Ecritures plurielles

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Les chapitre 17 et 18 de Nimrodh les oubliés en ligne sur le site d'Écritures plurielles !

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 Programme Darwin

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Marc
Prince des loup
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Dim 30 Déc - 23:39

Elix Hérès

Je regardai d’un œil implacable le spectre être aspiré par le portail.
_ Non ! Cria Ken en agrippant la grille d’or, un air horrifié sur le visage tandis que, du côté opposé, l’ennemi se rassemblait.

Accélérant autant que je le pu, je me plaçais derrière mes compagnons et dressait un bouclier lumineux sur lequel vinrent ricocher des dizaines de projectiles, magique ou balistique. Dans mon dos, je perçu un mouvement brusque, et compris que l’ex-chasseur venait de saisir Ken au col.
_ Vous l’avez laissé s’enfuir ! Gronda-t-il.
_ Non, Cid, répliquai-je à la place de l’autre. S’il a effectivement traversé, alors ce qui l’attend de l’autre côté vaut largement votre vengeance.

Ce n’est qu’en en parlant, que je me rendis compte de la proximité de mon monde. Un air chaud, lourd, s’échappait de la faille entre les deux dimensions. A la saveur de l’air, je reconnu les Terres Enflammées et, bien que ce soit le continent le plus éloigné de ma terre natale, je frémis d’une nouvelle énergie. Reportant mon regard sur nos adversaires, je choisis mes cibles et réduisit mon bouclier de sorte à le maintenir d’une main. De l’autre, je concentrais ma lumière dans mes doigts, jusqu'à en ressentir moi-même la morsure. Alors, avertissant mes compagnons d’un cri, je relâchais totalement mon bouclier et pointait ma main ouverte vers nos ennemis. De chacun de mes doigts jaillit la lumière, allant transpercer proprement les cinq humains portant des armes à feu. Leurs cœurs traversés, ils se raidirent, puis s’écroulèrent.
_ Ken ! Criais-je. Protégez, l’enfant. On se charge d’eux.
Je m’élançais alors, tranchant deux autres hommes d’un ample mouvement de la main. Deux mages tentèrent de déclamer une formule. Le premier ne pus achever la seconde syllabes que Cid était sur lui. D’un geste preste, il syntonisa un câble, qui alla s’enrouler autour du cou du mage. Puis il pivota autour de sa victime, se servant de son corps comme bouclier contre le sort du second mage, qui écarquilla les yeux en voyant son collègue recevoir la vague de décomposition destinée à Cidolfas. Il me vit alors arriver à son niveau, et poussa un cri de rage en levant à nouveau les bras. Sans montrer la moindre expression, je frappai, arrachant d’un seul coup et dans un jaillissement de sang ses deux mains, puis plaquai la mienne sur son torse. Souriant à son puissant cri de douleur et de terreur, je crispai le poing et plongeai mon pouvoir en lui, le consumant sur place. Reculant d’un pas, je contemplais avec excitation les vêtements roussis s’affaler mollement au milieu des cendres, et un léger rire m’échappa.
_ Attention, Elix !

Mon esquive fut fulgurante, mais insuffisante. Une douleur atroce me déchira l’épaule. Serrant les dents pour ne pas hurler de douleur, je vis un carreau d’arbalète, luisant d’un éclat jaune, enfoncé jusqu’à l’empennage entre mes clavicules. Poussant cette fois un cri hargneux, je saisi l’objet d’une main, et l’arrachai d’un coup sec. L’arme me brûla la main, et je sentis aussitôt des fragments d’or s’infiltrer dans mon organisme. Cidolfas apparut dans mon champ de vision, une sorte de bouclier argenté au bras et une longue estafilade courant sur sa tempe droite.
_ Ca va aller ?
_ J’ai connu pire, répondis-je d’un air sombre.
Il hocha la tête puis, pivotant sur lui-même, il décocha deux longs poignards vers un ennemi, lui faisant lâcher son arbalète. Calmant mon souffle devenu court, je me redressais rapidement en identifiant l’odeur de la magie à l’œuvre. Resté en retrait, un sorcier avait apparemment terminé son incantation. Tout autour de lui, un cercle d’un rouge profond s’illumina, et une horde de créatures nébuleuses en jaillit, bondissant souplement vers nous, leurs griffes cliquetant sur le pavage des catacombes. Voyant Cidolfas se camper fermement pour encaisser l’assaut, j’eu un petit sourire.
_ Peut-être serait-il temps de nourrir votre arme, lui soufflais-je.
_ Mais vous ?
_ Moi ? Répliquai-je en tirant Leïnyel, je prends les deux grands qui restent, je vous laisse le mage, ses mignons et le petit.

Il eut un ricanement, et dégaina son arme. A la différence de mon Arme de guerre, il était manifeste que les capacités de l’épée de Drémaris s’étaient assoupies du fait des longs siècles passés dans la roche. Mais toute la magie dévorée grâce aux clones avait remédié à cela. A peine la lame avait-elle quittée son fourreau que je sentis jusqu'à la plus petite parcelle de lumière quitter mon corps. Ma chevelure de cristal se ternit, et la douleur de ma blessure enfla, mais je la maîtrisais. Cidolfas pointa alors l’épée vers la horde grouillante de créatures invoquées, lesquelles s’écroulèrent aussitôt à terre avec des glapissements de douleur. L’une d’elle tenta de se relever, mais s’écroula à nouveau, et elles disparurent toutes en un nuages de particules magiques, qui filèrent vers la lame de l’ex-chasseur, lequel sembla se redresser d’avantage. Lorsque nous bougeâmes ensemble, je vis rapidement son écorchure pâlir puis disparaître de sa tempe. Nous courûmes vers nos proies, poussant ensemble un cri de colère et d’excitation mêlées. Mes deux adversaires se mirent en garde d’un même mouvement, dégainant deux haches parfaitement identiques. Arrivé à portée, je choisis l’un des deux, un rouquin massif, et abattit violement ma vouge, arrachant un tintement métallique à l’arme ennemie. Aussitôt, le second frappa tentant d’envelopper ma lame dans une passe audacieuse, s’imaginant ne risquer qu’une égratignure.

_ L’audace n’est pas permise avec moi ! M’exclamais-je en parant les deux attaque d’un mouvement fluide qui entailla l’avant bras de l’imprudent.

Les deux reculèrent d’un pas, se préparant à un nouvel assaut.
_ Soulage donc ta soif, Leïnyel, dis-je avec un sourire en coin en attaquant le rouquin.

Par ce mouvement, j’offrais mon flanc au second. Mais lorsqu’il voulut en profiter, ses jambes cédèrent, et il s’étala de tout son long avec un cri. Voyant son compagnon tomber, le rouquin eut un hoquet de stupeur et hésita une seconde. Ma vouge le transperça aussitôt, traversant son abdomen pour ressortir dans son dos. Il se raidit, lâchant son arme, puis agrippa le manche couvert de rune de Leïnyel. Ses mains noircirent, parurent se dessécher. Il prit une brusque inspiration. Croisant son regard, je vis ses yeux se révulser, et il s’affaissa mollement. Dégageant ma lame, je me tournais vers l’autre gisant à terre, de la fumée semblant jaillir de chacun de ses pores pour flotter vers ma lame. Enfin, dans un râle, il mourut, et je haussai un sourcil. Comment le cercle avait-il pu songer qu’une si maigre troupe pouvait nous arrêter ?
C’est alors que j’entendis un nouveau cri dans mon dos. Un cri qui me fit frémir, puis sourire. Peut-être nous prenaient-ils au sérieux, après tout.
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ChaoticPesme
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 31 Déc - 16:11

Cidolfas Minos :

