncles et tantes, mais je ne peux pas m'empêcher de les comprendre. Où je suis allée pendant deux jours ? Eh bien j'ai été risquer ma peau, pour ta pomme, pour celle de ton Peter Easton. J'ai risqué la peau de Claude. Et je vais continuer à la risquer, justement, pour qu'il n'y ai pas de débarquement des méchants chez toi, comme tu dis. Et ça, avec la conscience que pour tout remerciement, j'aurais ce genre d'insulte ! Laisse-moi, s'il te plait.
Je sors sans la laisser répondre et remonte l'escalier, pour manquer de me heurter à l'anglais qui se tenait immobile dans l'angle.
_ Vous écoutez au porte, monsieur Easton ?
_ Je ne pouvais pas dormir. J'attendais que vous ayez fini votre petit speech pour pouvoir descendre tranquillement.
Evidément, il n'y a que Claude pour dormir jusqu'à une heure raisonnable, ici.
_ Votre blessure vous fait mal ?
_ Bah, en quoi ça vous concerne ?
_ Retournez dans votre chambre. Nous allons vous soigner.
L'Anglais réprime un mouvement de recul qui lui arrache un cri de douleur étouffé.
_ Ne me touchez pas.
Ce n'est pas une supplication, ce n'est pas un cri, c'est un ordre.
_ Ne faite pas l'enfant, lui réponds-je sur le même ton. Je suis de très mauvaise humeur.
Sans plus de ménagement, je le pousse vers sa chambre. Il se laisse entrainer, résister lui ferait trop mal.
_ Je vous ai rien demandé, râle-t-il.
Quel gosse !
_ Allongez vous, dis-je en refermant la porte derrière nous.
L'anglais s'étends sur le lit, sans quitter son expression de contrariété. Je m'assied à son chevet et tends mes mains au dessus de sa blessure. Salement amoché. Et le rafistolage de grand mère n'a pas vraiment aidé. Je visualise sa chair intact et laisse l'énergie couler de mes mains vers lui.
Malgré sa mauvaise volonté, Peter Easton ne peut empêcher ses traits de se détendre, en sentant la douleur s'en aller. Ca risque de prendre un peu de temps. Elle est sacrément moche, cette blessure.
Je le regarde fermer les yeux, sur le point de se rendormir. Je n'avais jamais vraiment pris le temps de regarder cet homme, depuis qu'il est entré dans cette histoire. Je n'aurais pas du le traiter de gosse. Gosse, il l'était avant. Tout à changé, depuis qu'il est revenu avec la hanche dans cet état. Je le vois bien. Il a perdu cette chose si précieuse que je m'efforce de préserver depuis toujours.
Cet homme n'aurait jamais du être mêlé à tout ça. Il était fait pour une vie ordinaire, un monde entièrement sous contrôle. Quelqu'un en a décidé autrement.
_ Dites, Peter...
L'anglais ouvre un oeil, puis deux. Le prénom m'a échappé. Oh, et puis tant pis, après tout, c'est comme ça qu'il s'appelle.
_ Cet homme, ce Meyer qui vous a entrainé là dedans, c'est quel genre de personne ?
Je m'attends à une réponse sarcastique, mais un peu trop à son soulagement il n'y songe même pas.
_ c'est quelqu'un de sociable. Très sociable.
Il fronce le sourcil.
_ Maintenant qeu j'y songe, j'aurais du avoir la puce à l'oreille. Il avait bien le profil.
_ Le profil ? Comment ça ?
La blessure a disparu, maintenant. Peter Easton se redresse et s'assied sur son oreiller.
_ Mademoiselle, je suis un homme d'affaire. Un homme d'affaire doit être capable de cerner la personnalité des personnes qui sont en face de lui. Meyer avait bien le profil du sectaire.
_ Quel est le profil du sectaire ?
_ Voyons, comment pourrais-je dire ça ?
Il réfléchis.
_ Supérieurement intelligent, mais aveuglé dés qu'il touche à un domaine qui lui tiens à coeur. Très dans l'affectif, convaincu de la supériorité de son raisonnement, fermé au dialogue. Refusant le compromis. Incapable de faire les choses à moitié. En apparence, cherche à adopter l'attitude du citoyen modèle, cherche désespérément à appartenir à quelque chose, et paradoxalement, refuse la société telle qu'elle est. Ca ressemblait bien à Meyer.

Ca ressemble bien à Madeleine...
_ Vous vous sentez mieux, monsi... Peter ?
_ Je penses que je vais redormir un peu.
_ Alors je vous laisse.
Moi aussi, je vais me rallonger, et récupérer autant que je peux. Et réfléchir. Je connais peu ceux qui travaillent à l'organisation, maintenant, mais parmi les contacts que j'ai gardé, je devrais pouvoir repérer qui a le profil type. Et qui ne l'a pas...


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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 21 Sep - 21:35

Shaaxalaxx

La nuit est partie, le matin est là à présent.
A la fenêtre, il y a encore peu de gens qui marchent dans la rue. Ces personnes dont le visage m’apparaît chaque jour, identique, dépourvu de joie … Humains, bientôt votre futur s’ouvrira sur vous avec cette vérité indéniable. Vous verrez à ce moment, humains ambitieux, qu’il ne fallait pas regarder trop loin. Vous verrez, humains malheureux, que vous aviez tort de regarder vos pieds en allant travailler, pensant que cette vie était trop lourde à porter … Bientôt, vous n’aurez plus besoin de penser.

La radio apportée dans ma chambre hier me joue un air mélancolique. Quel est cet instrument dont l’homme a parlé juste avant ? Le « Violon » c’est cela ?
C’est beau, très beau…
Soudain je sens comme un frisson passer dans mon corps, comme une voix passer dans mon oreille. Je retourne à la fenêtre, essayant de me pencher, malgré ma petite taille. Non, c’est fini, j’ai cru entendre une voix, j’ai cru ressentir la présence, en cet éphémère instant, d’un de mes congénères, peut-être « Lui »… La musique continue, avec la même saveur, mais désormais, elle m’est troublante … Je te retrouverai, toi et ton Innocente.

On frappe à ma porte. Qui peut bien me rendre visite ? Si cet instant n’avait pas eu cet enchantement musical, j’aurai été ouvrir avec une once d’espoir d’obtenir une quelconque possibilité de sortir, de servir. Mais là, je suis plutôt déçu d’interrompre ce morceau. J’écouterai cette musique humaine peut-être plus souvent maintenant. J’éteins la radio et ouvre la porte. C’est 665.

« Tiens donc, voilà un camarade. Alors, tu t’amuses bien en mission ?

Il me regarde quelques instants puis me répond simplement par un mince sourire.

- Alors, tu viens me raconter tes exploits ? J’aimerai en faire autant, hélas, je n’ai pas l’honneur d’avoir un permis de sortir !

- Un permis de sortir ? Je peux peut-être te le trouver.

Comment ça ? Est-il en train de me dire que le Cercle a décidé d’enfin me faire sortir de ma chambre ? Eh bien, qu’attend-t-il pour continuer ?

- J’ai une mission ? Oh, s’il te plait, dis moi que le Cercle va me confier une mission !

- Le cercle, non, mais tu pourrais m’aider, moi, pour mes missions.

- Hum, le Cercle n’a déjà pas aimé que j’aille m’amuser sans prévenir … C’est peut-être risqué non ?

- Mais non, ils sauront pas, et puis, il faut bien que tu te dégourdisses les pattes non ? Surtout que tu es exactement le genre de personne _si je peux dire ça comme ça_ qualifiée pour ce genre de boulot.

Je le regarde quelques instants, le Cercle m’a interdit d’agir sans leur accord. Je dois les écouter … Mais j’aimerais bien agir un peu.

- D’abord, qu’est-ce que je devrais faire ?

- Oh, j’aurais simplement besoin du dossier B sur les spectres, dans le bureau du patron.

- Et pourquoi t’y vas pas tout seul ? Tes capacités te le permettent non ? Et si le boss me chope, je suis fini, moi, tu comprends ça ?

- T’en fais pas, si y a un problème je suis là. J’arrangerai les affaires. Mais j’ai trop de boulot pour perdre du temps avec le patron.

- Bon très bien, mais c’est vraiment parce que j’ai envie de bouger un peu. »

Je sors de la chambre avec 665. Nous nous séparons. Le bureau du patron est au dernier étage, pas d’ascenseur, amusons nous.

Je gravis les marches lentement, réfléchissant à un moyen de prendre ce dosser incognito sans que le patron me voie, ainsi que ce que je pourrais lui dire en entrant dans son bureau.
Deuxième étage, troisième étage, quatrième … Très vite, trop vite à mon goût, j’arrive au septième étage. Il n’y a que le bureau du patron à cet étage, ainsi que sa chambre. Peu de gens viennent jusqu’ici. Dans le Cercle, on ne dérange pas le patron. J’espère que 665 va m’expliquer quelle est sa mission, peut-être pourrais-je l’aider si je réussis à récupérer le dossier.

Me voilà devant la porte du bureau du boss. Je tends doucement ma main et enclenche lentement la poignée.

« Monsieur le patron, je … »

Personne, le bureau est vide. Il doit être sorti. L’odeur de son parfum, elle, est restée. Je regarde les étagères remplies de livres, a-t-il tout lu ? Je ne sais pas. il en aurait fallu de la volonté pour avoir lu tout ça. Je m’approche du bureau et ouvre les tiroirs. A … B … C … Tout est minutieusement rangé, comment pourrait-il ne pas remarquer une intrusion ? P … Q … R … S. Voilà, S comme Spectres, je regarde, dossier A, dossier B, le voilà. En espérant que le patron ne remarque pas qu’il y a un trou entre A et C.
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 24 Sep - 0:14

Séraphin

Les transports en commun, c’est toujours la même chose. C’est pour cela que je les aime bien. C’est bon de savoir que, où qu’on aille, quel que soit le but du déplacement, le train, c’est toujours pareil. Il y a un couloir au milieu, et des rangées de sièges. Il est assez jouissif de penser que pour certaines personnes, l’aléatoire consiste en une question : « Y aura-t-il des places assises dans le train ? ».
Personnellement, ce détail m’est indifférent. Debout ou assis, cela a assez peu d’importance, lorsqu’on est comme moi, et, qui plus est, en voyage d’affaire.
Pour quelqu’un comme moi, un voyage d’affaire se termine souvent par un meurtre, un vol, et une négociation. Pas forcément dans cet ordre là, et ; bien que ce coup-ci, je ne sois pas en voyages d’affaires, il y aura peut-être un vol, probablement un meurtre. Pour ce qui est de la négociation, à la rigueur, on verra après, pour ne pas rompre avec les habitudes.
Aujourd’hui, en tout cas, je suis assis. Et une jeune femme me fixe, assise en face de moi. Elle est brune, de taille moyenne ; et me regarde de ses yeux marron comme si j’étais un monstre. En réalité… Pas comme si j’étais un monstre, en réalité. Plutôt comme si j’étais étrange. Pas par ma nature, mais par mon attitude.
Elle lève la tête comme pour voir mes pupilles, et, d’une voix aigue et enjouée, se met à engager la conversation ; et cela ne m’est jamais arrivé.

« Vous descendez où ? Demande-t-elle. »

Je lui réponds, d’un ton que je souhaite amical, mais je lis sur son visage comme une déception ; et, sans que je sache vraiment pourquoi, cette déception me touche profondément, comme si elle révélait que je venais de montrer à cette femme que je n’étais pas fait pour le monde dans lequel on avait ce genre de conversations. Pour dissiper le malaise, je lui retourne la question ; et elle sourit.
La discussion se poursuit sur un ton que je n’aurais jamais envisagé avant. Contrairement à ceux qui ont déjà eu l’occasion de croiser mon regard, celle-ci ne voit pas que je suis un monstre. Elle ne voit qu’un être humain comme elle. Sur le ton de la conversation, elle me demande mon prénom. Elle m’a, au cours de la conversation, dit le sien, et la mention de ce nom m’a fait de l’effet, pas pour le nom en lui-même, mais parce qu’il a été dit d’une manière simple, naturelle. J’hésite à lui répondre. Mon nom, c’est 665, mais ce n’est pas un nom. Et je réalise aujourd’hui que Séraphin, ce n’est pas mon prénom. Ce n’est qu’un nom de code, et jamais je ne le dirai avec la même légèreté que cette femme a dit le sien.

« Devinez, lui dis-je, en désespoir de cause.
-Hum… Vous avez bien une tête à vous appeler Edmond, vous.
-Gagné. »

Ce mot, je m’étais préparé à le répondre, quel que soit le nom que m’attribuerait cette femme. Et au moment de le dire, je n’y pense même pas. Toutefois, quelques minutes plus tard, après l’entrée en gare du train, et la descente de la femme, je ne peux qu’y repenser, et remarquer la démarche boitillante de cette femme qui descend du train, et que les gens regardent descendre. Ils la regardent descendre, comme intrigués par cette démarche étrange. Pour l’apparence que cette démarche lui donne. Elle dénote d’un handicap qu’elle n’a même pas choisi, et cela les gène. Les gens ont peur des monstres parce-que leur parents leur ont fait croire à la présence de l’un d’entre eux sous leur lit. Aussi croient-ils en voir partout. Ils sont souvent gênés en me voyant. Je dégage une impression peu banale. Mais moi, je suis réellement un monstre, contrairement à cette interlocutrice qui s’imaginait que j’avais un prénom.
« Edmond », me dis-je en songeant à la conversation. Mais pour l’heure, cette conversation, il me faut cesser d’y songer. Je suis bientôt arrivé, et je dois être dispos pour fouiller la cachette du démon et de ses acolytes. En partant ce matin des locaux du cercle, j’avais dans l’idée que je trouverais là-bas quelque chose qui pourrait m’aider à décider de ce qu’il me faudrait faire par la suite ; et à présent, en arrivant sur les lieux où j’ai quitté le démon la dernière fois, je me demande de plus en plus ce que je fais ici. J’ai le trac. C’est bien la première fois.
La dernière fois, la voiture du démon s’était arrêtée dans un souterrain, et le démon avait continué quelques pas avant que je ne cesse de l’entendre. La cachette ne devrait pas être bien loin. Malheureusement, il y a plusieurs portes. Réfléchissons… On peut supposer que la porte de la cachette est celle que je ne pourrais pas ouvrir. Je saisis la poignée de la porte à côté de moi… Non, celle-ci, je pourrais l’ouvrir. J’en essaie plusieurs autres avant de tomber sur celle qui me paraît la bonne. Je m’y arrête, et colle l’oreille contre la porte. On n’entend rien. C’est normal. Une cachette digne de ce nom est forcément insonorisée. Mais ils sont certainement à l’intérieur. Et il faudra bien qu’ils sortent. Même s’il y a plusieurs sorties, il vaut mieux sortir par là pour ne pas être découvert ; aussi, deux solutions s’offrent à moi. Accélérer et faire un gros trou dans la porte, ou m’asseoir jusqu’à ce qu’ils sortent déjeuner.
Je réfléchis quelques secondes, en observant le côté gauche de la porte. Il y a là un renfoncement. Si je m’y poste, ils ne me verront pas en sortant, mais moi, je les verrai sortir. Je contemple un instant la porte, et m’assieds dans le renfoncement.
J’attends un certain temps, et je pense au cercle, à Shaaxalaxx, à la grand-mère, puis à ce démon. Même moi, je ne sais pas comment ils choisissent les membres de leur race supérieure. Je ne suis même pas certain qu’ils aient des critères précis eux-mêmes. Ca tient tout de même à peu, la vie. Quand on pense qu’il suffit que deux trois illuminés décident qu’il faut tout changer pour éradiquer l’ensemble du patrimoine culturel et effectif d’une espèce vivante. Beaucoup trouvent cela inhumain. Moi, je ne suis pas vraiment à même de juger de l’humanité des gens ; et encore moins de celle des hommes du cercle ; mais de ce que je crois en savoir, ce que j’ai rencontré de plus humain pour le moment avait soit des ailes, soit des poils, soit un champ magnétique.
Je me retrouve violemment éjecté de mes pensées par un bruit de rotation de poignée. Les voilà. Et ils ouvrent grand la porte, c’est ma chance.

« … Et qui sait, peut-être y trouverons-nous quelque chose ».

Je contracte les muscles de mes tempes, et leur discussion devra attendre un moment. Rapidement –et croyez-moi, quand je dis rapidement, c’est que c’est rapide-, je sors du renfoncement, et j’arrive face à ces trois statues qui se font face. Voilà qui est commode : il y en a un qui tend le bras à l’autre ; quant au troisième, il est encore de l’autre côté de la porte. Après une observation plus poussée, je remarque que le bras n’est tendu que pour des raisons oratoires, et signifie seulement que j’ai accéléré au mauvais moment. Il faudra faire avec. Je m’accroupis puis me mets à quatre pattes ; puis me faufile à côté de celles du démon, en prenant garde de ne pas percuter l’autre. Quant au chasseur, qui est encore à l’intérieur, il se trouve en plein devant.
Passé derrière les deux interlocuteurs, je trouve tant bien que mal la place de me relever sans rien toucher, puis je contourne habilement le troisième, remerciant le patron de ne nous servir que des légumes vapeur au réfectoire.
En me retournant pour contempler les obstacles figés, je me sens gêné. Comme lorsque l’on est repéré. Et je crois bien que c’est le démon. Réalisant que je le saurais d’ici dix secondes, je cours vers une porte sur le mur de droite menant à un couloir visiblement relié aux autres pièces.

« N’ayons tout de même pas trop d’espoir, dit le démon. Je doute que… Vous avez senti ?
-Non, répond le chasseur, quoi ?
-Comme si quelqu’un était à la fois, devant, derrière, et en dessous de vous ».

Voyant que l’antidémon se met à rire, l’être immortel, craignant que le ridicule ne le tue, abandonne. Il m’a senti. Comment a-t-il fait ?
Peu importe. Je ne suis pas ici pour évaluer le cristallin, mais pour fouiller. J’attends une dizaine de secondes afin d’être sûr qu’ils ne reviendraient plus, puis j’arpente le couloir.
Du côté gauche, il y a une zone d’habitations, et, plus loin, une sorte de salle de Gymnastique, avec, en face, une armurerie. J’ai également pu remarquer au fond du hall d’entrée une salle remplie de matériaux de construction. Une couverture, sans doute. Quoique c’étaient plutôt des bâches.
Curieusement, rien qu’à la vue de l’armurerie, je comprends que je n’y trouverai rien d’intéressant. En revanche, la salle de gymnastique est autrement plus intéressante. Il y a au fond de la salle un de ces murs en mousse qu’on utilise dans les hôpitaux psychiatriques. A moins que ce ne soit un antistress de deux mètres de haut, je vois mal ce que ça fait là. Même pour faire de la gymnastique, les gens se jettent rarement contre les murs. La plupart du temps, lorsqu’il y a de ces machins dans les gymnases, ça peut pivoter, et c’est fait pour.
N’importe quel héros de roman comprendrait instantanément qu’il fallait se jeter violemment contre ce mur de mousse, tant et si bien que, soumis à la force, le mur pivoterait comme de juste, et le valeureux gymnaste se retrouverait dans une salle secrète. Sauf que moi, je sais que cela ne marche pas de la sorte. La plupart du temps, il suffit de pousser un édifice latéralement pour avoir accès aux tiroirs qui sont derrière.
Gagné. Mais j’imaginais qu’il y en aurait plus.
En fait, il n’y a que cinq tiroirs disposés les uns au dessus des autres, avec à l’intérieur tout plein de trucs sans intérêt ; mais mon attention se porte presque immédiatement sur le contenu du tiroir du milieu. On peut y voir le logo de Prometheus Démonica. Je feuillette un peu les documents, désespérément dénués d’intérêt. Toutefois, lorsque je tombe sur l’avant dernière feuille, en remarquant les noms des membres du Cercle à Prometheus Démonica, suivi des noms de ceux qui n’en font pas partie et dont le document laisse entendre qu’il faut éviter leurs regards, une réminiscence de ce café pris avec la grand-mère ressurgit.

« Je leur en ficherais, moi, entre Peter qui m’envoie un dératiseur de luxe et la petite qui ramène des amis bizarres pour partir à la chasse aux vieux amis. Vous avez de la chance, monsieur, vous savez. Vous n’êtes pas grand-père »

Ce souvenir me décide à prendre ce papier et à le ranger dans ma poche. Si combattre le cercle Shinka peut se résumer à connaître qui en fait partie, et qui se contente d’appartenir à l’organisation, il n’est que bien senti de prendre ce document. En le volant, et en remettant le mur en place, je me demande en quoi une liste des agents du cercle pourrait aider un démon à combattre le programme Darwin. Quoiqu’il en soit, j’ai fait mon devoir. Même si le patron n’aurait pas apprécié que je passe sous silence l’existence de ce groupuscule, je sers bien le cercle, en venant ici, même à son insu. Au moins, à présent, je sais que ces « trois grands » ne sont pas une menace, et qu’ils n’ont rien de concret contre le projet du cercle. Du moins, pas encore. La satisfaction du travail accompli, je l’ai perdue depuis longtemps. En fait, depuis que j’ai compris que j’avais été conçu pour réussir toutes mes missions. Je n’ai jamais le sentiment de faire quelque chose d’important, même pour le cercle Shinka. Mon travail se limite à voler des reliques démoniaques et à tuer les gêneurs. Enfin, le gros du travail, c’est de m’occuper de leurs gardes du corps. J’ai pu remarquer dans ma longue expérience de l’espionnage et du meurtre que plus les gens avaient de gardes du corps, moins ils étaient menaçants, curieusement. Contre un mouvement comme le cercle, la richesse et la puissance économique est parfois handicapante. L’on est trop voyant, trop facile à trouver. Quoiqu’il en soit, je peux partir tranquillement d’ici, et m’accorder une bonne nuit de sommeil. J’ai fait mon travail.
Ah. La porte ne s’ouvre même pas de l’intérieur. Ou alors, c’est qu’il faut que ce soit quelqu’un de bien précis qui l’ouvre. Toutefois, je sais quoi faire.
Je sors la liste de ma poche et la contemple, en songeant.
A propos de savoir quoi faire. Ces dossiers dans les tiroirs… Et cette phrase laissant entendre qu’ils cherchent quelque chose… Ils cherchent ce que nous fabriquons, je crois bien. Quelle ironie du sort. Eux ont la liste dont les acolytes de la grand-mère auraient besoin, et la bibliothèque de la grand-mère regorge…
Une pensée me vient à l’esprit, mais je la chasse rapidement. Pour l’heure, j’ai mieux à faire.

