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Les chapitre 17 et 18 de Nimrodh les oubliés en ligne sur le site d'Écritures plurielles !

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 Full Metal Chessboard

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ZunuS
Perplexman
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Localisation : Vous savez ce que je vais vous répondre, non ?
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MessageSujet: Full Metal Chessboard   Mar 26 Juil - 18:26

I - Ouverture

L’aube commençait à poindre à l’horizon, éclairant progressivement les massifs de fougères et la forêt en contrebas. Le ciel était totalement dégagé ; seules quelques traînées de vapeur blanche qui se dissipaient peu à peu venaient obscurcir le paysage ambiant. Quelques chants d’oiseaux en fond sonore, un léger bruissement de feuillage caressé par le vent. Rien ne laissait présager la moindre perturbation à venir. Pourtant…

Le roi Blanc gratta nerveusement les poils de son abondante barbe blonde, et se retourna vers la reine :
_ Ma mie, mon adorée, je sais que tu ne souhaitais pas prendre part à ce conflit, mais tu es mon plus fier atout dans cette guerre. Me suivras-tu jusqu’au bout de cette périlleuse entreprise ?
_ Evidemment, mon sucre d’orge ! répondit-elle tout en mâchant son chewing-gum. Jamais je ne te laisserai seul face à cette tronche de cake. D’ailleurs, quand est-ce qu’il ramène ses fesses celui-là, ça va bien faire une demi-heure qu’on l’attend sans bouger. Tu ne voudrais pas l’appeler, une fois ?
_ Laisse-lui le temps, ma chérie, laisse-lui le temps. D’ailleurs, je crois bien que j’aperçois au loin son avant-garde.

En effet, au loin dans la plaine s’élevait une brume épaisse, annonciatrice de la venue des Noirs. Déjà on pouvait apercevoir les reflets sombres de leurs armures illuminer d’un sinistre éclat l’ensemble de la vue. Les huit fantassins s’alignèrent sur une rangée, à quelques pieds des huit soldats blancs qui abaissèrent comme un seul homme la visière de leurs casques. Les deux tours se positionnèrent à chaque extrémité, puis ce fut le tour des chevaliers, qui caracolaient comme à leur habitude. Les fous arrivèrent en pas chassés, en haranguant les troupes avec force :
_ Hardis, mes amis ! Sus à l’infâme envahisseur pâlichon ! Nous vaincrons, nous vaincrons !
Enfin, le couple royal se positionna au centre, complétant l’unité des troupes adverses. La reine Noire brandissait une gigantesque lance d’airain, dont la longueur fit frémir même les soldats ennemis. Le Seigneur Noir réajustait tranquillement son bouc, déformé par un rictus de satisfaction. Il dégaina son épée et la tendit vers son adversaire. Le roi Blanc tressaillit : cette fois, ils allaient en découdre une bonne fois pour toutes.

_ Blanc ! Oui, c’est bien à toi que je parle, seigneur de pacotille ! Je suis venu reprendre ce qui me revient de droit ! Prétends-tu toujours que l’ensemble des 64 parcelles appartient à ton royaume ?
_ Plus que jamais, misérable félon ! tonna le roi Blanc d’un air de défi. Ces parcelles rapportent plus de blé que toutes les autres provinces de ton royaume, et c’est la seule raison pour laquelle tu cherches à les annexer ! Mais toutes ces bases appartiennent à nous, et je saurai te faire entendre raison, fieffé maraud !
_ Alors qu’il en soit ainsi ! hurla le roi Noir. Taïaut, mes frères ! Massacrez-moi cette vermine, et Dieu reconnaîtra les siens ! Pour une grande justice !
Une grande clameur monta, et tous les soldats se lancèrent à l’assaut de… Attendez, non… Il n’y en a qu’un seul qui s’avance. De deux pas en avant. Les autres sont tous figés, et le regardent, l’air impassible.
_ Mais dis-moi, très cher, demanda Blanche tout en soufflant une bulle, qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

_ Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Je croyais que c’était un jeu marrant avec de la baston, et toi tu me fais du tour par tour ? C’est nul !
_ Ecoute, on parle des échecs, ok, des échecs ! C’est un jeu qui doit avoir au moins mille ans, alors si tu t’attendais à Street Fighter il fallait y penser avant…
_ Non mais t’inquiètes, je sais bien, je disais juste ça pour te charrier… N’empêche que c’est super figé comme mode de jeu, ils devaient s’ennuyer ferme au Moyen Age, tu ne crois pas ?
_ Ouaip… En attendant c’est à toi de jouer.
_ Attend, attend, laisse-moi me concentrer… Faudrait essayer de jouer à l’instinct, sans trop réfléchir, pour que ce soit comme une vraie bataille ! Alors, voyons voir…