Je n'aurais jamais cru, une fois le choc passé, qu'il m'étais aussi facile de tuer mes semblables. Au moment où deux de mes ennemis tombèrent devant, pratiquement vidés de leur sang, je jettais un coup d'oeil à Elix et me fit une réflexion : Lequel de nous deux était le plus démoniaque ?
C'est alors que je me rendis compte de deux choses. La première était que les deux derniers mages que j'avais éliminé étaient visiblement les derniers, la deuxième était que mon manteau était couvert de sang et d'autre choses visqueuses et rougeâtres.
_ Ce sera difficilement rattrapable à la machine, pensais-je tout haut
Je rangeais mon épée dans son fourreau et sentis immédiatement derrière moi une douce lumière. je m'aperçus en me retournant qu'elle provenait d'Elix dont les pouvoirs semblaient lui revenir peu à peu. De même que l'aura affaiblie de Ken grandissait de la même manière. Autour de nous, le sol était jonché de cadavre plus ou moins entiers... En voyant ce spectacle, je repensais soudain à ma blessure sur la tempe. Elle piquait, mais elle pouvait tout de même attendre.
Je vis en me rapprochant que mes compagnons, et plus particulièrement Elix regardaient ensemble le portail. Ainsi, j'avais aussi un peu de temps pour l'observer... Quelle folie d'espérer que même avec un système aussi complexe, tous les spectres des autres mondes allaient gentiment passer le portail et devenir des esclaves dociles et dévoués à la secte. Une idée que n'aurait jamais eue un démon, une idée... Humaine, ambitieuse et stupide. Cependant, malgré la sureté apparente, j'avais le sentiment que nous ne devrions pas tarder. A présent qu'il n'y avait plus trop de risques d'être dérangés, il fallait fermer ce portail définitivement. Il était bien trop gros pour être détruit "à la main", mais avec toute les machines avec qui il était connecté, il devait y avoir un moyen de provoquer une surcharge ou autre chose. Sans me soucier d'Elix qui était plus loin, j'arrachais Ken à sa contemplation de l'engin.
_ Vous avez une idée de comment faire pour fermer ça ? dis-je en pointant le doigt vers le portail
_ Il existe peut être un système d'auto destruction.
_ Venant de gens qui doivent avoir fait des batteries de tests pour être sûrs que leur projet réussisse, pas sûr !
_ Examinons les ordinateurs et les machines, fit Ken sans tenir compte de ma remarque, ça doit bien se trouver quelque part.
Sans ajouter un mot, il courut vers l'une des nombreuses machines qui entouraient l'imposant dispositif et commença à essayer de la désosser. Lorsque je passais devant le Portail pour me rendre du côté opposé, je me surpris à regarder au travers du passage, comme hypnotisé. Hypnotisé non pas parce que je voyais de l'autre côté, dans le monde démoniaque, mais par le passage lui même. J'avais l'impression que j'allais être aspiré par cette déformation dans l'espace temps et pourtant... J'avais presque envie d'y plonger la main pour voir quel effet ça aurait. Me forçant à reprendre mes esprits, je me dirigeais vers les ordinateurs tout proches pour essayer d'en extraire quelque chose, cependant tout avait l'air d'être codé dans un language incompréhensible... Du moins pour moi. Des 100ènes de lignes n'arrêtaient pas de défiler sur les écran, toutes aussi indéchiffrables. Sans que je sache pourquoi, je me mis à appeler Elix plutôt que Ken pour essayer d'y voir plus clair dans ce language abscon. N'obtenant pas de réponse au bout du 4ème appel, je décidais d'aller le voir. Je le trouvais à quelques mètres du Portail, le contemplant avec un intérêt qui frisait la vénération.
_ Elix, Elix ? Vous m'entendez ?
_ Oui, répondit-il simplement
_ Vous pourriez nous aider à trouver un moyen de détruire cette chose au lieu de rester là les bras croisés, lui dis-je avec une pointe d'énervement
Cette fois, il ne répondit pas. Il ne voulait visiblement pas détacher son regard de la faille qui séparait notre dimension et celle des démons. Maintenant que j'y songeait, je trouvait là l'explication de son atitude : Il avait son monde d'origine à porter, c'était tout à fait normal de le voir aussi nostagique... Malgré le fait que je ne l'avais jamais vu comme ça auparavant. C'est alors que Ken nous appela. Sentant que le démon ne bougerait pas, j'allais voir Ken seul. Il fut d'abord surpris.
_ Pourquoi Elix ne bouge pas ?
_ Il regarde son monde au travers du Portail, ne le dérangeons pas. Alors, vous avez trouvé quelque chose ?
_ Oui. Vous aviez raison, il n'y a pas de système d'auto-déstruction, mais si l'on court circuite la plus grande partie des machines reliées à la Porte, cela créera une surcharge suffisante pour la détruire... Mais il faudra faire vite une fois le processus en marche, sinon...
_ Boum ! C'est ça ?
_ Exactement.
_ Et comment fait-on pour court circuiter l'installation ?
_ Taper dedans, arrachez les fils, appuyer sur tous les boutons, comme vous voulez !
_ J'aime les plans simples, dis-je sans ironie
Nous partîmes aussitôt chacun de notre côté, détruisant machine après machine. Je faisais voler en éclat les écrans d'ordinateur, les fracassant les uns contre les autres, provocant des gerbes d'étincelles et des nuages de fumée noirs. Je faisais à ce moment autant de carnage parmi totu ce métal qu'avec nos ennemis de chair et de sang... Je n'aurais pas cru que la destruction du Portail me donerait autant de plaisir.
Cependant, ce sentiment se transforma en appréhension lorsqu'un tuyau tombé du plafond passa à quelques centimètres de ma tête. Les contours de la Porte commençèrent à se charger d'électricité et d'autre objets de la salle tombèrent bientôt à espace régulier. La salle toute entière frémissait sous nos assauts et l'instabilité grandissante de tout le dispositif. Le passage entre les deux mondes n'avait pas encore disparut, mais il semblait blanchir, comme s'il devenait opaque à mesure que les machines qui supportaient le tout explosaient. Ce fut lorsqu'un ordinateur explosa à seulement un mètre de moi, manquant de me défigurer, que je sus qu'il était temps de partir. Je me précipitai vers Ken qui arrêta aussitôt de marteler un générateur. Vous vîmes alors tout deux Elix, toujours en train de contempler le passage qui s'évanouhissait. Au beau milieu de cadavres écrasés et débris tombé et tombants du plafond, il restait là... Mais il avait cette fois un regard intrigué. Je courru vers lui pour essayer de le tirer, mais il ne voulait rien savoir.
_ Qu'est ce que vous attendez, sortons avant que la surcharge nous vaporise !
Il me toisa de ses yeux triangulaires, d'un regard que je ne lui connaissais pas, puis il me dit lentement.
_ Allez-y, je reste.
_ Vous trouverez bien une autre occasion de mourir bêtement, dis-je avec énervement, venez !
J'avais beau essayer de le tirer, tandis que de nombreux débris nous frôlaient, il persistait à ne pas vouloir bouger. Après une bonne minute sans rien dire, il finit par lancer :
_ Je vais passer le Portail.
_ Quoi ?! dis-je incrédule
_ Qu'est ce que vous faites, tout les deux, fit Ken qui nous avait rejoint, la Porte va exploser !
_ Je vais passer le Portail et rentrer dans mon monde, répéta le démon
_ Alors je n'avais pas mal entendu...
_ Je dois le faire. C'est la seule occasion que j'aurais de le faire avant une éternité... Ou peut être que je n'en aurais plus jamais l'occasion.
Une fois le choc passé, Ken se mit à dire :
_ Vous nous abandonnez ? Vous êtes sérieux ?
Sa lèvre se fendit d'une sourire, à la fois amusé et triste.
_ Vous tenez donc tant à moi ?
Ken et moi ne pûmes rien dire. Le démon s'avança alors au milieu des débris et des arcs électriques de plus en plus forts jusqu'à quelques mètres devant le passage.
_ J'ai laissé quelque chose de très important, de l'autrre côté... Et je laisserais également derrière moi, deux amis, deux nouveaux amis. Mais comprenez moi, je...
_ Trèves de bavardages et passez au travers avant que ça ne saute ! lançais-je
Je le vis sourire au loin. Il prit sans doute mes paroles pour un adieu ému... Et il avait raison.
Cependant, je m'apercevais qu'il me regardait toujours, mes yeux glissèrent vers la Porte. Je n'avais pas fait attention auparavant, mais une fine grille dorée quasiment transparente - On aurait dit une toile d'araignée - bloquait le passage d'Elix. Je m'approchait pour la toucher, puis elle se métamorphosa en un tas de roses rouges qui tombèrent aux sol.
_ Allez-y, la route vous est ouverte.
Il m'adressa un autre sourire, puis, son regard oscillant entre Ken au loin et moi tout près, il parla sur un ton qui ne pouvait cacher une certaine tristesse.
_ Au revoir... Mes amis. Nous ne nous reverons pas.


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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 2 Jan - 23:41

Peter Easton

« C’est donc vous, monsieur Easton ? »

Le plus âgé de la drôle de bande tentait d’entamer un semblant de conversation pendant qu’il fixait quelques éléments de plus à mon crâne.

« Vous n’êtes pas sans savoir que de votre tête dépendent pas mal de choses dans la suite des évènements. »

Il dessinait maintenant des signes sur mon front.

« Vous vous êtes embarqués dans une sacrée histoire vous savez ? »

Il disait cela comme l’on fait un reproche à un jeune enfant. “Je t’avais prévenu, maintenant tu es bien embêté.” Sauf que je n’y étais pas vraiment de mon plein gré, dans cette histoire. L’idée de céder mon esprit à ces gens me rappelait cette très désagréable expérience au parc un mois plus tôt. Ils n’avaient décidément pas le sens de la propriété.

« Voilà. Nous pouvons commencer. »

Il se releva pour se tourner vers l’assistance. Je levai les yeux vers mes spectateurs et vis un inquiétant intérêt dans les yeux de madame Beaumort. Je ne suis pas une bête ! Je me demandai ce qu’elle pouvait trouver de si fascinant dans le spectacle d’un homme respectable barbouillé de dessins étranges, empêtré dans un monceau de fils et appareils à la fonction mystérieuse.

Tandis que trois de nos invités s’installaient en cercle autour de moi, un grand noir s’approcha.

« Je vais vous expliquer comment ça va se dérouler. Il faut d’abord que nous arrivions à établir votre modèle mental, faire le tri entre votre imagination et la réalité ; et vérifier que votre mémoire n’a pas été altérée. Nous procédons ensuite à une anamnèse afin de récupérer une cartographie globale de vos souvenirs. Vous voyez, les souvenirs ne sont jamais chronologiques. Ils sont fragmentés en une multitude d’associations éparses. Toute cette phase peut prendre plusieurs dizaines de minutes, mais nous sommes habitués ; il ne devrait pas y avoir de problème. »

C’était plaisant d’entendre décrire son cerveau en ces termes. J’étais une machine. Complexe, mais résolument déchiffrable. Il était méthodiquement en train de réduire en poussière le peu de sentiment d’unicité qu’il me restait.

« A ce moment là, nous vous demanderons de fournir un petit effort, vous aussi. Il vous faudra focaliser votre esprit sur le passage de vos souvenirs qui nous intéresse. Sans cela nous pourrions nous perdre dans les méandres de votre pensée et cela pourrait prendre bien plus de temps. Et nous ne sommes jamais à l’abri d’éventuelles séquelles. Mieux vaut donc faire cela rapidement. »

Me focaliser. Me focaliser.

« Bien. Je ne vais pas vous mentir ; ça ne va pas être agréable. Du tout. »

Derrière son sourire je lui soupçonnais un sadisme franc. Il n’avait strictement rien fait pour me rassurer.

Il prit place à côté de ses collègues pour compléter le cercle. La femme à l’air sévère eut un hochement sec de la tête, puis tout devint étrangement calme.

Je voulais pour principale cause de cette impression ma soudaine surdité. Les quatre comparses marmonnaient quelque chose mais je n’entendais strictement rien. Je vais vous dire, rien ne vous prépare au silence absolu. Il y a toujours un bruit de fond, une petite routine sonore, à peine perceptible. J’avais déjà été dans ces salles insonorisées où il n’y a aucun écho ; c’est certes perturbant, mais ce n’est pourtant pas comparable. Ici, je n’avais pas même l’illusion d’un son. Nulles vibrations.

Puis, brutalement, ce fût au tour de ma vue. Encore plus étrange. Ce n’était pas le noir absolu. Juste la disparition pure et simple de ce sens. Envolées les petites étincelles, les petits tâches artistiques qui vous poursuivent même lorsque vous fermez complètement les yeux.

Les autres sens suivirent, beaucoup plus rapidement.

Le détail auquel je n’avais pas prêté immédiatement attention était qu’à mesure que mes sensations disparaissaient, les souvenirs que j’en avais s’effaçaient également. Vous vous dites sans doute qu’à ce moment j’avais sombré dans une forme d’inconscience. Et pourtant, j’étais parfaitement conscient, comme jamais je ne l’avais été auparavant. Conscient du néant dans lequel je me trouvais. Une vacuité apaisante. Après tout, je n’avais plus aucune référence dans mon esprit pour m’inquiéter ou ressentir la moindre appréhension. Ni passé, ni futur. Je devais être mort.

[...]


Dernière édition par le Sam 5 Jan - 0:09, édité 3 fois
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 3 Jan - 0:10

[...]

*
**


Je n’ai aucune idée du temps qui a pu s’écouler à ce moment, mais petit à petit, les éléments du décor revinrent, me faisant redécouvrir mes cinq sens. Un arbre, une piscine, la grande horloge dans le salon de madame Beaumort, le bruit de la salle de réunion, l’odeur du clafouti, le piquant de mes cactus, la douceur de l’endroit. J’expérimentais un exotique désordre de sensations. C’était on ne peut plus troublant. Ressentir la caresse d’un baiser dans un décor urbain balayé par un vent montagnard glacé, en entendant le bruit du sifflement d’une théière. Je me laissais bercer par cette avalanche de souvenirs mêlés comme s’ils ne m’avaient pas appartenu.

« Monsieur Easton. C’est le moment. »

Je n’avais jamais été adepte de la consommation de stupéfiant, mais celui qui commercialiserait cette machine ferait à coup sûr fortune. Passer du plus grand abattement à l’extase absolue instantanément, voire ressentir les deux en même temps, c’est vraiment quelque chose.

« Monsieur Easton ! »

C’était certes déconcertant, mais je ne voyais pas exactement ce qu’avait voulu dire le grand noir par “ça ne va pas être agréable. Du tout.”

« Luc, aidez-le. »

Au milieu de mes hallucinations colorées je ressentis comme une présence persistante. Un poids dans l’insoutenable légèreté de mon être. Elle n’altérait en rien le mouvement de mes impressions, mais elle était là.

« Monsieur Easton. Pouvez-vous vous concentrer ? »

Me concentrer.

Me focaliser. Me focaliser.


C’est vrai. Je n’étais pas là pour me payer un fix. J’émergeai péniblement de ma transe, cependant toujours inconscient de mon véritable environnement. Ceci dit, existe-t-il un véritable environnement ?

« Monsieur Robert, Easton. Monsieur Robert ! »

Oui c’est cela. Monsieur Robert. Il faisait partie de cette clique qui m’avait mené la vie dure ces derniers temps. Si j’avais su que cet Hermann Meyer m’apporterait autant d’ennui. Quoique sachant ce que je sais, ça m’aurait tôt ou tard atteint. Le chemin qu’avait pris ma vie était peut-être le plus pénible, mais sans doute le plus long. Aujourd’hui, demain, qui sait, je serais peut-être devenu un vulgaire légume. C’est encore une perspective possible. J’ai testé les joies de l’impersonnalité. Ce n’est pas désagréable en soit. C’est simplement perdre tout ce qui fait notre unicité, notre personnalité, notre existence.

« Monsieur Easton. »

Monsieur Robert. Il ne payait pas de mine. Qu’était-il devenu ? Son arrogance l’a perdu. Je me demandais comment un homme aussi bas et quelconque avait pu rejoindre une secte aux idéaux aussi élitistes. Pourtant, tout leur petit groupe devait regorger de ce genre de paradoxe. Leur fanatisme n’était que la surcompensation de leurs craintes, de leurs faiblesses, de leurs doutes. Ils voulaient réformer le monde ? Qu’ils étaient présomptueux !