Je me dirige vers la pièce avec les matériaux de construction. En passant la porte, le me dirige à l’angle gauche, puis je m’assois dans l’obscurité. J’imagine bien qu’ils ne reviendront pas tout de suite. Ils sont sûrement partis pour le reste de la journée. Peu importe, j’ai tout mon temps. Lorsque j’ai tout mon temps, je songe. Et cette fois-ci, je songe à la femme dans le train, et à ce que je lui ai répondu lorsqu’elle a demandé mon prénom. Pourquoi n’ai-je pas répondu « Séraphin » ? Après tout, finalement, c’est mon nom, outre 665. C’est le nom que m’a donné le cercle, et, pour autant que je sache, ce que m’a donné le cercle, c’est tout ce que je possède ; et je m’en suis toujours bien accommodé. La nourriture de là-bas n’est pas mauvaise, on n’y dort pas mal. Je n’ai jamais eu à me plaindre de ma tenue vestimentaire immuable, et pas toujours pratique pour se battre (enfin, depuis que j’ai décidé de ne plus mettre la cravate). Moi-même, c’est au cercle que je dois probablement mon existence, et le fait que je ressemble assez à un humain pour qu’on me croie semblable à eux. Mais tout de même, Edmond, c’est un joli prénom…
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sebrich
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 25 Sep - 21:52

Claude Lupus

Le vent souffla entre deux cheminées, ce qui m'empecha de comprendre
ce que disais ma cheftaine.

-Excuse moi, mais pourrais tu repeter? demandais-je avec un faible sourire, je n'ai rien entendu avec ce vent.

Elle soupira de lassitude, et tendis un doigt en direction d'une fenetre voisine.
-Je te disais que l'homme qui habite dans cet appartement, un certain Robert, est un agent de Prometheus Démonica.

Un homme plutot antiphatique. Les rares fois où je lui adressait la parole, il me toisait pendant quelques secondes

et s'en repartait avec la mine hautain, comme si il était offusqué que j'avais osé lui adresser la parole.
Je fremis à la fin de sa phrase, car je sentait bien que ci elle ne se retenait pas, les hommes de ce genre là

n'auraient plus été qu'une vague tache de gras sur son chemin.

-Je vois le genre... et? Que veux tu que je fasse? Que je le violente afin de te venger? C'est qu'on n'a pas trop

le temps pour ça tu vois.
-Non! non bien sur que non... non je veux juste que tu le suive, car il a le caractère type de membre de la secte,

d'après ce que que j'ai entendu dire sur lui par ses collègues, qui ne l'appréciais pas tant que ça d'ailleurs...

Je tourne mon regard vers la fenetre, detaillant le pauvre appartement où l'homme vivait. Le propre de tout agent

de Prometheus Démonica était d'éviter d'attirer l'attention du reste de la population. Mais lui, il semblait plus

être un ermite qu'un agent. C'était un quartier pauvre de Paris, où même la criminalité était parti en traine les

pieds, baillant d'ennui.

-Mais je risque d'attendre longtemps, gémis-je.
Elle me lança un grand sourire et me tapota l'épaule doucement.
-Je sais que je peux te faire confiance pour passer le temps. Bon je vais te laisser, j'ai d'autres personnes à

comparer avec la fiche "type" du membre de la secte.
Elle marcha à grand pas vers la porte donnant sur les escaliers du vieux batiment en ruine où nous nous étions

poster.

-Passer le temps... et comment je fais moi??


J'était coucher au milieu du toit, regardant les nuages passer doucement, faiblement éclairer par la lumière du

soleil qui s'était lever 2 heures plus tôt. Je baillais à m'en décrocher la machoire quand tout à coup...

Un bruit de porte qu'on ouvre...
Je me retournais vivemen sur le ventre et rampa jusquau bord du toit.

Il y avait un homme, avec en grand manteau, qui venait de refermer la porte de l'appartement que je devais

surveiller. Peut-être qu'il n'allait se chercher qu'un petit déjeuner. Mais je me devais de ne pas le perdre.

-La chasse est lancée, murmurais-je.


Je sautais d'un toit à un autre, les muscles tendus. Ca faisait un petit moment que je le suivais, de toits en

toits. C'était plutot facile vu ma condition physique. Il y avait juste pour les carrefours que cela posait

problème. Mais heureusement, les feux rouges étaient assez resistants.


Le denommé Robert ne cessais de marcher, changeans de route au dernier moment, en lançant de droite à gauche des

regards frénétiques, comme si il verifiait que personne ne le suivait, mais fort heureusement, il ne pensait jamais

à regarder en l'air, car comme tout bon français, il a du apprendre que tout les matins, en rue, il fallait maugrer

en regardant droit devant soi.


Après une petite heure de traversée de Paris, il entra dans les quartiers chauds de la ville. Je fronçais malgré

moi les sourcils, ayant soigneusement éviter toute ma vie ces quartiers, car contraire à mon enseignement de fils

de berger, mais aussi et surtout parce que ma cheftaine m'aurait ettripé.

Il entra dans une petite ruelle sombre, s'éloignant du coeur du quartier. Je soupirais de soulagement, et nota

interieurement que ça semblait devenir interessant. Il n'y avait rien dans ces petites ruelles, si ce n'est

quelques poubelles abandonnées, des chats errants, et une odeurà faire frémir un éboueurs.

Malgrès tout, l'homme entra dans un bar. Je trouvais bizarre l'emplacement incongru de cet commerce spiritueux.

Mais, sangeais-je, ne serrai-ce pas d'ailleurs un bon endroit pour mettre en place une secte?

Je sautais dans la ruelle, et arrengea un peu mes vetements. Je levais ma tête, et lu l'enseigne.
-"La choppe du diable", tient tient...
Je mis la capuche de mon pull sur ma tête, baissa mon visage, et entra...


-Eh, une bière, nom didju!!!!
"Ah, un belge, songeais-je, toujours là pour boire des coups".
Je relevais la tête de la choppine que j'avais commander quelques minutes plus tot, et observa ma "proi" qui se

trouvait à l'autre bout du comptoir. Je m'était vite habitué à l'ambiance enfumée et puantl'alcool de ce bar. Il y

avait la moitié des hommes qui jouait au cartes, et l'autre moitié qui vidait leur verres autour des premiers.

Soudain, l'homme se releva et me regarda nettement. Je jurais tout bas. Il m'avait repéré!
-Les gars, cria-t-il, c'est moi ou ça pue le clebs ici?!
Ce fut un signal. Car tout les hommes se levèrent, en criant diverses choses, et la baguarre commença.

Un homme se jeta sur moi avec une chaise. Je me baissais rapidement pour les assener un coup de boule dans les

cotes. Tandis qu'il s'effondrait, à bout de souffle, un autre je jeta sur moi, tentant de m'étrangler. Mon poing

l'en empecha dans son entreprise. Dans la cohue général, je tentais de retrouver l'homme, assomant quelques

attaquant quelque peu imbibés.
Soudain je le vis qui s'enfuyait dans la ruelle. Je jurais, vit voler d'un coup de pied un homme jusque sur une

table, et courut dans la rue.

Il avait disparu. Je tapais nerveusement du pied de rage, quand un homme fut ejecter du bar, s'étalant de tout son

long à coté de moi. Je le pris violement par le col, et leva son visage jusquau mien.
-Mais bon sang, qu'est ce qui vous a pris? criais-je en donnant de tout de ma voix.
L'homme mis un petit temps à comprendre la question, sans doute à cause de l'alcool, ou du coup de poing qui lui

avait fait un joli coquard, ou le fait qu'un jeune plus petit que lui, arrivait à le soulever d'un bras, alors

qu'il devait peser dans les 80 kilos tout mouiller.
-On... on aime bien la baguarre voyer? C'est pour se défouler. Alors on à decider ça entre nous.
-Mais vous êtes de vrais malades, murmurais-je en le relaissant tomber.
Alors que l'homme disparaissait dans la cohue du bar, je regardais autour de moi, n'ayant pas vu par où le Robert

avait couru, et maintenant, il devait être loin.
-Je sens que la chetaine ne va pas être contente, me dis-je à moi même, en repartant sur les toits.
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 27 Sep - 23:57

Chapitre 5 : Titans

Séraphin


C’est dommage, c’était pourtant une jolie porte.
Il est vingt heures, ils sont sûrement rentrés. Dehors, il fait tout noir, et les étoiles brillent déjà. C’est le moment. Un peu d’action me défoulera peut-être, après de longues journées d’infiltration et de réflexion intensive assis devant une porte. De plus, je suis de mauvaise humeur. De très mauvaise humeur. Mon cerveau pourtant très résistant est en compote depuis hier soir, lorsqu’enfin, après le retour de l’équipe du démon, j’ai pu sortir et rentrer aux locaux du cercle Shinka. Aujourd’hui, place à l’action. Enfin, l’action, c’est depuis ce matin, après la visite du patron.

La nuit avait porté conseil. Mauvais conseil, à mon idée. Et à l’aube, le patron était là avec son odeur pestilentielle à en faire pâlir un objet en porcelaine. Ce matin, il est venu m’interroger. C’est vrai qu’on ne m’a plus beaucoup vu ces derniers temps, aux bureaux du cercle. Mais j’étais bien décidé à me mettre en règle, aussi, lorsque le patron m’a demandé ce que je pouvais bien fabriquer, je lui ai répondu que j’avais découvert ce groupuscule d’opposants. Et cela n’a pas loupé. La paranoïa qu’entretient le cercle pour les démons fit son effet, et le patron m’a donné de nouveaux ordres.

« Vous irez là-bas, et vous les affronterez.
-Intimidation ?
-Exécution. Le cercle Shinka ne risque pas l’opposition. Surtout quand elle a, pour partie, des cornes, et une résistance peut-être plus phénoménale encore que la votre.
-Bien ».

J’avais pris garde à ne pas révéler le véritable emplacement de l’entrepôt, comme empêché de le faire par je ne sais quelle force qui me parlait, et me disait quelque part qu’il était peut-être important que je garde mes secrets pour moi. J’ai été conforté dans cette idée lorsque ce cher supérieur a commencé un discours sur les monstres qu’étaient, au même titre que les humains bâtards, les démons. Il avait l’air comme fou. Pris d’une illumination. Une étincelle dans ses yeux jaillissait à chacun de ses mots, et il est parti sur une phrase qui prit ce qui me servait de cœur dans un étau impitoyable.

« Et nous exterminerons aussi ces monstres dont regorge injustement notre Terre. Ils ne valent pas mieux que ces sous hommes qui polluent notre espace et empêche la race humaine de se développer ».

Jamais je n’avais entendu quelqu’un du cercle parler ainsi. De manière si exagérée. Et à moi, de surcroît. Oubliait il que notre secte n’était pas quelque mouvement néonazi adapté aux caractéristiques de son temps ? Oublierait-il que le cercle défend un idéal d’ordre purement technique ? Aurait-il aussi oublié que je suis l’un de ces monstres dont il parle et qu’ils sont bien contents de m’avoir à disposition depuis qu’ils m’ont créé ? Ou alors me suis-je trompé ?
Je n’ai jamais adhéré aux idées du cercle. Je les sers parce que je le dois, et parce que je ne peux faire autrement. Mais le patron a parlé d’une manière telle que j’ai été poussé à me dire qu’il ne fallait pas pousser, et que la servitude aveugle avait des limites.
Et cette fois-ci, j’étais certain de ce que j’allais faire.

Quelques heures plus tard, en début d’après midi, j’étais de retour dans ma chambre, aux locaux du cercle, avec à la main une sacoche remplie de parchemins cryptés datant de Mathusalem, trouvés à Auvers sur Oise, dans le tiroir de la bibliothèque de la maison d’une grand-mère.
Il n’avait pas été facile de la subtiliser. Il avait d’abord fallu forcer la grand-mère à sortir acheter quelque chose. Aussi ai-je fait tomber le pot de fleurs accroché à une fenêtre, en espérant qu’elle n’en aurait pas en rechange et que cette occasion de faire les courses lui suffirait. J’eus de la chance, elle partit ; et je pus ainsi frapper une seconde fois à la porte.
Il n’était pas question que la grand-mère me voie : elle m’avait déjà vu, et je n’avais aucune idée de la puissance de la décharge d’énergie que j’avais utilisée pour lui faire oublier mon apparence et ma visite. Autant ne pas tenter le diable.
Toutefois, il restait une autre personne à l’intérieur, que j’avais aperçu par une fenêtre. Et lorsque j’eus frappé à la porte, cette personne m’ouvrit. Un homme. Il avait l’air mal en point. C’était sûrement Peter Easton. Reprenant l’histoire du dératiseur que j’avais servie à son hôte peu avant, je pus entrer, et, tandis qu’Easton cherchait dans ses papiers un moyen de me convaincre que je n’avais rien à faire ici et qu’il ne m’avait jamais appelé, je pris les parchemins que j’avais déjà repérés la fois précédente. Je ne pris pas le livre écrit en ancien Français. Par expérience, je sais que ce genre de vieillerie est, paradoxalement, tout à fait sans intérêt. Du moins, pour moi aujourd’hui.
Malheureusement, l’homme d’affaires abimé –du moins à en juger par son aspect- ayant, au cours de l’opération, semblé me surprendre en train de les mettre dans ma sacoche, imaginant l’animal d’un naturel perspicace, je décidai qu’il devait oublier notre petit entretien.

Or donc, revenu aux locaux du cercle, j’ai reçu la visite de Shaaxalaxx qui, pour tout dire, tombait bien. Le spectre en costume de Huckleberry Finn venait m’apporter les papiers sur les spectres que je lui avais demandé de ramener du bureau du patron pour moi. Bien sûr, ces documents ne présentaient aucun intérêt pour moi. Il s’agissait là d’un test pour être sûr que je pouvais faire confiance à Shaaxalaxx, qui, de toute évidence, attendait que je le sorte de son inactivité.

« Encore et toujours de la paperasse, pensai-je ».

Je me suis retourné pour regarder le mur ; comme à mon habitude, et le contemplais d’un œil vide jusqu’à ce que je m’aperçoive que Shaaxalaxx était toujours là à m’observer, comme s’il attendait quelque chose d’autre. Ce dont je savais parfaitement que c’était le cas.

« Oui ?
-Hé bien, en fait, c’est que j’aurais pensé, vois-tu, que si je te ramenais ces papiers….
-Que si tu me ramenais ces papiers, je te laisserais partir en mission pour moi.
-J’aurais pas dit ça comme ça, mais c’est l’idée ».

Cette demande tombait bien, elle aussi. Regardant un instant ma sacoche en songeant à l’ordre que j’avais reçu du patron le matin même, j’ai compris ce que j’allais faire. Et Shaaxalaxx allait m’y aider.

« Ben après tout pourquoi pas. J’ai ce sac avec moi, et je dois aller le mettre quelque part de sorte qu’il soit trouvé, pour tendre un piège. Mais vois-tu, j’ai peur qu’en mettant ça trop longtemps avant d’attirer les piégés là, quelqu’un d’autre le ramasse.
-Alors tu voudrais que…
-Je voudrais, en effet, qu’on fasse ça chacun simultanément, comme ça, pas de quiproquo, on est jamais trop prudent.
-Mais pourquoi mettre la sacoche ?
-Ca contient de fausses informations cryptées. Ca mènera notre proie tout droit dans une embuscade. Même moi, pour peu que je sois dans leur milieu, je ne suis pas en position de force.
-Alors ok. Quand ?
-Ce soir. A vingt heures, de préférence.
-Ce soir ? Hé bé, c’est rapide… Mais où ?
-Je t’ai écrit sur ce papier les coordonnées ».

Je lui ai adressé un clin d’œil, marque d’une complicité feinte, avant d’ajouter une phrase qui a semblé l’amuser tandis qu’il quittait mes appartements.

« Ce message s’autodétruira ».

Bien sûr, ce n’était pas vrai, et il le savait. Mais il était une des petites manies du cercle Shinka que lui et moi –les monstres- trouvions ridicule, c’était d’écrire n’importe quelle note avec une encre qui disparaît à la lumière au bout de quelques secondes. Sur toutes ces notes, si simples soient-elles, il y avait à la fin une affirmation, vraie certes, mais idiote : « Ce message s’autodétruira ».
Les messages dits « autodestructibles » ne consistaient presque jamais en la même chose ; et surtout, leur importance stratégique et technique pouvait aller de « Rendez-vous place d’Italie pour déjeuner » à « Vous devez trouver et tuer Peter Easton ». Là était tout le caractère ridicule et attendrissant du cercle. Comme je le dis toujours à qui veut bien l’entendre, c'est-à-dire à personne hormis moi-même ; ce sont des idéalistes. Pas des sectaires froids et méchants ne partageant qu’une idéologie tranchée et irréfléchie. Du moins l’ai-je longtemps cru, pour quasiment tous ses membres.

En milieu d’après midi, le spectre et moi-même sommes partis en même temps et avons pris le train. Le même qu’hier, à en juger par les graffitis sur les vitres. A la place de la femme de l’autre fois, il était assis en face de moi. Et pour la première fois depuis que je le connais, je l’ai regardé.
Depuis le début, j’ai été pris de sympathie pour Shaaxalaxx. En fait, depuis qu’on l’avait mis au courant de sa mission au sein du cercle Shinka. Son enthousiasme ce jour-là avait atteint des sommets. J’étais là. J’étais là lorsqu’ils lui ont dit qu’ils offraient notre monde en pâture à son peuple. J’étais là lorsqu’ils ont omis de lui parler de la clause en petits caractères. Ce jour-là, pour la première fois de ma courte vie, je me suis senti mal. Pour lui. Et son bonheur aujourd’hui, suscité par la mission que je lui donnais, a renforcé ma détermination à mener mon nouveau plan à bien.
Et aujourd’hui, j’ai réalisé pour la première fois que le seul membre du cercle qui me ressemblait de par sa nature et que je connaissais vraiment était devenu un ami pour moi.
Ainsi, je lui ai raconté l’anecdote de la dernière fois que j’ai pris ce train là, avec la femme et le prénom qu’elle m’avait donné. Pour la première fois de ce que je savais être ma vie, je parlais avec un réel enthousiasme. Mais Shaaxalaxx n’écoutait que d’une oreille distraite. Il fallait le comprendre. Il n’était ni prêt ni disposé à entendre mes niaiseries. L’ambassadeur des spectres a autre chose à penser que des réflexions existentielles à six francs six sous. Moi, non.

Arrivés à la gare, nous nous sommes séparés en nous souhaitant bonne chance. J’ai espéré qu’il avait bien compris le plan, et qu’il serait, comme convenu, parti quand j’arriverais là où il laisserait la sacoche remplie d’armes consignées sur du papier.
J’ai également espéré qu’il n’y avait que moi qui étais incapable de les décrypter. Puis j’ai supposé qu’étant donné l’âge présumé du destinataire, je n’avais pas trop de soucis à me faire pour ça.
Alors je me suis dirigé vers l’entrepôt. Descendant d’un pas hésitant dans le souterrain, je me suis demandé une dernière fois si je n’étais pas en train de faire une belle bêtise ; mais ma dernière pensée m’a dicté définitivement ma conduite ; ainsi qu’une démarche décidée.

« Pour les monstres, chuchotai-je ».

A présent, il est Vingt heures, et je suis devant la porte de l’entrepôt. Ma première mission consiste à me faire repérer. Pour cela, je n’ai pas trop le choix. Il n’y a pas trente six solutions : il faut faire du bruit. Il faut faire l’inverse de ce que je dois faire la plupart du temps. Cependant, comme par habitude, je m’assois quelques minutes devant la porte.
Il n’y a pas à dire, c’est vraiment une jolie porte. A y regarder de plus près, elle a à peu près autant de caractère que mon mur. Il est amusant d’établir une comparaison entre cette porte là et celle bien décorée de la maison de la vieille femme à Auvers sur Oise. L’observation de ces deux portes traduit instinctivement la différence notoire qu’il y a entre ces deux groupes d’opposants au cercle, et la raison pour laquelle je m’amuse à déplacer des documents à travers la France.
Je suis stressé. Je n’ai pas peur de les combattre, ni d’échouer. Juste de compromettre mon plan. Par le passé, j’ai rarement échoué une mission. Et à chaque fois, c’était soit délibéré, soit parce que j’avais abandonné une tâche sans importance. Il n’a jamais été question de compromettre quelque chose d’important.
Aujourd’hui, j’agis de ma propre initiative, et ce n’est pas sécurisant du tout. Même si l’opération rate, j’aurai au moins essayé.
Puis je contracte mes tempes, et le monde devient un fantôme. J’engage une course de vitesse contre lui, et je le double. A cette vitesse, l’œil ne peut me voir bouger.
La rétine de nos yeux conserve une fraction de seconde l’image qui s’y est antérieurement fixée. C’est la persistance rétinienne. Sans cela, nous n’aurions pas l’illusion du mouvement et nous verrions tout en une série d’images fixes. Il faut vingt quatre images par seconde pour entretenir l’illusion du mouvement. Mille quatre cent quarante de mes images lorsque je suis en accélération ne correspondent même pas à une seule des vingt quatre qu’ils perçoivent par seconde ; je me déplace même dessus.
Et à cette vitesse, si je percute quelque chose, même en me retenant, la force exercée peut être telle que je pulvérise ce qui est devant. Cette porte est blindée. Je ne me retiendrai pas. Je ferme le poing.