Le soldat noir situé juste en face de celui qui s’était avancé quelques secondes plus tôt fit lui aussi deux pas en avant, en grommelant. Il donna un grand coup de hallebarde dans la direction de son adversaire, mais la lame ricocha contre l’épais bouclier blanc du soldat ennemi. Il continua à frapper à moultes reprises, sans succès : le bouclier était bien trop résistant pour être transpercé par la lame.
_ Fichtrebite ! s’écria le fantassin noir en abaissant son arme, se mettant en position de défense au cas où le coup suivant le menacerait. Il venait de comprendre la diabolique stratégie de son adversaire : en choisissant cette plaine quadrillée pour se battre, les Blancs forçaient les soldats des deux camps à n’avancer que dans une seule direction, faute de quoi ils feraient obstacle au reste de la ligne de front, mais l’imposant bouclier manié par chacun des soldats empêchaient l’adversaire en face de lui de lui porter un coup direct. Le soldat noir ne pouvait espérer atteindre que l’homme qui se présenterait à sa gauche ou à sa droite, en portant un coup au flanc. Résigné, il attendit la prochaine attaque des blancs.

_ Dis donc, Jojo, t’as vu Bébert ? dit l'un des pions noirs à son voisin de gauche. Il y a pas été de main morte, et pourtant l’autre gars d’en face s’est pas démonté !
_ Tu l’as dit, Bouffi ! On aura du mal à les atteindre, ces maudits blancs-becs… Enfin, eux non plus n’auront pas la tâche facile, vu qu’on a les mêmes boucliers qu’eux. D’ailleurs c’est curieux, d’un côté comme de l’autre les hommes de même rang ont exactement les mêmes armes ! Tu ne trouves pas ça bizarre, toi ?
_ Oh, laisse tomber, il n’y a pas des masses de forgerons dans le coin, on a dû aller chez le même, voilà tout… En tout cas c’est vrai que la peinture était une bonne idée, sans ça il serait impossible de reconnaître qui est qui !
_ C’est pas faux… Attend, on discutera plus tard, les blancs contre-attaquent !

Un nouveau soldat blanc s’était avancé sur le champ de bataille, dressant fièrement son arme vers l’homme d’en face. Aussitôt, un fou noir sortit du rang en diagonale, titubant quelque peu, et tira la langue en direction du roi Blanc.
_ Tss-tss, s’écria Blanche, aucune éducation ces bouseux, je te jure…
_ Je vous en prie, ma chère, lui souffla le roi, nos hommes ne sont guère plus courtois vis-à-vis de notre adversaire…
La reine haussa les épaules et ordonna à un nouveau soldat de s’avancer. Elle trépignait dans son armure. Le roi frémit : le sang allait bientôt couler…

_ Ben alors, tu voulais pas me prendre mon fou ? Tu manques d’imagination, jeune padawan…
_ Ah, mais je voulais voir ce que tu comptais faire avec ton fou, mon gars ! Tiens, j’avance encore celui-là…
_ Et tchac ! Je te le bouffe !
_ Ah, salaud, tu m’as eu ! Allez, tiens, pour la peine…
_ Ah non, pas celui-là ! Attends un peu, avec le cavalier…
_ Je te pile mon gars, qu’est-ce que tu crois ? Tiens !
_ ARGH ! Mais on a le droit de faire ça ?
_ Bien sûr qu’on a le droit ! Je vais te massacrer moi, tu vas voir…


A peine Bébert avait-il porté le premier coup que tout s’était enchaîné très vite : le premier fantassin blanc avait éventré l’homme à sa gauche d’un seul coup, avant de se faire décapiter par un chevalier noir venu à sa rescousse. Aussitôt le fou blanc, d’un bond, s’était précipité sur le malheureux destrier et l’avait égorgé d’un coup de dent avant de planter sa lame dans le poitrail de l’homme. Bébert, n’écoutant que son courage, s’était précipité, mais l’autre soldat blanc lui barrait la route : il lui porta un coup à la poitrine, que l’autre para de justesse. D’un coup de manche, il fit sauter le bouclier de son adversaire, qui poussa un grand cri et tenta de le désarmer, sans succès. Sûr de sa victoire, il plongea sa lame dans le ventre de l’homme en blanc, qui s’effondra dans un hurlement de douleur.
_ Allez, les gars ! Ce n’est pas encore fini !