« Il s’échauffe. »

Je ne suis pas un humaniste, mais c’est sans doute parce que je n’ai jamais douté de la capacité de l’homme à attirer le meilleur à lui. Vous perdrez, monsieur Meyer ! Parce que l’Homme est un foutu individualiste et certains ne lâcheront jamais un individu pour le bénéfice de la multitude. Il y aura toujours d’autres groupes, aussi aveugles que le vôtre, qui se dresseront pour que survivent la plus petite parcelle d’individualité. Vous n’êtes pas les seuls idéalistes ! L’humanité est un équilibre instable de vos peurs.

« Luc, sortez de là tout de suite. Il dérape. »

Une déferlante de sensations s’abattit soudainement dans mon délire. Je perdis pied et me retrouvai benoitement dans un flou artistique.

Puis je ressentis à nouveau une présence, plus légère, plus douce.

«Monsieur Easton. »

Ils répétaient mon nom régulièrement comme pour me rappeler sans cesse qui j’étais.

Monsieur Robert avait bien joué la comédie mais son arrogance face au magnifique jeu d’Anaïs lui avait fait perdre pied. Il avait prononcé suffisamment de mots pour que mes inquisiteurs puissent faire se recouper tous mes souvenirs en une fresque sordide qui pointait en direction du terrible dessein du cercle Shinka.

« C’est bon. Il est dessus. »

Je fus soudain submergé par trois autres consciences dont une que j’avais déjà pu percevoir plus tôt. Ce n’était plus du tout léger. Je me sentais comme broyé par leur présence. Puis, comme si l’on m’avait planté de subtils crochets dans le crâne, mes pensées me furent arrachées, doucement mais non sans douleur. Imaginez que l’on vous arrache les cheveux un par un, mais que ceux-ci aient les racines profondes, enfoncées jusqu’au plus profond de votre cerveau. On vous les enlève péniblement, avec une lenteur quasi sadique. Le moindre élément de la scène m’était extrait méthodiquement, même certains détails dont j’ignorais l’existence. Ce ne fut pourtant pas long. Une ou deux minutes tout au plus. Mais le temps n’avait pas vraiment le même sens là.

Les présences s’éclipsèrent aussitôt. Toutes. Elles m’abandonnèrent à mon univers bariolé.


*
**


Passé un temps, la douce présence revint. Elle semblait cependant plus active que la première fois. Elle farfouillait, scrutait, étudiait la moindre de mes élucubrations.

« Monsieur Easton. »

Je sentais son va-et-vient incessant. Pesant, léger, pesant, léger. Elle s’attardait sur des détails plus ou moins signifiants puis rebondissait, retombait un peu plus loin, recommençait.

« Ça sera un peu plus long cette fois, monsieur Easton. »

Et je me fis à nouveau broyer par leurs volontés combinées. Cette fois je ne saisis pas exactement la logique du processus. Ils piquaient à droite à gauche – si tant est qu’il y avait effectivement une droite et une gauche, dans différents souvenirs relatifs aux récents évènements. C’était plus long, il m’avait prévenu. Plus douloureux également.

Ils se retirèrent enfin. Leur présence avait tellement marqué ma conscience qu’elle me semblait déchirer par leur repli. Je vis subrepticement une brèche. Une parcelle de leur vécu qui s’évanouît aussitôt.

Cette fois-ci mes souvenirs ne me submergèrent pas. Je retombais doucement dans le vide absolu.

Coupé de tout, de mon identité.

Et mes sens revinrent, plus nets, l’un après l’autre, me donnant, pour la première fois depuis ce qui m’avait parut des heures, une impression cohérente de mon environnement.

« Il est revenu.
- Bon, maintenant vous accepterez bien de manger un morceau. Ça a dû refroidir depuis le temps.
- Avec plaisir madame. »

Je me sentais bien dans ce fauteuil. Claude me regardait d’un œil interrogateur. Anaïs arborait un grand sourire de satisfaction. Les autres ne me prêtaient plus la moindre attention. J’avais tout de même quelques questions à leur poser avant que leurs estomacs ne leur volent leurs oreilles.

« Hum !
- Oui monsieur Easton ? »

Je ne sais comment, mais à ce moment je reconnus la douce présence. C’était donc le jeune gringalet aux cheveux violets.

« Est-ce toujours aussi compliqué de lire les pensées des gens ?
- Vous vous attendiez à quoi ?
- Euh…À rien en particulier mais je pensais que c’était une pratique courante chez les sorciers. »

Il eut alors un petit air amusé.

« En effet. C’est beaucoup plus simple de lire dans les pensées. Seulement nous ne lisions pas dans vos pensées, mais dans vos souvenirs. Et nous avions besoin de quelque chose de très précis. Voyez l’écran là-bas ? »

Il pointa son doigt dans la direction de la femme. Elle regardait attentivement un petit écran. Je fus assez surpris de voir ce qui s’y déroulait ; mes souvenirs passaient, comme un film en vue subjective. Monsieur Meyer, ma rencontre avec Anaïs, mon altercation dans le parc. Bref. Un petit résumé de ma vie du dernier mois.

« Et vous nous croyez maintenant ?
- Je pense, oui. D’ici une heure tous les agents propres de Prometheus auront été avertis et commenceront un grand ménage de l’organisation. La liste que vous nous avez fournie, si elle est fiable, nous facilitera la tâche.
- B…bien. Vous n’avez pas touché à des souvenirs…indiscrets, j’espère.
- Rassurez-vous, nous avons une certaine éthique. C’est à la mode de perdre tout espoir en l’humanité mais ne tombez pas dans ce travers vous aussi.
- Je n’en suis jamais sorti, pour être honnête.
- Le sentiment moral et l’honneur n’ont pas encore disparu ici-bas, vous savez ?
- Et là-haut ? »

Il esquiva mon très médiocre trait d’humour et finit de ranger le matériel.

« Je ne crois pas que cette histoire s’achève ici pour vous, monsieur Easton.
- Que voulez-vous dire ?
- Que la vie que vous avez toujours menée n’était, peut-être, qu’une infime partie du potentiel de votre existence. »

Je ne sais pas s’il avait voulu me faire plaisir en disant cela ; peut-être préférais-je tout oublié, comme me l’avais proposé Anaïs. Ou me souvenir, mais pourquoi ? Je décidai d’abandonner le dialogue, craignant le mysticisme de mon interlocuteur.

La grand-mère avait parlé d’un clafouti il me semble…


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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 3 Jan - 20:25

Séraphin
Il m’a tout de même bien sonné, le Shaaxalaxx. Mes capacités d’accélération reviendront sans doute d’ici deux minutes, juste le temps qu’il me faut pour atteindre le bureau du patron. Il est parti faire sa petite inspection là où il n’y a pas lieu d’en faire, celui-là, comme d’habitude. Il ne craint pas d’attaque, et il ne sera pas bien difficile de l’y attendre. Aucun garde, bien évidemment. Seulement un bureau, organisé à la va-vite dans une pièce meublée on ne sait pourquoi. Il y a également une sorte de grande armoire au fond, et peu importe ce qu’il y a dedans. Mais… Pourquoi a-t-on mis une armoire ici ?
Il arrive. Je le sais. Et ça lui a pris moins de temps que prévu. Mais il est encore temps d’entretenir l’effet dramatique. Tant de temps passé derrière des portes, collé à des plafonds, ou dans des conduites d’aération recouvertes des choses les plus improbables seraient enfin mises à profit. Il y a de la magie, dans le monde, mais il y a aussi des « trucs », tout comme il existe une manière de marcher et de passer devant quelqu’un telle que personne ne puisse s’en rendre compte. Je n’accélèrerai pas. Je ne suis même pas certain que cela marcherait, et, de toute façon, je ne veux pas le faire tant que je ne serai pas certain que ça fonctionne correctement.
Passer devant quelqu’un sans qu’il s’en rende compte est une technique basée sur l’habitude qu’ont les gens, quel que soit leur milieu, aux mondanités. Le patron me voit tous les jours. Il marche dans le couloir d’un air satisfait. Il le fait chaque jour, aux locaux du cercle. Et chaque jour, il me croise.

« Bonjour monsieur !
-Bonjour, Séraphin ».

Comme prévu, il m’a vu et entendu, mais ne m’a pas remarqué. D’habitude, lorsque je le fais, sitôt après être passé dans le dos de la personne que je cherche à distraire, je me mets tout de suite à courir sans accélérer, et généralement, lorsque j’entends « Hé, toi, donne-moi ton nom » dans mon dos, j’ai commencé à accélérer, et je suis presque arrivé à destination. Cette technique sert surtout pour passer une porte étroite sans la démolir, ou pour éviter de provoquer une forte explosion lorsque tel ou tel type malin et au courant de mon existence a fait mettre un gros ventilateur dans un couloir. Dans ces cas-là, si j’accélère, Je suis obligé de traverser un courant d’air solide à coups de poings, et ce n’est pas bon. Déjà que ça résiste un peu quand il n’y a pas de vent du tout… Pour la discrétion, il y a mieux. Généralement, les gros bras employés par ces types malins arrivent tout juste à traverser ces « couloirs de la mort ». Moi, sans accélérer, je peux même courir dedans.
Sauf que cette fois-ci, ce n’est pas ça du tout. Il s’agit de maintenir ma position jusqu’à ce que, arrivé à l’intérieur de son bureau, il réalise qu’il est suivi et demande….

« Séraphin, que faites-vous ici ?
-Quel dommage, j’attendais plutôt le célèbre : Hé, toi, donne-moi ton nom ! Dis-je, en entrant et en refermant la porte.
-On m’a appris qu’un groupe de mages-lutteurs professionnels tentaient un assaut de la porte. J’ai envoyé nos sorciers garder l’entrée, on ne vous a pas prévenu ? Et d’ailleurs, que fait Shaaxalaxx ?
-Si vous voulez bien, on va essayer de prendre les choses dans l’ordre. D’abord, à votre avis, comment votre groupe a-t-il pu savoir où nous étions ?
-Probablement un traître dans nos rangs. Vous vous chargerez de lui, aussi. J’imagine qu’il ne se sera pas limité à ce méfait, et d’ailleurs, les spectres ne l’attaqueront pas, si vraiment il appartient à nos rangs. Vous trouverez qui c’est et vous le tuerez, dit-il d’un ton légèrement énervé.
-Il me semble que ce sera compliqué. La porte est sur le point d’être détruite, et j’ai déjà affronté le démon. C’est un dur à cuire. En plus, je me sens un peu fatigué ».

Il reprend son calme. Il a donc saisi les perches que je lui ai tendues. Il ne mesure sans doute pas l’ampleur des dégâts, mais de toute façon, ce calme habituel ne me surprend pas. Il le conserve même dans les situations qu’il croît maîtriser. Il lui reste sûrement une carte, ce qui ne me surprendrait pas non-plus. Ou alors, il veut rester digne, ce qui, je pense, ne surprendrait que moi.

« J’imagine que vous savez que détruire la porte a peu d’intérêt. Bientôt, nous contrôlerons Prometheus Démonica, et l’expérience pourra être renouvelée sous leur nez même. Imaginez-vous vous-même que le système que je contrôle vous dépasse ? Si vous me tuez aujourd’hui, il y en aura un autre demain. Nous sommes nombreux. Vous et votre équipe, vous perdez de toute façon. Cependant, si nous vous voulions docile, nous aurions tenté autre chose sur votre misérable personne. Aussi me montrerai-je clément. Massacrez-moi ces individus.
-Et si vous me vouliez bête, vous auriez tenté la même chose, mais sur des gens comme vous, quelle que soit la « chose » que vous ayez bien pu tenter. Pensiez-vous sincèrement que j’ignorais tout du cercle de l’organisation ? J’ai volé aux plus malins, et assassiné les plus forts, pour vous. Les plus forts et les plus malins que vous vouliez éliminer savaient beaucoup de ce que vous avez voulu me faire ignorer. Et j’en ai appris un peu. Je sais que vous et votre cercle êtes incrustés à Prometheus Demonica comme la puanteur au derrière d’un putois.
-Et après ? Demande-t-il, du moins ose-t-il demandé, d’un air qui prétend ne pas être au courant.
-Le putois pue parce qu’il ignore qu’il pue. Et il ignore qu’on peut le nettoyer. Prometheus Démonica ne l’ignore plus ».