C’est dommage, c’était pourtant une jolie porte.
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Ayoju
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 1 Oct - 20:16

ken Loann
Un bruit de fit entendre venant du côté de l'entrée arrière du repair.
- Qu'est-ce que c'est? demanda Elix en se retournant brusquement.
- Je crois que ça venait de la porte blindée, répondis-je. On dois essayer de forcer la porte.
- Allons voir, proposa Shalashaska.
Comme un seul homme, nous nous levèrent et, moi en tête, nous dirigeâmes vers l'arrière de l'entrepôt. Lorsque je vis la porte, je crue rêver: Elle n'était tout simplement plus là! J'étais abasourdi. Une porte de 5cm d'épaisseur faite avec les matériaux les plus résistants au monde! Aucune personne, ou plutôt, aucun humain normalement constitué ne pouvait pulvériser une telle porte. J'en déduisais rapidement, une fois le choc passé, que celui qui avait détruit cette porte n'avait rien d'humain.
- Je suis désolé Elix, annonçai-je, mais je vais devoir intensifier mon aura.
Pour tout réponse, il inclina la tête et s'éloigna de moi. Shalashaska, quant à lui, fis honneur à sa réputation de chasseur, et s'engouffra le premier dans l'ouverture.
- Hé vous! l'entendis-je crier.
- C'était qui? demandai-je.
- Ou plutôt quoi, souligna Elix.
- Je ne sais pas, mais ce n'était pas un démon, ou alors c'est une race que je ne connais pas! répondit Shalashaska.
Je baissai immédiatement mon aura. Elix s'engouffra à son tour dans le couloir extérieur.
- Je vais le rattraper, dit-il, je vais bien plus vite que les humains.
Je sortit rapidement une petite boite de ma poche.
- Tenez Elix, lui dis-je en tendant l'objet. Cela nous permettra de vous retrouver.
Il prit rapidement la boite et pris la direction indiquée par Shalashaska. Celui-ce me demanda tout de même alors que nous partions:
- Qu'y a-t-il dans cette boite?
- Une abeille reine lui répondis-je.
- Et en quoi ça va nous aider?
Je pointai le doigt vers le plafond. Shalashaskavit alors le petit point jaune et noir qui nous accompagnait.
- C'est une abeille issue de la même ruche que la reine que j'ai donné à Elix. Elle est naturellement attirée par l'odeur de celle-ci et cherche à la rejoindre.
- Mais elle ne risque pas de nous semer ?
- Non, je l'influence pour qu'elle ne vole pas trop vite afin que nous puissions la suivre.
tandis que je parlai encore, nous débouchâmes à l'air libre. Comme je m'y attendais, Elix était hors de vu, sans doute encore à la poursuite de notre attaquant en fuite.
- Et maintenant ? demanda Shalashaska.
Je cherchai l'esprit de l'abeille et la forçai passer près de nous avant de continuer son chemin.
- Je la vois! s'exclama Shalashaska alors qu'elle passait devant son nez.
- Suivons là! lui dis-je. maintenant que nous sommes dehors, je vais la laisser aller un peu plus vite.
Je l'empêchai toutefois de prendre de l'altitude afin qu'elle ne se mette pas à survoler les habitations.
Nous étions partis pour une rapide visite du quartier...
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 5 Oct - 19:15

Shaaxalaxx

Je quitte 665 à la gare.
« Roland Garros », cela m’évoque quelque chose. J’ai dû en entendre parler à la radio. Le tennis, c’est ça ? Je n’ai jamais vu en quoi cela consiste. Je longe le terrain avec la sacoche laissée par ce cher 665.
Un filet dressé au milieu, des traces sur le sol. Quelle utilité ? Je crois que ça me dépasse. Le « sport » dont les humains semblent tellement fiers m’étonne. Je ne comprends pas ce que ça a de si glorieux. Je m’assoie quelques instants dans les gradins et observe les alentours. Drôle d’endroit quand même. Et il y a de la place en plus ! Sûrement que beaucoup de gens se déplacent pour le « sport ». Est-ce que les athlètes rentrent dans la liste des « supérieurs » ? Si oui, ils seront certainement déçus de perdre tous ces spectateurs !
Je me relève et redescends des gradins. Tiens, une couverture, sûrement oubliée par quelque clochard qui aurait dormi ici. Je la ramasse, elle va me servir.
Je rentre sur le terrain et dépose la sacoche au bord, à coté de ce qui semble être une chaise surélevée avec une échelle pour monter dessus. Plutôt stupide comme invention, mais si on aime se sentir proche du ciel, pourquoi pas. Je pose la couverture par-dessus, en laissant tout de même la sacoche paraître par endroit.

Je repars en vérifiant qu’aucun rôdeur ne traîne dans le coin. Mais à cette heure c’est plutôt calme.
Me revoilà à la gare, 665 ne m’a pas demandé de l’attendre. Je suppose qu’il rentrera plus tard.
Je vois le train qui arrive, je monte dedans et m’assois sur un siège. Ca me rappelle l’histoire que 665 m’a racontée, avec la dame et le nom qu’elle lui a demandé. Pourquoi lui a-t-il menti ? Soudain, la question me semble évidente : si on me demandait mon nom, ce qui a peu de chances d’arriver puisque je ne sors presque pas, je me vois mal répondre « Shaaxalaxx ». Je n’ai aucunement honte de ce nom, mais ce que j’ai appris, c’est que ce n’est aucunement humain.

Au bout de quelques temps, j’arrive à destination. Je rentre dans cet immeuble qui sert de base au Cercle. Je retourne dans ma chambre et m’assoie sur le lit.

Je suis très content d’aider 665 dans ses missions. Je peux enfin sortir de cette prison. Je me retourne et appuie sur le bouton de mise en marche de la radio. La musique s’élève doucement. Je m’interroge encore sur cette étrange sensation ressentie au matin. J’ai eu l’impression qu’il était tout près, voire même en moi, et d’un seul coup cela c’est effondré. Je ne comprends pas.
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Marc
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Sam 6 Oct - 1:34

Elix Hérès

_ Comme le disent les humains : que ce monde est petit, dis-je dans le vide, trouvant et identifiant ma proie.
Impossible de se tromper. Cette impression d’un espace ou le réel est absent, comme une bulle de vide absolu. Le souvenir, quoique flou, se précisait lentement. Etrange lenteur.
_ Mais qui peut donc générer un tel blocage, pestai-je.

Bloquer ainsi un esprit, avec une telle perfection, n’était – à ma connaissance - qu’à la portée des Héritier. Alors qu’était donc cet être ?
Peu importe. Je dois le rattraper.

D’un geste brusque, j’ôtais ma veste, puis ma chemise. Dans un même temps, je relâchais l’illusion de mon humanité, dévoilant mon torse ambré. Puis, ayant l’impression d’être un blessé libéré de la blessure, je les déployais. Un sourire effleura mes lèvres lorsque je les fis légèrement battre et que la lumière su soleil, presque couché, les rendis visible en les illuminant de reflets ocres. Je bondis alors dans les airs, et m’élevai de plus en plus haut, l’air glissant sous mes plumes de cristal.
_ Tu te déplaces vite, quoi que tu soit, murmurais-je, tandis que les rues défilaient en silence sous mes yeux. Mais peux-tu courir plus vite que je ne vole ?

La réponse fut telle que je le souhaitais. Avant même que nous ne soyons sortis de Boulogne, je repérais ma proie, laquelle sautait de toit en toit, ou courrait sur les routes, jusqu’à se retrouver sur une place de belle taille, qu’il traversa au pas de course. Sa destination paraissait claire, et je plissai mes yeux en amandes lorsqu’il s’arrêta. A plusieurs reprise, il tourna frénétiquement la tête de droite à gauche, puis dirigea son regard vers moi. Haussant un sourcil, je plongeai vers le sol, survolant les gradins, passant au dessus de lui.
_ Combat, donc, déclarais-je en atterrissant, foulant la terre battue.

Il garda le silence, se contentant de s’éloigner du siège d’arbitre et de contourner le filet tendu en travers du terrain. Je l’observais intensément, tentant de graver ses traits dans ma mémoire. Mais les détails m’échappaient, glissant de mon esprit dès que je cessai de les fixer. Il dissimulait donc également son apparence. Sans doute, dès qu’il sortirait de mon champ de vision, oublierais-je jusqu’à sa silhouette.
_ Je dois donc impérativement te capturer, lançai-je, condensant une lame de lumière dans ma main gauche.

Il se mit aussitôt en position de combat, et je sus en un éclair que je ne devais surtout pas le sous-estimer.
Il eu un moment de silence. Trois battements de cœur, où nous nous observâmes. Puis je passais à l’attaque.
Mon arme étincela tandis que je m’élançai vers lui, ma lame s’élargissant tout en décrivant un arc de cercle. Mon mouvement était rapide, mais le sien fut fulgurant. La vitesse à laquelle il esquiva mon coup me donna l’impression de me déplacer tel un vieillard. En un instant, il fut sur mon flanc et décocha un coup, que j’évitais de justesse. Jurant entre mes dents, je bondis en arrière, formant dans mes mains deux arbalètes dont je pressai instantanément les détentes. Il se déroba, et fut sur moi, portant deux coups presque simultanément. Esquivant le premier, je bloquais le suivant en dressant un bouclier de lumière. Il se rétracta aussitôt, et je répliquai en abattant une énorme faux vers sa clavicule.

Le combat s’éternisait, et la lune avança dans le ciel sans que nous y prêtions attention. Mais les échanges ne restèrent pas longtemps en sa faveur. Progressivement, coup après coups mes mouvements, rouillés par quatre siècles sans combattre, retrouvait leur fluidité. Mes attaques retrouvaient leur précision. Mes frappes se faisaient plus fortes, mes réflexes plus fulgurants, forçant mon adversaire à reculer pas à pas. Sa vitesse ne suffisait plus à le protéger tandis que mon esprit remplaçait mes yeux, repérant le vide de ses pensées plus vite que ma vue ne repérait son corps. Ce vide marquant, si utile pour lui, allait le mener à sa perte. Et l’échange continua, se déportant vers les gradins, pulvérisant les sièges. Je n’avais connu de tel adversaire, je n’avais pas combattu ainsi depuis plus de sept cents ans et, par les Cinq Héritiers, que c’était bon !
Qu’il était doux de sentir à nouveaux la magie s’écouler en torrent dans mon corps, tandis que la lumière en brûlait l’extérieur. L’ivresse de se tenir à la frontière entre les deux, de vaciller vers l’un, ou vers l’autre.
_ Plus, grogna le démon que j’étais.
Un sourire carnassier étira mes lèvres.
_ Plus encore ! Répétais-je, m’entaillant la langue en la passant sur mes canines.

Je prenait de plus en plus l’avantage, le touchant à plusieurs reprises. Soudain il effectua un bond en arrière, l’écartant considérablement de moi. Je ne le suivis pas. Au lieu de ça, je condensais une énorme quantité de lumière dans ma main gauche, puis je la divisais. Avec une partie, je formais un premier globe épais d’un pouce autour de mon poing. Puis je formais un second globe, laissant un espace d’une main entre les deux. Et dans cet espace, je formai plusieurs milliers d’aiguilles lumineuses. Cet acte ne me pris qu’une seconde et demi, de sorte qu’il venait à peine d’atterrir que je braquais déjà mon poing vers lui. Puis, sans me départir de mon sourire, je fis grandir le globe intérieur. Sous la pression, la forme sphérique couvrant l’ensemble se brisa instantanément, libérant les milliers aiguille qui jaillirent à une vitesse folle.
Je vis les yeux de mon adversaire s’agrandir, puis son visage se crisper tandis qu’il tentait de s’écarter de la trajectoire des projectiles. Il ne put les éviter tous, et une dizaine d’entre elles allèrent se ficher dans son bras gauche, lui arrachant une grimace.
Et le meilleur arrive ! Pensais-je férocement en ramenant ma main droite devant moi.
Concentrant ma magie dans cette main, je dessinai une rune, tout en prononçant sept syllabes rauques. La dernière syllabe prononcée, je crachai dessus, mêlant le sang de ma lèvre à l’emblème magique. Puis je plaquai la rune sur le sol sableux. Le sort, l’un des plus puissant que je connaissais, me vida de mes forces. L’effet fut immédiat. Une ondulation parcouru le sol vers l’homme, et l’entoura. A peine le cercle fermé, des murs d’énergie pure, destructrice, s’élevèrent autour de lui, grimpant de cinq, puis trente, puis cent mètres.
_ C’est fini, lançai-je, respirant à pleins poumons.
Il me regarda une seconde, puis s’accroupit, bandant manifestement ses muscles, et j’haussais les sourcils. Alors il sauta.
Son saut fut prodigieux. Atteignant sans peine le sommet des murs de sa prison, il passa par-dessus tel un sauteur professionnel.
_ Impossible...soufflai-je, sidéré, le regardant amorcer la descente.

Son atterrissage fut brutal, ébranlant le terrain. Puis il se releva, me fixa, jeta un regard tendu vers la chaise d’arbitre, puis me fixa a nouveau, et grimaça. Puis il tourna les talons et bondis à nouveau, me laissant sur place.
Je le regardais disparaître dans la nuit, et lâchait un juron. J’avais été trop sûr de moi. J’avais beau n’avoir aucun moyen de deviner qu’un être vivant pouvait sauter si haut, miser toute ma force sur un seul sort était une erreur. Serrant les poings, je jurais à nouveau. Puis je me tournais vers le poste d’arbitre. Marchant lentement, régénérant mes blessures, je me calmais avec difficulté, le sang encore parcouru d’impulsions magiques instinctives. Arrivé devant la chaise, je haussai un sourcil. Sous le manteau que j’avais repéré, un objet était visible. Curieux, j’écartai le vêtement, découvrant une sacoche de taille moyenne. Tout à fait calmé, je la soulevais et la palpais, me rappelant le regard de l’autre. Il l’avait apparemment abandonné de mauvaise grâce. Cela signifiait que son contenu avait quelques importances. De plus en plus intéressé, je l’ouvris, et en sorti une pile hétéroclite de parchemin d’un âge vénérable. Posant la sacoche, je retournai précautionneusement les écrits, analysant l’ecritue.
de l'encre de suie, pensais-je avec étonnement. Antérieur à ce cher Gutenberg. Quand à cet alhpabet, je ne l'ai jamais vuJ
Reprenant mon apparence humaine, je prepris mon analyse, mais une voix connue, impérieuse, parvint à mes oreilles :
_ Donnez moi ça !


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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 9 Oct - 0:33

Cidolfas Minos :

J’arrachais les papiers des mains du démon et m’étais mis à les lire attentivement… « Attentivement » n’était pas le mot, car ce n’était pas le contenu qui m’intéressait, mais ce que je sentais SUR ces documents. Il y avait SA trace, SON empreinte que moi seul pouvait reconnaître, SON odeur pestilentielle, SA présence plus que désagréable. Je n’avais pas de doute à avoir, IL avait été en contact avec ces documents, ils portaient SA marque, quoi qu’il puisse posséder à ce moment… Ce, « truc », cette immonde fistule puante qui m’avait jusqu’ici échappé, je savais maintenant qu’il n’était plus qu’à une poignée de main de moi. Ce tas d’immondices qui avait ruiné mon ancienne vie était en fait de mèche d’une façon ou d’une autre avec cette organisation, mais à présent que j’y pensais, ça ne m’étonnait pas tellement : C’était dans son intérêt de faire venir sur Terre des armées entières de ses congénères.
Je sentais cependant qu’il ne s’agissait pas tout à fait du même spectre que par le passé. Ce n’était pas l’être éthéré puissant qui habitait un démon, lui-même puissant, c’était faible… Faible au point que si je l’avais sous la main en ce moment, je pourrais le broyer, l’étriper, le hacher, le déchirer, l’étrangler, l’atomiser, l’écraser, l’estropier, le nucléer, l’amputer, l’écarteler, le saigner, l’exploser, le pulvériser, le découper, le dépecer le… Dans mon esprit débordant de rage, je cherchais le mot juste pour faire mourir quelqu’un… Le « tuer », c’était le mot, je pouvais le tuer comme je le voulais, si seulement il était à la place de ces stupides papiers que j’avais dans mes mains, s’il était à sa place…
_ Arrêtez, redonnez moi ça !!
Le cri du démon qui résonnait me réveilla du doux rêve de voir ma vengeance se réaliser. Je réalisais soudain que les bords des documents que je tenais s’étaient mis à se consumer comme brûlés par le feu, mais sans fumée, ni traces.
_ Désolé, lançais-je en regardant dans le vide, l’esprit encore embrumé par la haine.
_ Qu’est ce qui vous a pris, s’écria le démon, ces papiers ont très certainement une valeur importante, et vous…
_ Ca va, j’ai dis !!
Cela se passa en à peine 5 secondes. Je me rendis alors compte que je brandissais un grand coutelas sous la gorge du Cristallin, tandis que lui, de sa main libre, pointait une courte lame de lumière sur mon front. Je mis quelques instants de plus à réaliser que l’adversaire en face de moi n’était pas le bon. Doucement, j’essayais de calmer mes nerfs et fis disparaître l’arme blanche que je tenais en main, le démon en fit autant. Je lisais sur son visage, moins que sur celui de Ken, une incompréhension totale face à mon attitude. Je ne pouvais rien dire, j’attendais une 2ème fois la question fatale.
_ Pourquoi est ce que vous vous mettez dans un état pareil, s’écria Ken, pourquoi vouloir détruire ces papiers ?
_ Ce n’est pas ces papiers que je veux détruire, c’est celui qui les a touché.
Elix sembla intéressé par la fin de ma phrase.
_ Vous avez pu apercevoir l’être que j’ai attaqué, vous le connaissez ?
_ Je ne pense pas que nous parlions de la même personne. Celui dont je parle, c’est un spectre.
Je sentais les deux autres se rapprocher de moi alors que je leur tournais le dos. Je ne savais pas trop comment m’y prendre, la haine me submergeait et me forçait à parler pour m’en débarrasser, sinon je sentais qu’elle allait me détruire. Je m’étais promis de garder à jamais cette histoire pour moi afin de respecter la mémoire de mes parents, je voulais être seul à connaître l’existence de CE spectre, afin qu’il n’y ait que moi qui puisse le débusquer et l’effacer de la surface de la Terre… J’avais espéré éprouver une joie malsaine à le retrouver, mais seule m’envahissait la colère aveugle de la vengeance, comme celle que j’avais éprouvée il y a quelques mois au dessus de Paris. A présent, comment en parler aux deux autres qui me regardaient sans dans le dos comme une bête furieuse ? – Ce que j’étais en ce moment, d’ailleurs –
_ Cidolfas. Y a-t-il quelque chose dont vous voudriezparler ?
Le fait d’entendre le démon m’appeler soudainement par mon prénom eut pour effet immédiat de me calmer un peu plus, même si j’avais la désagréable impression qu’il avait fouillé mes pensées. Je me devais de parler.
_ Ecoutez… Elix, Ken, j’ai un ennemi. Un ennemi qui est lié avec le trognon pourri de la pomme de Prométhéus Démonica. Cette empreinte que j’ai sentis sur ces documents ne fait aucun doute, dis-je en désignant les feuillets du doigt. Cette chose, ce spectre, je le connais depuis plus de deux ans, quand…
Je n’étais pas à l’aise, c’était la toute première fois que je parlais de mon ancienne vie avec une autre personne que moi-même. Et encore, j’évitais autant que possible de penser à ça. Seul avait compté mon désir de vengeance jusqu’à présent.
Ken se dirigea vers moi et appuya timidement sa main sur mon épaule. Je relevais un peu la tête et le regardais. Je ne saurais dire si cela était venu de son geste ou l’influence de son aura, mais je me sentais apaisé, du moins assez pour continuer. Je reprenais sur le ton le plus neutre possible.
« …Quand je vivais en Grèce avec mes parents. La maison familiale a été attaquée par un démon… Il était possédé par CE spectre, je n’avais pas encore conscience de mes pouvoirs, mais j’ai réussi à détruire le démon et à affaiblir grandement ce qui le possédait, et il s’est enfui… Mes parents n’ont pas survécus… »
Une longue minute de silence s’écoula sur le terrain vide, seul le bruit d’une légère brise soufflant en écho était perceptible. Voilà, mon secret ne m’appartenait plus, j’allais désormais devoir le partager avec deux autres personnes, mon secret, ainsi que ma haine et ma colère qui s’étaient maintenant dissipés. Elix fut le premier à reparler.
_ C’est pour cela que vous haïssez tellement les spectres et les démons ?
_ Vous l’avez deviné tout seul ? dis-je avec une pointe d’agacement
Le démon avait semblé ressentir pendant un instant un peu de pitié envers, mais ma dernière intervention l’avait plutôt refroidit. Je n’avais pas besoin de la pitié des autres, encore moins de celle d’un démon. La seule raison pour laquelle j’avais dévoilé une partie de ma vie… C’était pour être écouté…
Démon… Démon… Après tout… Il y a deux ans, si le démon n’avait pas été possédé, m’aurait-il attaqué tout de même ? Si le spectre n’avait pas eu de démon sous la main, aurait-il tenté de s’emparer d’un autre corps pour assouvir ses avis de destruction ? Je ne savais pas. Je ne savais pas si les deux avaient été coupables, mais LUI, LUI l’était à coup sûr. C’était LUI qui avait dirigé la main inhumaine qui a tué mes parents, je devais avoir sa peau, même… Même si cela voulait dire…
« Elix ! »
Le démon eut l’air surpris, alors qu’il semblait survolé les documents.
_ Qu’y a-t-il ?
J’écartais assez brusquement Ken et me dirigeais vers le Cristallin, levant la tête pour le regarder dans les yeux. Je serrais les poings à l’idée de lui demander ce que j’allais lui demander.
_ Vous savez… Vous savez d’où viennent mes pouvoirs, n’est ce pas ?
_ Oui, mais vous le savez également que vous possédez les mêmes capacités qu’un démon Architecte, dit-il sans se déconcerter malgré la surprise lisible sur son visage.
_ Alors, je voudrais… Je voudrais que vous m’appreniez à les maîtriser !
J’entendis un hoquet d’étonnement de la part de Ken, tandis qu’Elix restait stoïque. Ce dernier semblait réfléchir intensément.
_ Est-ce uniquement pour détruire votre ennemi que vous me posez cette question ?
_ J’aimerais dire non, mais ce ne serait pas totalement vrai… répondais-je un rabaissant la tête un court instant, MON ennemi fait parti de ce groupe que nous visons, si je le tue, je tue une partie de ce groupe… Ecoutez, je sais que j’ai aussi tué beaucoup des vôtres, les bons comme les mauvais, je sais que je pense en fait bien plus à ma vengeance qu’à notre mission… Mais vous – j’avais du mal à parler tellement la boule que j’avais dans la gorge était grosse – vous êtes le seul qui puisse m’aider pour ça…
Sensation bizarre… Nous étions les yeux les yeux, comme tétanisés… C’est alors que Ken intervint et arracha à son tour les papiers des mains d’Elix, comme pour clore le sujet.
_ Excusez moi, mais nous ferions mieux de ne pas rester ici, nous discuterons à l’abri.
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Tchoucky
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 11 Oct - 21:05