Jojo et Bouffi, galvanisés, poussèrent de grands cris d’encouragement, bientôt imités par l’ensemble des troupes noires. Le roi Blanc pâlit encore plus qu’à l’accoutumée.
_ Et bien, mon ami, c’est ce simple soldat qui vous met dans un tel état ?
_ C’est que… Ces gaillards sont rudement combatifs, ne trouvez-vous pas ?
_ Bah ! Ils ne font pas le poids contre vous, mon roi ! Allez, bande de mauviettes ! hurla Blanche en levant sa lance vers le ciel. Débarrassez-nous de ces faces de pruneaux !
A cet instant précis, le grand fracas du tonnerre se fit entendre, et des éclairs commencèrent à déchirer le ciel. L’espace d’un instant, tous levèrent les yeux vers les nuages, et soudain un torrent d’eau s’abattit sur le champ de bataille, transformant la terre desséchée en une immense mare de boue visqueuse.
_ Il ne manquait plus que ça… soupira Jojo en s’élançant vers le camp d’en face.

_ Oh, mince, tu as encore renversé ton verre d’eau ! C’est du bois laqué, tu pourrais pas faire un peu plus gaffe ?
_ Oups, désolé, désolé… Attends, je vais chercher une éponge et je reviens.
_ Dépêche-toi, j’ai hâte de te mettre une bonne raclée !
_ Ça c’est ce que tu crois, mon gars !



II - Milieu de partie

Bébert essuya le sang de sa dague sur un pan de sa tunique et prit une grande inspiration. Sa hallebarde s’était brisée en perçant le flanc d’un cavalier blanc qui l’avait chargé quelques minutes plus tôt. Il tenta de se calmer, alors qu’une voix dans sa tête lui hurlait continuellement « Fuis ! Fuis et ne te retourne pas ! ». Il ne pouvait pas fuir. Il avait prêté serment, comme tous les autres. Tous protégeraient leur roi jusqu’à la fin, qu’elle soit heureuse ou non. Il se retourna en direction de son seigneur, terré dans un coin du champ ; sentant sa chance tourner, le roi Noir avait préféré se réfugier derrière sa tour, qu’il avait fait passer en positon centrale. A part lui, seuls Jojo et Bouffi étaient encore debout au milieu de la plaine jonchée de cadavres. Le second fou assurait la protection du roi, la seconde tour était prête à être lancée vers la reine adverse, et Dame Noire, toujours au centre, continuait à mener les opérations d’une main de maître, malgré la situation désespérée.
_ Eh, Jojo ! cria-t-il à son ami posté un peu plus loin. Tu crois qu’on a une chance de s’en sortir ?
_ Aucune idée, lui répondit Jojo en s’épongeant le front. Il faut rester concentrer pour l’instant, c’est encore à eux d’attaquer.
_ Oui, tu as raison… Rester concentré… Pfiou !
A cet instant, la seule tour blanche encore debout fut déplacée vers le centre. Aussitôt, Bouffi s’élança, prêt à en découdre…
_ Attends, Bouffi ! lui cria Jojo. C’est un piège !
Mais il était déjà trop tard : l’un des fous blancs se retourna vers le malheureux soldat et lui sauta dessus.
_ Bouffi ! Résiste, ne te laisse pas…
Le fou s’appuyant sur ses mains, saisit la tête du soldat entre ses deux pieds et lui brisa la nuque.
_ NOOOOOOOOOONNNNN !!!!!!!!
Jojo s’élança vers le fou et lui donna un grand coup à la taille, le fauchant net. Il trébucha sur l’un des débris encore fumants de la première tour blanche et s’étala dans la boue, en faisant de grands mouvements de bras pour tenter de se redresser. Si seulement on avait eu la bonne idée d’engager des archers, pensa-t-il, tout cela ne serait jamais arrivé. Il se releva lentement en s’essuyant le visage.