Le patron prend un air sombre que je ne lui connaissais pas. Mais il ne semble ni affolé ni paniqué. Je ne m’attendais pas à une expression de désespoir flagrant, mais c’est tout de même à se demander s’il n’était pas déjà au courant. Je continue.

« On vous a volé une liste de personnes appartenant au cercle, et de personnes qui n’y appartenaient pas.
-Et vous ?
-Je leur ai volé cette liste, et je l’ai portée à l’Innocente.
-Rasmanaël… Ils la croient vaincue, et jamais ils ne la croiront. Elle peut tromper leurs esprits et ils le savent. Comment pourrait-elle…
-Peter Easton ».

Et sur cette réplique, je réalise que je n’ai fait tout cela que sur ordre de cet homme. Il m’a ordonné de retrouver ce Peter Easton, et c’est là que tout a commencé. Le thème souvent exploré de l’Homme technologique, qui crée l’arme spécialement conçue pour le détruire. La machine qui devient un être humain meilleur que lui, et le détruit. La magie n’arrange rien au mythe, et c’est parce qu’il est Homme, et non parce qu’il est technologique, que l’Homme se détruit. C’est dans sa nature.
C’est sur cette ultime réflexion honteusement classique que je comprends que tuer cet homme fait de moi sa création. A jamais. Ma vie ne dépend pas de votre mort à vous, monsieur. Vous êtes fini. Dans quelques heures, vous serez arrêté, et moi aussi, pour complicité, s’ils me trouvent. Mais ils ne me trouveront pas. Ce n’est pas moi qu’ils cherchent.

« Et vous allez me tuer ?
-Comme vous voudrez. Si vous pensez que j’en meurs d’envie. Si vous pensez que je trouve amusant de trahir des gens que, pour certains, j’ai appris à apprécier.
-Vous vous doutez bien que je ne vous laisserai pas sortir aussi facilement. Vous ne quitterez pas cette pièce.
-Quoi que vous puissiez m’envoyer, j’ai été trop bien conçu. Vous avez échoué à votre tentative de me transformer en… Je ne sais pas trop quoi. J’ignore même qui j’étais avant, et quel âge j’ai. Il y a des limites que même vous n’avez pas été assez doué pour franchir, ni assez audacieux pour retent… »

Mon regard est soudain attiré vers l’armoire. Elle comporte un détail que, quand je suis entré, je n’avais pas remarqué. Elle fait exactement ma taille et a la profondeur d’un cercueil. Autre détail perturbant… Elle bouge.

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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Jeu 3 Jan - 20:26

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« Vous auriez osé…. »

Puis le grand choc. Je tombe à terre sans avoir eu le temps de me rendre compte que j’avais été violemment frappé à l’estomac. En me relevant, j’en découvre la cause. Moi. Du moins, on dirait moi. Exactement le même aspect, exactement la même taille. Je me regarde intensément avec les yeux d’un tigre fou et sans caractère, à la manière d’une machine à forme humaine. Jamais je n’aurais cru que ces fous retenteraient. 665 était leur seule tentative. C’est par miracle, ont-ils dit lorsque je me suis réveillé, que j’ai survécu. Un autre moi. Comment est-ce possible ? Cela signifierait-il que je ressemble si peu à la personne que je devais être à l’origine ?

« Cette fois-ci, nous y sommes parvenus. Les pouvoirs des plus puissants démons connus, insensible à l’or. Totalement invincible. Et sans rejet.
-Sans rejet ?
-C’est à cause d’un rejet que nous avons raté notre première tentative. La chance-ou la malchance- a tout de même voulu que 665 survive ».

La malchance ? Notre première tentative ? Je ne suis pas un numéro. Est-il en train de me dire qu’il comptait de toute façon me troquer contre cette brute lobotomisée ?
Lobotomisée, oui, c’est le mot. Sans caractère, et sans volonté… Un rejet, ont-ils dit.
Un… Deux… Trois. J’accélère et me retrouve avec la chose dans un monde figé. La créature m’attaque. Elle est plus rapide que moi. Le combat que nous nous livrons est inégal et ressemble plus à une lutte de chiffonniers qu’au combat des titans qu’un amateur de science fiction imaginerait. Et au terme d’une bagarre confuse, indescriptible et tâtonnante, la chose se décide enfin à me porter un coup que jamais je n’aurais pu lui porter.
On aurait cru des ondes sonores. Une magie que je sens couler en moi. Cette chose veut me broyer le cerveau. Fort de la magie insufflée en moi par le monstre, je tente de trouver le sien, mais je ne trouve que des fonctions vitales et des réflexes élémentaires. Rien d’assez complexe pour être perturbé. Rien à oublier. Juste assez peu de choses pour éviter le « rejet », je présume. Je n’y tiens plus, et me voilà réapparu dans un monde lent et actif, que je suis trop sonné pour quitter à nouveau.
La bête est là aussi. Mon double supérieur, qui n’est même pas blessé. Mon nez saigne, et j’ai pris une bonne raclée. Lui peut accélérer à nouveau. Tandis que je m’efforce de me tenir droit, lui me regarde, toujours du même air qui veut dire « Tu n’es bon qu’à explorer les conduits d’aération avec le dos couvert de blattes. La noble tâche consiste à éliminer les gens comme toi ». C’est l’air que j’ai naturellement, j’imagine. Si je survis, j’espère avoir l’occasion de le perdre. Mais c’est évident. Je suis un tueur professionnel, et j’ai un regard de tueur professionnel. Un tueur professionnel….

« Ok, dis-je dans une vaine tentative de renforcer l’effet western de la scène, t’es nouveau dans le métier. Moi, je suis un vétéran. Tu vas morfler ».

J’ai brièvement hésité entre cela et « Petit, tu es doué. Très doué. Mais tant que je serai dans la partie, tu ne seras jamais que le second ». Mais d’une part, c’aurait été de trop, et d’autre part, ça se dit après la victoire. Je sens encore l’énergie que le « réussi » a déchargée sur moi. Il me reste encore une chance. Je vois de petites veines apparaître sur ses tempes. Je sens que je vais en prendre une. Il disparaît et aussitôt, je sens le coup porté sur la poitrine. Peu importe, je l’ai localisé. Je me concentre…. Gagné.
Le démon artificiel réapparaît avec cet air froid et snob qui se transforme instantanément en une grimace douloureuse même pour celui qui la regarde. Il est pris de convulsions, et se recroqueville autour de son nombril. Son visage et ses mains, seules parties visibles de sa peau, se transforment. D’affreuses craquelures apparaissent et, dix seconde plus tard, la chose n’est plus qu’une mosaïque vivante en trois dimensions qui semble se pétrifier à mesure qu’elle se convulse. Soudain, elle s’immobilise dans une posture inimitable, contractée et figée. Les craquelures se faisant de plus en plus nombreuses et rapprochées, la créature éclate dans un fracas faisant penser à celui d’une vitre recouverte d’une fine couche d’argile frappée par le ballon de quelque enfant maladroit. Elle est morte.

« Tiens, vous avez vu ça ? Un rejet.
-Comment est-ce…
-J’ai tué des gens franchement détestables dans ma vie, mais vous, vous êtes le pire.
-Comment vous avez…
-Vous commanditez la mort de deux peuples différents.
-Le projet de toute une vie…
-Et pour ça, vous lésinez vraiment pas sur les moyens. Vous allez même jusqu’à faire des expériences pour créer des surêtres…
-La fin justifie les moyens.
-Pour leur faire faire les trucs les plus inhumains qui soient.
-Ils étaient nécessaires, dit-il en reprenant son calme.
-Ils vous proposent de vous épargner, et vous leur montrez…
-Nous épargner ! Vous êtes bien…
-Vous leur montrez qu’ils suffisent pas, que vous voulez toujours plus, comme si vous vouliez exacerber à vous seul tous les défauts de l’être humain.
-Je suppose que vous l’avez détruit en exploitant…
-Ce pourquoi moi, on m’a raté, oui. Je peux priver les gens d’une partie de leur cerveau. Je peux aussi leur insuffler une partie du mien. Son corps a pas tenu, et il y a eu un rejet.
-Ho ho, je suppose que vous l’avez achevé avec des bonnes pensées hippies et idéalistes, des bon vœux de bonheur et d’amour qu’un monstre dans volonté ne peut pas supporter, hein ?
-C’est pas vrai, mais vous êtes une caricature ! C’est les autres du cercle, qui sont comme ça. Vous croyez vraiment que si j’avais des trucs comme ça dans ma tête, je les donnerais pour euthanasier un truc pareil ?
-C’est un tueur professionnel qui dit ça.
-Vous êtes fou à lier. Voulez-vous savoir ce que j’ai donné pour la mort de votre laquais ? Je lui ai transféré mes pouvoirs. C’est ce qu’il y a de moins important dans ma tête, parce-que c’est ce que vous m’avez donné. Je ne suis pas autre chose.
-Tu es un monstre…
-Ca vous va bien, de dire ça. Remarque, vous parlez en connaissance de cause. Oui, je suis un monstre, comme il en existe des centaines. Mais c’est un honneur pour moi de ne pas être un monstre du même genre que vous.
-Qu’est-ce que tu as contre moi, au juste ?
-Vous m’avez créé, dis-je, tandis qu’il cherche quelque chose dans sa veste. Vous avez fait de moi ce que je suis. Vous avez dépassé les limites que je donne à ce qui est acceptable. Vous m’avez fait comprendre que vous le faisiez sans scrupule, et sans aucune considération pour autre chose que vous-même. Vous l’avez pu parce-que d’autres, idéalistes et plus humains, l’ont voulu. Mais vous l’avez voulu parce-que vous le pouviez. C’est ce que l’humain a de plus inacceptable. Et surtout… »

Il sort un couteau et me fonce dessus. Moi sans pouvoir, je ne peux que retenir son poignet et tenter de le dévier. Il ne me reste plus que la force d’un humain, puisque je ne tire plus profit d’aucune distorsion temporelle. La force d’un humain qui a passé sa vie à courir, à sauter, à ramper, y étant obligé même avec des pouvoirs surhumains. La force d’un humain qui a vécu seul à la force du poignet. La force d’un humain dont la volonté est à présent sa seule arme. Et c’est largement suffisant. Le coup part, dans son cœur.

« Et surtout, je n’ai jamais pu supporter votre parfum ».

Le sang coule, l’homme est mort de ma main. Le dernier de toute une carrière. Je ne voulais pas le tuer pour ne pas rester à jamais sa créature. Je l’ai tué parce que je ne suis pas sa créature. Parce que finalement, nous étions deux personnes différentes. Nos avis divergeaient. Il voulait détruire l’humanité et je l’en ai empêché. J’ai organisé la destruction de son arme secrète, et l’arrestation imminente de sa secte. Et puis c’était de la légitime défense. Séraphin n’existe plus. Je n’ai pas changé. Au fond de moi je sais que mon incapacité à vieillir, ainsi que l’inflexibilité de mes traits sont inhérents à ma condition et ne dépendaient pas de mes pouvoirs. J’espère avoir conservé ma bonne mémoire. J’ai même plus de place pour cela, désormais.
Soudain, je regarde le bureau. Il y a là un portefeuille. Une porte de sortie. Prometheus Demonica ne fait pas de contrôles d’identité. J’ouvre le portefeuille pour y découvrir la carte d’identité du patron avec dessus son nom que jamais je n’avais su. Edmond Deschamps. C’est marrant, ça. J’imagine qu’on peut le trafiquer. De toute façon, il y a de l’argent dedans.