Anaïs Mastrorelli, l'Innocente :
Maintenant, je ne sais plus ce que j'avais l'intention de faire, quand j'ai envoyé Claude surveiller ce type. Surveiller la seule personne de ma connaissance pouvant être à la fois membre de l'Organisation et de la secte. Essayer de déterminer qui il menace, qui est digne de confiance. Je ne sais pas. J'improvisais. Je me disais qu'il fallait agir, aller à la rencontre de l'ennemi et trouver une faille dans laquelle on pourrait se glisser pour le faire tomber.
J'ai laissé Claude se charger de la surveillance, et je me suis rendue chez moi, pour y trouver les courriers que l'organisation m'envoie régulièrement pour me réclamer de revenir. Le nom en bas de ces courriers, sans doute, je pouvais lui faire confiance. Il me le fallait donc, j'allais le chercher. Mais je n'ai jamais pu m'approcher du bureau où je range mon courrier.
D'ailleurs, j'ai su immédiatement que je ne pourrais pas. Dés la descente du métro. Un préssentiment qui m'a pris, au creux du ventre. C'est lorsque j'ai passé les tourniquets, que je suis arrivée à la sortie que ça m'a sauté à la gorge. Ennemis. Tout près. hostiles.
Comme une gifle. J'étais en train de grimper l'escalier. Me suis immobilisée sur les marches. Quelqu'un m'a heurtée, surpris de mon arrêt. J'ai oublié de m'excuser.
Ennemis. Je les sentais aussi près que si je les avais touché. J'ai attendu que la personne qui m'avait bousculée ai disparut en haut des escaliers, pour me retrouver seule au milieu de l'entrée béante de la bouche de métro. Il n'y avait personne d'autre derrière moi. J'ai redescendu l'escalier. Je me suis reculée contre le mur du couloir, hors de vue des passants de l'extérieur, j'ai levé une main, et j'ai ouvert une faille.
Il y a deux sortes de failles. Les grandes, il paraît qu'elles sont spectaculaire, je n'ai jamais eu l'occasion d'en voir. Les miennes, elles n'ont rien d'impressionnant. On voit juste une légère oscillation, comme au dessus de la route par temps de grosse chaleur. Et elles ne mèneront jamais à la dimension des démons.
Je l'ai traversée. Autout de moi, le mur, le sol, les contour du décor, tout est devenu vaporeux. Un autre passant a passé les tourniquets, traversé le couloir, m'a passée au travers, et a remonté l'escalier, sans me voir ni me sentir. Je lui ai emboité le pas. Mes semelles sur le sol n'ont émis aucun son. J'ai marché jusqu'à chez moi, et malgré l'aspect incertain du décor, j'ai repéré la voiture. Noire, un aigle et une chaine discretement dessiné au dessus du pare choc arrière. Prométhéus démonica. Pourquoi aurais-je été surprise ? Personne à part eux ne peux m'atteindre. Lorsque j'ai donné ma démission, je me suis engagée à rester gardienne du spectre et Innocente, à la condition que l'organisation me protège de toute attaque ennemie. Ils veillent à ce que personne ne me trouve... Sans passer par eux.
Je suis montée chez moi, ai passé à travers la porte sans l'ouvrir et ai vu leurs silhouettes indistinctes terrées dans mon appart. Ils m'attendaient. Ils attendaient que je rentre. L'un deux téléphonait à un collègue, envoyé me chercher à la bibliothèque. Ils étaient surpris d'apprendre que c'était ma semaine de congé. Je n'ai dit à personne ou j'allais. Ils n'iront pas chez grand mère. Ils chercheront plutôt chez papa et maman. Mais je ne m'inquiète pas, ne me voyant pas, ils ne s'attaquerons pas à eux. C'est quand même l'Organisation. Tout le monde n'y est pas corrompu, il y a quand même un protocole, des règles à respecter. L'autre personne par qui ils pourraient me retrouver, c'est Claude. Et ils ne savent pas plus où il est qu'ils ne savent où je suis...
J'aurais du faire demi tour. Je ne sais pas pourquoi, je suis restée à les observer. Il y avait un adolescent, parmi eux. C'est rare, même si je ne crois pas être la plus jeune membre que l'organisation. Assis dans un fauteuil, il pianotait sur un ordinateur portable. C'était un garçon de taille moyenne, les cheveux chatain foncé et très cours, avec deux petites cicatrices sur la joue, comme si un oiseau l'avait mordu. Quand je suis arrivée dans l'appart, il a levé les yeux, comme alerté par un son, mais son regard est passé à travers moi et n'a rencontré que du vide. Je les ai dévisagés un par un. Deux femmes, un homme d'un certain âge, un autre plus jeune, et mon regard est revenu sur l'adolescent. Il avait fermé son ordinateur, il jouait maintenant nerveusement avec son téléphone portable. Il semblait nerveux. Il s'est levé du fauteuil ou il était, il s'est éloigné vers ma chambre. Je l'ai suivi, sans trop savoir pour quoi, par instinct.Il a refermé la porte de ma chambre derrière lui. Je l'ai écouté respirer. Puis j'ai entendu sa voix, dans un chuchotement.
_ Tu es là ?
Il cherchait autour de lui, à la recherche d'un signe quelquonque.
_ Tu peux te rendre indécelable à toute forme de magie. Je l'ai lu dans ton dossier. Mais je suis sûr que tu es là.
C'était une voix douce. Une voix apaisante. Une voix qu'on ne penserait voir jaillir que de la bouche d'un ami.
_ Ils disent que tu as perdu. Ils disent qu'il s'est emparé de toi, qu'il a réussi à prendre le contrôle. On a ordre de t'enfermer sans te tuer, quelque part ou tu pourras faire de mal à personne.
C'est donc comme ça que Madeleine répond. Madeleine qui sacrifierait tout à ses conviction.
_ Je sais tout sur toi. Depuis qu'on m'a recruté, j'ai lu le rapport de toute tes missions. Tu n'as jamais perdu. Je ne peux pas croire que tu ai perdu encore une fois.
Il paraît que je suis une légende. Je crois qu'on me donne en exemple pour les agents recrutés un peu jeunes, qui se sentent déboussolés.
_ Je veux savoir ce qu'il se passe. S'il y a un complôt ourdi contre toi, je veux savoir pourquoi. Mais il faut que tu te montre.
Un enfant. La secte n'aurait pas recruté un enfant, non ? Il faut des membre plus utiles, au sein de l'organisation. J'avais besoin d'un allier. On me proposait de m'écouter. Mais je suis restée invisible, j'ai fait demi-tour, et j'ai traversé la porte, le laissant seul dans la chambre.
Tout ça est ridicule.
Qu'est-ce que je fais ici ?
Une gigantesque entrée d'un style barroque, où fourmillent des dizaines, des centaines d'hommes et de femme de tous âge. Il y a toujours quelqu'un pour la traverser. Jamais de temps mort. Les locaux parisiens de l'Organisations sont bien plus chics et bien plus animés que ceux de la province de mon enfance.
Un couple me traverse.
_ ... cette histoire d'intrusion dans les archives de Cachan ?
_ Toujours pas. On a retrouvé un pentagrame sur le sol mais rien n'a été volé. On se demande...
Hors de portée de voix.
Je ne sais pas où je devrais me rendre. Je ne sais pas comment les bureaux sont organisés dans cet espace. Je n'y connais personne. Si ma vie s'était passée comme je l'avais prévue, je n'aurais jamais du mettre les pied ici. Quand je suis arrivée à Paris, on m'a transmis l'adresse de ce lieu, mais je ne comptais pas y aller. Et puis un soir de pleine lune, en revenant de la bibliothèque, j'ai vu des traces de saccage, un trou dans un grillage, et le jardin saccagé derrière. Il était là, énorme, avec ses yeux rouges, sa fourrure grise, ses dents de loup, en train de jeter sa fureur de loup à la tête du monde, incontrôlable. Qu'est-ce que j'aurais pu faire ? Passer mon chemin ? Je suis entrée, j'ai planté mes yeux dans les siens, j'ai cherché l'esprit de l'homme qui étais prisonnier de la bête, je l'ai rammené à la surface de lui-même, puis je l'ai ammené ici. Au service lycantropie, on m'a annoncé qu'il serait envoyé dans un centre de détention, avec ses pairs, où il ne ferait de mal à personne, à moins qu'il trouve un maître pour le prendre en charge, l'aider à dompter l'animal en lui, à rester inoffencif... Qu'est-ce que j'aurais pu faire ?
C'est là, au fond du couloir. J'y ammène Claude tout les mois, pour qu'on s'assure qu'il mérite sa liberté. C'est les seuls que je connaissent. Parmi ceux là, je n'ai vu que Robert, qui correspondrait au profil tracé par Peter. Mais les autres, puis-je leur faire confiance ? J'ai besoin de savoir à qui je peux faire confiance.
Je tente de lire le plan malgré son aspect vaporeux. Service d'urgence. Département des artefact démons. Bureau d'investigation.Division de recrutement et d'entrainement. Service de recherche... Où dois-je aller ? Qu'est-ce que je cherche exactement.
Un homme pressé tenant un dossier me frôle sans le savoir. Trois homme et une femme tenant une civière.
_ Code rouge. Victime inconsciente mais stabilisée. Créature exterminée...
Je me demande ce que sont devenus mes camarades d'autrefois, les survivants de la dernière mission. Sont-ils passés à la secte, comme Madeleine ? Qui n'y est pas encore ? Même bien placés, ces vers ne peuvent pas être plus nombreux que le fruit.
Je gravis l'escalier de marbre. A l'étage, c'est un corridor. Des portes qui s'ouvrent et se referme. Leur son me parviennent comme dans un rêve.
Autour de moi, des silhouette éthérée à forme humaine passent à travers moi sans sentir ma présence.
_ La présence de cette créature dans notre secteur mérite qu'on y prête attention, cependant elle n'a manifesté aucune hostilité depuis son arrivée, aussi...
_ On signale une activité inhabituelle du coté de porte de clignancourt. Envoyé une patrouille sur le secteur.
_ Il paraît que l'innocente a perdu. Son disciple est introuvable, il est probable qu'il la défendra jusqu'au bout...
Anaïs, qu'est-ce que tu cherche ? Ca te sert à quoi de visiter, invisible, le siège de Prométhéus Démonica ?
Les bribes de conversations qui me parviennent ne me servent de rien. Je ne sais même pas ce qui pourrait me servir. Je fixe les visages transparants, un à un. Derrière lequel de ces regards qui passent à travers moi se cache un ami ?
Tout ça est ridicule, et inutile.
Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
Je crois que j'ai été un membre efficace. J'étais dans l'investigation. Je crois que j'ai beaucoup servi à mon agence. Je crois que le traitement de faveur qu'on m'accorde, en me faisant bénificier d'une protection même après ma démission est mérité. Alors pourquoi suis-je inéfficace, maintenant ?
On a déjà essayé de mesurer mes pouvoirs. Je suis puissante. Je suis très puissante.
Je n'aurais pas du avoir cette force à ma disposition. Les spectres sont des êtres faibles, dans l'Autre monde. Mais quelle fascinante créature que l'homme... Sa force est dans son âme. Pourvu qu'il n'ai jamais accompli d'acte que sa conscience repousse, son âme est une source de puissance insoupçonnée. Lorsque j'étais un spectre, il m'a fallut du temps pour le comprendre. Lorsque j'étais un spectre...
Je suis toi, tu es moi, nous sommes un. Ils nous ont chassés de Leurs corps. Nous mourrons, nous mourrons. Nous nous unissons, nous nous multiplions, nous nous multiplions plus vite que nous ne mourrons. Ils veulent nous faire disparaître de Leur existences. Ils nous traquent, ils nous enferment, ils nous déchirent l'âme. Nous nous unissons, nous nous multiplions. Nous nous multiplions dans les marais brumeux. Nous nous multiplions dans les vertigineuses montagnes. Je suis toi, tu es moi, nous sommes un. Nous êtions les maîtres, mais Ils nous ont repoussés.
Nous sommes un. Je suis entré dans Lui, c'était un enfant, et je me suis enfui. Ils envoyaient Leur horde, et j'ai passé la frontière avec elle. Ce monde-ci, le monde des humains, s'est offert à moi. Il a été tué, et je suis entré dans un corps humains. Puis dans un autre. J'ai bien vu qu'il ne m'était pas possible de posséder certains humains. J'ai vite compris que les seuls que je pouvais posséder étaient ceux qui reconnaissaient plus ou moins consciemment avoir accompli le Mal. Mais quelle jubilation, quelle jubilation, lorsque j'ai réalisé que je pouvais m'emparer de la puissance des autres. Des sciècle à passer de corps non innocent à corps non innocent, des sciècle à manger âme innocente sur âme innocente. Et à devenir fort. Fort. Fort.
Puis il y a eu ce soir froid et sombre.
Lorsqu'il a fondu dans mon corps, il avait la puissance d'un démon majeur. Je suppose que cette puissance s'amménuise petit à petit, puisque je ne la nourris pas comme il le faisait. Mais même si je vis cent ans, il sera encore puissant quand je mourrais... Puissant et libre...
Je ne peux pas utiliser mes pouvoirs comme je l'entends. Je ne peux rien faire que ma conscience réfute, sinon il s'emparerait de mon corps. Mais je reste sans doute l'une des sorcière les plus puissante de cette organisation.
Alors pourquoi suis-je dépassée ?
Pourquoi ne sais-je pas ce que je dois faire ?
Pourquoi n'arrivé-je pas à décider ce que je dois faire ?
Ca ne sert à rien d'être puissante comme un démon majeur. Ca ne sert à rien d'avoir un Loup garoup dévoué à mon service.
"Il paraît que l'Innocente a perdu..."
C'est ce que Madeleine a dit de moi. Maintenant toute l'organisation me recherche. Ils croient que je suis morte. Ils croient qu'il s'est réveillé. Désormais, s'ils me croisent, ils me prendront pour lui.
Je suis seule. Je suis seule, et seule, je ne peux rien faire. Même avec la puissance d'un démon majeur. Même avec Claude. C'est trop gros pour moi. Même pour moi. Je ne peux rien. Je ne peux rien.
Même si je trouvais à qui je peux faire confiance, qui me croiraient ? Qui me croirait moi, plutôt que Madeleine ? Qui me croirait moi, la gamine qui a un spectre en elle ?
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 14 Oct - 21:18

Chapitre 6 : La guerre de Troie n'aura pas lieu.

Peter Easton

Longtemps, je me suis levé de bonne heure. Petit, rien ne me semblait plus contraignant que de rester allongé, à dormir. Se coucher tôt, alors que le soleil commençait tout juste à étirer ses marbrures au ciel en été, alors que le feuilleton du soir allait débuter en hiver. Se lever tard les matins de fin de semaine alors que la journée s’annonçait sans leçon. Mes parents me haïssaient le dimanche. Dès le levé du jour je descendais bruyamment l’escalier en vieux chêne de notre drôle de maison pour enfiler mes chaussures, enfourcher ma petite bicyclette et me précipiter pour dévaler la pente derrière la boulangerie au coin de la rue, d’où s’échappait le parfum si caractéristique des fours. Ce devait être l’unique boulangerie de la région. Un français, un peu fou, était venu s’installer avec sa famille dans notre petit village perdu de BouthWaite. Je n’ai jamais su quel goût avait ce pain, mais je me souviendrai toujours de son fumet, cette odeur chaude et moelleuse débordant de promesses pour mes papilles auxquelles elle fit toujours faux bond.

Non, attendez…Là n’est pas le propos. Le soleil venait en effet de se lever, mais cet air de campagne n’était pas celui du Yorkshire. D’ailleurs, je n’ai jamais vécu à la campagne dans mon enfance. Serait-ce encore l’une des ruses d’Anaïs ? Elle qui avait effacé jusqu’à la plus petite preuve sur mon corps de ma bravoure des jours passés…Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait des effets secondaires.
Je me tenais sur le bord du lit sentant mes muscles et mes os se mettre doucement en place, sans douleur.

« Du côté de chez Swann »

Le livre traînait sur le chevet. J’avais dû m’arrêter à la deuxième page la veille ; je n’étais plus habitué à lire ce genre de chose, surtout dans le texte. J’avais besoin d’activité, mais il semblait depuis une semaine qu’à chacune de mes tentatives le sort me ramènerait ici, dans la pièce des coussins farceurs. Avec de la chance, mes poursuivants me croyaient mort cette fois-ci.
Je me levai en faisant grincer le sommier usé. Il y avait de la musique dans le salon. Madame Beaumort devait être levée. Je me dirigeai vers la cuisine. Je tirai la chaise où j’avais pris l’habitude de m’asseoir ces derniers jours, me faisant des réflexions sur les goûts musicaux de la grand-mère. Elle écoutait du Dowland. Elle paraissait être pourtant tout sauf une vieille mélancolique. Enfin, peut-être était-ce la radio tout simplement.

« Tu es levé Peter ? »

Il fallait que j’appelle Coleen pour savoir où en étaient les affaires depuis ma disparition forcée. Dans mon milieu, une semaine d’inactivité ne représentait pas la mort, mais presque.

« Grand-mère, je peux utiliser votre téléphone ?
- Qu’as-tu l’intention de faire encore ?
- M’occuper de mon travail. »

Je n’attendis pas vraiment sa réponse, et composai déjà le numéro lorsqu’elle se posta devant moi.

« Tu n’as donc pas retenu la leçon ?
- S’il vous plaît, je suis au téléphone.
- Tu n’es tout de même pas stupide au point de penser qu’ils te croient mort ? Si ?»

Aïe !

« Il faut pourtant bien que je trouve un moyen de contacter Londres. Chut, ça sonne.
- Et si tu oubliais quelques secondes ton portefeuille et ton orgueil ? Tu n’as pas pu tenir ta langue une fois, ça aurait pu plus mal se finir. Je n’ai pas envie que tout cela retombe sur cette maison. »

J’entendais la sonnerie, regardant madame Beaumort dans les yeux. Elle avait un regard implacable, encore. J’étais donc si peu de chose.

« Grand-mère, je vais mourir d’ennui si je reste ici, dis-je enfin en raccrochant le combiné.
- Je crois que sur ce point on va pouvoir s’arranger . »

Céder si facilement face à une vieille femme. Décidément, tout allait de travers en ce moment.

« Tu pourras sortir les poubelles, balayer, aller chercher le courrier à onze heure. »

Je ne disposais plus d’aucune réplique après ma lâche résignation. La plénitude physique que je ressentais depuis mon levé avait laissé place à une profonde lassitude.

« There let me live forlorn… »

Qu’elle change au moins de musique. C’était d’un déprimant.
Après une matinée de durs labeurs ménagés, je sortis donc, vers onze heure, chercher le courrier dans la petite boîte au lettre rouillée encastrée à côté du portail. Les nuages étaient toujours présents, cause de l’atmosphère pesante de la matinée. Par curiosité je me mis à regarder quel genre de courrier pouvait bien recevoir une personne âgée quand je m’arrêtai brusquement sur un avis de passage. Il était à mon nom. Qui donc aurait bien pu m’envoyer un colis à cette adresse ? Cela faisait plus de dix ans que je n’habitais plus ici. Je remontai la petite allée vers la maison en essayant de repérer le moindre détail suspect sur le bout de papier jaune. En rentrant, je lançai :

« Grand-mère ? Quelqu’un a sonné ce matin? »

J’étais resté toute la matinée cloîtré et personne n’avait sonné à la porte. Mais peut-être cela m’avait-il juste échappé.

« Non, je n’ai rien entendu. Qu’est-ce qu’il y a encore ?
- Rien. J’ai reçu un avis de passage. »

C’était une femme aiguisée et il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour comprendre la situation.

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu me fais marcher ?
- Non, j’ai reçu un avis de passage daté de ce matin. Regardez. »

Et si le chauffeur avait survécu ? S’il avait tout révélé à ses supérieurs et que ceux-ci avait planifié un moyen cruel d’en finir une fois pour toute ? Mon cœur commençait à battre plus rapidement déjà et le visage inquiet de madame Beaumort ne m’aidait pas vraiment à garder mon calme.

« Je devrais peut-être aller voir de quoi il s’agit. Ils n’en ont pas après vous. Si je m’éloigne au moins vous ne serez pas exposé.
- Depuis quand te soucis tu de ne pas m’exposer, gamin ? »

Mais sa classique répartie avait perdu de son assurance. Comme quoi, même la plus flegmatique des vieille femme pouvait encore craindre quelque chose.

«Et puis nous ne sommes pas sûr qu’il s’agisse d’eux.
- Et de qui voudrais-tu qu’il s’agisse ?
- Anaïs ? »

Mais pourquoi nous aurait-elle envoyé un colis ? J’étais sorti sur ces mots, une boule au ventre. Où était passé mon inaltérable assurance ? C’était la deuxième fois aujourd’hui que je cédais moralement. Il fallait absolument que je me ressaisisse.

Je marchais d’un pas lourd en ruminant sous la masse menaçante des nuages. Voyons le bon côté des choses : si j’étais repéré, je n’avais plus besoin de me cacher et je pourrais retourner à Londres, dans mon univers où je retrouverai mon aplomb. Ici, les règles étaient tellement différentes, et elles n’étaient pas en ma faveur. Mon avenir n’était plus dicté par mes choix mais par ceux d’une foule d’individus qui n’avaient de rapport avec le commun des mortels que la mortalité justement. Des idées macabres s’infiltraient dans le flot de mes pensées. J’essayais d’imaginer ce que ce colis pouvait contenir. Une bombe ? Mais quelque chose me disait que ces gens là étaient bien plus subtils que ça. La tête d’Anaïs ? De Claude ? Ma propre tête ?

Je passai sur la place de la mairie où l’on pouvait voir entre autre l’auberge de Ravoux. Et si, au comble de l’humour noir, c’était une oreille que je trouvais dans le colis ?

Et pourquoi n’existait-il pas de poste à Auvers-sur-Oise ? Le coupon indiquait la poste de Méry. Tout le temps pour moi de stresser, mais je finis tout de même par arriver.

« Oui nous avons bien un colis à votre nom monsieur Easton. Vous avez une pièce d’identité ? »

Ma main tremblait légèrement quand je lui tendis mon passeport. Le colis était bien trop petit pour contenir la tête de qui que ce soit. En fait, cela ressemblait d’avantage à une grosse enveloppe qu’à un colis. Etrangement déçu, je sortis du bureau de poste le colis à la main avant de me diriger vers un banc, à l’écart. Je pris bien garde à me mettre sur le bord cette fois. Qu’allais-je trouver ? J’ouvris doucement le bord de l’enveloppe et glissait précautionneusement mes doigts à l’intérieur. Je sentis un objet étrangement froid qui fit parcourir un frisson le long de ma nuque. Je retirai une clef. J’étais bien avancé avec ça. Puis en observant plus attentivement l’objet je vis qu’un numéro y était inscrit. Un jeu de piste ? Le mauvais polar continuait. Je n’avais que faire de cette clé, mais ils, qui qu’ils soient, étaient plus fort que moi ; je devais me plier à leurs règles. Une chambre d’hôtel ? Une consigne plutôt, non ? Où trouve-t-on une consigne dans un endroit aussi perdu ? En tout cas, j’étais quasiment sûr que ce que cette clé ouvrait se trouvait dans le coin. Les maîtres du jeu ne m’auraient pas surestimé au point de me laisser une clé ouvrant un coffre à Paris sans aucune indication. Ils voulaient que je trouve.