_ Noire, ma douce, ne pensez-vous pas que vous pourriez contourner leur seconde tour si vous envoyiez le fou en diversion sur le flanc droit ? Cela me semble être une bonne alternative…
_ Avec plaisir, très cher, répondit la reine dans un grand sourire. Eh, toi, là ! Va attaquer leur tour, et vite !
_ Ça va, ça va, gémit le fou en reprenant ses pas chassés, je ne suis qu’un dingue, pas un de vos soldats, si vous croyez que j’ai été formé à ça…
_ Ben t’es quand même un serial killer mon gars, alors si tu te grouilles pas un peu je te renvoies vite fait en HP, ça va pas traîner !
_ Ouais, ouais…
Le fou partit vers la tour blanche en s’efforçant d’avoir l’air menaçant. Noire jubilait : à en voir l’expression de surprise sur le visage de la reine Blanche, elle ne s’attendait pas à ce coup ! La tour se mit à se déplacer lentement vers le fou, les archers à son sommet tentant de l’abattre sans succès.
_ Ahahaha, vous m’aurez pas, bande de planqués ! hurlait le fou à qui voulait l’entendre. Je bouge bien trop vite pour vous !

_ Echec !
_ Ah, zut, j’aurais dû m’en douter que tu essaierais de ce côté-là… Attends un peu, j’ai plus d’un tour dans mon sac !
_ Ah oui, le cavalier… D’ailleurs c’est débile, pourquoi ils avancent de cette manière ?
_ J’en sais rien, mais je t’avouerais que moi aussi ça me laisse perplexe…


Le cheval fit un parfait angle droit et vint se placer sur la trajectoire de Dame Noire.
_ Malédiction ! s’écria-t-elle en levant le poing, cette fois-ci c’en est trop ! Allez, Blanche, viens te battre, si tu l’oses !
La reine Blanche haussa les yeux d’un air dédaigneux, sans même répondre. Noire fulminait. Incapable de retenir sa rage, elle se mit à courir droit vers le roi Blanc, embrochant le chevalier au passage.
_ Eh, lui cria le destrier, vous pourriez faire un peu attention tout de même, maintenant que vous avez tué mon cavalier je suis obligé de mourir moi aussi ! Vous savez à quel point c’est difficile pour un cheval de se faire hara-kiri ?
_ Rien à battre, dit froidement la reine.

Bébert observait la scène d’un œil incrédule, se demandant comment l’assaut de sa reine allait bien pouvoir aboutir. Blanche attrapa la lance de son adversaire et la jeta au sol, avant d’asséner à sa rivale un grand coup de poêle à frire. Elle s’apprêtait à l’achever d’un coup de sa lance, quand Noire la tira par la robe, lui faisant lâcher son arme. Les deux tombèrent dans la boue, s’agrippant par les cheveux en poussant des cris pour le moins incongrus.
_ Eh, Bébert…
_ Oui, Jojo ?
_ Je ne sais pas si on va s’en sortir, mais… Rien que pour voir ça, ça valait le coup, tu crois pas ?
_ Hum… Oui, je crois que tu as raison, finalement.
Ils ne pouvaient s’empêcher de sourire, au fur et à mesure que la lutte prenait des proportions de plus en plus délirantes. Les deux rois tentaient désespérément de calmer leurs épouses, sans le moindre succès. Les deux fous restants se rinçaient l’œil en prenant des poses lubriques. Un pion blanc tenta de se rapprocher des combattantes afin d’aider sa reine, mais Noire lui fracassa le crâne à coup de talon aiguille. Blanche en profita pour se redresser et courir à vive allure vers le camp des Noirs. Une tour tenta de s’interposer, sans succès. Le fou noir se mit à revenir vers son roi dans une tentative désespérée de protection, ce qui permit à la tour blanche de l’achever. Bébert et Jojo, incapables de faire marche arrière, assistaient désespérés à l’assaut final.
_ Reviens ici, salope ! vociférait Noire en se redressant. Eh, mais attends… En fait, tant que je suis là, j’ai un roi à buter moi aussi…
Elle ramassa la poêle à frire et s’avança d’un pas décidé vers Blanc, qui reculait à petits pas sans trop savoir quoi faire face à sa monumentale et boueuse assaillante.

_ Echec ! Cette fois-ci, je te tiens !
_ Non, c’est moi qui te tiens… Je crois qu’on va faire partie nulle.
_ Roh, mais c’est pas drôle, on pourrait pas essayer de continuer jusqu’au bout ?
_ Comment ça ? Si on se tient mutuellement en respect, c’est pat, il n’y pas d’issue !
_ On s’en fiche des règles ! Tant que le roi de l’autre est encore debout, pourquoi est-ce qu’on devrait considérer qu’il a perdu ?
_ Euh… Ben oui, c’est vrai après tout, il n’y a pas de raison. Allez, qu’on en finisse !
_ Yippee-ki-yay, motherfucker !