On ne me trouvera pas. On ne me cherchera pas. Il y a toujours une sortie. L’espace d’un instant, je pense à aller trouver Shaaxalaxx, si jamais il s’en est sorti, mais je songe au danger inconsidéré qu’il y a à retourner du côté de la porte, si elle est toujours en état de fonctionnement, ce qui paraît improbable, au vu du silence qui règne dans ces galeries. Je regarde le cadavre du patron. Son principal échec fut d’avoir observé si longtemps et de ne rien avoir appris. Aura-t-il compris tout ce que j’ai fait pour qu’il en arrive là ? Je ne lui ai révélé que le quart de mes actions pour le perdre. Se doute-t-il que le tuer à ce stade des évènements n’avait plus aucun intérêt ? Pensait-il que tout dépendait de lui ? Lui ou un autre, quelqu’un aurait eu l’idée de se servir des spectres pour créer une nouvelle race d’hommes forts. Il y en aura toujours pour essayer encore, encore, et encore de faire des choses plus stupides les unes que les autres. Il y en aura toujours pour menacer les autres, pour suspendre une épée de Damoclès au dessus de leur tête, et pour se perdre dans une folie destructrice dépassant totalement ce qui était prévu au départ, comme c’était le cas pour le Cercle Shinka et son Programme Darwin. Il y en aura toujours qui passeront de l’idéalisme au fanatisme plus ou moins sans vergogne. C’est ce qui arrive, même s’il le faut, quand on donne du pouvoir et des techniques aux gens. Toujours des haines, toujours des violences, toujours des massacres, toujours des conflits d’intérêts, bref, il y en aura toujours pour fouttre la merde ; et il y en aura toujours pour s’opposer à eux, car c’est ainsi que l’Homme, au cours des âges, a appris à exister.
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 4 Jan - 15:22

Epilogues
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Lex
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 4 Jan - 15:24

Peter Easton

« Qu’est-ce que vous prendrez ? »

Je n’avais pas l’habitude de fréquenter les bars, mais je cherchais désespérément quelque chose d’humain ; le pub me semblait on ne peut plus approprié. Je n’exerçais plus vraiment de contrôle sur mon existence, et cette atmosphère pataude me rassurait un peu.

« Je vous sers ça tout de suite. »

Je m’étais installé dans un petit hôtel, en périphérie du vieux York. Ces quelques semaines passées dans un univers francophone et irrationnel m’avaient profondément épuisé. Mais au-delà de la fatigue, c’était le bouleversement de mon regard sur le monde qui m’abattait.

« Ce sera tout ? »

Les dieux avaient toujours paru m’accorder tout ce que je désirais ; richesse et puissance comme émancipation, comme garantes de mon indépendance. Je n’avais jamais songé à remettre en question mes notions les plus fondamentales et la simplicité de mon existence, sa pureté mythique avait pris des couleurs autrement plus réalistes, plus historiques.
Ces dieux, dans un éclat de sincérité m’avaient retiré tout ce qui m’avait été donné. La réflexion s’était ouverte, exerçant sa fonction destructrice, balayant ma conception de l’ordre, mes certitudes, mon aplomb. J’avais été foudroyé.

D’une certaine manière j’aurais dû être empli de gratitude ; je faisais partie de l’Histoire. Certes mon nom ne serait jamais associé à des exploits épiques, mais je pouvais me dire, au fond, que mon rôle avait été primordial.

« Oui, The Daring Pony. Amusant n’est-ce pas ? Je ne cache pas l’influence.»

Anaïs m’avait proposé un marché plus qu’intéressant : me ramener des enfers. Et, pour je ne sais quelle raison, j’avais fini par refuser.

« Vous n’êtes pas du coin vous. Votre accent à quelque chose de… de français. Vous êtes français, c’est ça ? »

Le pire, c’était que cette aventure avait déteint sur ma façon de parler.

« Vous êtes de Londres ?!
- Le monde est mal fait, je vous l’accorde.
- Non, ce n’est pas ça. C’est bien de voyager, je suppose. Vous avez vu la tour Eiffel ?
- Ce que j’ai vu était bien plus exotique. Mais oui, je l’ai vu.
- Plus…exotique ? Vous voulez dire.... ?
- Oh non. Moins amusant. Si vous voulez, je vous raconte.
- Faite donc ! Il n’y a pas grand monde à cette heure ci de toute façon.
- Et bien…J’allais à Vienne…»

J’étais d’humeur plaisante ce jour là. Je me lançai donc dans la narration maladroite de mon récit en évitant au maximum les allusions à l’anormalité de l’affaire. Pourtant, mon interlocuteur ne semblait guère gêné par ce genre de détails ; il en redemandait presque. L’ambiance du lieu et les quelques grammes d’alcool qui se faisaient la course dans mes veines aidaient largement à ma prolixité. Après un bon moment à narrer mes déboires, j’arrivai à la fin – et la faim de surcroît.

« Vous alors, vous avez une sacrée imagination ! »

Je pris gentiment congé sous le regard amusé du tenancier. Cela faisait longtemps que je n’étais plus habitué à boire, mais j’arrivais encore à maintenir un semblant de dignité.


C’est que j’avais un dîné d’affaire le soir même ; le groupe Arc n’allait pas attendre ma participation éternellement.
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Ayoju
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Lun 7 Jan - 21:48

Ken Loann
C'était fini.
J'avais encore du mal à y croire. On avait repoussé une attaque de spectres sans que la population ne s'en rende compte.
j'étais retourné chez moi. Mon vrai chez moi, pas la planque que j'avais utilisé ces dernières semaines, mais ma résidence principale. Quand j'ouvris la porte, rien n'avait changé, à part peut-être le contenu de ma boite aux lettres, pleine à craquer.
"Suis-je parti si longtemps?" me demandai-je à moi-même, les bras chargés d'enveloppes et de prospectus.
Le plus étonnant, c'est que même l'Organisation ne s'était pas inquiété de mon absence. Enfin du moins, c'est ce que je pensais... La petite lumière rouge sur mon répondeur clignotais, signe que j'avais plusieurs messages. J'enclenchai la lecture et allai me chercher une boisson fraiche dans le frigo.
"Monsieur Loann, c'est Mme Durand, votre concierge. Je voudrai vous avertir qu'un technicien doit passer dans tous les appartements de l'immeuble afin de vérifier l'installation électrique. Il devrait venir heu... Lundi prochain."
Je regardai fugitivement la petite lumière de l'appareil. Elle resta allumée, signe qu'un autre message suivait, puis elle passa au jaune vif.
- Ah, un message de l'Organisation? Ils ne m'ont pas oublié finalement.
J'entrai un code sur le clavier, ce qui enclencha l'apparition d'un lecteur d'empreinte digital. J'y aposai mon pouce afin d'amorcer la lecture du message.
"Agent Loann, nous savons que vous n'êtes pas parti en vacances comme vous l'avez prétendu. N'ayez crainte, vos soupçons étaient fondés et nous avons fait le ménage. Afin de vous le prouver, nous allons vous rendre visite dès la fin de ce message."
L'appareil émit un bip confirmant l'effacement immédiat du dit message. tel que je connaissais l'Organisation, ils avaient surement surveillé mon domicile dès qu'ils avaient compris ma petite supercherie. Au moins deux semaines après mon soi-disant départ surement, car j'avais soigneusement orchestré mes "vacances" afin qu'elles soient crédibles.
Je me dirigeai vers l'entrée et ouvrit la porte au moment précis où un homme en costume cravate allai y frapper.
- Il faut exactement 35 secondes pour monter ici depuis la rue, dis-je en guise de bonjour. J'ai fini d'écouter le message depuis 32 secondes.
- Je vois que vous n'êtes pas surpris! dis l'homme. Comme j'aurai du m'y attendre d'un agent haut placé tel que vous.
Je retournai déjà vers mon salon.
- Alors ce serait vrai? Vous avez pu finalement faire le ménage? Comment avez-vous su?
Il entra et, refermant la porte, m'expliquai:
- Nous avons mis la main sur un civil au courant de l'affaire. Après un examen approfondi de ses souvenirs, nous avons conclu qu'il disait effectivement la vérité.
Je sursautai.
- Un civil? Au courant?
Je me reprenais.
- Au courant de quoi exactement?
- De l'existence d'une secte infiltrée dans nos rangs. C'est l'Innocente qui nous l'a amené.
- L'Innocente? Qui est-ce?
Il paru déconcerté par ma question.
- Ah oui! J'aurai dû commencer par cela.
Il sortit une enveloppe de sa poche interne et me la tendit. Je l'ouvrit et lu rapidement.
- J'ai une promotion? Je suis promu au rang... B-5! En quel honneur?
- Vous avez détecté la présence d'intrus au sein même de l'Organisation et avez agi intelligemment en conséquence. Vous avez de plus entravé les objectif des dis individus. Ce qui explique votre promotion du rang D-10 au rang B-5. Cette même promotion vous donne accès à des informations classées secrètes en dessous du rang B-20.
J'étais atterré. L'Organisation avait eu vent de mes agissements et m'en récompensai. Mais seuls les dirigeants les plus haut-placés pouvaient savoir cela. Ce qui signifiait que la secte n'avait pas pu s'infiltrer aussi haut dans la hiérarchie, ce qui me rassurait un peu.
- D'accords. Et si vous m'en disiez plus sur cette Innocente.
Et il me racontai une histoire sur une jeune fille et un spectre très puissant. leur rencontre il y a plus de 10 ans et ce qu'il se passa alors.
Mais ça, c'est une autre histoire...
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 9 Jan - 21:19

-La Fasciola hepatica, ou grande douve du foie, est un plathelminthe faisant parti de la classe des …. Des ….

Je jetais mon crayon sur mes cours ouvert, dépité par mon incapacité à me concentrer sur ceux-ci. Il faut dire que j’avais plusieurs sujets de réflexion qui tourbillonnaient dans ma tête.

Déjà concernant l’ « affaire » à laquelle j’avais été mêlé quelque temps plus tôt. Est-ce que l’organisation avait-elle réussis à débusquer toutes les taupes ? Ou bien y en aurait-il encore qui se cachent, attendant leur heures ?

Et est-ce que tout le monde avait encore des doutes concernant ma cheftaine ? Et finalement, qu’est ce qui s’était passé dans ces catacombes ?

J’avais entendu un homme de l’organisation en parler, mais je ne savais rien de plus.

Toutes ces questions se tournaient et retournais dans ma tête, m’empêchant d’étudier correctement. Je regardais paresseusement par la fenêtre les rues de Paris, qui malgré l’heure tardive annonçant un coucher de soleil, étaient toujours animés. Je souris, en voyant au loin les hauts bâtiments, cachant peu à peu les rayons réchauffant d’un soleil de Juin. Je reposais mon regard sur mes cours de Zoologie, annonciateur de sacré mal de têtes, et de crise de nerf en tout genre.

Je me levais en m’étirant, sentant ma colonne vertébrale jouer des castagnettes. J’était resté un peu trop longtemps dans la même position.

-Barf, ces cours attendront bien demain, moi j’ai besoin de prendre l’air, dis-je avec un petit sourire.