« Vous avez besoin d’une consigne ? C’est pas courant. Y’a pas de consigne par ici en tout cas. Non. Attendez. Allez voir du côté de la gare. Ils en ont peut-être là-bas. »

En espérant qu’il s’agisse effectivement de la clé d’une consigne et non celle d’une cave ou d’une arrière cour. Une clé de cadenas ? Enfin, il fallait bien commencer par quelque part. J’étais donc parti pour la gare.
Une bien vilaine bâtisse, cette gare. Un bloc monolithique avec son lot de voitures parquées à l’arrière. Comment une si petite structure pouvait-elle avoir ne serait-ce qu’une consigne ? Par prudence je fis un détour par le quai – désert à l’exception d’un enfant qui attendait le train, pour m’assurer que nulle ombre suspecte ne se terrait en attendant mon arrivée. Bon, il fallait y aller maintenant.


Dernière édition par le Ven 4 Jan - 13:52, édité 2 fois
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Hoshi
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 17 Oct - 21:57

Shaaxalaxx

Encore un paquet à déposer. Dans un consigne à la gare de Mery. 665 a été clair, dans le casier 35. Le voyage en train est plus reposant que le premier que j'ai effectué pour aller à Auvers-sur-Oise, le contrôleur n’est pas passé et aucun gêneur n’est venu m’embêter. Heureusement. Si c’était pour me retrouver avec ces humains inférieurs, autant rester seul. Je n’aime pas les parasites. C’est comme le jour où l’on m’a parlé des acariens, ces bestioles qui vivent de partout, c’est répugnant. Je descends enfin du train et arrive à la gare. Elle est déserte, tant mieux, je ne serai pas dérangé.

Je dépose le paquet dans le casier convenu et me pose sur un banc en attendant la venue du train de retour. C’est gentil de la part de 665 de me confier des missions. Mais qui est la personne qui va venir chercher le paquet ? J’aimerai bien savoir, moi. Bon, c’est décidé, je vais rester ici pour découvrir qui est celui ou celle qui va prendre le paquet.
Après tout, j’ai bien le droit de savoir, non ? Si 665 m’a donné la permission de l’aider, il me laissera bien savoir qui sont les personnes à qui je dois remettre ces colis.

Le temps passe lentement ici et la gare reste vide. Personne. Je commence à me demander s’il y a bien un destinataire. Suis-je bête, 665 n’irait pas mettre un paquet au hasard dans une gare sans raisons. Le train passe, celui que j’aurais dû prendre pour rentrer, je prendrais le prochain. Mais combien de temps à passé ? Une heure, deux heures ? Soudain, j’aperçois quelqu’un qui entre dans la gare, il ne paie de mine, il ne doit pas être bien intéressant. Je modifie tout de même mon apparence, on ne sait jamais, je ne voudrais pas que l’on me reconnaisse si jamais l’on m’a aperçu quelque part. Je suis toujours un petit garçon, mais mes cheveux sont maintenant châtains et mes yeux sont marrons.

Mais … Mais !! Ce type est en train de regarder les casiers ?! Comment … Ce serait lui le destinataire ?
Je l’observe, il semble quelque peu nerveux, il prend le paquet que je viens de déposer et se dirige vers la sortie.
Mais alors je ressens une aura qui émane de lui, SON aura, celle de LUI, celui que je cherche ! CE spectre !!
Je me lève et me dirige vers lui, il ne me voit pas, tant mieux. Je ne sais pas s’il sait se battre mais deux précautions, ça vaut mieux qu’une. Ma structure moléculaire change encore, je grandis. Je mesure un mètre quatre-vingt-dix, et ma masse musculaire a augmenté. Viens par là mon bonhomme ! J’arrive par derrière lui et plaque ma main contre sa bouche, avec mon autre bras, je le tiens au ventre.

« Toi, mon gaillard, tu reste avec moi ! »

Je le traîne à travers la gare et me réfugie derrière un escalier rempli de cartons et de boîtes. J’envoie alors ma proie bouler dans les conteneurs.

« Où est-il ?! »

Pas de réponse, décidément, celui-là, il me plaît.
Je me concentre en le fixant. Tu as peur. Tu as peur de moi. Oui, c’est cela, tu me crains. Son visage devient lentement blanc.

« Où est il ?!

-Mais … qui ?

Je sens son assurance qui se détend comme un fil qu'on aurait coupé, que j'ai coupé, je te tiens volonté, entre mes mains

-Ne fais pas l’innocent, le spectre, celui dont tu portes les traces, l’Innocente ! Celle qui porte LUI en elle !! Où est-elle ?! Répond !!

Il bégaie quelques mots, je comprends « sais pas » … « Anaïs ? » et d’autres fragments de phrases.

-Et qui est cette … Anaïs ?! Répond !! Est-ce elle l’Innocente ?

Il ne me répond pas mais je crois voir dans ces yeux que je ne me trompe pas.

-Bien, et est-ce qu’on peut lui parler à cette Anaïs ? Je peux la rencontrer ? Tu dois bien posséder un appareil téléphonique mobile, non ? Allons passe-le moi !

Il fait « non » avec la tête, comment veux-tu me mentir, à moi qui contrôle tes sentiments, moi qui te fais si peur ?

-Comme c’est touchant ! Tu ne veux pas vendre ta copine ? Mais tu sais, c’est mon amie à moi aussi !! L’innocente je la cherche seulement pour discuter ! De toute façon, ton mobile, je vais te le prendre sans demander ton avis !

Je tends la main vers lui et cherche à prendre le téléphone, mais … il n’en a pas.

-Tu connais le numéro ? Tu vois la cabine là bas ? Tu vas composer le numéro pour que je l’appelle, si tu ne le fais pas, je te tue, compris ?

Il se lève lentement et se dirige vers la cabine.

-C’est bien, tu sais ce qu’il faut faire ! Allez, plus vite !!

Il compose le numéro et me passe le téléphone.
Ca sonne …
Ca sonne …
Ca sonne …
Ca répond !
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Tchoucky
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 18 Oct - 18:12

L'Innocente :

_ Je suis désolé, cheftaine, bafouille Claude sur la banquette en face, avec un air penaud.
Derrière la vitre du compartiment, le paysage défile, nous reprends Paris et nous ramène Auvers sur Oise. Vingt quatre heures que nous sommes partis. Nous n'avons pas dormi, nous avons à peine mangé. Qu'avons nous appris ? Où avons nous avancé ?
_ Cheftaine, pourquoi tu ne réponds pas ? Tu es fâchée.
_ Mais non, Claude. C'est pas ta faute. C'est la mienne. Je devrai avoir un plan, et j'en ai pas. C'était une idée foireuse, de surveiller Robert.
Je suis fatiguée. Récupérer Claude, se rendre à la gare du nord sans se faire pincer par l'organisation, monter dans le train sans être remarquée...
_ L'une des plus puissante et plus ancienne Organisation humaine existant dans se monde veut notre peau persuadée que je me suis transformée en monstre. Pendant ce temps un groupe de timbrés bien placé va délibérément provoquer une invasion de spectre par la terre. Accessoirement, ma grand mère est en danger parce qu'elle héberge un témoin génant de cette affaire. Je suis sensée faire quelque chose contre ça et je ne trouve pas quoi faire.
Je donne un petit coup de poing sur la vitre puis regarde ma main, incrédule. Elle tremble. Elle tremble nerveusement malgré moi. Je croise le regard de Claude. Il se lève de sa banquette et vient s'asseoir près de moi.
_ On va y arriver, cheftaine, j'ai confiance en toi. Mais là tu as assez réfléchis. Essaye de te reposer d'ici qu'on arrive.
Je me laisse attirer contre lui et pose la tête sur son épaule. Il referme ses bras autour de moi. D'habitude, c'est plutôt à moi de le protéger. Pendant des mois, tout mon travail avec lui a d'abord consisté à le prendre dans mes bras pendant qu'il sentait son corps se transformer, à le rassurer de ma présence. Aujourd'hui, c'est le contraire. Pourtant, ce n'est pas la bête en moi qu'il faut apaiser, c'est le monde entier autour...
Je ferme les yeux, m'abandonne aux secousse du train, à l'étreinte de mon ami, et laisse mes pensée vagabonder... Se changer en rêve...
Je suis toi, tu es moi, nous sommes un. Si un seul d'entre nous peut survivre, que ce soit le plus fort. Je suis le plus fort, c'est pourquoi c'est à moi qu'on laisse le privilège de Le posséder. Un enfant de la race des architecte. On me Le donne. Et puis, le monde des humains, seul, seul, seul... Jusqu'à... Jusqu'à...
Je sursaute et rouvre les yeux. J'ai l'impression d'avoir somnolé quelques secondes, mais visiblement il s'est passé du temps, nous arrivons à la gare d'Auvers sur Oise. J'ai une impression bizarre de nausée dans le ventre... Comme si... Comme si je sentais, là, tout près, quelqu'un que je n'ai pas envie de rencontrer.
_ On est arrivés, Cheftaine, me prévient Claude en se détachant de moi.
Bah, la fatigue, sûrement. Je lutte contre le sentiment de nausée et suis Claude hors du train. Nous remontons les rues d'Auvers sur Oise. J'arrive pas à croire que cette ville parvienne à rester si tranquille et si belle quand c'est le monde qui s'effondre. En arrivant devant la maison de Grand mère, je sens que quelque chose ne va pas. Elle est sur le pas de la porte. Immobile. Ca ne lui arrive jamais. Elle attends quelque chose ou quelqu'un.
_ Grand mère ?
Elle se tourne vers moi, et j'ai le temps d'apercevoir dans son regard un fugace espoir qui s'éteint aussitôt pour prendre l'éclat d'acier habituel.
_ Ah, vous êtes enfin là, vous ! Pas trop tôt.
Je ne m'attendais pas à un accueuil chaleureux, mais tout de même, elle exagère.
_ On t'avait prévenu qu'on rentrerai pas hier soir, grand mère. Tu ne vas pas encore nous engueuler. Pourquoi tu nous attendait ?
Elle hausse les épaules et entre dans la maison pour que nous la suivions.
_ C'est pas vous que j'attendais, c'est Peter. Il est parti tout à l'heure, et il est pas encore revenu.
Allons bon, vlà autre chose. Claude, sans trop se préoccuper de la conversation, se dirige vers l'étage, pour rejoindre, sans doute, la chambre que grand mère lui a assigné et s'endormir du sommeil du juste. Je suis grand mère qui s'éloigne vers la cuisine.
_ Comment ça, parti ? Parti où ?
_ Il a reçu un avis de passage à son nom. On a tous les deux pensé que c'était bizarre. Mais il a été voir.
Bon sang, épargnez moi un peu, à la fin ! Ca ne s'arrêtera jamais ? Quand aurais-je droit aux trente cinq heures ?
J'appelle en direction de l'escalier.
_ Claude, on se reposera plus tard, faut qu'on redescende à la p...
DRINNNNG.
DRIIIIIIIIIINNNNNNG.
L'antiquité qui sert de téléphone à grand mère vient de faire entendre sa sonnerie stridente.
Avant qu'elle est le temps de décrocher, je l'ai devancée.
_ Allô ?
_ Allô, Anaïs ? Fais la voix de Peter.
Il a un timbre étrange, comme s'il n'était pas lui-même, comme si... Avant que j'ai eu le temps de tergiversé, une autre voix, une voix sarcastique, se fait entendre dans le combiné. Une voix que je connais un peu trop bien à mon goût.
_ Allô ? L'Innocente ? Ca faisait une paie qu'on s'était pas parlé.
Je devrais être stupéfaite. Je ne le suis pas. Quand ai-je deviné qu'il était tout près ? Dés le train, je crois. Oui, cette sensation de nausée, comment ne l'ai-je pas reconnue ?
_ Shaaxlaaax. Dis-je d'une voix égale.
_ Oui. Shaaxlaaax. J'étais si impatient de te parler.
Une voix d'enfant. De petit garçon de dix ans. Malgré moi, ça me surprend encore. Comment un enfant peut-il se retrouver possédé par un spectre ? Chez les démons, c'est courant, seuls les enfantss sont assez vulnérable pour être possédés. Chez les humains, c'est différent. Seuls ceux qui ont fait délibérément du mal et perdu leur innocence sont vulnérable aux spectre. Un enfant n'a pas encore la notion de bien et de mal suffisement ancrée pour perdre son innocence. Enfin, en principe. Cet enfant là l'a perdue, sinon Shaaxlaaax ne serait pas en lui. Qu'est-ce qu'un gamin de dix ans peut bien faire de si grave ?
_ Tu n'es pas facile à trouver, l'Innocente. J'ai beau faire, tu parviens toujours à me faire oublier tout ce que je devrais savoir te concernant. Mais là, je crois que j'ai eu de la chance, beaucoup de chance. Ton ami est avec moi. Tu ne voudrais pas qu'il lui arrive de mal, n'est-ce pas ?
Claude est redescendu au moment même ou je décrochais. Lui et Grand mère me regardent, ignorant ce qu'il se passe exactement. Je m'efforce de prendre une attitude rassurante, mais c'est pas trop réussi. Depuis que j'ai prononcé le nom de Shaaxlaaax, le regard de Claude sur moi est particulièrement pesant.
_ Non, je ne voudrais pas qu'il arrive du mal à Peter. Que veux-tu ?
_ La même chose que d'habitude. Viens le libérer. Trouve moi et vient m'affronter. Tu sais où je suis.
Oui. Je le sais, avant même de le savoir. Son esprit est là, tout près, et je n'aurais aucun mal à le retrouver. A me trouver devant lui. Je saurais toujours où tu te trouves. Je suis toi, tu es moi, nous sommes un. Quand me déferai-je de cette créature ?
_ Tu n'as pas changé d'avis, donc. Tu t'obstine à vouloir m'affronter.
_ Oui. Il y a un de mes frères, en toi. Il doit être libéré.
_ Depuis combien de temps es-tu sur terre, Shaaxlaaax ? Soixante ans ? Soixante dix ? Même si tu t'es nourri d'une âme innocente par jour, ton pouvoir ne doit pas être plus impressionnant que celui d'une puce, par rapport au mien.
_ Peu importe. Tout ce qui compte, c'est que tu viennes m'affronter.
Toujours le même discours. Il sait que si nous nous battons, j'ai toute les chances de le tuer. Mais que dans ce cas, je perd. Et la chose en moi, prend possession de mon corps, de mon corps désormais souillé, sans innocence.
_ Ta vie t'importe si peu, Shaaxlaaax ? Regarde autour de toi. N'y a-t-il rien auquel tu tiens plus que de voir délivrer un de tes frère ?
_ Ne cherche pas à gagner du temps. Tu sais très bien que je ne cèderai pas. Je ne suis rien, en comparaison de celui que tu portes en toi. Si je meurs, je fondrai en lui, comme le vaincu qui se fond dans le vainqueur, tout ce que je sais lui sera transmis, et tout ce que j'ai entrepris dans ce monde, c'est lui qui ira l'achever. Je ne suis qu'un être faible. Lui est puissant, très puissant. Aussi sacrifierai-je tout pour qu'il survive. Peu importe que j'existe où non, si lui existe. Le plus fort doit vivre. Je suis toi, tu es moi...
_ Nous sommes un.
J'ai achevé malgré moi. Des réminiscences de maraîs brumeux et de hautes montagnes passent dans mon esprit. Des nuée et des nuées de nous même, pourchassée, déchirées, se multipliant pour survivre. A l'autre bout du fil, la voix d'enfant se fait fièvreuse.
_ Si tu n'es pas là dans une demi-heure, l'innocente, j'achève ton ami. Il sera donc mort par ta faute. Par ta faute, l'Innocente.
_ Shaaxlaaax, si...
Un déclic. Il a raccroché. Pas de négociation, pas de discussion. Aucun moyen de semer le trouble dans son esprit. Il ne me laissera aucune emprise.
Je repose le combiné, lentement.
_ Qui c'était ? demande Grand Mère.
_ Pourquoi il appelle ? Demande Claude.
Je les regarde l'un après l'autre, et leur répond l'un après l'autre.
_ Il tient Peter. C'est un autre spectre. Il veut délivrer celui qui est retenu prisonnier en moi.
Grand mère hausse le sourcil.
_ Comment s'y prendrait-il ?
_ C'est très simple, grand mère. Il tient Peter en otage. Si je ne vais pas l'affronter, il le tuera. Je serait donc responsable de la mort d'un homme, je ne serai donc plus innocente, et mon spectre pourra prendre possession de moi. Si je l'affronte, il m'obligera à le tuer. Là encore, je serait responsable d'une mort, et mon spectre s'emparera de mon corps. Si je me laisse tuer, le spectre est libre, et il n'aura plus qu'à aller se réfugier dans le corps du premier non innocent venu pour continuer ses méfaits de spectre.
_ Oh... Fait Grand Mère.
Et contre toute attente, elle se tait. Elle qui ne se tait jamais. Pourtant, tout ça n'est que l'histoire de ma vie depuis que j'ai treize ans. On s'habitue.
_ Que vas-tu faire, cheftaine ? Me demande Claude.
_ Comme d'habitude.Réponds-je en m'éloignant vers l'escalier. Aller libérer Peter et essayer de m'échapper sans avoir à faire le moindre mal à Shaaxlaaax.
La voix de mon disciple raisonne dans mon dos tandis que je gravis les marches.
_ Mais cheftaine, c'est la septième fois qu'il te défie.
_ La sixième, Claude.
J'essaye de lui sourire par dessus mon épaule, mais c'est un sourire jaune, et il le sait.
_ Peu importe. Ce que je veux dire, c'est qu'il te connais de mieux en mieux. Il a surement anticipé tous tes trucs pour éviter l'affrontement.
_ Eh bien, dis-je en m'échappant dans le couloir en haut de l'escalier, j'essayerai d'être ingénieuse. Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ? Il tient Peter.
Je pousse la porte de ma chambre. L'étuit de mon violon est là, sur le lit. Je le ramasse puis redescend.Grand Mère et Claude se trouvent toujours au pied de l'escalier. Il me regardent descendre avec un mélange d'appréhension et de gravité dans le regard. Claude baisse les yeux vers l'objet que je tiens à la main, et hoquette.
_ Un violon ? Il a Peter, il a toute la connaissance qu'il faut sur toi, et toi, tu t'armes juste d'un violon ?
Il ne peux pas comprendre. La musique, c'est la seule chose que ni Shaaxlaaax ni l'autre en moi ne peuvent dominer. Je pose la main sur l'épaule de Claude en passant devant lui, puis m'en détache et pousse la porte.
_ C'est tout ce que j'ai pour me défendre, Claude. J'y vais.
Tandis que je travers le jardin, je l'entends qui m'appelle encore.
_ Je t'accompagne !
Je me retourne, pour bien le regarder, avec ses cheveux blancs, sa carure athlétique, et cet air fragile de petit être effrayé que je suis la seule à deviner derrière son regard provoquant. Je lui adresse mon sourire le plus rassurant.
_ Non. J'y vais seule. A tout à l'heure, Claude.
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 19 Oct - 22:07

Séraphin

Dans ce monde, rien n’est parfait, même pas les gaz.
Andouille de spectre ; ça fait bien trois heures qu’il aurait dû rentrer. Déposer un paquet dans un casier de gare, ce n’est pourtant pas sorcier ! On n’est jamais mieux servi que par soi-même, en effet... Pour cette raison, je juge utile d’aller voir moi-même de quoi il en retourne. En arrivant à la gare de Mery, je prends bien garde de passer par un endroit où l’on ne me verra pas. Si Shaaxalaxx est resté là, j’imagine que c’est pour une raison précise, et je suppose que ça a rapport avec l’Innocente. N’importe comment, il a dû rester pour voir ce qu’il advenait du paquet que je lui ai fait déposer, et faire le rapprochement entre elle et Peter Easton. Pas de chance. J’aurais dû m’en douter. Les spectres peuvent repérer leurs semblables, et la trace qu’ils laissent sur les autres. J’ai le tort de ne pas assez considérer les spectres comme des escargots.
J’arrive aux casiers, ils n’y sont plus. Et comme je l’avais prévu, Casper n’a pas laissé le temps à ce cher Peter de prendre le paquet. Seulement celui de faire tomber cette fichue liste par terre. Je n'y crois pas; c'est ça qu'on fait des documents que je me tue à transporter d'un bout à l'autre du pays? Histoire de ne pas le laisser ici tout seul, je m’en empare rapidement, et tente de retrouver la trace des spectres ennemis et de l’homme d’affaires. La bonne, la brute, et le truand… J’entends s’élever des voix au loin. J’imagine que c’est eux. Ca ne hurle pas ; c’est même plutôt calme, mais je reconnais la voix aigrelette de Shaaxalaxx qui semble s’énerver contre… Un violon ?

Je suis les voix jusqu’à une certaine distance de la gare, où j’aperçois trois silhouettes sous un préau donnant sur une sorte de terrain vague. C’est mal barré.
Je sais bien que c’est mal barré. Premièrement, ça pourrait mal finir pour Shaaxalaxx ; et, si ça finit mal pour Shaaxalaxx, j’ai cru comprendre que ça finissait mal pour tout le monde. Le dossier que m’a rapporté mon spectre du bureau du patron parlait d’un spectre recensé par Prometheus Démonica ; un spectre notoire du nom de Rasmanaël, qui aurait été mis hors d’état de nuire en tombant sur la mauvaise gamine. J’en ai déduit que ça devait être cela.
Un jour, Shaaxalaxx m’a décrit le mode de pensée des spectres ; typique d’un ensemble gazeux. Pour eux, un spectre ne se singularise pas vraiment. Même s’il a un nom, il est l’échantillon d’une masse pour laquelle il œuvre. C’est une intelligence de groupe, un peu comme les fourmis au sein d’une fourmilière. Donc, peu de chance qu’il se calme, sa vie même fût elle en danger.
J’approche. Je m’arrête. Ils vont me voir. Je fais le tour par la droite et je monte sur le préau. Tout est devenu silencieux. Intrigué par ce silence soudain, je décide de jeter un coup d’œil. Ok, ce sont des spectres, ils pourraient me repérer si jamais je me mettais plus à portée. Mais il faut toujours compter sur la chance. Ils sont occupés, ils ne me verront pas.
Ah, je comprends mieux. Avant que je me sois décidé à faire quoi que ce soit, je les vois qui sortent du préau pour aller au centre du terrain vague. Easton marche à côté d’eux, mais il a l’air drôlement sonné. Même pas sûr qu’il se souviendra de cela après. J’ouvre les yeux et tends l’oreille. Ca papote.
« Tu as perdu. Peut-être arriveras-tu à sauver ton ami, mais tu sais bien que pour cela, il te faudra me tuer.
-Ca fait six fois que tu me défies, et je n’ai jamais eu à être agressive.
-Frappe-moi ».
C’est ça, et pourquoi ne te mets tu pas une étiquette avec écrit « Kick me » dans le dos, tant que tu y es ? Je croyais avoir donné à ce spectre un minimum de notions d’éloquence.
« J’ai dit, Frappe-moi !
-Non ».