III – Finale

Le roi Noir faisait face à la redoutable Dame Blanche, en essayant de prendre l’air le plus intimidant possible, mais il se doutait bien qu’il n’avait pas l’air très crédible. Blanche n’était plus très impressionnante non plus, d’ailleurs ; elle n’était plus vraiment très blanche après l’épisode dans la boue, et n’était armée que d’un rouleau à pâtisserie. Toutefois, Noir n’était pas pour autant rassuré : il jeta un coup d’œil à ce qui restait de son armée, et déglutit avec difficulté : seuls deux soldats étaient encore debout, à l’autre bout du champ de bataille. L’un des deux tenta de s’interposer entre la tour blanche et Noir, mais se fit prendre en traître par le fou, qui lui coupa le bras et l’assomma avec avant de l’étrangler avec ses propres intestins.
_ Je savais bien qu’on avait eu tort d’engager ces barges, soupira-t-il.
Il était totalement coincé. Une tour le menaçait sur sa droite, le fou avait le champ libre de l’autre côté, et Blanche s’avançait vers lui, arborant un air de triomphe. Le dernier pion était arrivé au bout de sa route de l’autre côté, et n’avait pas la moindre chance de pouvoir lui prêter main forte. Il ne lui restait que sa chère et tendre Noire…
_ Noire, où es-tu ? NOIRE ! J’ai besoin de toi, mon amour, où es-tu donc passée ?
_ Elle ne pourra plus t’aider, mon cher ! ricana Blanc. Regarde !
Noir leva les yeux et poussa un cri d’horreur : sa bien-aimée était enchaînée à la tour blanche, complètement nue, et le fou était en train de lui répandre du sirop d’érable sur l’ensemble du corps.
_ AH ! Non, Blanc, tu n’as pas le droit, pas du sirop d’érable, c’est atroce ! Tu paieras pour cette infamie ! Relâche-là immédiatement !
_ Hors de question, Noir ! A moins que tu ne choisisses la reddition… Mais tu ne le feras pas, n’est-ce pas ?
Noir tomba à genoux, la tête entre les mains, incapable d’en supporter d’avantage. Il n’avait aucune option, à part déposer les armes… mais comment s’y résoudre ? Mais il ne pouvait plus lutter. Il empoigna fermement sa couronne, et, lentement, la fit basculer vers le sol…

_ Echec et mat ! Tu as perdu !
_ Comment ça, perdu ? Mon roi est encore debout, non ?
_ Oui, mais il ne peut rien faire sans que je le prenne, donc c’est fini !
_ Alors prends-le !
_ Mais non, j’ai gagné, c’est fini !
_ Attends, je pige que dalle. Mon roi n’a pas d’autre choix que de se rendre s’il est acculé ? C’est absurde ! Je peux très bien décider de continuer à me battre jusqu’à ce que le roi meure, et tu es obligé de le prendre pour gagner !
_ Mais… mais qu’est-ce que ça change ?
_ Ben… Fais-le, tu vas voir.
_ Bon, comme tu veux, c’est toi le perdant après tout, je peux bien te faire cette faveur…