J’ouvrais largement la fenêtre, et l’enjambait, balançant mes pieds au-dessus du vide s’étalant en dessous de moi. J’aurais pu décider de sauter en bas, dans la rue 4 étages plus bas, mais je préférais les hauteurs. Après un court instant d’escalade, je me retrouvais sur le toit de mon immeuble, me faisant découvrir les toits de Paris. Je souris tout seul devant mon terrain de jeux, et m’élançait à leurs conquête.
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Tchoucky
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 11 Jan - 23:13

Définitivement l'Innocente :
.
Une bulle de bonheur avait dit Madeleine.
Non.
Paris n'est pas une bulle. C'est un prisme. La réalité s'y projette et y révèle toutes ces formes. Et c'est la ville que j'ai choisie. Si j'avais voulu une bulle de bonheur, pourquoi aurais-je choisi une ville aussi pleine du mond ?Pleine du monde, du monde d'aujourd'hui, ce monde imparfait, ce monde fragile, ce monde qui nous a tant blessées, madeleine et moi. Ce monde que j'aime malgré tout, malgré lui, malgré elle...
22h, boulevard saint Germain. Mon quartier préféré, après une journée enfermée à la bibliothèque, à ranger des livres. Je marche lentement, en croisant les regards des passants, qui tantot se dérobent, tantôt passent à travers moi, tantôt s'accrochent au mien, étonnés d'être regardés. Pas encore des touristes, pas encore la saison, juste des flâneurs, qui n'ont pas envie de rentrer chez eux.
Je ne rentre pas chez moi. Pas encore. Je m'attarde devant une vitrine, sans vraiment regarder les articles qui s'y présente. Je regarde mon reflet dans le miroir. Madeleine m'a trouvée heureuse, épanouie. Moi, je trouve que j'ai juste l'air d'une femme, d'une adulte, de l'adulte que j'ai choisi de devenir. Je laisse mon regard se perdre dans le vague. J'attends.
_ Tout se perd et rien ne vous touche ni mes paroles ni mes mains... Souffle une voix par dessus mon épaule.
Je jette un oeil par dessus mon épaule. C'est un jeune homme blond, mince, à la mine agréable. Je souris et répond en tournant mon regard vers la vitrine comme pour en commenter le contenu :
_ Et vous passez votre chemin sans savoir ce que dit ma bouche. Vous êtes Jude ?
Dans le reflet je vois le jeune homme se fendre d'un large sourire :
_ Avant tout de chose, je tiens à vous dire que je suis très flatté de cette rencontre.
_ Moi de même, réponds-je machinalement. J'ai lu votre dossier, je suis heureuse de travailler avec vous. Allons-y.
Il a le bon sens de ne rien ajouter et m'ouvre son esprit. Prudement, en prenant garde à ne surprendre aucune pensée non autorisée, je crée un lien entre nos tête. Puis je m'éloigne, tandis que lui continue à contempler la vitrine.
Depuis combien de temps y a-t-il des disparitions dans ce quartier ?
Une semaine. Trois personnes, deux hommes, une femme, différents âges, même groupe sanguin.
Je sais. Même groupe sanguin que moi. Et pourquoi penser à un démon écorcheur ?
On en a repéré un à Orly il y a un mois, mais on a perdu sa trace jusqu'à présent. Ce doit être lui.Et puis, il ne se cache pas vraiment. il fait tout pour qu'on reconnaisse la pattes d'un démon, dans ces enlèvements.
Il nous provoque. Les troubles qu'il y a eu au sein de prométhéus démonica ces derniers temps ont du nous donner l'air affaiblis. Suffisement pour qu'il nous nargue, qu'il nous signale qu'ils sont toujours là, qu'ils n'attendent qu'une faiblesse de notre part pour nous mettre à bas.

Contrairement à ce qu'on a longtemps cru, boire le sang des victime n'est pas une coutume répendue, chez les démons. C'est uniquement le fait des écorcheurs, qui en ont fait un art équivalent à la gastronomie. Ils prélèvent le sang goutte à goutte et maintienne leur victime en vie aussi longtemps qu'ils peuvent.
On peut encore sauver les trois personnes.
C'est pourquoi l'on vous a choisie pour cette mission, maître.
Maître ? Au nom du ciel, appelez moi Anaïs ! Je n'ai pas plus d'ancienneté que vous dans l'organisation.
Pardonnez-moi, j'ai du mal à considérer vous années de retraite comme des années hors de Prométhéus démonica. Vous avez gardé contact avec l'organisation tout ce temps.
Si peu.
Et vous avez formé un disciple.
Pas exactement. J'ai juste sauvé la mise à un pauvre gars qu'on aurait envoyé en centre spécialisé de lycanthropie, sans moi. Et je vous promet qu'il a fallu me battre pour obtenir le droit de le former moi-même.
Il devient quoi, maintenant ?

Oh lui... Il peut se venter d'être le premier étudiant à avoir mention très bien à son année sans avoir passé un seul examen. Les mémoristes de Prométhéus démonica ont joliment travaillé. Ni mes collègues, ni les camarades et professeurs de Claude ne se rappellent de notre disparitions d'un mois. Tous sont persuadés de nous avoir vu venir travailler tout les matins, comme d'habitude...
Peut-on encore dire de Claude qu'il est mon disciple ? Tout le long de cette histoire, c'est lui qui m'a protégée, pas le contraire. Je n'ai plus rien à lui apprendre. Je ne crois pas. Bien sûr, l'organisation ne le laissera tranquille que si je continue à surveiller le dévelloppement de ses pouvoirs, mais il n'a pas besoin qu'on veille sur lui. Pas comme j'ai besoin qu'il veille sur moi...
Pas de trace de présence démoniaque pour l'instant. Il est sans doute trop tôt pour qu'il sorte. Je m'éloigne des rues passantes,en prenant garde à ne pas m'éloigner du boulevard. Tout c'est passé sur le boulevard ou aux alentours.
Tiens, je l'avais oublié, ce petit noeud dans l'estomac. le sang qui bat fort au tempe. L'appréhension, l'excitation aussi.
M... Anaïs ?
Oui, Jude ?
Je peux vous poser une question indiscrête ?
Allez-y, je promets pas d'y répondre.
Pourquoi revenir dans le service actif maintenant ? L'Organisation vous a rappelé un bon nombre de fois, depuis votre départ, et vous avez toujours refusé de reprendre du service. Pourquoi maintenant ?
Ce serait un peu long à expliquer, Jude. Mais si je dois vraiment résumer, disons que...

Je cherche la phrase en suspens.
Disons que l'exemple de quelqu'un que j'ai rencontré récement m'a ammené à remettre en question certaines choses, et je me suis dit qu'il était temps que j'accepte ce que je suis, ce qu'est le monde autour, juste parce que c'est comme ça et pas autrement. Vous comprenez ?
Pas vraiment.
Bon, un jour, peut-être, vous aurez la version longue.

C'est comme ça, pas autrement. Oh, je n'ai pas fui, toutes ces année. J'ai juste essayé une autre voie. Mais cette autre voie ne devait pas me séparer de celle que je suis depuis le début, depuis le soir ou Rasmanaël m'a bondit dessus. Quand j'étais une petite collégienne mal dans sa peau, qui rentrait à la maison en vélo.
J'ai encore tant à faire. Trouver un moyen de me débarasser de Rasmanaël, ou à la rigueur, trouver un héritier innocent qui puisse prendre mon fardeau quand je mourrait. Je n'aurais pas du abandonner cette tâche à l'organisation. C'est à moi de la faire, à personne d'autre. C'est comme ça, pas autrement.
On me suis. A vue de nez, c'est un homme, mais il n'a pas l'aura d'un homme.
Jude, le poisson a mordu à l'hameçon. Il me suit. Je me laisse enlever, et vous n'intervenez pas avant qu'il m'ai ammené près des autres victime, entendu ?
Entendu, m..., An..., partenaire.
Ecoutez, si vous tenez à me donner un titre, appelez moi cheftaine, au moins ça, j'ai l'habitude.

Je ralentis le pas, fais face à celui qui me suit, et lui sourit.
_ Bonsoir.
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Aurélien
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Ven 11 Jan - 23:14

Edmond Deschamps

Auvers sur Oise. C’est à se demander ce que je fabrique encore ici. C’est oublié, fini, révolu, tout ça… Enfin, plus oublié qu’autre chose, j’imagine. N’empêche. Ils sont arrivés juste après que je sois parti, dans les catacombes. Ils ont été encore plus efficaces que je ne l’imaginais, les bouges.
Je sors machinalement mon portefeuille de ma poche, pour la treizième fois aujourd’hui, regardant, comme d’habitude, ce vieux logo grossièrement imaginé et imprimé par ceux qui utilisaient les ordinateurs. Je n’ai jamais vraiment compris ce que ça représentait. C’était rond, et il y avait des petits traits, autour, comme pour signifier que ça brillait. Le Cercle Shinka n’existe plus, maintenant. Il a disparu comme il est venu. Par une simple idée ; celle de Peter Easton, analysée jusqu’au trognon, d’après ce que j’ai entendu lorsqu’ils sont entrés dans les catacombes. Une chance que ce bidule artificiel se soit désintégré, sinon, ils n’auraient trop su qu’en penser, et sitôt que l’un d’eux aurait vu ma tête, j’aurais été poursuivi et arrêté. Avant, ce genre d’incidents ne m’aurait pas posé trop de problèmes, mais maintenant…
Je me projetais peu dans l’avenir, à l’époque du cercle. Même les dernières semaines. Quand il m’arrivait de le faire, je savais bien que ce ne serait pas gagné. L’espace d’un instant, j’avais pensé à tenter de rejoindre leur organisation. Ce n’est plus vraiment possible, maintenant ; tout comme me jeter tête la première dans cette faille dimensionnelle avant qu’elle se referme, et tenter de m’intégrer tant bien que mal côté démons. Pas possible non plus, et puis, de toute façon, je n’aspirais pas à ça, si tant est que j’aspirais à quelque chose.
Il me vient parfois l’envie d’aller voir l’un ou l’autre et de dire « Vous me reconnaissez ? Heu, ben non, mince… Je suis le type, là, de l’autre jour… J’ai…. Heu… » Et c’est précisément pour cela que je ne l’ai pas fait. Ce sont des sujets difficiles à introduire. Et ce n’est pas mon genre. Je n’ai pas de genre. Je n’ai pas été formé pour cela.
Il y a toujours des choix à faire, dans la vie. Des malheurs qui nous tombent dessus, et dont nous seuls pouvons nous préoccuper ; des petites choses personnelles qui font d’une existence ce qu’elle est. Des joies, des peines, des rebondissements, et même parfois des longueurs. Rien de bien méchant à cela. Pour moi, c’était la première fois, voilà tout.
Le train arrive, et je n’ai rien à faire ici, je vais donc le prendre. J’ai de l’argent, et je pourrai sans doute trouver du travail, un jour. Oh, ce n’est rien qui puisse vraiment me détruire. Sans passé et sans futur, c’est ce que j’ai toujours été, et peut-être ne le resterai-je pas éternellement. Sans logis, je ne l’ai jamais été, aussi loin que je me souvienne. C’est une nouvelle aventure, et ça, pour le coup, ce n’est pas nouveau. Des aventures, j’en ai toujours vécu, et j’ai été formé pour ça. Je suis habitué à l’inhabituel, et je sais prévoir des réactions adoptables face à l’imprévu. C’est ma spécialité. Je trouverai bien ma place un jour dans cette société que, même à l’époque du cercle, j’ai appris à apprécier. C’est ma nouvelle mission, si je l’accepte. Et je l’accepte, car, cette fois-ci, je l’ai choisie.
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Marc
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 15 Jan - 0:34

Elix Hérès

Dans le sol. Dans la lave coulant tout autour de moi. Dans l’air, saturé de gaz. Partout, je sentais la magie naturelle de mon monde. J’avais l’impression de sentir mon corps vibrer au milieu de ce pouvoir qui s’écoulait comme les torrents de lave sous moi. En quelques battements d’ailes, je m’élevais jusqu’à la couche nuageuse obscurcissant continuellement le ciel au dessus des Terres Enflammées. Retenant mon souffle pour ne pas respirer les vapeur toxiques constituant ces nuages, la défense naturelle de ce continent, je continuait de monter. Lorsque enfin je crevais la mer gazeuse pour déboucher dans le ciel, je me sentis presque euphoriques en sentant sur ma peau et mes cristaux les rayons de nos trois soleils. Je restais quelques instant immobiles, à absorber cette lumière, source de mon pouvoir et de celui de ma race. Puis, ne pouvant retenir mon impatience, je pivotait sur moi-même et partis vers le Nord.
Je volais ainsi longtemps sans changer de direction, n’ayant aucun point de repère dans la masse sombre qui ondulait sous mes ailes. C’est en sentant des esprits effleurer le mien que je su que j’arrivais à la frontière. En un instant, je modelais mon esprit, lui donnant la même forme que celui des gardes qui me sondaient. Puis, concentrant mon pouvoir, je déviais la lumière pour me rendre invisible.
Je n’ai pas tant rouillé que cela, pensais-je en sentant les sondes se rétracter sans hostilité de mon esprit.
Je passai donc sans problème la frontière et arrivai en vue de la Désolation Glacée. Les terres des miens n’avaient pour ainsi dire pas changé. Les glaces éternelles qui le recouvraient étaient toujours intactes, et je voyais les formes des pics de glaces se profiler au loin. Lorsque j’arrivais au-dessus de ces cinq glaciers géants, effilés comme des griffes, je bifurquais vers le nord-est, vers l’Océan Silencieux et, au-delà, vers la capitale. Vers Aureus.