Il y eut une sorte d’étincelle bleue. Une colonne lumineuse se forma autour des trois ennemis, et un bruit de carillon retentit. Une décharge d’énergie que moi-même je pouvais sentir fuser dans mes nerfs ondula dans l’air ambiant pendant quelques secondes, puis il n’y eut plus rien. Ca, c’était Shaaxalaxx. Il n’était pas vraiment puissant. Enfin, pas plus que cela. Mais au cercle, on l’avait plus ou moins entraîné, tant et si bien qu’il connaissait de petits tours de ce genre, spectaculaires, mais au fond, pas si violents que ça. Assez tout de même pour faire tomber un arbuste situé à une distance respectable. Pas assez pour faire bouger l’innocente située à un mètre cinquante. Je n’ai jamais vraiment compris en quoi consistait cette technique. Shaaxalaxx me l’a déjà fait pour s’entraîner, dans les caves des locaux du cercle. Ca fait un peu comme lorsqu’on ne se fait pas pincer par un crabe, alors que le crabe est là et que sa pince se referme sur soi. Mais ça devient vraiment étrange lorsqu’après on se rend compte qu’on ressent comme une piqure d’orties à l’opposé exact de l’endroit où le crabe n’a pas pincé. Pour quelqu’un de moins résistant, j’imagine que le crabe est encore plus immatériel et que les orties deviennent une cuve d’acide.
En tout cas, sur l’Innocente, ça ne marchait pas. Mais ça ne pourra pas éternellement continuer de la sorte. La discussion reprend, aussi plate qu’elle l’était lorsqu’elle s’est interrompue. L’innocente demeure calme ; et une sorte de maladresse oratoire, ou, peut-être, une simple habitude, la pousse à jouer quelques accords du violon qu’elle tient dans sa main. Manifestement, cela perturbe Shaaxalaxx. Ils se mettent à tourner l’un autour de l’autre, comme de coutume lorsqu’un combat est sur le point de s’engager. C’est une épreuve de force ; chacun tentant d’affaiblir l’autre. Et l’Innocente est déjà faible. Elle est fatiguée. Cela se sent.
Ca va mal aller.

Soudain, elle semble se sentir mal ; et une lueur apparaît dans ses yeux lorsqu’elle regarde tout à tour Easton et l’autre spectre la narguer en lui parlant du cercle, en lui parlant de « son petit monde qui bientôt s’effondrerait » ; de ses actions qui, toutes, échoueraient, de tout ce qu’elle avait entrepris, qui bientôt serait réduit à la poussière ; qu’elle s’était, à tort, crue capable d’être à la hauteur d’une tache trop grande pour elle. Bien qu’exagérément emphatique, c’est toujours mieux que le « frappe-moi » du début. Puis il dit que, de toute façon, c’était perdu d’avance. Et l’Innocente paraît ne plus y tenir. Un tourbillon de feu et de flammes semble dévorer le monde alentour sous le coup de la colère de l’Innocente. Je le sens qui m’atteint. On ne peut pas le voir, seulement le sentir. C’est un cyclone fait d’une énergie furieuse et destructrice dont l’œil contient l’Innocente, Shaaxalaxx, et Peter Easton toujours sous le coup de l’hypnose. Ca va barder, on dirait bien. Si le terrain vague n’a toujours pas été détruit par le champ de force, c’est qu’il est dirigé. Sans doute pas sur le Pape.
Je peux le voir. J’ai l’œil exercé pour ça. Je peux voir la pointe d’énergie qui se prépare à frapper de plein fouet Shaaxalaxx. Le spectre s’est réveillé, on dirait. L’innocente est en colère, et s’apprête à commettre l’irréparable. Il est temps d’intervenir.
C’est dans une fureur superbe que le tourbillon de colère implose pour s’effondrer tel un tsunami sur mon coéquipier, lequel ferme les yeux, prêt à encaisser le choc…. Et à ne pas y survivre. Un grincement se fait entendre, suivi d’un grondement. Seul un démon est capable d’une telle décharge. Et si Rasmanaël prend le contrôle, alors on le sentira passer.
« Je suis toi ».
C’est Shaaxalaxx qui a parlé d’une voix lasse et lente, tandis que la fracture de la déferlante énergétique se poursuit et que je descends d’un pas rapide du préau. Le centre du terrain vague est encore loin ; mais je n’accélérai pas tout de suite. Je ne sais pas ce qu’il se produirait, et puis je risque de manquer mon coup. Je peux apercevoir l’expression de rage sur le visage de l’Innocente. A présent, je distingue clairement cette lueur dans ses yeux grands ouverts. Je m’arrête.
« Calme-toi ».
Je l’ai dit calmement, n’attendant pas de réaction. Elle me regarda, une expression indifférente dans le regard.
« Tu es moi »
Encore un de ces dictons exotiques, on dirait. Pas le temps de chercher à comprendre. Tandis que je cours vers l’épicentre du cyclone, l’être arraché par une décharge d’énergie immense dont je n’ai pas le temps de me soucier, je songe fugitivement au cercle, et à tout ce que je compromets peut-être en courant ici, aujourd’hui. Je pense à Shaaxalaxx, qui va peut-être mourir ici.
« CALME-TOI »
Je pense à la femme du train, et à ce nom qu’elle m’a donné ; et qui, aujourd’hui, semble en désaccord total avec la situation, et avec le mode de pensée des adversaires…. Edmond, a-t-elle dit….
« Nous sommes un ».
Ils l’ont dit ensemble, cette fois-ci. C’en est trop. La vague magique hurlante et furieuse s’abat sur Shaaxalaxx qui se détend entièrement, toujours les yeux fermés. A une allure incroyable, ça descend tandis que j’atteins le centre. C’est moi qui ferme les yeux, et qui contracte les tempes.
Comme dans une autre dimension, je me sens entouré de courants d’énergie qui cherchent à me déchirer, et dont pourtant je m’imprègne, pour accélérer ma course contre la montre… Juste avant de revenir à la réalité de l’espace et du temps. Il y a eu une détonation, semblable au tonnerre, mais en pire, et en pas du tout pareil. Il y a eu une lueur atrocement claire que, même les yeux fermés, j’ai senti ; puis il y a eu une bourrasque, je me sens rouler à plusieurs mètres, un étrange paquet entre les mains.
Il n’y a plus rien eu.

J’ouvre les yeux. Shaaxalaxx est allongé à côté de moi. Il est drôlement sonné. Moi-même, je suis à terre, et, me relevant, j’observe le centre du terrain vague, dont je me suis notablement éloigné.

« Wouh, la vache, ça c’est du trou ».

J’étais censé dire quoi, au juste ? Ca avait fait un gros trou, oui. Je laisse Shaaxalaxx évanoui au sol à quelques mètres, puis cours vers une autre silhouette allongée. C’est l’Innocente. Inquiet, je l’observe se réveiller. Prévenant, je l’aide à se relever. Easton est là qui regarde la scène, moitié surpris, moitié endormi. Pas très réactif, ce bonhomme.
« Que se passe-t-il ? Demande l’Innocente ».
Tandis que je la soulève, je sens en elle comme une extinction. Rasmanaël n’a pas pris le contrôle. Pourtant, l’action était délibérément dirigée contre Shaaxalaxx. Elle voulait le tuer. Non… Pas elle. Il a triché. Rasmanaël a joué. Il a triché. Il a perdu. Il a influencé l’Innocente pour que son corps commette un forfait. En l’empêchant, j’ai neutralisé le danger.
Je regarde Shaaxalaxx. Il ne se réveillera pas avant un bon moment.

L’innocente semble comprendre.
« Pourquoi avoir fait cela ?
-Parce-que c’est mon ami, dis-je ».

Puis je tends le paquet à Easton. A ma grande surprise, il est intact. L’homme d’affaires me parle, semblant incrédule.
« Vous nous aidez ?
-Je ne répondrai pas.
-Pourquoi nous venez-vous en aide ? Demande l’Innocente.
-Ecoutez, cela ne sert à rien que je vous réponde. Disons que je fais mon devoir. Faites le vôtre. Je vais raccompagner Shaaxalaxx. Vous ne vous souviendrez de rien.
-Mais…
-Et ça ne se discute pas !
-Mais comment vous avez fait ? »
Sa demande est pertinente. Elle a raison. Je n’avais aucune chance, en principe. Mieux préparé et dans mon élément, peut-être, mais là…. J’ai eu de la chance. Courir à l’aveuglette dans une décharge d’énergie inimaginable pour le français moyen, sauver la situation, et en sortir indemne, ça s’appelle de la chance. Le coup de pot à l’état pur. La baraka dans toute sa splendeur.

« Disons que contre mauvaise fortune, celle-ci a bon cœur.
-Pardon ? Demande Peter Easton
-Laissez tomber. Ce paquet contient la liste des gens auxquels vous pouvez faire confiance, et ceux qu’il faut éviter ».

Ils ouvrent tous deux la bouche, mais ils savent que c’est inutile. Nous nous sommes tout dit. Du moins sont-ils conscients que je ne dirai rien de plus. Je soulève Shaaxalaxx, et retourne au préau. Je les entends murmurer tandis que je pars. Ils parlent de moi. Ils semblent me remercier.
Je me retourne une dernière fois. Il est très rare que je dise quelque chose de touchant, de profond, ou d’amical. Il est impossible que je dise quoi que ce soit de productif ou d’encourageant à quelqu’un d’autre. Je me suis toujours dit qu’un jour, je serais sans doute amené à en faire l’expérience.
Pas aujourd’hui.
« C’est quand même un sacré trou ».

Je quitte le préau. Je sens autour de moi les résidus de magie que j’utilise pour faire oublier mon visage, et, si j’ai de la chance, les récents évènements à l’Innocente et à Peter Easton. Sans doute pas le trou. Peu importe. Les gens s’accommodent très bien de ce dont ils ignorent l’origine. Même les spectres.
Arrivés à la gare de Mery, Shaaxalaxx se réveille enfin. Ce n’est pas un réveil ordinaire. Beaucoup plus rapide ; et beaucoup plus inquiet.

« Tu l’as échappée belle, mon vieux, lui dis-je. Une microseconde de plus et tu y passais.
-QUOI ?
-Tu as l’air ravi. Je m’attendais pas à ce que déposer un paquet dans une gare et SEULEMENT ça puisse s’avérer aussi dangereux.
-Bon, bon… »
Il semble gêné. Comme un enfant pris la main dans le pot de confiture.
« Qu’y a-t-il, à la fin ? »
Je connais la réponse, bien sûr, mais ce sont des choses qui se demandent. On appelle cela la politesse, je crois bien. Il semble bouleversé, et très déçu.

« Oh, rien. C’est sans intérêt ».

Puis plus aucun mot n’est échangé jusqu’à l’entrée dans le train qui nous ramène aux locaux du Cercle Shinka. Shaaxalaxx a désobéi, mais puis-je lui en vouloir ? Au contraire, je le comprends. Moi-même, ces derniers temps, je ne suis pas vraiment un exemple d’obéissance, et il serait présomptueux de ma part de me considérer comme raisonnable. Il a vu à qui était adressé le colis. Bah, je trouverai bien quelque chose ; et puis, Shaaxalaxx ne dira rien. Il est aussi en faute. Parfois, je me demande si le jeune garçon dans le corps duquel Shaaxalaxx se trouve ne déteint pas sur le spectre ; si sa personnalité n’existe pas encore, au fin fond de l’esprit de Shaaxalaxx, comme c’est le cas inverse entre Rasmanaël et l’Innocente. Parfois, j’ai réellement l’impression que c’est ce jeune garçon qui parle. Et souvent je pense que personne ne mérite de subir ce qui va se passer, pas même les spectres.


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Kallisto
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 21 Oct - 17:35

Chapitre 7 : Ce que Narcisse avait vu.

Klara Beaumort :

J’éteins le poste de radio. Le ménage terminé, il ne me reste plus qu’à préparer le petit-déjeuner pour toute la compagnie.
Ils sont revenus hier, vers les environs de midi. Fatigués, la tête dans le vague, et une espèce de paquet sous le bras. A vue de nez, leurs "retrouvailles" à la gare de Méry n'ont pas dû être des plus joyeuses. Bien sûr, ils ont raté le déjeuner.
Je ne leur ai rien demandé. Après tout, moins j’en sais, mieux je me porte. L’important, si je puis dire, c’est que Peter soit rentré et qu’Anaïs… « aille bien ». De toutes façons, je n’ai pas à m’inquiéter pour eux : ils sont majeurs et vaccinés.
Je me suis montrée clémente d’ailleurs. Ce n’est pas normal. Ils sont montés tous les deux à l’étage pour se reposer, rejoindre leur ami-là, le loup-garou.
« Bonjour, Grand-mère.
Anaïs est descendue, encore un peu dans les vappes. Au moins, elle est toujours aussi matinale. C’est bien, ça.
- Bonjour, Anaïs. Le petit-déjeuner est sur la table.
Elle s’assoie, et commence boire son café. Je pose un bout d’omelette devant sa tasse.
- Et ton loup-garou. Il mange de la viande, je suppose. J’ai que du bacon, moi. Et j’ai pas envie d’aller cavaler chez le boucher à cette heure du matin.
- Ca lui va, Grand-mère, réponds doucement ma petite-fille entre deux gorgées.
- Tant mieux. »
Je prends le journal sur le plan de travail et regarde les gros titres. Le monde va encore mal. C’est à vous donner envie d’être dans le petit jardin très vite !
« Grand-mère ?
Anaïs me regarde, les sourcils froncés, comme en pleine réflexion.
- Quand nous sommes rentrés, hier, tu as peut-être vu que j’avais rapporté un dossier.
- Oui, je réponds en soupirant.
- Et bien… ce dossier est une liste de personnes dignes de confiance dans l’Organisation. Ils pourraient m’aider, mais je ne pense pas qu’ils vont me croire si je leur raconte ce que je sais.
Allons, bon ! Ma petite-fille me demande conseil ! Quelle journée… Et pourquoi je l'aiderai ? Elle ne m'a jamais rien demandé avant, et de même de mon côté. En quoi mon avis lui aurait-il servi ? A rien, puisqu'elle ne m'aurait pas écoutée. Mais... devant son visage sérieux, son regard tracassé, je ne sais pas... Je n'ai pas envie de la voir comme ça toute la journée. Peut-être parce que je ne veux pas me trimballer une déprimée. Et puis... Si ce problème de secte et d'Organisation s'étend sur des jours et des jours, je peux dire adieu à ma tranquilité ! Je préfère aider ma petite-fille, plutôt que de courir le risque de voir des fous débarquer chez moi.
- Et bien, je marmonne, il y a des sorciers comme toi, non ?
- Oui, bien sûr.
- Ils sont télépathes, alors. Il n’ont qu’à lire tes pensées, et ils verront bien que tu ne mens pas.
Anaïs fait la moue.
- Le problème, Grand-mère, c’est je suis moi-même une sorcière, et que je peux modifier mes pensées. Ils peuvent me soupçonner de falsification. Seuls ceux qui ne maîtrisent pas la sorcellerie sont perçus comme fiables.
- Tu n’as qu’à amener le petit Peter avec toi. Réaliste comme il est, ça m’étonnerait qu’il ait pu un jour penser à la magie, celui-là. Il peut servir de témoin. Pour une fois qu’il sera utile…
- C’est vrai, sourit faiblement Anaïs, mais il n’a pas vu assez de choses pour qu’on puisse prouver que l’Organisation est impliquée.
Je soupire et repose le journal là où je l’avais mis. Ces histoires sont vraiment compliquées, mais il y a toujours une solution.
- Bon. Tu m’as dis que tu avais la liste des personnes ne faisant pas partie de la secte ? Pourquoi ne pas forcer un sectaire à parler devant Peter ? Ils verront bien que vous avez raison.
Là-dessus, je vois le visage de ma petite-fille s’illuminer. C’est rare de voir ça, surtout en ma présence. Qu’est-ce que j’ai encore fait ?
- Tu es géniale, Grand-mère, lance Anaïs.
Elle s’approche de moi, les bras tendus.
« Ooh… Tu n’as plus 10 ans, ma petite. Et je suis bien trop vieille pour ses choses-là…
Elle recule, consciente de son presque geste.
- Allez, va pour cette fois. Mais ne te berce pas d’illusions ! »
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 28 Oct - 21:05

Peter Easton

Il n’y a rien de plus désagréable au petit matin que de se réveiller fatigué.

Je n’étais pas croyant, mais les dieux m’avaient joué un drôle de tour : de la veille, il ne me restait qu’une violente migraine et un trou dans le continuum de mes souvenirs. En outre le traitement d’Anaïs ne faisait plus du tout effet et l’inconfort de mon vieux lit s’était cruellement rappelé à mon corps. Telle nuit, tel réveil. J’étais d’une humeur noire.

Je n’avais plus d’illusions ; Chaque journée que j’avais eu la naïveté d’imaginer sereine s’était révélée être un enfer. La présence des deux phénomènes en ces murs ne faisait que renforcer mon appréhension. Je sortis lentement mais résigné de ma maudite chambre.

« …bien par révéler des détails compromettants.
- Une mission simple quoi.
- Il y a tout de même des détails qui me chiffonnent… »
Je trouvai toute la maisonnée dans la cuisine ; après mon arrivée cela faisait beaucoup trop de monde au mètre carré. On ne pouvait pas dire que la maison de madame Beaumort était petite ; elle était juste mal construite.

« Bonjour Peter »

Bonjour grand-mère. Quoi de neuf aujourd’hui ? La fin du monde est pour quand ?

« Si nous essayons de lui faire cracher le morceau, les souvenirs engrangés auront beaux être fiables, le témoignage de Monsieur Robert ne le sera pas. Nous ne pouvons pas nous contenter de le séquestrer.
- Tu veux dire… »

Le chien dévorait avec application toutes les tranches de bacon que madame Beaumort déposait dans son assiette. Je n’étais pas qu’un peu soulagé qu’ils ne me prêtent aucune attention. Leur complot ne me regardait pas.

« Ah ! Bonjour Peter, vous êtes levé. Vous tombez bien.
- Ou mal, selon le point de vue. »

Anaïs n’était pas à son avantage ce matin là ; elle n’était visiblement pas passée par la case toilettage et ses cheveux en bataille accentuaient son côté enfantin. Son regard bleu acier était pour sa part parfaitement réveillé. Je la rembarrai aussitôt :

« Je vous préviens tout de suite, je ne sors plus de cette maison jusqu’à la fin de cette histoire.
- Comme le monde est mal fait, gamin.
- Comment ? »

La vieille dame avait lancé ces mots sur un ton sarcastique sans décoller son attention du bacon qu’elle faisait cuir. Il y en avait pour un bon kilo. Le fidèle compagnon d’Anaïs devait être aux anges.

« Il y a encore quelques jours tu m’insultais pour pouvoir fuir d’ici et voilà que tu veux prendre racine sans me demander mon avis…
- Excusez moi…Si vous le voulez bien.
- Si je le veux bien, en effet.
- Grand-mère ! Nous devons discuter de choses plus importantes, intervînt Anaïs.
- Ça va, ça va, la vieille retourne à ses fourneaux.
- Grand-mère… »

Quelle convivialité ici ! Ça respirait la joie de vivre.

« Bon. Peter, vous allez bien aujourd’hui ? Vous êtes resté sonné toute la soirée hier.
- Comment dire ? Ma douleur bat au rythme du marteau-piqueur qui creuse dans l’étau qui enserre mon cerveau.
- Je dois avoir quelque chose pour vous. »

Anaïs se leva et sortit de la cuisine. Elle revînt quelques minutes plus tard avec un flacon de verre.

« Prenez l’un de ces comprimés. Ça devrait calmer la douleur.
- Et vous avez quelques choses pour la mémoire.
- La mémoire ?
- Je n’arrive pas à me souvenir de ce que j’ai bien pu faire hier après mon altercation à la gare.
- Je crains de ne rien pouvoir faire contre ça. J’ai moi aussi les souvenirs un peu vagues à ce sujet. »

Le comprimé avait le goût de l’aspirine. Confrontés aux maux du commun des mortels, même les sorcières s’en remettaient au génie de la médecine conventionnelle.

« Ce n’est pas de l’aspirine si c’est ce à quoi vous pensez. Pour le goût, ce n’est qu’une pure coïncidence.
- Assieds toi Peter, sors de mes pattes. »

Je m’exécutai. La douleur se changea petit à petit en épais brouillard. Ma vue se voila et mon esprit se mit à nager dans un flou impressionniste. Ça n’allait pas être pratique pour comprendre la suite de la conversation. On m’avait drogué, on allait m’extorquer de l’argent, me faire signer des papier douteux, me vendre au plus offrant, me dépouiller du peu de dignité qui me restait…

« dou euveienla oma vissi guele zegon. »

Mais non. Rien de ce que j’avais pu prédire ne se réalisa. Les mots d’Anaïs devaient signifier : Tout redeviendra normal d’ici quelques secondes. Et le monde s’éclaircît à nouveau, sans migraine, sans brouillard.

« Ce n’est pas tout à fait au point votre machin.
- Peter, nous devons parler de la suite des évènements.
- Faites donc, je me ferai discret. »

Mais je n’allais pas m’en tirer avec cette esquive rhétorique.

« Hier, notre mystérieux sauveur m’a remis un paquet contenant la liste des individus fiables au sein de Prométhéus Démonica. J’avoue avoir eu des doutes au début et le fait de ne pas me souvenir de son visage n’a pas vraiment aidé. Mais s’il avait voulu nous piéger, il m’aurait laissé finir Shaaxalaax – sans compter qu’il pouvait très bien t’enlever directement ici puisqu’il connaît apparemment l’adresse.
- Shaaxalaax ?
- Celui qui vous a pris en otage. »

Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, mais en effet, j’avais encore une fois été pris en otage. Qu’avais-je bien pu raconter cette fois là?