_ NON !!!
Noir se redressa, transfiguré. Blanche sursauta et fit un pas en arrière.
_ Non ! Je ne me laisserai pas battre si facilement, Blanche ! Tu veux ma couronne ? Viens la prendre !
_ Tu es battu, Noir, tu ferais mieux de…
_ Je ferais mieux de rien du tout ! Si tu es si sûre de toi, alors viens te battre ! Allons, ne me dis pas que tu as peur, hein ? ALLEZ !!! Vas-y, frappe-moi, qu’est-ce que tu attends ? Tu n’es ici que pour ça, vas-y ! Je suis prêt à mourir ! Allez-y, bande d’enfoirés, vous voulez mon trône ? Venez le chercher ! Je suis prêt ! Je vous attends ! Je suis prêt !
Tous les hommes encore debout le fixaient, médusés. Jamais ils n’auraient imaginé voir un roi se comporter de cette façon. Blanc ne savait plus où il en était, complètement dépassé par les événements.
_ Allez ! continuait-il de clamer. Vous pouvez faire mieux que ça, j’en suis sûr ! Venez voir Noir, venez ! Je vous promets que vous ne serez pas déçus ! Je suis le roi des Noirs, et ceci est mon dernier baroud d’honneur, la dernière ligne droite ! Allez, bande de nazes, je suis l’homme à abattre ! HYAAAAAAHAHAHAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!
Blanche finit par se dire qu’elle se devait de faire quelque chose, et elle lança sa dague droit vers le cœur de son adversaire. Le roi Noir poussa un grand cri, se figea et la regarda droit dans les yeux.
_ Ah… Monde de merde.
Il s’effondra sans bruit. Sa couronne roula à terre, et vint buter contre le pied de Blanche, qui la ramassa et la leva vers le ciel, en s’écriant :
_ VICTOIRE ! VICTOIRE POUR LES BLANCS !
Tous les autres soldats blancs levèrent le poing vers le ciel, alors que les nuages s’estompaient pour laisser place à un soleil éclatant. Bébert regarda tristement sa reine hurler de terreur alors que le dégénéré qui la torturait s’apprêtait à lécher le sirop d’érable sur ses pieds, et ferma les yeux en attendant le coup de grâce…
Mais brusquement, un grondement terrible de fit entendre, et la terre se mit à trembler. Le champ de bataille se renversait sur le côté, et les corps éparpillés comme les survivants glissèrent le long de la pente, incapables de se raccrocher à la terre gorgée d’eau. Bébert se sentit rouler vers le bas lui aussi ; il tenta de s’agripper à la tour blanche, mais celle-ci se disloqua dans un grand craquement de bois et s’effondra avec le reste des troupes. Il vit la reine Noire tomber depuis la tour, et en tendant le bras dans un ultime effort parvint à l’agripper par la main… Alors que des tonnes de décombres s’apprêtaient à s’abattre sur lui, il repensa à l’ensemble de la bataille, se dit que ç’avait été une sacrée journée, et adressa son plus beau sourire au monde en train de s’écrouler.
_ Ouais… Monde de merde, moi aussi j’ai bien envie de le dire.

_ Eh ben voilà, t’as eu ce que tu voulais.
_ Haha, c’était génial ! Faudra qu’on se refasse ça à l’occasion… Tu as fini de ranger les pièces ?
_ Oui, attends, le temps de retrouver la dame et le pion noirs, ils ont dû glisser sous un meuble, j’arrive pas à mettre la main dessus…
_ Bah, tu finiras bien par les retrouver, ils n’ont pas pu disparaître ! Sur ce, on se fait un petit Smash Bros ?
_ C’est pas de refus…


A l’abri sous une immense voûte de bois, Bébert regarda sans rien dire les deux monstrueuses créatures s’éloigner vers l’horizon. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Où avait-il atterri après cette terrible chute ? Il n’était pas sûr d’avoir vraiment envie de le savoir. Trop d’événements avaient ponctué cette journée, aussi se retourna-t-il vers la reine, allongée sur le sol, qui reprenait peu à peu ses esprits.
_ Dites-moi, où sommes nous exactement, soldat ? J’ai dû perdre connaissance…
_ Heureux de voir que vous allez mieux, ma reine. Mon nom est Bébert, soldat Bébert.
_ Très heureux de te connaître, Bébert. Et maintenant, que faisons-nous ?
_ Et bien… J’avoue que je ne sais pas très bien, votre Majesté, tout ça est un peu difficile à comprendre…
_ Oh, tu peux m’appeler Noire ! Je pense qu’on finira bien par s’y retrouver, ne t’inquiète pas. Au fait, tu aimes le sirop d’érable ?
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Kallisto
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MessageSujet: Re: Full Metal Chessboard   Jeu 8 Sep - 10:55

Comment rendre le jeu d'échecs intéressant ? En lisant ton histoire (N'empêche, l'histoire du sirop d'érable, c'est d'un goût ! Mais ça change du miel et des fourmis rouges) !
Maintenant, essaie un peu avec les échecs tridimensionnels de Star Trek ^^
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ZunuS
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MessageSujet: Re: Full Metal Chessboard   Ven 9 Sep - 0:05

Merci ! J'espère que tu n'as pas trop hurlé à la fin quand même ^^
Faudra que Pete m'explique pour les échecs tridimensionnels... Koujoukoujoukou
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MessageSujet: Re: Full Metal Chessboard   

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