A peine avais-je aperçue la ville que je me posais, préférant finir le chemin à pied, prenant ainsi le temps de réfléchir. Etait-il vraiment sage de me présenter ainsi aux portes d'Aureus ? Sept siècles s'étaient écoulés depuis mon départ. Certaines dynasties avaient moins duré que cela. Et quand bien même l'Héritier n'aurait-il pas changé, certains esprits verraient mon retour en fanfare comme une excellente occasion de tendre une embuscade et d'ainsi non seulement supprimer un démon majeur loyal à l'Héritier, mais aussi empêcher certaines nouvelles d'arriver aux oreilles de mon seigneur.
Jouons la prudence…et jouons tout court
C’est donc camouflé sous l’habile illusion d’un corps difforme, et ayant diminué au maximum mon aura, que je me présentai aux portes sud de la ville. Les quatre démons la gardant s’assemblèrent aussitôt autour de moi, de mauvais sourires plaqués sur leurs visages aux traits brutaux. Le capitaine, reconnaissable à un galon tatoué sur son épaule, m’apostropha.
_ Dis-moi, petit inférieur, ignores-tu que l’accès à la cité n’est pas autorisé à la vermine ?
_ Pardon, messire garde, répondis-je. Mais je suis serviteur au sublime Palais Cristallin. J’ai été acheté il y a quelques temps, et je viens me mettre au service de mon maître.
_ Ha ouais ? Et qui est ton maître ?

Poussant un soupir, je haussai les épaules. Le capitaine partit d’un rire gras, et leva le bras pour m’empoigner. D’un seul mouvement, j’attrapais et brisai le membre, puis appliquai fermement ma paume gauche sur son front. Son rire se mua en grimace, puis il se mit à crier lorsque ma marque de rang lui brûla le visage, s’y imprimant. Lorsque j’enlevais ma main, il tomba à genou, prenant sa tête dans ses mains. Alors, tandis qu’autour de moi les trois autres sortaient leurs armes ou concentraient leur maigre pouvoir, je projetais contre eux ma volonté, écrasant leurs esprit sous le mien, puis me rétractai aussitôt. Je voulais les assommer, non les tuer. Vérifiant que la scène n’avait pas eu de témoin, je repris ma marche, et entrai dans la cité.
La ville était bruyante dans ce quartier, comme d’ordinaire. Une foule de cristallin et, parfois visible parmi eux, quelques Artisans, parcouraient l’avenue des Fêtes. Des divers établissements fermés s’échappaient de la musique ainsi que quelques clients. Sur les terrasses des tavernes, les miens buvaient, bavardaient, riaient, dansaient, se bagarrait de façon sanglante. A plus d’une reprise, des fêtards me firent signe ou m’appelèrent, scandant un « Hé ! Demi-portion ! Vient boire un coup ! » Qui pouvait aussi bien être une réelle invitation qu’un piège pour dépouiller puis massacrer un nouvel arrivant. Ignorant cela, je tendais l’oreille, captant autant de conversation que je le pouvais et analysant leurs paroles pour en tirer quelques informations. Je sus ainsi que peu de choses avaient changé au palais. Les nobles complotaient, jouaient aux Jeu des Influences, se disputaient la gloire aux Combat Artistiques et pratiquaient des actes barbares qu’ils qualifiaient de « divertissant ». Rien de nouveau. Ce qui me surprit agréablement fut de savoir que la couronne comptait maintenant un prince, dont le nom était Aïon, fils d’Héritier. Le gamin marchait apparemment vers son premier siècle, et semblait promettre beaucoup. Néanmoins je fus quelques peu refroidi par la rancœur ou le mépris contenus dans les paroles concernant l’héritier de la couronne de diamant. Etait-il si mauvais que même les démons le relevaient ?
Peu importe, pensais-je. Le principal est que je suis à présent bien éloigné de la couronne. Brave petit.
Ayant récolté suffisamment d’information, j’accélérai le pas, remontant les diverses rues et traversant les quelques grandes places jusqu’à arriver, enfin, en vue du palais Cristallin.

C’était, et c’est toujours, un prodige du génie artistique né de l’alliance millénaire entre les Cristallins et les Artisans. Ses tours et spires élancées, montant jusqu’à presque mille mètres, étaient reliées entre elles par d’élégants ponts entourées de gracieuses courbes de glaces éternelles. Plus bas, les bâtiments étaient dotés de colonnades de cristal ouvragées, d’arches sculptées. Vers l’est, les Jardins aux Milles Reflets étendait leur splendeur, tandis qu’à l’ouest, un bâtiment bas mais impressionnant de force gardait en son sein la Grande Bibliothèque des Erudits. Au centre de cette illustration de l’élégance se dressait le noyau de l’édifice. Une coupole immense, montant doucement en son centre vers les cieux, et se terminant par une aiguille à large base de pouvoir pur, solidifié. De Ce pic, des sculptures avaient été extraite et modelée par toute une lignée d’artiste pour adopter la forme de chaque Héritier ayant porté la Couronne de diamant. Immortalisés dans toute leur gloire, ils regardaient au loin, leurs yeux angulaires montrant toute la puissance qu’ils avaient pu posséder.
Massives et si épaisse qu’elles en devenaient opaques malgré leur composition diamantaire, les portes n’en étaient pas moins aussi belles que ce qu’elles protégeaient. Sur chaque battant était gravé le symbole de la nation cristalline : Une énorme créature de cristal ressemblant à une de ces bêtes mystiques que les humains nommaient griffon. En m’approchant d’avantage, je pus voir les milliers de runes protectrices couvrant les jointures des battants intactes malgré les milliers d’années de guerre qu’avait subie la capitale des Cristallins.
Cette fois, c’est une unité entière de la garde diamantaire qui m’accueillit. Ce fut tout à fait différent. Je dus réprimer un sourire en reconnaissant le vieux Harmdan qui s’avançait vers moi. Malgré son illustre réputation, son grade de Commandant en Chef de la Garde diamantaire et son titre de meilleur combattant du continent, c’est avec une courtoisie sans faille qu’il s’adressa à moi, me demandant pour quelle raison je me présentais à la cour. Sans le moindre geste brusque, je m’approchais de lui.
_ Je rentre chez moi, murmurai-je en réponse.

Il haussa un sourcil, puis me regarda plus attentivement, analysant sans doute les ondulations de mon aura. Ses yeux s’agrandirent alors quelques peu et, l’espace d’un instant, le plus strict des commandants de la nation sembla sur le point de perdre son sang froid.
_ Gardez le sermon encore quelques temps, cher maître d’arme, dis-je avec amusement. Puis-je entrer ?
_ si vous ne le pouvez, personne ne le peu, répondit-il en souriant. Puis mettant en service sa voix de stentor, il ordonna : Ouvrez les rangs !

Un nouveau sourire joua sur mes lèvres lorsque je constatai la discipline de son contingent. Sans doute étaient-ils ahuris de voir leur commandant ouvrir le passage à un inférieur, mais c’est prestement et dans un ordre parfait qu’ils s’alignèrent pour me laisser passer. Faisant un geste par-dessus mon épaule, je laissai mes souvenirs me guider, et marchai vers le dôme des Héritiers. Je dus prendre quelques détours pour éviter certains courtisans qui, je le savais, risquaient de me causer problème mais, après plusieurs habiles esquives, je me mêlai à la foule des demandeurs d’audience. Tout en attendant mon tour, je pus regarder à loisir les changements. De nombreux visages m’étaient inconnus, ce qui n’était pas inquiétant au vu du temps que j’avais passé parmi les humains. La plupart de ces nouveaux courtisans étaient jeunes, sans doute des enfants de nobles s’étant joint à la cour pour y apprendre la vie de courtisan. Lorsqu’il n’y eu plus qu’une vingtaine de quémandeur devant moi, je pus enfin voir l’estrade ou se tenait l’Héritier, et la famille royale.
Sans que je m’en rende compte, mon regard survola l’estrade, cherchant une personne en particulier. Je me maîtrisai aussitôt, sachant que plusieurs personnes devaient être en ce moment en train de fixer l’inférieur qui avait pu, par on ne sait quel miracle, entrer au palais. Je baissai donc les yeux un instant, avant de reprendre plus calmement mon observation. Au centre de l’élévation, écoutant avec patience la requête en cours, l’Héritier était une force tranquille. Son aura invisible de titan ondulait calmement, sans à-coup. À son côté, la reine arborait le même visage impassible que dans mon souvenir. Une beauté extraordinaire d’indifférence. Derrière elle, ses demoiselles servantes et gardiennes se tenaient debout, drapées dans la même indifférence que leur maîtresse. Et parmi elle, je la vis. Il me fallu toute ma volonté pour me retenir de m’élancer vers elle, et je dus fermer les yeux pour réussir à les baisser.

En relevant les yeux, je les braquai résolument vers l’autre côté de l’estrade, observant le nouveau prince, assis au côté de l’ambassadeur Artisan. Le jeune Aïon était avachis dans son fauteuil, faisant puérilement montre de son ennui. Contrairement à son père, son aura bouillonnait et, même si sa puissance était grande, il était manifeste qu’il était loin d’avoir la maîtrise d’un prince.
Enfin, ce fut mon tour, et je fis aussitôt mon petit effet. A présent tous regardaient l’effronté inférieur difforme s’approcher de la marque désignant l’emplacement d’audience. Sachant que le moindre regard de travers trahirait mon identité, je baissai humblement la tête et pris l’inspiration de celui qui va parler.
_ C’est intolérable, s’exclama alors le prince en se levant.
Avec un orgueil manifeste, et sans accorder un regard à son père, il descendit les marches de l’estrade et se planta à une longueur de lance de moi.
_ Quel est l’auteur de cette blague ? Comment a-t-on osé laisser un inférieur entrer ici ? Et le laisser prendre audience, qui plus est !
_ La loi ne dit-elle pas que tout Cristallin a droit à la parole devant sa Majesté ? Et quand bien même l’on me jetterait dehors, c’est à sa Majesté l’Héritier d’en prendre la décision.

Aïon se raidit, et je me rendis alors compte que, même si j’avais gardé la voix de mon illusion, mon ton avait été clairement celui d’un aîné réprimandant son cadet.
J’ai passé trop de temps parmi les humains, pensais-je en voyant le prince grincer des crocs sous l’humiliation.
_ Comment osez vous…gronda-t-il en levant le bras. Je vais vous faire…

Poussant un soupir, je décidai de le couper dans son élan, et me redressai souplement, rompant l’illusion m’entourant et déployant à nouveau l’aura du démon majeur que j’étais.
_ Je vous salue, mon oncle, dis-je d’une voix claire.

Mon oncle, Héritier et seigneur des Cristallins, n’eut pas le moindre tressaillement. Il fut bien le seul. La salle entière résonna d’exclamation de stupeur, et l’impassibilité de la reine s’effondra alors qu’elle se levait, les yeux écarquillés. Promenant mon regard autour de moi, je constatai la surprise générale, puis revint vers mon jeune cousin et haussai un sourcil. Figé, ne me connaissant pas mais m’ayant entendu appeler son père « mon oncle », il semblait hésiter sur la conduite à adopter. Me désintéressant de lui, je passais devant lui et m’avançais vers l’estrade. Croisant le regard de mon oncle, je tirai Leïnyel de mon aura, et m’agenouillait en la déposant devant moi.
_ Bon retour parmi les tiens, Elix. Nous nous réjouissons de te revoir.