« Nous comptons nous servir de cette liste pour chercher du soutien au sein de l’Organisation. »

Finalement, ce jour allait peut-être être meilleur que prévu. S’ils parvenaient à entrer en contact avec des personnes dignes de confiance la bataille serait bien plus équilibrée. Pourtant…

« Comment comptez-vous les convaincre ?
- Et bien… »

Anaïs fit une petite moue avant de poursuivre.

« Je sais que vous n’aimez pas trop ce qui a trait à la sorcellerie mais… nous avons la capacité de sonder la mémoire des gens. Si nous leur montrons des souvenirs compromettants ils ne pourront que nous croire.
- Vous devez bien avoir votre lot de souvenirs de ce genre. »

Tout cela me paraissait bien trop simple. La lenteur avec laquelle Anaïs m’exposait son plan m’inquiétait. J’attendais la chute. Elle vînt brutalement.

« Nous pouvons falsifier nos souvenirs, ils en sont bien conscients. Seuls les souvenirs d’un individu normal peuvent être considérés comme fiables.
- Et le seul individu normal ici, c’est moi, c’est ça ? (pardon grand-mère)
- Vous êtes surtout le seul a posséder suffisamment de preuves en vous. »

Ce n’est pas aujourd’hui que j’aurai le droit à un peu de repos. Je profitai de l’accalmie qui suivit ces propos pour entamer mon petit déjeuner. Le bacon n’était pas au menu ; la bête avait déjà tout raflé. De toute façon je n’avais pas grand appétit ces jours-ci. Je rompis le silence sur le ton de la conversation :

« N’étiez-vous pas recherchée par les gens de votre organisation ?
- Si. La secte a joué très finement sur ce coup. Mais elle se trompe si elle croit les membres de Prométhéus dociles et sans jugement critique. Certains sont ravis de devoir me chasser, mais je sais que certains autres ont de gros doutes sur ma ‘libération’.
- Je vois, vous pensez qu’ils seront beaucoup plus sensibles à vos arguments dans cette atmosphère de suspicion.
- C’est cela. Nous pouvons nous servir de la division latente au sein de l’Organisation.
- Il faudra juste tomber sur un membre non seulement fiable, mais qui a des doutes. Ça existe ça ? »

Le plan paraissait simple et j’étais même prêt à courir certains risques, mais là, c’était un sacré facteur aléatoire.

« Je ne vais pas vous fatiguer avec des détails, mais disons que j’ai les moyens de rentrer en contact avec les gens sans me faire remarquer.
- Ce sont justement les détails qui m’intéressent.
- Bien…En ouvrant une légère faille dans l’espace-temps il m’est possible de…
- Non ! Finalement passons sur les détails.
- Comme vous voulez. Il est toujours possible de trouver un investigateur isolé. Peu importe qu’il ait des doutes, il suffit qu’il soit fiable. Si je vous présente à lui, il n’aura aucun intérêt à s’en prendre à vous et préfèrera voir de quoi il retourne avant d’alerter ses copains – d’autant que s’il croit Rasmanaël libéré, il ne prendra pas le risque de faire des actions inconsidérées. »

Je devais jongler entre la logique du raisonnement et l’irrationalité de la situation. Nous étions en train de parler de spectres, c’est bien ça ?

« Attendez une seconde. Il s’agit bien de fournir mes souvenirs comme preuves de l’implication de l’Organisation au sein de la secte?
- Oui, c’est ça. D’ailleurs…
- Mais je n’ai rien vu qui explicitement fasse lien avec l’Organisation, si ?
- Non, en effet. J’allais y venir. Claude a suivit pendant une journée un dénommé Robert, un membre de notre organisation. Il fait aussi clairement partie de la secte. Nous aimerions lui faire avouer quelques petits détails opportuns qui complèteront la panoplie de vos souvenirs.
- Quoi ?! J’étais prêt à faire des efforts, mais là vous en demandez un peu trop. »

Avais-je bien entendu ? On souhaitait me faire rencontrer volontairement un de ces types qui me pourchassaient ?

« Le lien entre les évènements de ces derniers jours et ce que monsieur Robert pourra bien raconter sera évident. De fil en aiguille nous pourrions rallier toute les gens de cette liste à notre cause.
- Votre plan était raisonnable jusqu’à il y a une minute. Maintenant, je crois que la discussion est clause. »

Je ne savais pas comment j’avais pu survivre jusqu’à aujourd’hui, mais tenter le diable encore une fois était au dessus de mes forces.

« Vous n’avez qu’à lui faire signer des aveux écrits. Je suis prêt à compléter avec ma mémoire s’il le faut, mais je n’irai pas voir ce monsieur Robert.
- Un document écrit fait peut-être office de preuve dans le monde conventionnel, mais chez nous, ça ne vaut pas grand chose. Qui plus est, nous ne pouvons pas contraindre monsieur Robert, son aveu n’aurait plus aucune crédibilité.
- Emmenez monsieur Robert devant le membre fiable que vous aurez choisit.
- Monsieur Robert pourra raconter tout ce qu’il veut, ces propos auront bien plus de poids que les miens. Et là encore il y a le problème de la contrainte.
- Et bien trouvez une autre solution. Cette fois, c’est sans moi. »

Anaïs semblait embêtée. Son plan était solide et je ne doutais pas qu’elle avait déjà imaginé tout le déroulement des opérations jusque dans les moindres détails, mais il y avait une faille. La faille. Ce plan reposait sur moi.

« Peter, nous avons besoin de vous. L’avenir du monde est en jeu.»

Et alors ? Je préférais encore attendre mon spectre bien au chaud ici. Anaïs allait bien trouver une solution alternative et me laisser tranquille.

(...)


Dernière édition par le Mer 31 Oct - 13:18, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 28 Oct - 21:11

(...)

Je détournai le regard vers son chien de compagnie. Les cheveux long et grisonnants malgré son jeune âge, des bras costauds sans excès, des épaules d’ailiers : une belle bête, avec les yeux d’un noir profond. Je n’étais pas spécialement à l’aise de l’autre côté de ce regard. Il restait calme en me fixant de son indéchiffrable expression. Je ne suis pas un ami des bêtes, et paraît-il qu’elles le sentent. Que voulait-il ? M’intimider ?

Je ne cèderai pas face à ton regard, bestiole.

Mais j’avais déjà les yeux tournés dans la direction opposée.

« Vous me semblez bien méprisant. »

Sa voix était étrangement douce. À quoi m’attendais-je ? La voix rauque d’un vieux loup de mer ? Anaïs lui lança un regard explicite, mais il passa outre ses récriminations silencieuses.

« Je connais votre regard. C’est le même que j’ai porté sur moi le soir de la première fois. »

J’étais vraiment ravi qu’il s’accepte tel qu’il est, mais je n’avais pas l’habitude de discuter avec les animaux domestiques.

« De quoi avez-vous peur ? »

De tout, aujourd’hui. Non, je n’avais pas à l’écouter. Il aurait bien pu revenir les yeux brillant et la queue frétillante que je n’y aurai prêté nulle attention.

« Moi…J’ai peur de perdre le contrôle de moi-même, de me laisser aller à mes instincts. D’être esclave de mon corps. »

Le regard incisif d’Anaïs s’apaisa. Elle se détendit et ne sembla plus vouloir prendre part activement à la conversation. Moi non plus d’ailleurs.

« Et c’est exactement ce qui pourrait arriver à l’espèce humaine toute entière si nous ne faisons rien. Je ne suis pas un idéaliste, mais la liberté, c’est quelque chose qui me parle. »

Madame Beaumort commença à débarrasser les restes du pantagruélique repas de l’animal.

« Et puis, je lui dois bien ça… »

Je n’avais plus rien : plus de téléphone portable, plus d’ordinateur. À l’heure qu’il était mes affaires se portaient sans doute bien ; seulement je ne pouvais être certain qu’il s’agissait encore de mes affaires. Coleen était efficace, mais c’était un requin. Je l’avais embauchée pour ça.

« De tout ce qui est arrivé ces dernières semaines, cette mission est de loin la plus sûre. Monsieur Robert ne fait vraiment pas le poids. »

Il est gentil le toutou mais tout le monde ne dispose pas de canines de cinq centimètres quand les choses tournent mal. Je n’étais pas ruiné pour autant. La diversité de mes placements m’assurait de quoi repartir d’un bon pied, même s’il allait sans doute falloir du temps pour qu’on me reprenne vraiment au sérieux.

« Bien, monsieur Istaune. J’adorerais vous laisser à la contemplation de cette table, mais il va bien falloir que vous écoutiez. »

Le chien de garde, qui décidément était bien bavard pour un chien, s’était déplacer de telle sorte que je n’avais désormais le choix dans mon champs de vision qu’entre ses yeux, ses pectoraux, ses yeux, ses bras musclés, ses yeux, la table, ses yeux. À moins de m’offrir un magistral torticolis. Les prédateurs avaient-ils tous cette capacité à fasciner leur proie ?

La table. Ma volonté n’était vraiment plus grand chose.

« Que veux-tu au juste ? »

C’était la première fois que je lui adressais directement la parole. Ma voix se voulait ferme ; elle l’était juste un peu moins que je l’aurais voulu.

« J’aimerai savoir ce qui vous bloque. »

Me faire psychanalyser par un post-adolescent gonflé aux hormones de croissance? Non merci.

« Tu es gentil, mais j’ai été clair. C’est non, et je ne souhaite plus en parler.
- Je cherche juste à comprendre vos raisons. Peut-être n’avez-vous pas tort, au fond.
- Mais je me fiche de ta sollicitude ! »

Etait-il si difficile à comprendre que quelqu’un veuille rester en vie ? Que l’on puisse refuser de descendre plus profondément en enfer ?

« Vous vous méprenez. Je ne vous aime pas. Je n’ai aucune sollicitude pour les adultes arrogants et méprisants dans votre genre… De quoi avez-vous peur ?»

Il avait dit tout cela très calmement, avec la même voix affable qu’il avait gardée tout au long de son monologue. C’était une manière originale et incisive d’insulter son interlocuteur. Même Anaïs avait tiqué. Petit prétentieux.

« Tu commences à m’agacer ! »

Me laisserait-il tranquille si je lui donnais ce qu’il désirait ? Mes faiblesses, mes peurs ?

Je n’aimais pas la manière dont Anaïs nous regardait, tels deux sujets d’expérience. La bête reprit :

« Vous vous demandez pourquoi je m’acharne sur vous ? »

Oui.

« Si nous pouvions le faire nous-mêmes, nous vous laisserions tranquille. Vous en avez en effet déjà assez fait. Mais nous ne pouvons pas, Anaïs vous l’a dit.
- Vous pouvez bien trouver une autre personne normale pour satisfaire vos besoins. Tiens ! Je suis prêt à vous aider. Tu me laisses cinq minutes et je te ramène le parfait cerveau pour votre expérience.
- Un cerveau qui aurait discuté avec un cadre de la secte ? Un cerveau qui aurait été enlevé par des individus paranormaux à la recherche de l’Innocente ? Un cerveau ayant été pris en otage par un spectre, même s’il ne se souvient pas de grand chose ? Allez-y. Je vous en accorde même vingt, de minutes. »

J’avais une réplique imparable mais sa formulation semblait obscurcie dans mon esprit qui assemblait petit à petit les briques du raisonnement de Claude…non, du chiot.

« Ce n’est pas la peine d’être insolent. Si tu t’emparais directement d’un sectaire normal, ce serait bien plus efficace. Il n’aurait aucun poids face à vous et son esprit serait parfaitement fiable.
- Comme qui, par exemple ?
- Meyer.
- Et on le trouve où ? »

Après ma petite escapade…probablement…quelque part.

« Cela ne retire rien à la dangerosité de l’opération. Mon refus n’est pas un refus de principe ; c’est un refus réaliste. Je commence à avoir une expérience assez forte des risques que l’on court lorsque l’on est normalement constitué dans votre monde. »

C’est le moment que madame Beaumort choisît pour s’interposer entre nous et déposer deux tasses de thé sur la table. J’avais réellement des problèmes dans mes rapports intergénérationnels.

« Au détail près que dans cent pour cent de ces cas, vous étiez seul. Je ne suis pas n’importe qui et Anaïs pourrait faire fuir jusqu’à un démon. Si ça ce n’est pas de l’escorte.
- Vous…Tu, sembles oublier que je suis rechercher par ces gens. Après tout, je devrais aussi me méfiez de vous. Vous voudriez, toi et ta maîtresse, m’offrir sur un plateau en or ? Vous faites fuir les démons ? Superbe, mais rien ne me dit qu’il ne s’enfuira pas avec un cadeau sous le bras. Et je ne souhaite pas être ce cadeau. »

Voilà que la vieille apportait des petits gâteaux maintenant. Devais-je lui rappeler que nous avions déjà mangé ? Je la soupçonnais de se foutre un peu de notre gueule.

« Oui…Nous en sommes conscients. Mais il n’a jamais été question qu’il sache que vous êtes présent. Du moins pas au début.
- Je croyais que les gens de votre organisation pouvaient sentir notre présence.
- Dans un désert et sans interférence le taux de détection est de cent pour cent en effet.
- Mais nous ne serons pas dans un désert, et tu te chargeras des interférences…
- Vous commencez à comprendre ! Mais ce ne sera pas moi, ce sera Anaïs.
- Façon de parler. »

La jeune femme semblait approuver du regard.

Claude prit la tasse de thé et la porta à ses lèvres. Aux vues de sa moue, il ne devait pas être habitué à ce genre de breuvage.

« Et là, nous découvrons que la liste du sauveur n’était qu’un autre plan pour tous nous faire tomber.
- Non, Anaïs l’a dit, il aurait pu laisser Rasmanaël se charger de nous tout seul.
- Mais ayant des doutes sur sa loyauté, la secte aurait pu le mystifier lui aussi. Si nous nous présentons à l’un des membres de la liste, c’est qu’il a trahi. Ils font d’une pierre deux coups.
- C’est une éventualité, intervînt Anaïs, mais nous prendrons toutes nos précautions pour que même dans ce cas vous ne risquiez rien.»

Je n’avais jamais vraiment fait confiance à personne dans ma vie et cette dernière était aujourd’hui entre leurs mains. Etait-ce le bon moment pour essayer ? Je regardai tour à tour la carrure athlétique et le visage angélique puis poussai un soupir de résignation…
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 31 Oct - 16:34

Cidolfas Minos

Je me sentais ankylosé, assis au milieu de cette pièce, dans le noir. Dans le noir, pas tout à fait, c’était uniquement parce que j’avais les yeux bandés. Je sentais la présence des démons tout autour de moi, mais je savais que parmi eux, un seul était réel… Après ce qui me parut une éternité pour me concentrer, je me relevai lentement sur mes jambes un peu tremblotantes. Je saisis un bout de papier froissé dans ma poche qui changea immédiatement de forme dans ma main pour devenir une petite fléchette effilée. Je me concentrais de nouveau sur la cible et lançais le projectile… J’entendis alors un bruit métallique…
_ Raté…
Je défis rapidement le bandeau que j’avais sur les yeux et contemplais autour de moi ce qui ressemblait à des sortes de reflets presque translucides du démon cristallin.
_ Cela s’améliore, vous aviez presque réussi à me toucher.
Je regardais les reflets s’évanouir dans la nature et vit le vrai démon, ma fléchette plantée dans une plaque de tôle à quelques centimètres de lui.
_ C’est pas encore ça, lançais-je
Le démon Elix resserra un de ses yeux triangulaires, je pensais que cela devait correspondre à un haussement de sourcil chez un être humain.
_ Vous vous jugez plutôt sévèrement depuis que nous avons commencé à développer vos pouvoirs… Tellement que je n’ai même pas le loisir de le faire moi-même.
_ Désolé, mais mon humour est parti en vacances avec ma bonne humeur il y a quelques jours. Entraînez moi, c’est tout ce que je vous demande, ce n’est déjà pas très facile à accepter en soi, alors…
Elix ne réagit pas, mais je me doutais qu’il cachait tout de même un léger étonnement. Moi-même, j’avais encore du mal à réaliser ce que j’étais en train de faire. Avoir en soi des pouvoirs que seuls de véritables démons sont sensés posséder était déjà décontenançant, mais se faire aider à les développer par un autre démon dont j’avais exterminé bien des semblables… C’était l’un des plus beaux paradoxes auquel je n’avais jamais eu affaire.
Après ce qui me parut un instant de réflexion, Elix reprit la parole.
_ Je pense que nous allons arrêter là pour le moment.
_ Il n’est même pas 7 heures du matin, on pourrait encore faire un essai.
_ Vous n'avez pas dormi de la nuit, il vaut peut être mieux arrêter là…
_ C’est hors de question ! Je ne sais pas combien de temps il nous reste avant de peut être devoir affronté cette invasion de fantômes alors il faut continuer !
_ Cela est louable à vous de vouloir apprendre pour arrêter cette invasion et oublier votre quête personnelle...
je détestais le ton ironique qu'il prennait. L’effacer, LUI était mon objectif prioritaire depuis le début.
_ Oui, c’est vrai… Mais comprenez qu’en l’affrontant LUI, il faut également se confronter à tous les autres, alors – les mots eurent soudain plus de mal à sortir – continuons, s’il vous plait…
Le démon hésita un instant.
_ Si tel est votre désir, d’accord.
Il se détourna de moi pour se préparer de nouveau, mais j’avais encore une chose à lui dire.
_ Ajoutez une difficulté.
Il parut cette fois ouvertement surpris.
_ Une difficulté ?
_ Oui. Vous et vos reflets, ne restez pas immobiles, bougez dans toute la pièce.
_ En êtes vous sûr ?
_ Certain.
Sans plus attendre, je me replaçais au milieu de la pièce et me concentrais une nouvelle fois. Au bout d’une minute, je ressentis une fois de plus plusieurs présences démoniaques. Je les voyais sans les voir se mouvoir dans la pièce, passant parfois près de moi. Des gouttes de sueur perlaient sur mon front à forcer d’essayer de porter mon attention sur le vrai démon se déplaçant parmi les copies. Cette fois, je distinguais nettement les différents niveaux d’énergie émanent de tout ce monde… Mais ce n’était pas suffisant. Une masse d’énergie avait beau être beaucoup plus forte que les autres, cela me permettrait ici de repérer Elix, mais pas de faire la différence entre un spectre, un démon ou tout autre chose surnaturelle que je pourrais repérer… La vie, là était le 2ème détail, le plus important. Même un artéfact possède une lueur de vie, un spectre et un démon en ont une différente… Dans ma tête, la vie d’Elix se précisait devant mes paupières fermées. Je me levais, il était à présent seul, isolé de ses reflets par sa lueur de vie. Je sortais un autre papier froissé de ma poche et modelais à nouveau une fléchette, je la pointais vers Elix en suivant ses mouvements… Il m’était impossible de le rater.
J’enlevais mon bandeau, je ne vis rien d’autre que le vrai Elix, extirpant de sa peau cristalline le petit objet planté dans son torse.
_ Vous m’impressionnez, Chasseur, dit-il sans « sourcilier », j’aurais été bien blessé si cet objet avait en or.
_ Passons un peu à autre chose, dis-je avec enthousiasme.
_ Très bien, dit Elix en écartant la fléchette. Comme vous le savez déjà, vous possédez en vous le pouvoir des Architectes démons : La syntonisation. Vos facultés de détection, elles, vous sont propres. Je ne me l’explique toujours pas, mais ce que je peux vous expliquer, c’est une autre manière de vous servir de ce pouvoir. Vous paraissez parfaitement vous en servir, mais vous n’avez découvert, en le pratiquant seul, que la moitié du potentiel de ce pouvoir.
_ Que voulez vous dire ?
_ Je vais vous montrez.
Il se retourna et alla prendre dans un coin de la pièce une grosse caisse de bois qu’il vint poser devant moi.
« Pouvez-vous syntoniser une forme humanoïde avec ceci ? » demanda-t-il sur un ton très professoral
Je ne voyais pas très bien ou il voulait en venir, mais n’ayant pas très envie de protester, je m’exécutais. Je regardais Elix un instant puis posais mes deux mains sur la caisse alors que son image dans ma tête se formait. Elle se formait au même rythme que l’objet changeait de forme pour devenir une réplique grandeur nature du démon. J’attendis quelques instants pis je regardais l’original d’un air perplexe.
_ Mis à part que cela ferait joli – façon de parler… pensais-je - au dessus d’une cheminée, je vois mal ce que je pourrai faire avec.
_ C’est très simple, commença-t-il, cette statue, comme tout ce que vous créez pour le moment est parfaitement immobile. Syntoniser est le pouvoir des Architectes, cependant, je connais un autre pouvoir qui serait capable de donner la vie à votre création. Mais ce don appartient aux démons Artisans, un don qui vous est totalement inconnu. Doter de mouvement une création relève donc de deux pouvoirs distincts, il se peut donc très bien que cela ne marche pas.
Cela n’avait jamais été aussi frappant que ces derniers jours, j’assistais à de véritables cours sur les arts démoniaques… Mais après tout, maintenant que j’y pensais, je croyais bien que Ken avait dit qu’il était professeur d’histoire en université.
_ Et, comment fait-on ? dis-je béatement
_ Posez vos mains sur la statue, fermez les yeux, et laissez votre énergie passer de vous à votre création.
Je m’exécutais et laissais alors vagabonder mon esprit et mes sens, me concentrant uniquement sur la statue d’Elix. J’avais l’impression de voir mon corps de l’extérieur tellement je ne le sentais plus. J’avais le sentiment qu’il venait de s’écouler une éternité avant que je ne puisse rouvrir les yeux. J’étais un peu fatigué, je n’y avais pas pensé sur le coup mais lorsque Elix m’avais dit de faire « passer » mon énergie de moi à la statue, il s’agissait certainement d’un transfert à sens unique…
Je m’assis brusquement par terre et me surpris à contempler la statue bouger, comme si elle était animée d’une volonté propre. Cela me fit un peu peur, car ça signifiait que je possédais en moi le pouvoir complet d’un démon, d’une de ces créatures que je me suis évertué à chasser durant deux années… Je n’avais pas envie de mettre fin à mes jours pour autant, sachant que je possédais de toute façon ce pouvoir depuis lors, mais quand même…
Au bout de quelques minutes, la statue s’arrêta de bouger et se figea à nouveau, comme si rien ne s’était passé. C’était alors que je pus lire la surprise sur le visage d’Elix, il s’approcha lentement de moi et me dit :
_ Chasseur, jusqu’à ce que vous réussissiez, vous avez vu je n’avais pas vraiment l’intention d’y croire…
Il parlait lentement, comme pour souligner la gravité de ce qu’il disait.
« Vous avez réussi là, même si ce n’était qu’un début, une chose que seuls les véritables Artisans sont à même de pouvoir réaliser. Je n’aurais jamais cru auparavant voir un humain maîtriser non seulement la syntonisation, mais aussi le don de vie des Artisans… Je pensais cette faculté exclusivement héréditaire…
Il faisait tout pour ne pas le montrer, mais ses yeux ne pouvaient cacher quelque chose qui ressemblait très fortement à de l’admiration. Le seul ennui, c’était que j’étais trop fatigué pour vraiment cet instant.
_ Je pense que cela suffit pour aujourd’hui, je vais aller me coucher…
_ Nous reprendrons demain, veillez à récupérer vos forces… Cidolfas.
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 1 Nov - 17:28