Dernière édition par le Mer 16 Jan - 22:29, édité 2 fois
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Marc
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mar 15 Jan - 0:35

A peine mon oncle avait-il prononcé ses mot que mon nom résonna dans mon esprit. Levant la tête, je la vis contourner le siège de la reine et s’élancer vers moi, passant d’un bond les marches de l’estrade. Je me redressais aussitôt, et l’étreignis avec autant de force qu’elle s’agrippa à moi en répétant mon nom. De nouvelle exclamations, d’indignation cette fois, résonnèrent, mais je n’en avais cure.
_ Mon aimée, murmurais-je, ivre de bonheur. Mon aimée.

Nous restâmes enlacés moins d’une minute, mais je me sentis alors complet. M’écartant légèrement d’elle, je me tournais vers le couple royal. Mon oncle s’était lui aussi levé. La reine, elle, montrait une angoisse que je ne lui connaissais pas. A nouveau, je mis un genou en terre, souffrant de ce que me devais de leur annoncer.
_ Elix…commença mon oncle.
_ Je me présente seul à vous, majesté, l’interrompis-je douloureusement, pour vous confirmer l’échec de l’invasion qui a commencé il y a sept siècles, dans le monde des humains. Je souffre également de vous annoncé la mort de votre fils, le prince Arsilion.
Un profond silence succéda à ma tirade. Une exclamation étranglée échappa à la reine. La gorge nouée, j’attendis que l’héritier prenne la parole.
_ Combien ? Demanda-t-il enfin. Quelles sont nos pertes, pour cette guerre ?
_ Lorsque j’ai réussi à Passer, il y a deux jours, j’ai estimé le nombre de démon encore vivant dans le Réel.
En un éclair, je pensais au cercle Shinka, au démon dont Cidolfas, Ken et moi avions découvert la dépouille, puis aux nombreux artefacts dont ces fanatiques s’étaient servis pour ouvrir la porte entre les mondes.
_ Si je ne me suis abusé, il ne reste plus que trois cents démons, cachés dans cet autre monde. Peut-être moins.
_ Trois cent, répéta l’héritier à vois basse. Et le prince…

Pour la première fois, je vis mon oncle accuser le coup, puis s’asseoir sur le choc. Dans l’assemblée, plusieurs cris de désespoir s’élevèrent. La voix de la reine s’éleva alors, brisée par le chagrin.
_ Comment, Elix ? Par le Grand Pouvoir, comment mon fils a-t-il pu mourir ?

Ce fut comme si elle m’avait enfoncé un poignard d’or pur dans les poumons. J’avais laissé mon prince mourir. J’avais failli à mon devoir.
_ C’est sous l’assaut d’une communauté de sorcier que le prince tomba. La défaite était alors assurée. Nos forces se dispersaient et mourraient sous l’or des humains. Notre groupe ne comptaient que onze Malins, sept guerriers, dont le prince Arsilion, et phébos, le prince Artisan. Le combat dura, mais l’ennemi avait l’avantage du nombre, et nous étions fatigués de cet incéssant combat. Le prince Arsilion…Le prince nous donna l’ordre de fuir, à l’un des Malins et moi, et d’emporter en sécurité le prince Phébos. C’est en nous couvrant... qu’il fut frappé par l’ennemi.

Je me tus, ne pouvant continuer, n’osant plus parler. Je pensais alors aux si talentueux prince Phébos, et à ce Malin Architecte. Je voyais le prince murmurer à l’oreille de l’humain des mots dont je n’avais pu percevoir la teneur, trop occupé à nous protéger tous les trois. Je le revis mourir sans lâcher la main de l’homme. Avec amertume, je compris enfin. Un Malin Grec, possédant quelques pouvoirs d’Architecte. Et un prince Artisan.
Si vous saviez, Cidolfas.

_ Relève-toi, Elix, fit mon oncle, me tirant de mes moroses réflexions. Que peux-tu nous dire des humains d’aujourd’hui ?
_ Ils ont beaucoup évolué, répondis-je, comprenant la raison de cette question. Leur durée de vie a beau être courte, ils l’ont bien employée. Leur technologie s’est développée de façon impressionnante en moins d’un siècle. Et leur nombre a doublé.
_ Doublé ? S’exclama un courtisan.
_ Oui, doublé, répétais-je. Ils sont à présent six milliard. Soit cent fois plus nombreux que nous. Aujourd’hui, à moins que nous ne possédions un vaccin contre l’or, nous ne sommes pas en mesure d’envahir leur monde. Mais ne perdez pas espoir ! Lançais-je aussitôt en voyant les regard se teinter d'amertume.

Mon oncle se redressa. Dans la salle, tous les regards s’étaient tournés vers moi, et le silence était palpable.
_ Les nôtres resté dans cet autre monde ne sont pas perdus. Certes nous ne pouvons leur ouvrir la voix vers nous par la force. Nous ne pouvons mener une guerre victorieuse contre l’humanité. Mais il existe un autre moyen pour sauver nos frères…
_ Lequel ? Tonna mon oncle. Parle, Elix.

Fermant les yeux une seconde, je pensais à l’Organisation, sans doute a présent purgée de la secte. Je pensais à Cidolfas, à Ken. A cette franche amitié que j’avais développée pour eux. Pour mes frères d’armes. Alors, rassemblant ma volonté pour l’instiller dans mes paroles, je lançai un regard doux à celle qui possedait mon âme et créait, dans ma langue natale, un mot nouveau.
_ La Paix.


Dernière édition par dadmax le Mer 11 Juin - 10:42, édité 1 fois
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ChaoticPesme
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 16 Jan - 21:32

Cidolfas Minos :

_ Elias, je t’ai dit de mettre la table !
_ Et moi je t’ai dit d’aller te faire…
_ J’irais nulle part et toi non plus tant que tu m’auras pas mis cette table ! Si tu continue comme ça, je te consigne dans ta chambre et plus de jeux vidéos !
_ M’en fiche, je casserais tout !
_ Je m’en fiche aussi, ce sera tes affaires que tu casseras, pas les miennes !
Visiblement, mon air désintéressé l’avait assez marqué pour qu’il se taise. Je pouvais me désintéresser suffisamment de la valeur des objets et des meubles dans cette maison, étant donné que j’en avais syntonisé moi-même plus de la moitié à partir de trois fois rien. Il tourna les talons, se dirigea vers la cuisine et pris dans les tiroirs des assiettes et des couverts. Ouf, enfin.
Je ne savais pas tellement comment me comporter, avec un tel garnement, si je devais plutôt jouer les pères ou les grands frères… A défaut de conseils pratiques, j’avais décidé de faire les deux en même temps. Je ne regrettais pas d’avoir adopté ce garçon, mais j’avais parfois l’impression que même si mon ennemi de toujours ne le possédais plus, je venais de me faire un autre ennemi sans le vouloir. Elever un garçon qui n’avait que quelques années de moins que moi n’était pas chose facile, malgré mon expérience de la vie.
« Adopté », c’était un bien grand mot… « Enlevé » aurait été plus juste. J’ignorais si l’organisation de Prométhéus Demonica continuait à le chercher, c’était pour cette raison que j’avais décidé de ne pas retourner en Grèce avec lui. Il me fallait choisir un lieu qui soit à la fois assez éloigné, mais pas trop de l’Organisation, et je m’étais dit… Pourquoi pas le Nord de la France ? Je n’avais aucune idée de ce qui m’avait poussé à choisir cette région, mais après quelques semaines passées sur place, je ne regrettais pas… Enfin si, je regrettais juste une chose, ou plutôt, deux : Le départ d’Elix vers son monde – Je n’aurais pas cru qu’un démon me manquerais un jour – et Ken. Lui avait sans doute dû retourner dans l’Organisation. Cependant, je devais avouer que le fait d’avoir un petit frère, même très turbulent, compensait ce manque.
Ce garnement, justement, se mit bruyamment à table en croisant les bras, apparemment il boudait grossièrement. On m’avait que seul pouvait être possédé, un humain qui avait perdu son innocence… Je pense que si je ne prenais pas les devants en syntonisant discrètement ce dont il désirait (sans excès tout de même), je pense qu’il aurait fini par voler à l’étalage, même dans un village relativement retiré comme Aubers.
J’apportait le poulet rôti sur la table et me mit à manger sans l’attendre. Au bout de quelques bouchées, je lui dit :
_ Si tu continues à croiser les bras, tu ne pourras pas manger et je finirais tout à ta place !
Il me regarda un instant, puis il prit un air résigné en prenant sa fourchette. Je ne pus pas résister au fait de lui sourire et de lui ébouriffer les cheveux, puis de le regarder agiter la tête en essayant de m’échapper.
« Aller, pensais-je, j’y arriverais, j’arriverais à en faire quelque chose de ce gamin ! »
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Kallisto
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MessageSujet: Re: Programme Darwin   Mer 16 Jan - 23:48

Klara Beaumort


« Bonjour Madame Beaumort ! Ca faisait un petit temps qu’on vous avait pas vu, dites-moi !
Je ricane à l’exclamation du boucher.
- C’est que j’ai eu de la visite, voyez-vous.
- Oh ! Une bonne chose, ça ! Et avec le faux-filet.. ?
- Rien d’autre, merci. »
Je tends mon pauvre billet. Bon Dieu, qu’est-ce que ça coûte cher ces cochonneries-là ! Tout augmente de toutes façons. J’aimerais bien savoir quand est-ce que les « grands de ce monde » bougeront le petit doigt pour nous.
Ah… Ce pauvre Peter est sensé faire partie de ces gens-là. Mais vu ce qu’il a vécu, je pense qu’il a quelque peu ouvert ses mirettes sur son monde doré.
Bon, j’ai tout. Demain, Anaïs vient manger avec son nouveau coéquipier et le loup-garou. Pas question que je rate quoi que ce soit ! Ils vont voir les jeunes comment je me débrouille.
D’ailleurs, il faudra que je demande à ma petite-fille de venir avec moi au jardin de Claude Monet. Y a que là où je peux trouver des graines potables pour le jardin. Depuis le temps que j’y suis pas allée…
Quelle chaleur ! J’espère qu’on ne va pas devoir se farcir une canicule. Pas envie de supporter une personne de la mairie, qui vient m’embêter tous les matins pour voir si je suis pas encore morte. Ils ne doivent pas connaître le proverbe : « Ce sont les chiants qui vivent le plus longtemps », tiens.
Mais je vais pas me plaindre. ‘Fait beau, c’est l’important. Et puis j’ai repris ma petite vie tranquille. Plus d’histoires de sectes, de bonhommes bizarres, d’objets qui fouillent le cerveau… Non, ça existe encore. Et, à vrai dire, ça ne me dérange pas. Au moins, je vis mes livres. Ca change du Télé 7 jeux ou « Des chiffres et des Lettres ». Je dirais même… que ça m’a plu tout ce bazar.
Ah ! Et voilà que je débloque ! Mais je tourne pas rond, c’est pas possible ! Ca doit être la chaleur. Vivement que je soit chez moi, que je me repose un peu.
Je passe devant un square. Une bonne femme en sort, avec un gamin. Il doit pas avoir plus de huit ans. C’est le bel âge, quand on vous laisse en paix. Par contre la mère est pas mal dans son genre. Un œil au beurre noir, un pansement sur le bras, maigre comme un coucou. Sûre que son mari ne doit pas être un tendre. Le fiston tiens sa mère et la traîne presque tellement elle a l’air épuisée. C’est dur d’être mère, hein…
Je les croise au milieu de la rue. J’ai juste le temps d’entendre le petit chuchoter :
« Tu sais Maman, quand je serais grand, je ferais un monde parfait… »
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