Chapitre 8: Les yeux de l'hydre

Anais... Anais tout court :
Il est 11h. Paris s'éveille... Non, je rigole. Quoi que... Bref, il est 11h, et nous évoluons dans un décor trouble, main dans la main, tous les trois. Autour de nous se dessinent les contour de la rue de la Pierre Levée, 11ème arrondissement, domicile de monsieur Robert. Un immeuble discret, austère, sans particularité. Les mains qui serrent les miennent se crispent tandis que je les emmène à travers la baie vitrée de l'entrée, puis à travers la porte de l'escalier.
_ Je ne m'y ferait jamais. Murmure Claude en contemplant le décors vaporeux qui nous entoure.
_ Allez, Claude, on ne fait pas grand chose d'extraordinaire, juste passer à travers un mur.
L'escalier est sombre, étroit. A l'étage qu'il faut, je bifurque dans un couloir dont toutes les portes se ressemblent, et m'arrête devant celle que je cherche.
Je sens une résistance chez mes compagnon, tandis que je leur fait traverser la porte de brume. Nous arrivons dans un couloir un peu étroit, mais bien éclairé par les baie vitrée de la cuisine et du salon. Les mains respectives de Claude et Peter dans les miennes compliquent un peu le geste rituel, mais je rouvre la faille et ramène mes compagnons dans l'univers matériel. Le carrelage de l'entrée de monsieur Robert se remet à raisonner sous mes pieds. L'appartement de Monsieur Robert n'est pas à son image. Il y règne une température agréable, et une athomsphère douillette et confortable. J'avise un canapé jaune dans lequel je m'installe. Claude jette un oeil à la configuration du lieu. Je jette un regard à l'anglais. Il n'a pas déserrer les dents depuis tout à l'heure, depuis qu'il a accepté de nous accompagner. Il ne faut pas lui en demander trop. Il prend énormément sur lui-même en acceptant.
11h15, maintenant.
_ Encore un quart d'heure avant qu'il ne revienne déjeuner.
Je me relève, et à nouveau, trace dans l'air le petit geste qui crée les failles.
_ Vous y retournez, Peter.
_ Je dois vraiment traverser votre "faille" pour devenir invisible ?
_ Oui. Cette failles vous conduit dans une réalité très proche de la notre, et vous fait quitter celle là. Vous devenez indétectable pour toute forme de magie, puisqu'il n'y a plus de trace de vous dans cette réalité ci.
_ Mais... Vous êtes vraiment sûre de pouvoir me rammener ?
_ Ca, ça dépend de vous. ne me lâchez pas d'une semelle, pour être près de moi quand je rouvrirais la faille pour votre retour, parce que moi non plus, à partir du moment où vous serez dans l'autre réalité, je n'aurais plus aucun moyen de savoir où vous êtes. C'est bien clair ? Vous ne vous éloignez de moi à aucun moment.
_ Heu...
Il hésite encore, perplexe.
_ Que se passe-t-il, si vous vous faites tuer ? Qui m'ouvrira la faille de retour ?
_ Il n'entre pas dans mes projets de me faire tuer. Allez-y.
Peter acquièce, mais ne bouge pas. Je suis obligée d'insister.
_ Il n'y a pas de meilleur moyen de vous protéger. Traversez cette faille, Peter.
Enfin, l'anglais se décide à mettre en mouvement sa grande silhouette, la dirige vers la faille... Et s'évapore. C'est la première fois que j'assiste au phénomène de l'extérieur. J'avais pas réalisé comme c'était choquant. Il y avait un anglais, là, il y a une minute, et maintenant, il n'est plus ni dans mes yeux, ni dans ma tête...
Claude s'est posté derrière la porte de l'entrée. Je me réinstalle dans le salon.
Ne nous mentons pas. Depuis le début de cette histoire, j'ai été absolument minable. Je n'ai jamais su réagir comme il fallait, trouver les solutions qu'il fallait. J'ai même laissé l'autre là, à l'intérieur de moi, me manipuler. J'ai été à deux doigt de tuer Shaaxalaax.Nous ne devons d'être encore là qu'à une inexplicable chance, et l'intervention, non moins explicable, d'un ange gardien dont je ne me rappelle pas le visage...
Que disait-il, exactement ? Quel voix avait-il ? Je sais ce qui s'est passé. Mais impossible de rammener le souvenir à mon esprit. Je crois que j'ai déjà ressenti ça il n'y a pas longtemps. Ne plus me rappeler du visage de quelqu'un que je venais pourtant de voir... Ai-je déjà rencontré cet homme ? Quand ?
Oui, je crois me rappeler, quand Claude est arrivé à Auvers sur oise, il s'est passé quelque chose. Quelque chose qui a fait qu'on a été en retard au dîner... Mais quoi, déjà ? Quoi ?
Je n'insiste pas. Je sais que je ne me souviendrai de rien. Notre mystérieux allié, quelque que soit ses raisons, a fait ce qu'il falait pour. Tout ce que je sais, c'est ce qu'il veut que je sache, à savoir qu'il compte sur nous pour faire tomber la secte. Alors faisons la tomber. Enfin.
Claude me fait signe de la main. Bruit de pas sur le pallier. Je me réinstalle dans le canapé. La porte s'ouvre. Monsieur robert entre, avec l'air désinvolte d'un homme qui rentre chez lui après avoir passé une matinée de travail harassante, traverse le couloir, et vient poser son chapeau et sa veste sur le canapé.
Il n'a remarqué ni moi ni Claude.
_ Bonjour, Robert. Dis-je comme si je saluait un collègue le matin.
Il sursaute. Tourne son regard vers moi. J'ai le temps d'y appercevoir, pendant une seconde une lueur d'intelligence, puis il écarquille les yeux, ouvre la bouche, et pousse un cri :
_ Rasmanaël !
Reconnaissons-le. C'est joli. Au cinéma, on dirait "elle est bonne, on la garde !". Pour un peu, moi-même, j'y croirai.
_ Je m'appelle Anaïs. Vous le savez.
Il tente, par télépathie, de contacter l'Organisation. Je m'interpose mentalement, empêche sa pensée de rejoindre toute autre pensée que la mienne. Il tourne le regard vers la porte pour y apercevoir Claude, dont le regard déterminé prouve que toute sortie par là est impossible.
_ Que veux-tu, Rasmanaël ?
_ Je m'appelle Anais, et je veux négocier.
Je m'appelle Anais. Anais. Je n'ai pas perdu. Quelqu'un dont je ne me rappelle pas le visage m'a sauvée. Je suis toujours moi. Je serai toujours moi.
_ Mauvaise adresse. Le chargé de communication est...
_ Pas négocier avec Prométhéus démonica. Avec le cercle Shinka.
_ Le quoi ?
Cette fois, j'aime moins l'interprétation. Ca fait mauvais comique. Mais bon, l'organisation ne laisse pas beaucoup de temps pour les loisir, alors on suppose que Robert ne prend jamais de cours de théâtre.
_ Le cercle Shinka. Vous savez, vos copains, ceux qui vous ont fait entrer dans l'organisation, ceux que vous avez envoyé tabasser Claude, l'autre jour, quand il vous suivait.
A nouveau, il jette un regard à Claude.
_ Ah oui, ce jeune homme m'a suivi l'autre jour, sans que je comprenne pourquoi. J'ai du aller me ballader dans des endroit louche du 19ème pour le semer, je regrette pour lui s'il y a fait des mauvaises rencontres, mais après tout, qu'est-ce que c'est que cette manière d'espionner les gens, jeune homme ?
_ Cessez cette comédie, Robert. Je viens faire une proposition que le cercle Shinka vous en voudrait beaucoup de refuser.
_ Je ne connais pas ce cercle Shinka, Rasmanaël. Et je ne négocie pas avec un spectre. Tue moi si tu veux.
Avant que j'ai pu répondre, il se tourne vers Claude.
_ Mon petit, ne te laisse pas duper. Je sais que c'est dur à admettre, mais cette jeune femme n'est plus ton maître. le spectre qui dormait en elle a pris possession de son corps. C'est un tueur. Ne fais pas ce qu'il dit. Laisse-moi passer.
J'ignore s'il flaire le piège ou s'il refuse tout simplement tout dialogue avec moi, mais en tout cas, je dois le faire parler. Peter est là, quelque part, invisible, à l'observer, à attendre que quelque chose soit dit ou fait qui constitue une prevue suffisante. Il faut que je le fasse parler.
_ Ecoutez, vous ne me croyez pas capable de cette démarche, et je le comprends. Moi-même, je ne m'en serai jamais cru capable. Mais j'ai tourné et retourné la question dans ma tête : je n'ai plus le choix. Vous avez toutes les cartes en mains, vous êtes trop nombreux, trop puissants. Bien sûr, j'ai pensé alerter la population, chercher de l'aide, mais qui me croirait ? Et à qui m'adresser ?
Je me lève, et lui attrappe le bras.
_ Je suis seule. Je suis seule et vous avez mis l'organisaiton sur mon dos. Quoi que je dise, quoi que je fasse, tout est perdu et d'ici peu, vous serez les maîtres de toute choses sans que j'ai pu rien faire pour l'empêcher. Ceux qui s'opposerons à vous deviendrons esclave ou mourrons, et je ne veux pas mourir. Je ne veux vraiment pas mourir.
Ma voix tremble. Des larmes, de vraies larmes coulent sur mes joues. Il m'en a fallut de l'entrainement pour arriver à pleurer artificiellemet, mais ça fait toujours son effet. Je sens mon interlocuteur comme perplexe.
_ Je ne veux pas mourir, et le seul moyen, c'est d'accepter la proposition de madeleine. Je suis prête à vous rejoindre.
Robert ne réplique pas. Il hésite. Réplique, bon sang...
_ Vous vous êtes associé Shaaxalaax. C'est un minable. Moi, je vous offres les connaissance de Rasmanaël. La puissance de Rasmanaël. Et je ne demande rien en échange, sauf la sécurité pour moi et les personne que je choisirai. Ce que je vous offre le vaut. Rasmanaël a vu s'écouler les sciècle dans ce monde, et dans l'autre. Il sait tout ce qu'il y a à savoir, sur les spectre, sur les démons, sur les failles, sur la magie, et même sur l'homme. Vous voulez créer une race supérieure. Je sais comment faire. Je sais exactement quel genre de personne sont destinée à survivre, quel genre de personnes sont destinées à mourir. Je vous aiderai à la créer.
_ Je... Ne sais pas de quoi tu parles, Rasmanaël.
Sa voix est faible. Je sens qu'il lutte. Pourquoi...
La sonnerie du téléphone retentit. Retentit encore. Je ne bouge pas, garde les yeux dans ceux de mon adversaire. Un répondeur se déclanche. "Vous êtes bien chez Maxime Robert. Je ne peux pas vous répondre pour le moment. Laissez moi un message après le bip sonore."
Une voix masculine se fait alors entendre.
_ Rasmanaël. Ici Erwan Legallec de Prométhéus Démonica. Nous savons que tu es là. A l'annonce de ton réveil, nous avons équipé de micros tous les agents ayant été en contact avec ton hôtesse ces dernières année.
Micro... Je me giflerai. J'ai songé à tout, sauf au fait qu'il y a d'autres moyens que la magie pour surveiller mes mouvements. J'ouvre le col de monsieur Robert y trouve le petit appareil et l'arrache d'un coup sec. Puis me rend vers le téléphone, décroche le combiné.
_ Erwan Legallec. C'est Rasmanaël qui te parle. Il n'entre pas dans mes intentions de tuer Maxime Robert. Aussi, ne m'y oblige pas. Reste à distance.
_ Tu es entouré. Nous sommes posté en bas de l'immeuble, et sur les toits alentour.
_ Grand bien vous fasse. Restez-y. Parce que je vous previens que si je vois ne serait-ce que l'ombre d'un uniforme de prométhéus démonica dans mon champs de vision, le sang de Monsieur Robert se mettra à bouillir tellement fort qu'on le sentira mourir dans tous le onzième arrondissement.
Je raccroche, et croise un instant le regard de Claude, il paraît choqué.
_ N'ai pas peur, Claude, je te jure que c'était réellement moi qui parlait.
Je retourne m'asseoir sur le canapé.
_ Et maintenant que nous sommes réellement entre nous, Monsieur Robert, parlons...


Dernière édition par Tchoucky le Mar 4 Mar - 22:53, édité 1 fois
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Hoshi
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Sam 3 Nov - 22:30

Shaaxalaxx

Il a fallut se lever tôt aujourd’hui.
C’est un grand jour, on nous a parlé d’un test. Bientôt s’ouvrira le rideau de la liberté, mes amis ! C’est le plaisir que vous allez goûter en ce moment de gloire qui arrive bientôt.

Je descends dans la rue, accompagné de quatre autres membres du Cercle, il y a 665 avec moi. Nous marchons, groupés, pour nous rendre au lieu de rendez-vous.

Nous ne parlons pas, remarque, si les passants nous entendaient parler de nos projets, ils auraient pensé qu’on est sûrement bons à enfermer. Comme cet ivrogne de l’autre jour dans le train, il doit sûrement être dans de beaux draps maintenant. Peu importe. Ce genre d’humain ne doit pas avoir un goût remarquable, à moins qu’il ne soit parfumé au beaujolais … C’est plus souvent de la bière.

Alors, me direz-vous, pourquoi aller sous terre? Quelle utilité ? Vous verrez bien. En revanche, les catacombes ne me semblent pas être un endroit formidable pour faire sortir mes congénères. C’est comme ça que se créent les légendes : « Des fantômes par milliers qui surgissent des catacombes, lieu de sépulture ! Les âmes en colère envahissent notre monde ! ». N’importe quoi, en somme. De toute façon, humains inférieurs, vous êtes voués à nous servir de repas. Le banquet se prépare, vous êtes tous des invités de choix … Très chères agapes, viendriez-vous vous attabler avec nous ?

Nous nous rendons sur une ancienne voie de RER désaffectée par laquelle l’on peut accéder aux catacombes. L’entrée des touristes, certes permettant de passer pour des gens innocents, ne laisse pas d’accès où l’on peut être tranquille… Donc, direction, les passages « clandestins ».

Le rendez-vous aura lieu près du parc Montsouris. Il y aurait là-bas la fameuse voie abandonnée qui nous intéresse. Nous y arrivons, d’ailleurs.

Un grillage s’élève. Mes compagnons marchent le long en le tâtant

« C’est ici, dit l’un en retirant une partie du grillage suffisamment importante pour nous laisser passer chacun notre tour. »

Nous passons à tour de rôle, puis, pour cacher notre passage, le morceau est remis en place.
Devant nous, en contrebas, se trouve la voie de chemin de fer. Un peu plus loin, il y a des escaliers. Nous les descendons et arrivons enfin au fond de la fosse. Nous marchons le long de la voie qui, pour l’instant, est à ciel ouvert. L’homme qui a retiré la grille se retourne, il possède un sac à dos qu’il enlève et ouvre. Il sort cinq casques et nous en donne un chacun.

« Je suis déjà venu ici plusieurs fois pour faire du repérage, ça va être utile, mais attention, ne détournez pas votre chemin du mien, on se perd facilement ici.

Il se racle la gorge et dit sourdement, comme s’il voulait que l’on ne l’entende pas :

-J’ai pu faire l’expérience … »

Nous ne répondons pas, mais l’idée que cet homme se soit perdu dans ces tunnels ne me donne pas très envie d’aller jouer là dedans.

Nous le suivons sur la voie qui s’enfonce sous terre, dans un tunnel. Pendant bien vingt minutes nous avançons tout droit, tout droit, sans arrêter.
Au bout d’un moment, notre guide fait un geste et nous montre un trou dans le mur.

« Par ici, ça va nous mener au point de rendez-vous. »

Une nouvelle fois, il retire le grillage qui couvre le trou et nous laisse passer. Puis il referme le passage.
Nous avançons dans le dédale des catacombes, les lumières frontales de nos casques illuminent ici et là les murs ou les plafonds. Soudain, un craquement retentit à l’angle d’un couloir. Nos lampes se dirigent toutes au même point, des bruits de pas pressés, plusieurs personnes, elles courent.

« Oui, explique notre guide, il y a souvent des jeunes qui traînent par ici … Ils sont tranquilles ici, les morts ne les dérangent pas, eux. »

Nous avançons jusqu’à l’angle où nous avons entendu le bruit. Des bouteilles de bières traînent par terre. Encore et toujours cet alcool … Quel assaisonnement répugnant pour un plateau de jeunes humains…
Je ne peux m’empêcher de dire :

« Il faudra nettoyer cela, mes congénères ne doivent pas avoir une mauvaise image de ce monde en arrivant.

-Bien entendu, répond un autre compagnon avec un sourire moqueur que je prends comme une considération amusante de mon obsession pour la propreté. »

Nous marchons encore… Les couloirs semblent interminables. Puis, enfin, nous arrivons dans une salle plus vaste, certainement une crypte dédiée à une personne importante. Il y a d’autres membres du cercle qui sont déjà là, dont, notamment, le chef. Ce dernier, adossé contre le mur, fait quelques pas en avant et ouvre les bras :

« Bien ! C’est l’heure ! »

Au fond de la salle plusieurs hommes s’avancent, je ne les ais jamais vus avant. L’un d’eux porte un costard plutôt chic pourtant sa tête aux cheveux mal coiffés qui arrivent aux épaules et une barbe de trois jours lui donne un air relativement pauvre, pas minable car de lui semble émaner une énergie puissante mais il n’a pas l’air de quelqu’un de distinguer, il est mystérieux, voilà, c’est ça. Il est mystérieux et c’est tout. Et ça suffit pour inquiéter.
Il prend une sorte de piquet avec une boule sur le haut qu’il plante au fond de la salle.

« Disposez les artefacts démoniaques autour de ce bâton, lance-t-il à plusieurs personnes qui portent des petits sacs en tissus.

-Heu … Pourrais-je savoir à quoi va servir ce … bâton ? Je demande en désignant le piquet. Je ne pense pas que ça soit nécessaire pour ouvrir la faille, de plus, ça ressemble un peu aux cérémonies de ces illuminés qui essaient d’invoquer les âmes à l’aide de magie noire et d’incantations stupides comme j’ai déjà lu dans quelques bouquins durant mes moments d’ennuis.

Le mystérieux me regarde avec un sourire, il se moque de moi ? J’ai l’impression, mais bon, au moins il me répond.

-Eh bien, ce n’est pas indispensable, mais pour ouvrir la faille il faut focaliser l’énergie en un point, sauf si l’énergie est vraiment énorme. Mais ici nous ne pouvons nous permettre de tout faire sauter, à moins que vous ne vouliez vous suicider… Et pour être sûrs que ce genre de chose n’arrive pas, je prends des dispositions voyez-vous.

Apparemment, il sait ce qu’il fait, tant mieux.

-Bon assez discuté, reprend-il, disposez les artefacts. »

Les hommes s’exécutent et ouvrent leurs sacs délicatement. Le premier sort un bracelet aux couleurs argentées qui semble fait d’une matière rare. Dessus sont serties des pierres rouges. Un deuxième sort une sorte de cristal bleu avec des reflets dedans, j’en ai déjà entendu parler, il s’agit d’une pierre d’eau. On en trouve que dans les marais du monde démoniaque, à moins que des démons de là bas n’en aient emportées sur terre. Un troisième fait surgir du sac une boîte. Serait-ce une blague ? C’est une boîte tout à fait normale en aluminium. Ah, mais non, il sort de la boîte une sorte de petite bourse qu’il ouvre également, il plonge sa main dedans et en retire des écailles. Sûrement des écailles recouvrant la peau de démons. Un autre sort de sort de son sac une griffe relativement importante. Sa taille est impressionnante, je n’aurais pas voulu me retrouver en face de son propriétaire… Et enfin le dernier brandit un pendentif. Au fil étincelant pendent des pierres bleues, vertes … de multiples couleurs.

Les objets présentés, les cinq hommes placent les objets autour du bâton et reculent de quelques pas. L’homme au costard s’avance et se met devant le bâton, un peu plus proche que les autres.
Les six hommes ainsi en place lèvent la main. Tout ça ressemble de plus en plus à ces réunions que font les jeunes humains du genre « gothiques » comme ils appellent ça et qui n’ont d’intérêt que d’amuser une galerie de joyeux déprimés suicidaires qui tentent de trouver du réconfort auprès des morts… Pour ce que je sais de la culture humaine après. Ils font ce qu’ils veulent, mais j’avoue que j’avais doucement l’impression de faire partie d’un groupe de drôles qui essaient de parler aux fantômes…

« M’sieur, vous nous dites quand c’est le moment, on est prêt, annonce monsieur mystérieux. »

Je me tourne vers le chef, il a sorti une étrange montre qui produit des « tics-tacs » sourds. Mais cela ne ressemble pas à des secondes… Cela semble un peu plus espacé. Je me demande ce que ça mesure, un temps différent de celui de ce monde ?

Tic … … Tac … … Tic … … Tac … …

« Bien, tenez vous prêts, annonce le chef. Sept … Six … Cinq … Quatre … Trois … Deux … Un … Allez-y !! »

En même temps qu’il compte à rebours, les six personnes semblent concentrer leur énergie dans leur main levée : de la lumière entoure les mains et, au moment où le chef annonce hardiment « … Allez-y !! », les six boules de lumières formées foncent sur la boule du bâton. Et alors, une sorte de craquement retentit, suivi d’un éblouissement étonnant.
Les artefacts, disposés en cercle se soulèvent doucement, enveloppés par la lumière. Alors apparait devant nous un paysage inversé. Voilà donc pourquoi nous sommes allés sous terre: si nous avions ouverts la faille depuis la surface, nous serions tombés sur le sous-terre démoniaque, nous empéchant d'avoir accès au monde.

La faille de test est ouverte…

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